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Activité : Atelier
Titre : 402 - Table ronde : Histoire et études féministes : Féminismes en réponse à l'autre dans divers contextes du XXe siècle
Responsable(s) : Margot Blanchard et Yolande Cohen
Résumé : L'histoire est une discipline universitaire qui a su renouveler ses approches à travers l'introduction d'outils développés par les études féministes. Les concepts du genre et l'intersectionnalité sont devenus évidents dans la pratique historique. L'histoire a pu ainsi exposer la variété et la variation des constructions genrées au fil du temps et de l'espace, apportant alors sa pierre au projet des études féministes. Mais l'histoire francophone féministe regorge encore de recherches qui amènent de nouvelles réflexions aux études féministes. Quelles formes peuvent prendre les combats de femmes ? On peut ainsi montrer la pluralité des expériences féminines et féministes contextualisées dans une époque et à un moment donné (Canada 1900-1930, Maroc (1920-1960), Montréal (1970-1990). Dans ce panel, nous aimerions nous intéresser à la diversité de formes de féminismes dans des enjeux autour de la « race », la migration, le colonialisme et la religion. De quelle manière un certain féminisme peut se déployer dans des carcans confessionnels et colonialistes ? Une exploration des différences entre féminismes permettrait alors de mettre en lumière la pratique de l'histoire francophone comme un processus continue.

Séance : Histoire et études féministes : Féminismes en réponse à l'autre dans divers contextes du XXe siècle.
Animatrice :  
Auteure : Yolande Cohen (UQAM)
1 - Féminismes à l’épreuve de la prostitution : morale, religion et citoyenneté
Au tournant du XXe siècle, la prostitution est devenue pour de nombreuses femmes d’Europe et d’Amérique du Nord le nœud de leur engagement féministe. En jouant tantôt sur les registres nationaux tantôt internationaux, des organisations féministes voient le jour comme le Conseil National des Femmes Françaises et le National Council of Women of Canada. Elles abandonnent des postures étroitement confessionnelles et puritaines, pour s’affirmer comme les représentantes des intérêts de toutes les femmes, y compris les prostituées. Cette communication s’appuiera sur l’étude de leurs revendications pour faire valoir les principes de l’égalité des droits des femmes au travail, à un salaire égal pour travail égal et l’égalité dans le mariage, transformant leur position prohibitionniste et moralisatrice en une revendication d’égalité entre les sexes. Pourtant ces associations dites maternalistes sont encore considérées dans l’historiographie féministe comme des organisations bourgeoises, puritaines et parfois racistes. Si certaines le sont, comme le Woman’s Christian Temperance Union, d’autres évoluent au contraire vers un féminisme égalitaire. Je montrerai que les deux associations étudiées ont élaboré leur propre vision de la moralité des femmes. Dans cette perspective, je voudrais ici montrer que leur mobilisation sur la prostitution et leur combat contre la double moralité sexuelle témoigne, non pas de leur conservatisme sur les questions de sexualité, mais de leur tentative d’inscrire la sexualité dans une perspective d’émancipation des femmes. La prostitution devenant dans ce contexte le moment de passage de certaines féministes d’une position « puritaine » à une position « égalitaire ».
Auteure : Margot Blanchard (UQAM)
2 - Féminismes, immigration, xénophobie à travers la mobilisation du National Council of Women of Canada contre la traite des blanches (1904-1914).
En 1904, le National Council of Women of Canada, sous l’égide du Conseil International des Femmes, une fédération internationale féministe, met en place un comité de travail et d’étude sur la traite des blanches, nommé « Suppressing of the White Slave Traffic ». La traite des blanches n’est alors pas encore connue au Canada. En Europe et sous l’action de l’abolitionniste Josephine Butler, la dénonciation de cette traite constitue un des principaux arguments pour mobiliser l’opinion publique contre la réglementation de la prostitution. La traite des blanches repose sur l‘idée d’un énorme trafic mondial qui enlève des jeunes filles mineures et vierges pour les forcer à se prostituer dans d’autres pays. À travers leur mobilisation féministe autour de la traite des blanches, elles posent d’autres thématiques : l’immigration de femmes célibataires étrangères seules, « l’exode rurale » de jeunes travailleuses canadiennes vers les grandes villes, ou l’origine voire la « race » des trafiquant.e.s présumé.e.s. On peut donc analyser leurs positions, parfois contradictoires, qui oscillent entre un féminisme très progressiste et transnational et un conservatisme xénophobe. Le prisme de la traite des blanches me permettra alors d’explorer la complexité de ce féminisme dans son rapport à l’autre et de nuancer la vision uniforme d’un féminisme seulement décrit comme bourgeois, conservateur et raciste.
