Détail ::::::
Activité : Colloque
Titre : 501 - Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux
Responsable(s) : Marie-Andrée Roy et Anne Létourneau
Résumé : Au vingt et unième siècle, le champ religieux, à travers ses manifestations tant symboliques que rituelles et organisationnelles, demeure sans contredit un lieu d’affirmation et de régénération du patriarcat tout en constituant simultanément, mais souvent dans une moindre mesure, un lieu de transgression du pouvoir patriarcal et d’affirmation des idéaux de liberté et d’égalité des femmes. Ce sont ces différentes manifestations du religieux, consignées dans les discours et les pratiques passés et actuels et qui s’inscrivent en tension entre domination, résistance et transgression, entre aliénation, innovation et libération, que nous voulons examiner dans le cadre de ce colloque pour Penser, créer et agir les féminismes dans le champ religieux. Trois volets sont à l’ordre du jour : Penser le religieux. Quels sont les concepts, les théories féministes actuellement déployées pour effectuer une étude critique et novatrice du champ religieux ? Y a-t-il des liens que l’on peut faire entre les approches autochtones du spirituel et les approches féministes ? Quelles sont les résistances et les manifestations d’ouverture à l’endroit de ces théories dans le milieu académique et dans le champ religieux ? Comment cohabitent les croyances religieuses et les convictions féministes ? Créer dans le champ religieux. Quelle lecture féministe pouvons-nous faire des représentations et des symboles religieux ? Textes, discours et œuvres d’art passés et actuels, témoignant de diverses appartenances culturelles et religieuses, pourront être analysés. Que connaissons-nous des pratiques actuelles de création (musicale, picturale, rituelle, poétique, littéraire, mystique) pour affirmer la place des femmes dans le champ religieux ? Agir dans le champ religieux. Comment cerner l’impact du religieux sur les femmes, les rapports hommes-femmes et les transformations sociales et culturelles pour l’atteinte de l’égalité des sexes ? Que pouvons-nous dire de l’incidence du religieux sur les identités sexuelles, les recompositions identitaires en contexte migratoire ? Quelles sont les caractéristiques, les stratégies, les limites des pratiques d’affirmation et de transformation féministes dans le champ religieux ? Quel est le rôle des spiritualités autochtones pour l’affirmation des femmes autochtones ? Quelles sont les conditions pour mettre en place un dialogue féministe interreligieux fécond ?

Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 1 - Lectures féministes de textes religieux I
Animatrice : Anne Létourneau 
Auteure : Émilie Pagé-Perron (Université de Toronto)
1 - Les déesses mères en Mésopotamie : la part de l’oppression des femmes et du choix des sources dans notre perception de la construction et du développement des panthéons Mésopotamiens au 3e millénaire
Les questions de genre sont discutées depuis peu en assyriologie (étude de la Mésopotamie ancienne). Certains chercheurs ont déjà tenté de démontrer l'incidence du contexte patriarcal mésopotamien mais aussi des perceptions des femmes entretenues par les assyriologues qui discutent des déesses mères mésopotamiennes. Le choix des sources est une question primordiale dans l’élaboration juste d’un portrait du panthéon mais ce point n’est que rarement souligné dans les travaux sur le sujet, le but étant généralement de créer un portrait universel du panthéon. Les sources sont donc évaluées tel un corpus unique, sans examen attentif du contexte de production et de l’intention du scribe. D’un côté, les inscriptions royales utilisent parfois les noms de déesses mères de manière interchangeable ; les listes de dieux, fruit du travail de l'élite scribale, illustrent quant à elles des syncrétismes entre certaines de ces déesses. Ce sont ces sources que les chercheurs utilisent pour reconstruire les panthéons. Mais les traces que nous avons des panthéons locaux et populaires dans les textes administratifs montrent au contraire une démultiplication de ces déesses. Je soutiens qu’effectivement, l’oppression des femmes en Mésopotamie ancienne ainsi que notre contexte social aujourd’hui jouent un rôle dans l’image que nous entretenons à propos des déesses mères. Mais aussi que le choix des sources ainsi que l’analyse et la compréhension du contexte de celles-ci nous permet de dresser un portrait différent de ces déesses. Il n’est pas suffisant de seulement reconnaître que nos sources primaires et secondaires ont émergé dans un contexte particulier, encore faut-il en tenir compte dans nos travaux et ce de manière systématique.
