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Activité : Atelier
Titre : 404 - Violence des représentations > < représentation des violences
Responsable(s) : Sandrine Ricci, Estelle Lebel, Chantal Maillé et Dominique Bourque
Résumé : Ce colloque réunit un ensemble de communications qui, s'intéressant aux représentations et aux violences, réfléchissent aux multiples entrecroisements possibles de ces deux termes. Plus particulièrement, nous souhaitons interroger la violence des représentations, ainsi que la représentation des violences. Par « violence des représentations », nous entendons notamment les modalités de production, de circulation et de réception de certains discours, images et stéréotypes. La « représentation des violences » réfère à ces mêmes modalités concernant les violences relevant de situations multiples et intersectionnelles, impliquant différents acteurs et actrices sociales, incluant les États et les féministes. Il pourra s’agir des différentes formes de violences sexuées, sexuelles et sexistes, incluant les crimes haineux et le harcèlement (moral ou sexuel), s’exerçant dans le cadre familial, scolaire, universitaire, professionnel, sportif, judiciaire, dans la rue, sur internet, etc. Des propositions portant sur les contraintes de la non-visibilité ou au contraire de l’hyper-visibilité, de même que sur les violences spécifiques que peuvent ou ont pu subir, les lesbiennes et les femmes de certaines communautés ou certains pays ont aussi retenu notre attention.

Séance : Violence des représentations > < représentation des violences - Séance 1
Animatrice :  
Auteure : Estelle Lebel (Université Laval)
1 - La violence des images
La violence des images ne se résume pas aux images de violence; il en est d’autres qui semblent infliger des blessures psychiques à des populations entières ou à des groupes particuliers. Des représentations en apparence innocentes et qui prétendent jouer du second degré : caricature, détournement, parodie, etc. peuvent aussi être des sources de conflit. Au delà de cette prétention au second degré et selon l’approche historique qui montre la force politique des images depuis les iconoclastes du VIe siècle à aujourd’hui, il importe de saisir les liens entre les représentations visuelles et les pouvoirs politiques - dont les pouvoirs qui relèvent du système patriarcal - car la mise en réserve du pouvoir dans les signes impose son autorité.
Auteure : Caroline Caron (Université du Québec en Outaouais)
2 - Harcèlement sexiste en ligne : un défi et une opportunité pour la recherche féministe
Dans sa sortie publique, en mars 2014, à propos de la séance de clavardage sexiste dont elle a fait l’objet sur la plate-forme Facebook, la présidente de la Fédération des étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa a invoqué la réticence des femmes à dénoncer les formes de harcèlement et de sexisme dont elles sont victimes en ligne. Au cours des dernières années, d’autres reportages de presse publiés en Angleterre, aux États-Unis et au Canada ont également rapporté que le sexisme et le harcèlement sexuel dans l’univers du Web 2.0 ont acquis un tel statut de banalité que peu de femmes sont portées à le reconnaître comme tel ou à l’envisager comme un enjeu de la lutte féministe contemporaine. Cette communication cible ce phénomène et le décrit comme un nouvel objet d’étude et d’intervention pertinent aux études féministes. La discussion mettra en évidence la complexité conceptuelle, théorique et méthodologique de cet objet, tout en mettant en valeur l’opportunité d’innovation méthodologique qu’il recèle pour les études féministes. En outre, la chercheure présentera son projet de recherche en cours, qui vise à développer une approche méthodologique féministe adaptée à cet objet et aux expériences subjectives des internautes féminines. La discussion prendra appui sur la riche tradition de travaux féministes sur l’épistémologie et les méthodes de recherche en sciences sociales, ainsi que sur les thèmes du sexisme ordinaire, du harcèlement sexuel en milieu de travail et du harcèlement de rue.
