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Activité : Colloque
Titre : 61 - Héritage, évolution, subversion : l’analyse féministe dans le théâtre québécois contemporain
Responsable(s) : Marie-Claude Garneau
Résumé : Dans le cadre de cette journée de colloque, les participantEs se pencheront sur des questions relatives à la présence de multiples féminismes dans le théâtre québécois et engageront le dialogue sur les enjeux et les implications d’une telle approche. Que représente «féminisme(s)» dans le contexte de la création théâtrale au Québec, aujourd’hui ? Quels sont les féminismes qui nous guident à travers notre travail au théâtre ? Quels sont les moyens employés pour parvenir à s’implanter au sein d’une dramaturgie contemporaine en tant que féministes ? Y a-t-il une forme d’héritage duquel s’inspirer, en termes de théâtre féministe ? Est-ce utile de s’y reférer, aujourd’hui, en 2014 ? Un lien d’affiliation est-il vivant entre les pratiques et réflexions des années 70-80, par exemple, et celles d’aujourd’hui ? Est-ce que le terme même de « théâtre » se déploie différemment lorsqu’il se crée, s’interprète, s’écrit et se met en scène sous la lunette de l’analyse féministe ? De quelle(s) manière(s) l’analyse féministe déconstruit l’art du théâtre et ses diverses formes et pratiques ? Que reste-t-il de cet art qu’est le théâtre dans le contexte québécois contemporain, à l’heure où l’interdisciplinaire et la performance sont en vogue, où l’on inclut davantage le/la spectateur/trice dans la représentation ? Pouvons-nous aborder, en ce sens, le théâtre telle une praxis, mouvante dans ses actes de création et ses réflexions théoriques ? Telles sont les pistes de réflexions envisagées pour mettre en branle cette journée de colloque, qui réunira deux jeunes compagnies de création et deux chercheures en études théâtrales et pratiques artistiques.

Séance : Héritage, évolution, subversion : l’analyse féministe dans le théâtre québécois contemporain - Séance 1
Animatrice : Marie-Claude Garneau 
Auteure : Marie-Ève Milot (Théâtre de l'Affamée)
Le-s co-auteure-s : Marie-Claude St-Laurent (Théâtre de l'Affamée)
1 - Théâtre de l'Affamée: l'analyse féministe dans le processus de création, de l'écriture à la diffusion
« Le théâtre, art collectif, est l’endroit idéal pour inventer de nouveaux rapports sociaux. » - Pol Pelletier. Nous croyons qu’il faut s’investir à (re)créer et à faire (re)vivre une culture des femmes. Nous croyons qu’il y a beaucoup plus de théâtre sur le(s) féminisme(s) que de théâtre féministe; les féminismes ne devraient pas se retrouver uniquement dans le sujet traité, mais dans tout le processus créateur, la production, la mise en scène, le casting, etc. La création, hors de toutes contraintes, de toutes structures ou presque, c’est à dire dans les petites salles de théâtre ou dans les lieux non-théâtraux, reste pour nous la meilleure façon de s’implanter librement dans le paysage théâtral. Nous parlerons de la création d’une conférence-performance qui nous a plongées dans des recherches et profonds échanges pendant plus de deux ans jusqu’à transformer notre démarche artistique, notre vision de la création et notre statut d’artiste. Puis nous parlerons de notre prochain spectacle. Avec Chienne (s), le Théâtre de l’Affamée poursuit son travail d’analyse féministe : - le thème central de la pièce est le trouble anxieux. Nous abordons la question autour de 4 personnages majeures, dont 3 sont des femmes, les femmes étant plus sujettes que les hommes à ces troubles. Pourquoi la réponse des hommes et des femmes à la peur serait-elle différente? - la notion de choix et d’alternatives; tous les personnages secondaires sont non-genrés; - l’écriture se fait à quatre mains; mise en commun des discours, réflexions, enquêtes, expériences, sensibilités.