Auteure : Denise Ardesi (CESR- Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance, Université François Rabelais de Tours)
2 - Le Féminisme chez les Kabbalistes chrétiens à la Renaissance
Le féminisme chez les kabbalistes chrétiens de la Renaissance La communication vise à montrer le rôle central de la femme dans la pensée kabbaliste chrétienne du XVIème siècle et la transformation de son statut d’un point de vue littéraire et théologique à la Renaissance. Cette reconsidération du rôle de la femme commence par une revalorisation de son statut, initiée par le kabbaliste Cornelius Agrippa de Nettesheim (1486-1535) qui, dans son ouvrage De nobilitate et præcellentia feminei sexes (1509-1529), en s’appuyant sur la Genèse (2:7 ; 2:21-24), pose et justifie théologiquement la supériorité de la femme sur l’homme. Ce renversement du statut féminin se poursuivra avec Guillaume Postel (1510-1581) qui, dans Les très merveilleuses victoires des femmes du nouveau monde (1553), fait de la femme le véhicule de la restauration de l’âge d’or perdu. Sa pensée s’inspire largement des textes kabbalistes. Postel voit dans la femme, non seulement le réceptacle du monde « surnaturel » (sur le modèle de la Vierge Marie) mais aussi la principale actrice de la parole divine. Ainsi se constitue le féminisme ante litteram, dans lequel la femme est retenue supérieure d’abord par sa nature physique (Agrippa de Nettesheim), avant qu’elle ne soit reconsidérée pour la qualité de son âme. Les kabbalistes chrétiens auront le mérite d’unir ces deux qualités pour faire de la femme la figure nécessaire au renouveau du monde, comme nous le verrons dans notre lecture de l’œuvre de Guillaume Postel.
Auteure : Anne Létourneau (Université du Québec à Montréal)
3 - Le féminisme postcolonial en exégèse contemporaine. Le cas de la reine de Saba (1 R 10, 1-13; 2 Ch 9, 1-12)
Dans le cadre de cette communication, je propose de m’intéresser à l’exégèse biblique accomplie au croisement des approches féministes et postcoloniales. Pour ce faire, je procéderai d’abord à l’exploration des herméneutiques féministes et postcoloniales élaborées notamment par Musa W. Dube, Laura Donaldson et Kwok Pui-Lan. Ce parcours permettra de dégager les grandes visées, les concepts privilégiés et les centres d’intérêt de telles approches en exégèse. Ensuite, une étude des textes relatifs à la reine de Saba, plus particulièrement la rencontre entre la souveraine étrangère et le roi Salomon (1 R 10, 1-13 ; 2 Ch 9,1-12), mènera à une mise en application de ces éléments théoriques. Ce sera aussi l’occasion de mettre en lumière les recherches déjà entreprises à partir de perspectives féministes et/ou postcoloniales, entre autres les travaux de Bellis (2001), Fischer (2010), Gillmayr-Bucher (2007), Reinhartz (1994) et Schearing (1997). Plusieurs reconnaissent en cette reine d’Arabie du Sud une femme autonome, puissante, riche et d’une sagesse équivalente à celle de Salomon. Néanmoins, la reine de Saba est aussi dépeinte comme une « bonne étrangère » au service d’Israël et de sa glorification. M’inscrivant dans le prolongement de ces travaux, j’étudierai de quelle manière les codes de la littérature sapientiale contribuent à façonner la représentation de la reine de Saba, notamment son altérité ethnique et sa féminité royale (cf. Camp, 1992). Dans un dernier temps, afin d’enrichir la perspective féministe et postcoloniale développée, je ferai un détour par l’histoire de la réception, en accordant une attention particulière à la saga éthiopienne Kebra Negast (« La Gloire des Rois ») et aux nombreuses réécritures du récit de la reine de Saba dans les communautés afro-américaines
Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 2 - Féminismes islamiques