Auteure : Sandrine Ricci (UQAM)
3 - Quand les discours ciblent le corps et la sexualité des femmes : la culture du viol
L’objectif principal du projet doctoral que cette communication vise à soumettre à la discussion est de mettre en lumière le versant idéel de la violence exercée contre les femmes, quand les discours ciblent le corps et la sexualité des femmes, lieux privilégiés de la spoliation et de l’appropriation du « féminin ». On fait particulièrement référence ici à la violence que recèlent des discours, des faits sociaux et des logiques institutionnelles. Cette dimension indirecte de la violence s’avère souvent invisible ou occultée, possiblement du fait que sa production s’inscrit dans des processus fort complexes à cerner, et aussi du fait que la violence est souvent appréhendée avec des approches psychologisantes, individualisantes, dépolitisées, en bref, dématérialisées. Plus spécifiquement, s’intéressant aux éléments idéologiques, structurels et discursifs enchâssés à la problématique des violences sexistes, sexuées et sexuelles, ce projet doctoral propose une analyse critique de la notion de « culture du viol ». Il s’agira d’en cerner les différentes conceptualisations, d’en établir les paramètres, et d’en saisir les enjeux théoriques et stratégiques. On s’intéresse ainsi aux manières dont les théoriciennes féministes mobilisent cette notion, selon leurs affinités intellectuelles et leurs lignes de partage, ainsi qu’au regard de l’articulation des systèmes d’oppressions (sexe, race, classe), de même qu’aux pratiques collectives de résistance féministe face aux discours et aux pratiques qui participent d’une culture du viol.
Séance : Violence des représentations > < représentation des violences - Séance 2
Animatrice :  
Auteure : Chantal Maillé (Institut Simone-De Beauvoir, Université Concordia)
1 - Violence des catégories, les mots qui excluent
Dans notre communication, nous nous intéressons à certaines catégories et amalgames catégoriels utilisés pour désigner et classifier les femmes dans les féminismes de la francophonie. Notre propos portera plus particulièrement sur les termes d'immigrante, de communauté culturelle, et de diversité. Notre analyse entend monter en quoi ces catégories reproduisent l'exclusion et participent au cycle de la violence envers les femmes des groupes minoritaires, alors qu'elles permettent d'effacer l'héritage de la colonisation et la spécificité des routes migratoires dans un monde d'échanges globalisés. Enfin nous entendons livrer une série d'exemples pour illustrer les problèmes d'invisibilité créés par l'utilisation de certaines catégories et d'amalgames catégoriels.
Auteure : Denyse Côté (Université du Québec en Outaouais)
2 - Violence des représentations de la violence : discours néocoloniaux sur Haïti
On peut se réjouir que la violence faite aux femmes fasse désormais partie des politiques d’intervention en situation de catastrophe naturelle ou humanitaire : il s’agit là d’une retombée importante des luttes féministes. Mais une recherche en cours nous porte à dresser un portrait beaucoup plus sombre des effets de ces interventions en Haïti, qui se sont appuyées, règle générale, sur un discours occidental développé en ignorant la réalité haïtienne. Consciemment ou inconsciemment, l’appareil humanitaire semble avoir en effet recyclé d’anciens stéréotypes raciaux et néocoloniaux; il a même dans plusieurs cas structuré son action autour de ces discours. Agences internationales, organisations non gouvernementales (dont des ONG féministes), coopérant/es, expatrié/es, volontouristes et missionnaires n’y ont pas échappé. Un consentement semble avoir été fabriqué pour faire avaler aux populations occidentales la couleuvre de l’impuissance et de l’incompétence des femmes et de la société haïtiennes. Pour ceci, il n’a suffit que de choisir les images et les mots mettant en scène de bonnes victimes, dépendantes de la présence étrangère et gardiennes des bonnes valeurs féminines. La logique de l’intervention étrangère en Haïti s’en est trouvée renforcie et son caractère thérapeutique s’est implanté : on intervient désormais de l’étranger pour assurer le bien des femmes haïtiennes qui ne peuvent ou ne savent s’aider elles-mêmes. Le féminisme occidental à saveur néocoloniale est encore très présent sur le terrain et qui déstructure encore l’action des organisations féministes haïtiennes. Ses ravages sont profonds et seront longs à compenser.