Auteure : Emmanuelle Sirois (Université du Québec à Montréal)
2 - Affaire Cantat: féminisme, esthétisme et communauté critique
« Quand on traduit une idée en images, soit l’image devient bancale, soit l’idée explose. Moi, je suis plutôt pour l’explosion. » - Heiner Müller Le théâtre est un phénomène social. À partir de ce que nous donne à penser le cas d’Exhibit B à Paris et à Saint-Denis, nous proposons de porter un regard critique sur ce qu’est devenue l’affaire Cantat. Printemps 2011, nous apprenions que Bertrand Cantat, condamné en 2003 pour l’homicide involontaire de Marie Trintignant, allait fouler les planches du TNM dans une mise en scène de Wajdi Mouawad intitulée Des femmes. Scandale. Une partie du public exige son retrait tandis qu’une autre applaudit l’audace. Alors que le débat se polarise entre ce qu’on devrait faire et ce qu’on voudrait voir, comment dénouer la problématique en prenant comme point focal le spectatorat féministe? Il s’agira de cerner une esthétique féministe à partir de laquelle déployer une éthique de la réception et une dramaturgie de création. Aborder ainsi la réception engagée comme constituante indissociable des œuvres permettra d’alimenter trois chantiers réflexifs : la responsabilité des artistes et la liberté de création dans une perspective féministe (1), la responsabilité du spectatorat critique (2) et les contradictions performatives de la dramaturgie féministe. (3) Viendra appuyer ce projet un corpus d’oeuvres québécoises ou ayant été présentées au Québec (Elles XXx, J’accuse, Todo el cielo sobre la tierra (El síndrome de Wendy)).
Auteure : Philippe Dumaine (projets hybris / UQAM)
Le-s co-auteure-s : Mylène Bergeron (projets hybris / UQAM)
3 - projets hybris : l’interdisciplinarité comme posture résistante
projets hybris est une jeune compagnie de création interdisciplinaire basée à Montréal. En revenant sur nos deux récentes créations, ORPHÉE REVOLVER (2010-12) et PROPOSITIONS FOR THE AIDS MUSEUM (2014), nous chercherons à explorer l’interdisciplinarité comme posture de création queer et féministe. Dans un premier temps, nous développerons les façons avec lesquelles l’approche interdisciplinaire permet de mettre en place une structure de travail horizontale et collaborative inspirée des praxis queer et féministes. De plus, nous verrons comment l’inclusion de disciplines et esthétiques foncièrement queer (notamment le drag et le cabaret) vient quant à elle déstabiliser les conceptions institutionnelles de l’interdisciplinarité. Dans un deuxième temps, nous nous pencherons sur la notion d’Histoire, notre travail récent se présentant comme un dialogue avec les histoires officielles et leurs écritures. Selon nous, l’interdisciplinarité pousse à avancer une histoire protéiforme, moins linéaire. En tant que pratique opposée à la réactivation de la prétention à la vérité de l’histoire, l’interdisciplinarité devient une posture résolument queer et féministe.
Auteure : Catherine Cyr (UQAM)
4 - Mouvances du féminin chez Brigitte Haentjens
Dans Le rire de la Méduse, publié en 1975, Hélène Cixous place le corps et l’écriture au cœur d’un dispositif de reconquête du féminin. À l’égalitarisme de Simone de Beauvoir, elle oppose la différence féminine, radicale, multiple, mouvante. Ce féminin pluriel, inassignable, revendiqué aussi, plus tard, par d’autres auteures et chercheures (Luce Irigaray, Patricia Smart…), trouve aujourd’hui quelque écho dans le discours et la pratique de nombreuses artistes, lesquelles n’ont de cesse d’explorer ses paysages escarpés et changeants. Pour Frédéric Regard (2002), « [c]e féminin est un postféminisme » (p. 7). Dissocié de la « mascarade » de la féminité comme de sa riposte, le féminisme – mais jouant parfois le jeu de ces deux espaces discursifs – le féminin est un lieu d’énonciation mobile, une opérativité poétique qui, jouant d’ambivalences et d’impermanence, balaie les fixations séculaires et s’attache à inventer « une différence autre » (p. 83). La présente communication s’attachera à observer en quoi cette conception du féminin se révèle agissante dans le discours théâtral et parathéâtral de la metteure en scène Brigitte Haentjens et comment elle peut être opérante dans la lecture et l’analyse des œuvres. Dès la création de Je ne sais plus qui je suis (1998), spectacle fondateur de la compagnie Sibyllines, la metteure en scène s’est engagée dans un « cycle féminin » où, de pièce en pièce, et à travers différentes postures énonciatives, elle s’est attachée à explorer la question de l’identité féminine, inséparable, chez elle, de celle des verrous moraux et sociaux qui emprisonnent la femme et l’aliènent, parfois jusqu’à la folie. La présente communication se penchera sur les mouvances des constructions discursives du féminin qui, nouées à un important travail sur le corps, s’érigent, chez Haentjens, dans un espace énonciatif traversé par le multiple et tissé d’ambigüités, voire de paradoxes. Nous nous pencherons, en particulier, sur les pièces La Cloche de verre (2004), Tout comme elle (2006) et Molly Bloom (2014).
Séance : Héritage, évolution, subversion : l’analyse féministe dans le théâtre québécois contemporain - Séance 2 - Discussion entre les participantEs et le public autour d’enjeux en lien avec la présence de l’analyse féministe dans le théâtre québécois contemporain
Animatrice :