Animatrice : Anne Létourneau 
Auteure : Roxanne D Marcotte (UQAM)
1 - Contours d’une théologie féministe musulmane émergente
Il y a presque vingt ans, Riffat Hassan (1996) s’affairait à débusquer certaines des présuppositions théologiques qui, par le passé et encore aujourd’hui, sous-tendent bon nombre de lectures androcentriques des textes fondateurs de l’islam. Depuis, des musulmanes se sont affairées à relire ces textes (Coran et hadiths), à proposer de nouvelles analyses et à expérimenter avec de nouvelles approches de type féministe. Rien de surprenant, dès lors, que les lectures qu’elles proposent se démarquent des interprétations littéralistes et souvent restrictives ou contraignantes qui les ont considérablement desservies. Leur travail de relecture, de reconceptualisation et de reconstruction (O’Connor) les a amenées à identifier certains fondements d’une nouvelle théologie qui puisse être à leur image. Cette communication (de nature exploratoire) se propose d’identifier et de présenter un certain nombre de thèmes qui paraissent façonner les contours d’une théologie féministe musulmane émergente. Pour ce faire, quelques thèmes aux portées théologiques émancipatrices fort prometteuses sont identifiés dans les travaux de musulmanes (Riffat Hasan, Amina Wadud, Fatima Mernissi, Kecia Ali, Etin Anwar et Hidayatullah, entre autres) qui se sont penchées sur les textes de leur tradition et en ont proposé des herméneutiques de type féministe. Ces thèmes incluent, entre autres, une anthropologie aux horizons égalitaristes, qu’il s’agisse de la création d’Adam et Ève ou de leur désobéissance, ou des aspects de responsabilités morales, éthiques et cultuelles, ou encore, de toute la dimension sotériologique (tout en préservant une lecture biophysiologique différentialiste) ; un questionnement du langage androcentrique théologique ; et des propositions libérationnistes de type féministe.
Auteure : Sihem Bouzgarou-Ben Ghachem (Institut Supérieur des Langues de Tunis)
2 - Peut-on parler de féminisme islamique ?
PEUT-ON PARLER D'UN FÉMINISME ISLAMIQUE ? La révolution qui s'est répandue comme une traînée de poudre, en terre d'islam en général, en Tunisie en particulier, a certes permis l'émergence des jeunes, mais elle a vu, également, une montée conséquente des islamistes. Ces derniers, pour gagner les grâces des femmes, ont osé se réclamer du féminisme islamique. Même si les termes sont contradictoires et que le féminisme consubstantielllement, renvoie à la liberté de l'être FEMME. Comment pouvons-nous, en effet, parler de féminisme islamique quand l'une des conditions sine qua none de l'émancipation de la femme n'est pas remplie, est négligée, voire occultée ? Ce féminisme lui permet-il de disposer de son corps? Cette analyse de la situation représente l'arrière-fond idéologique d'une série d'études de cas de femmes voilées, effectuée dans le milieu estudiantin, milieu représentatif de la société tunisienne, dans la mesure où il recouvre toutes les couches sociales, ainsi que pratiquement toutes les provinces, les étudiantes étant issues des régions, rurales ou citadines, de la Tunisie. Cette étude vise à démontrer les contradictions inhérentes à un islamisme qui n'hésite pas à user d'un discours progressiste démocratique et féministe pour convaincre les plus récalcitrants. Il s'en est suivi des conclusions qui m'ont interpellée à bien des niveaux et qui peuvent faire l'objet d'une pratique effective sur le terrain, afin d'essayer de contrecarrer cette montée religieuse pernicieuse. Conclusions qui peuvent, par ailleurs, permettre de déconstruire le discours des féministes islamistes et de montrer ses limites et ses visées idéologiques, conscientes ou inconscientes.