Auteure : Tanya Karagyozova (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3)
3 - Féminisation des inégalités et stéréotypes de genre dans les Balkans
La présente communication vise à analyser l’impact de la transition néolibérale sur la féminisation de la pauvreté au sein des jeunes démocraties des Balkans. Par la violence des représentations et les comportements sociaux qu’elles traduisissent, l’imaginaire occidental fût marqué par la difficulté constante de voir clair dans les règles d’appartenances qui régissent les sociétés balkaniques en proie à l'émigration massive. Néanmoins, une certitude persiste : le genre fonctionne comme un paroxysme du sens donné aux notions de classe, ethnicité, sexualité, nationalité et religion dans les Balkans. Comment interpréter au-delà des statistiques la féminisation de la pauvreté à l’Est de l’Europe? Quelle est la signification socioculturelle de ce phénomène économique ? Outre la hausse du chômage et la perte d’acquis sociaux, les rapports de sexe et pouvoir dans le passé n'opèrent-ils pas toujours sur le destin quotidien des femmes? Qu’est-ce que la perte de visibilité politique des femmes, regrettable constat de la transition pourrait nous renseigner sur le néolibéralisme? Quelle était aussi la responsabilité du régime précédent quant à l’acceptation sociale d’un certain nombre de stéréotypes et hiérarchies? La réalité antinomique entre discours marxiste et pratiques au quotidien semble avoir impacté les politiques socialistes, présentées comme favorables à l’émancipation. D’autre part, la prolifération (consciente ou inconsciente)de comportements lourdement stéréotypés autorise à soulever plusieurs hypothèses. S’agit-il de l’expression d’une acculturation inhérente à la globalisation ou bien d’une réaction de rejet de tout code relevant du système autoritaire d’antan? C’est donc par l’affirmation d’une différence genrée qu’une lutte discrète, mais féroce entre modes de vie sévit aujourd’hui,et dont une nouvelle forme de subordination résulte. Tout en respectant les spécificités ethniques des femmes et le contexte, à la fois historique, social et culturel, nous vous proposons de découvrir les manières, dont la condition féminine pourrait être perçue, vécue ou analysée dans les Balkans.
Séance : Violence des représentations > < représentation des violences - Séance 3
Animatrice :  
Auteure : Dominique Bourque (Universitué d'Ottawa)
1 - Être visible ou invisible : quelle violence « choisir » ? Autoreprésentations de lesbiennes
Peu de représentations nuancées des lesbiennes existent dans les médias. Les rares images qui circulent, tendent plutôt à les ridiculiser (comédies) ou à les hypersexualiser (pornographie). Or que font les stéréotypes sinon réduire les individus à leur corps pour y situer le sens de leur existence. On a vu comment les femmes, dans l’histoire de l’iconographie occidentale, ont beaucoup été dépeintes sur la base de leur âge « sexuel » : de la jolie princesse à la laide sorcière, en passant par la sainte mère. Partant de l’hypothèse que ce qui se joue sur la scène culturelle avec la vaste invisibilité des lesbiennes en tant que sujets à part entière, tient à leur refus de participer à l’économie sexuelle hégémonique, j’examinerai la mise au jour par des lesbiennes des violences qu’elles affrontent en tant que lesbiennes. Bien que le nombre de telles mises au jour augmente, je limiterai mon corpus à trois œuvres autobiographiques, chacune d’une bédéiste de nationalité distincte. Il s’agit de l’Américaine Allison Bechdel, de la Française Julie Maroh et de la Canadienne d’origine abénaquise Obom (pseudonyme de Diane Obomsawin). Il va sans dire que par delà leur illustration des stratégies d’effacement des lesbiennes, ce qui retiendra mon attention, dans leurs trois récits graphiques, ce seront leurs pratiques de résistance à ces stratégies tout au long d’un parcours qui mène de la prise de conscience d’un mode existentiel alternatif à l’hétérosocialité, au choix de son adoption et inscription dans le monde.