Auteure : Christine Chevalier-Caron (Groupe de recherche Histoire, genre, femmes et développement)
3 - Femmes, éducation et identités au Maroc sous le protectorat français et durant les premières années d’indépendance (1912-1962)
L’histoire du Maroc contemporain a été marquée par la mise en place d’un Protectorat français (1912-1956) qui avait pour principal objectif de moderniser le Royaume Chérifien. L’édification d’un système scolaire, en partie calqué sur celui de la métropole, élitiste, laïque, et principalement réservé aux garçons, est l’un des moyens pris par le Protectorat pour réaliser ses objectifs. Voulant former les futurs cadres du pays, une vingtaine d’écoles pour garçons marocains, dites «écoles indigènes», ont été fondées dès 1912. Il fallut attendre les années 1930 pour que deux écoles pour jeunes musulmanes voient le jour face aux revendications des nationalistes qui souhaitaient l’éducation obligatoire pour tous sans distinction de sexes. Face à cette situation, des membres de la communauté musulmane ont pris l’initiative d’établir des lieux, souvent clandestins, d’enseignement pour les fillettes. En ce qui concerne la communauté juive, la situation n’est pas la même, puisque l’Alliance Israélite Universelle a fondé un système scolaire inauguré en 1862 par la création d’une école de filles à Tétouane. Comme de nombreux auteurs (Abitbol, Miller), nous considérons que l’éducation des filles, initiée dans ces écoles, a permis la consolidation des identités de genre et de religion mais aussi d’une conscience nationale face au colonisateur français, différentes selon les périodes et les groupes concernés. Ainsi, nous vous démontrerons comment les premières femmes qui ont fréquenté l’école se sont, ensuite, elles-mêmes engagées à améliorer l’accès à l’éducation des fillettes marocaines.
Auteure : Stephanie Schwartz (UQAM, Musée du Montréal Juif)
4 - Négociations entre féminisme.s et diaspora.s
Comment les femmes juives nord-africaines ont-elles négocié leurs identités dans le contexte du colonialisme, du racisme et de la migration ? Comment ces négociations se sont-elles manifestées dans la production culturelle et l’activisme ? Comment ont-elles changé avec le temps ? Après l’indépendance du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, presque toutes les populations juives d’Afrique du nord ont migré vers Israël, la France et le Québec. Dénigrées en tant qu’« arabes » ou « noires » en Israël et considérées comme « juives catholiques » au Québec, les juives d’Afrique du nord ont dû évoluer à travers des couches multiples de discrimination dans une variété de pays d’accueil, allant souvent d’une destination à une autre sans jamais s’installer de façon permanente. Dans le contexte actuel de lutte pour une critique féministe intersectionelle (Crenshaw 1993 ; Bilge 2010), je souhaite montrer comment nous pouvons comprendre l’art et l’activisme des femmes juives nord-africaines en les mettant en dialogue avec les expériences de discrimination des femmes noires, arabo-musulmanes et autochtones au Québec. Je le ferai au prisme des trois textes crées par ou concernant les femmes juives nord-africain, chacune ayant évolué dans le quartier Côte-des-Neiges. Il s’agira de se demander dans quelle mesure leurs expériences et d’une manière globale celles des juives d’Afrique de nord peuvent-elles contribuer à la théorie et à la pratique féministe, à l’intersection entre l’immigrante et l’autochtone, entre la « race » et la religion au Québec ?