Auteure : Malika BENRADI (Retraitée - Université Mohammed V)
3 - Le féminisme dans le monde musulman: un réformisme prisonnier du référenciel religieux
Dans les pays musulmans, le mouvement des femmes évolue en fonction de l'environnement politique et des mutations sociétales à l'œuvre dans la société musulmane. Le mouvement des femmes dites musulmanes et féministes interpelle les chercheur - es quant à sa place et à son rôle non seulement dans l'aire culturelle arabo - musulmane mais également dans les pays d'accueil où une forte communauté musulmane y réside. La présente proposition de communication entend analyser les fondements théoriques de cette dernière vague du mouvement des femmes dans le monde musulman, mouvement qui prétend être féministe, et qui, sans rompre avec le référentiel religieux, s'accorde comme priorité une relecture féministe des textes religieux. La contribution s'accorde essentiellement comme objectif de répondre à de nombreuses questions : ce mouvement arrivera- t-il à émanciper les femmes musulmanes, à instaurer l'égalité hommes - femmes dans tous les espaces et particulièrement dans l'espace privé où les résistances sont des plus fortes ? Quelles est son approche et sa stratégie ? Quels sont ses outils ? Quels sont les obstacles auxquels il se heurte, quelles sont les réactions qu'il suscite auprès du mouvement des femmes féministes : rejet, alliance stratégique, solidarité ... ? Quelles résistances il suscite auprès de la mouvance islamiste ? Autant de questions d'une grande actualité dans le monde musulman, auxquelles cette modeste contribution entend y répondre.
Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 3 - Représentations des femmes et mythologies
Animatrice : Marie-Andrée Roy 
Auteure : Gaëlle Kingué Élonguélé (UQAM)
1 - Égalité entre les femmes : représentations sociales de femmes minoritaires dans les manuels d'éthique et culture religieuse du secondaire
Cette présentation expose un projet de recherche mixte qui explorera certaines représentations sociales véhiculées par les manuels scolaires d'éthique et culture religieuse (ECR) du secondaire. L’objectif est de vérifier s’il existe des différences de traitement dans les représentations du féminin. Les partisans de la « Charte de la laïcité » ont souvent martelé que l’égalité entre les femmes et les hommes était le droit le plus menacé par l’ouverture à la diversité religieuse. Cette relation est également mise en avant par ceux qui considèrent que le programme d’ECR, implanté en 2008, est un moyen de maintenir les inégalités entre les sexes véhiculées par les religions. L’instrumentalisation du lien entre laïcité et égalité entre les femmes et les hommes, combinée aux stéréotypes basés sur la race et la religion accolés à certaines femmes, entraine une perception ethnocentrée et condescendante des rapports sociaux entre les genres. Lors des évènements entourant la Charte, une hiérarchisation exacerbée est ressortie entre les femmes du groupe majoritaire et certaines femmes du groupe minoritaire, à savoir les musulmanes voilées, représentées dans l’imaginaire collectif comme étant à l’antithèse de la femme moderne québécoise. À travers une approche peu utilisée en sciences de l’éducation, nous nous proposons d’utiliser la perspective intersectionnelle pour explorer et analyser les représentations sociales de femmes croyantes racisées dans les cultures religieuses présentées dans les manuels scolaires d’ECR, et notamment les musulmanes voilées, afin de voir si ces représentations sont exemptes de biais liés à la race et à la religion qui inférioriseraient certaines femmes.
Auteure : Geneviève Pigeon (UQÀM)
2 - Les archétypes du Féminin, ou comment le serpent finit par se mordre la queue
Dans le cadre du cours Femmes et mythologies anciennes et actuelles de l'UQÀM, le mythe du Féminin est abordé comme une réalité construite et explicitée par un discours occidental chrétien patriarcal. Les étudiant.e.s sont invitées à analyser le Féminin à partir de catégories complémentaires qui permettent une étude synchronique et diachronique de la représentation du sujet. Ainsi, par l'observation des grandes manifestations du Féminin dans les discours religieux et socioculturels (iconographie, beaux-arts, cinéma, littérature, médias de masse, biographies, etc.), les participant.e.s au cours s'engagent dans une approche critique qui observe comment le mythe du Féminin est « ramené » à ses fonctions biologiques sacrées, à ses capacités à « prendre soin » (care) tout en se voyant refuser toute forme d'altruisme ou de volonté propre, c'est-à-dire que les actions « féminines » narrées obéissent à une logique sacrificielle. Or, nous faisons l’hypothèse que l'expérience de l'autorité dans la relation professeure/groupe cours témoigne d'une intériorisation de ce que doit être le Féminin. Devant une méthode pédagogique qui valorise l'analyse, la réflexion et l'observation, des étudiant.e.s ont en effet ouvertement manifesté leur déception de ne pas entendre de la part de leur enseignante un discours plus engagé. L'impact de la construction du Féminin apparaît donc comme une constituante de la relation groupe-cours / enseignante et ce, même dans un contexte où les étudiant.e.s sont appelé.e.s à prendre du recul face à leur conception des qualités dites « féminines ». Par cet exemple très concret, la question de la performance de la féminité dans un cours d'études féministes qui déconstruit le féminin sera évoquée ici, avec pour objectif de mieux comprendre l'articulation des enjeux d'autorité et de féminité dans un cadre universitaire.