Auteure : Emmanuelle Mélan (Université catholique de Louvain)
2 - Police, sexe et normativité: Le traitement policier des plaintes pour viols et agressions sexuelles.
Notre recherche a pour objectif de comprendre les enjeux de l’accueil par la police des victimes de viols et agressions sexuelles. Il s’agit de se concentrer sur le moment où rentre la victime dans le système pénal au travers du dépôt de plainte, moment précis dans un espace déterminé (le lieu de l’audition) où va se mettre en place un certain nombre d’interactions porteuses de sens et d’interprétations. C’est cette partie que nous souhaitons sonder afin d’identifier les possibles freins ou encouragements à un accueil neutre et adéquat pour ce type de violence rapportée. Dans cette question relative à l’accueil, ce n’est pas l’expérience des victimes qui sera ici observée mais bien les pratiques policières ainsi que les représentations sociales des policier-e-s en matière de violences et de sexualité. Plaçant la problématique qui nous intéresse dans le contexte plus large d’un univers culturel où sexualité et sexualisation des rapports entre individus obligent à repenser la normativité, ce projet de recherche vise à élucider, au moyen d’une démarche ethnographique réflexive, la nature des rapports genrés dans la fonction pénale de l’accueil. Il sera ici présenté une première plongée bibliographique qui nous a permis de saisir l’ampleur de la littérature consacrée de manière très cloisonnée aux trois axes que nous avons déterminés dans la partie consacrée à l’état de l’art et qui visent l’infraction (viol et agressions sexuelles), le cadre institutionnel (la pratique de l’audition au sein d’un corps de police) et le cadre culturel (la culture du viol).
Auteure : Tatiana Sanhueza (étudiante doctorat)
3 - La contribution au débat féministe des études sur les représentations sociales de la violence dans les relations amoureuses. Le cas des adolescents-es chiliens-nes.
À la lumière du débat autour de la distinction existante entre la violence conjugale chez les adultes et la violence dans les relations amoureuses des adolescents-es et la nécessité, bien entendu, de cadres théoriques plus adéquats pour expliquer le phénomène qui nous concerne. Ce travail vise à discuter, à partir des résultats d'une recherche réalisée au Chili sur les représentations sociales de la violence dans les relations amoureuses chez les adolescents-es, la pertinence des explications féministes sur ce type de violence. Le féminisme étant la perspective la plus développée pour expliquer la violence au sein de relations intimes, plusieurs auteurs soulignent la difficulté de celui-ci à éclairer la violence entre les couples d’adolescents, notamment, la violence exercée par les filles envers leur amoureux ainsi que les significations données par des filles et des garçons à cette problématique Tandis que les jeunes et les adolescents mettent l’accent sur les aspects individuels, le féminisme considère les éléments structurels comme centraux pour expliquer les enjeux de la problématique (système patriarcal, rapports sociaux de sexe inégaux). Dans le but de contribuer à enrichir le débat féministe actuel, ayant en considération les changements culturels qui auraient un impact sur l'identité de genre et les rapports sociaux de sexe, nous avons privilégié l’étude des représentations sociales associées à la problématique, car celles-ci amènent à la compréhension de dynamiques et d’interactions collectives tout en apportant un éclairage sur les déterminants des pratiques sociales. Donc, étudier les discours, les images et les attitudes que les adolescents-es élaborent par rapport à la violence dans leurs couples, nous permettra de mettre en lumière les spécificités de leurs significations et de leurs expériences. Ce qui, selon moi, apporterait de nouveaux angles de réflexion sur le féminisme.