Auteure : Patrick Snyder (Université de Sherbrooke)
3 - Les Vénus du Paléolithique supérieur : nouvelles critiques féministes du mythe de la Déesse-mère
Les statuettes dites Vénus du Paléolithique supérieur (Willendorf, Vénus à la corne, etc.), découvertes à la fin du 19e et au début de 20e siècles, ont été présentées, au niveau scientifique (Piette, James, Powelle, etc.) et populaire (Goddess mouvement), comme des archétypes de la Déesse-mère. C’est devenu un lieu commun, le Dieu du paléolithique supérieur était une Déesse-mère. Elle représenterait les caractéristiques naturelles déifiées de la femme associées à la maternité et au care pour les humains et la terre. Les preuves archéologiques soutenant cette « conviction » sont très minces. Ces Vénus ont été découvertes, au pic et à la pioche, à l’époque d’émergence de l’archéologie. Nous n’avons aucune explication écrite sur le sens religieux que donnaient nos ancêtres du paléolithique à ces Vénus. Les nouvelles critiques féministes (Delporte, White, Cohen, etc.) en archéologie, en histoire et en études religieuses rappellent qu’aborder le paléolithique, c’est faire des hypothèses devant des informations précaires. Nous devons nous méfier de nos cadres idéologiques contemporains sur les genres pour interpréter des artefacts aussi anciens. Le terme Vénus implique en soi une approche genrée de leur conceptualisation. Ces critiques proposent de dépasser le stéréotype de la Déesse-mère, pour développer des recherches approfondies sur les rôles de la femme au paléolithique supérieur. Le fait que 40% des Vénus répertoriées semblent être enceintes, pose assurément des questions importantes sur la fécondité comme seule explication. Les progrès de la science préhistorique, les récentes découvertes de Vénus (Vénus de craie-2014) nous apporteront de nouvelles questions et interprétations.
Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 4 - Femmes, droits et religions
Animatrice : Marie-Andrée Roy 
Auteure : Sonia Sarah Lipsyc (ALEPH-Centre d'Etudes Juives Contemporaines)
1 - De l’usage de la loi civile et d’autres stratégies sociétales dans l’avancée des droits des femmes au sein du judaïsme en Israël et au Canada
Alors qu’il existe une séparation des domaines religieux et civil dans diverses démocraties, il arrive que les femmes usent de la loi civile pour l’amélioration de leurs droits au sein du judaïsme. Quels sont leurs arguments ? Comment la loi civile intervient-elle dans un domaine religieux ? Nous étudierons en Israël, les cas des « Femmes du Mur » et de « Léah Shakdiel » qui se sont tournées vers la Cour Suprême, les premières pour avoir notamment le droit de prier en groupe devant le Mur occidental à Jérusalem. La deuxième, dans le cadre du leadership religieux, afin de pouvoir être candidate au sein du conseil religieux municipal s’occupant des besoins religieux de la cité de Yehoram. En matière de divorce religieux, le cas Bruker vs Marcovitz, au Canada, nous permettra de mieux comprendre les interactions subtiles entre loi civile et religion. Nous évaluerons également l’influence des préconisations de JOFA, le forum juif orthodoxe et féministe américain, sur l’évolution du statut des femmes dans le rituel juif ainsi que la prise de conscience sociétale suscitée par des groupes féministes juifs sur Facebook.
Auteure : Samia AMOR (Université de Montréal)
2 - L’inégalité hommes/femmes : une question de religion ou de droit ?
Cette contribution tend à répondre à la question : comment cerner l’impact du religieux sur les femmes, les rapports hommes-femmes et les transformations sociales pour l’atteinte de l’égalité des sexes ? Elle le fait dans un regard genré et croyant sur le droit islamique, notamment le Code algérien de la famille. À partir de l’exemple du divorce au féminin, l’analyse procèdera à une déconstruction en contexte en s’attachant à identifier les inégalités en droit, à prendre en compte l’illusion de neutralité du droit, à revisiter le droit islamique à partir d’une herméneutique coranique (libre) libérale, à proposer un changement paradigmatique et à mobiliser le droit pour une égalité de droit et de fait des femmes au divorce. Finalement, le propos s’étendra sur une pratique féministe religieuse : l’interprétation coranique.
Auteure : RIM GTARI (CHERCHEURE MILITANTE)
3 - La révolution légale des femmes tunisiennes : un exemple inachevé de conciliation égalité et religion
La présente communication s’inscrit dans le cadre du débat qui alimente la scène tunisienne, depuis le printemps arabe, à propos de l’avenir des acquis des femmes. L’originalité de l’expérience tunisienne, en matière d’émancipation des femmes et dans le monde arabo-musulman, est qu’elle a osé toucher un domaine considéré comme relevant du sacré : il s’agit du statut personnel (le droit de la famille). Elle a démontré que l’émancipation des femmes musulmanes est non seulement possible, mais faisable. Nous sommes en face d’un véritable chantier où le respect des lois sacrées doit se conjuguer aux idées de la modernité afin de parvenir à l’égalité entre les sexes. C’est un combat continu pour concilier la religion et l’égalité des femmes. Dans la présente communication, nous souhaitons saisir les avancées et les limites de droits des femmes tunisiennes, l’appropriation des féministes tunisienne de leur cause, surtout depuis le printemps arabe, les droits des femmes dans la nouvelle constitution tunisienne (janvier 2014). La présentation est inspirée, en partie, du livre de l’auteure Rim Gtari, L’égalité des femmes en Tunisie : histoire et incertitudes d’une révolution légale, France, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 2015.
Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 7 - Expériences féministes et religions
Animatrice : Anne Létourneau 
Auteure : Mona Abbondanza (Université du Québec à Montréal)
1 - Croyances religieuses et convictions féministes : cohabitation potentielle au sein du système identitaire de l’individu.
Dans cette communication, nous explorons, par l’entremise des théories sur l’identité et le concept de soi en psychologie, la cohabitation potentielle des croyances religieuses et des convictions féministes. Les recherches récentes sur l’identité indiquent qu’il est possible pour une personne de s’identifier non seulement à des réalités sociales mais aussi à des représentations abstraites de ces réalités sociales (Deaux et al. 1995). Ces représentations abstraites forment un réseau associatif de construits supra-ordonnés qui contribue à la formation du concept du soi. Les croyances religieuses ainsi que les convictions féministes peuvent agir à titre de représentations abstraites et former, elles aussi, un réseau associatif de construits supra-ordonnés influençant la formation du concept de soi. Dans cette présentation, nous explorons, premièrement, comment l’identité abstraite se forme et comment le réseau associatif de construits supra-ordonnés se crée et contribue à la formation du concept de soi. Nous examinons par la suite, à l’aide d’exemples, comment des identités, en particulier religieuses et féministes, peuvent cohabiter de manière concordante ou conflictuelle à titre de construits supra-ordonnés et contribuer au concept de soi. Les possibilités de recherches futures sur les identités religieuses et féministes supra- ordonnées et leurs influences sur le concept de soi, sont explorées.
Auteure : Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque (Université de Sherbrooke)
2 - L’accouchement comme expérience spirituelle pour le parent : relecture féministe d’un programme de recherche interdisciplinaire
Le groupe de recherche SPIN (SPIritualité et Naissance) travaille depuis 2009 sur la question de la spiritualité en salle de naissance, dans un travail de collaboration entre théologie et médecine. En effet, il nous semblait paradoxal qu’alors que la naissance d’un enfant ait été historiquement entourée par les rituels et croyances religieuses, que la salle de naissance contemporaine occidentale ne soit pas comprise comme un lieu d’expérience spirituelle pour les parents. S’en est suivi un programme de recherche avec méthodologie mixte : 1) une réunion scientifique multidisciplinaire pour catégoriser l’expérience spirituelle et 2) des entrevues auprès de parents afin de valider ces champs et 3) la mesure de la prévalence de ces champs dans un enquête auprès de 200 couples du CHUS. Au-delà des résultats obtenus sur la question spirituelle de la naissance, cette présentation se veut une relecture féministe de cette démarche interdisciplinaire et des défis rencontrés. En lien avec le « penser, créer, agir » féministe, je discuterai notamment comment cette recherche intègre une expérience féminise largement mis de côté sur le plan religieux et comment une relecture spirituelle de l’accouchement peut être une stratégie féministe de changement des cadres religieux et institutionnels patriarcaux. Je conclurai avec les questions qui m’habitent actuellement sur le sujet précis de ma thèse doctorale : le phénomène québécois de l’accouchement sous anesthésie épidurale et les résistances qui y sont fait.
Auteure : Élisabeth Garant (Centre justice et foi)
Le-s co-auteure-s : Asmaa Ibnouzahir (Centre justice et foi)
3 - Initier un dialogue féministe interreligieux : relecture de l’expérience du groupe Maria’M
Depuis la fin 2011, des Québécoises féministes chrétiennes et musulmanes ont amorcé un dialogue qui s’est donné le nom de Maria’M. Plusieurs initiatives de dialogue interreligieux existent un peu partout dans le monde, mais la particularité du groupe Maria’M, est d’être centré sur la question de l’égalité entre les femmes et les hommes au sein des traditions religieuses et dans la société. Ce dialogue vise à mieux connaître la tradition religieuse de l’autre et à échanger sur les défis vécus en tant que femmes chrétiennes et musulmanes ainsi que sur les stratégies de résistance à la discrimination dans chacune des deux traditions. Ce dialogue permet d’explorer des pistes de transformation religieuse et de développer une expression féministe de la vie spirituelle. Il ouvre aussi la possibilité de débattre d’enjeux présents dans le mouvement des femmes. Dans une société aux prises avec des débats répétés sur la laïcité, la « gestion » de la diversité religieuse et toujours marquée par des inégalités importantes entre les femmes et les hommes, il est nécessaire d’établir des espaces où le dialogue serein et respectueux n’est pas sacrifié sur l’autel des cotes d’écoute ou des votes politiques. Il est important que certains d’entre eux puissent permettre à des féministes croyantes de s’exprimer à partir de cette double appartenance sans avoir à exclure l’une ou l’autre. La communication proposée touche les questions relatives au volet « Agir les féminismes dans le champ religieux ». Elle sera faite par des femmes de chaque tradition participant au dialogue. Nous aborderons dans notre exposé, entre autres, les conditions pour mettre en place un dialogue féministe interreligieux fécond. Nous réfléchirons sur le défi du rapprochement des féminismes religieux en contexte occidental et de l’impact de ces initiatives sur la résistance des femmes au sein de leur tradition respective.
Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 5 - Christine Delphy, la religion, le voile et l’oppression
Animatrice : Marie-Andrée Roy 
Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 8 - Place au théâtre : Féministes et croyantes
Animatrice :  
Séance : Penser, créer agir les féminismes dans le champ religieux - Séance 6 - Femmes, migration et religions
Animatrice : Anne Létourneau 
Auteure : Karima DJENNANE HAOUCHENE (Université Paris Sorbonne)
1 - L’émergence d’un féminisme religieux en contexte migratoire: le cas de l’islam aux Etats-Unis
Le féminisme originel est un mouvement social qui s'est élevé contre les valeurs patriarcales, entre autres. C'est pourquoi féminisme et religion sont souvent considérés comme un oxymore puisque ces mêmes valeurs patriarcales ont été, au fil des siècles, véhiculées par les religions monothéistes en général. Aujourd'hui le féminisme n'est pas nécessairement antagonique à la religion ; il peut être aussi bien religieux que séculier. Le féminisme, y compris "le féminisme militant" a joué et continue de jouer un rôle prépondérant non seulement dans la féminisation des Eglises chrétiennes, mais également des religions transplantées aux Etats-Unis aujourd'hui, qu'il s'agisse du judaïsme réformé, du bouddhisme ou de l'islam, entre autres. C'est à cette dernière religion que nous nous intéresserons plus particulièrement. Nous nous proposons de mener une réflexion sur le lien existant entre le féminisme et la religion musulmane aux Etats-Unis aujourd’hui. Il conviendra d'analyser l’impact que le féminisme américain a pu avoir sur le processus de féminisation de l'islam, et de revenir brièvement sur les facteurs ayant contribué à la féminisation progressive de cette religion aux Etats-Unis. En effet, dans l’histoire américaine, la reconnaissance des femmes et la féminisation de la religion et du clergé dans les dénominations protestantes ont été des processus longs et progressifs. Cette féminisation s'est caractérisée notamment par une participation accrue des femmes au sein des institutions religieuses aussi bien en tant que fidèles, actrices ou encore "leaders" religieux. C'est également le cas de l'islam aux Etats-Unis aujourd'hui.
Auteure : Aurélien Mokoko Gampiot (CNRS Paris, France)
2 - Être Kimbanguiste et agir au féminin en contexte migratoire
Le Kimbanguisme, une des Eglises africaines indépendantes les plus importantes, naquit dans les années 1920 en Afrique noire, son fondateur Simon Kimbangu prônant une théologie de libération noire face à l’oppression coloniale établie au Congo belge, au Congo français et en Angola. Au travers du mouvement politico-religieux qui conduisit aux indépendances africaines, les figures féminines du mouvement (Marie Muilu, Michaelle Mandombe, etc.) ont joué un rôle considérable aux côtés du fondateur, notamment dans la naissance officielle de l’Eglise kimbanguiste. L’Eglise Kimbanguiste comprend depuis les années 1970 une forte diaspora en Europe et aux Amériques, offrant un exemple d’expression et d’adaptation des communautés venues d’Afrique dans les sociétés occidentales. Avec un discours panafricaniste hérité de la situation coloniale, l’église kimbanguiste propose un mode de croire, des principes et des commandements qui marquent diversement les rapports de genre. Etre une femme kimbanguiste dans ce contexte migratoire, c’est vivre à cheval entre deux systèmes de valeurs, réglés, l’un par les normes religieuses et les traditions sociales issues des pays d’origine, et l’autre par des normes socialement établies en Occident. Comment s’expriment les rapports de genre au sein de la communauté kimbanguiste et dans les sociétés d’installation? Il est question dans cette communication de montrer comment interagissent les deux systèmes de valeurs dans l’agir au féminin.
Auteure : Marie-Andrée Roy (UQAM)
3 - Outils pour un dialogue féministe en contexte de pluralisme religieux
Cette communication vise à présenter un nouvel outil mis en place pour soutenir un dialogue et des interventions féministes qui tiennent compte du pluralisme des croyances et des valeurs qui prévaut dans la société québécoise. Né d’une recherche subventionnée par le Conseil de la recherche en sciences humaines du Canada sur « Diversité religieuse et solidarités féministes, il répond a un besoin exprimé par des groupes qui travaillent avec des femmes de différentes origines pour qui l’appartenance religieuse joue assez fréquemment un rôle significatif dans la définition de la vision du monde et des rapports entre les sexes. Cet outil propose une connaissance ouverte mais sans complaisance des traditions religieuses, de la place des femmes au sein de ces traditions et des lectures féministes qui s’y développent. Cet outil est composé de sept fiches qui présentent chacune une tradition religieuse ou spirituelle : le judaïsme, le christianisme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, le sikhisme et les spiritualités autochtones. Dans le cadre de cette communication je fournirai quelques données sur l’état actuel de la diversité religieuse au Québec, j’introduirai les deux premières fiches publiées sur le web, celle sur le bouddhisme et celle sur l’hindouisme, et je parlerai du rôle du partenariat entre les chercheures universitaires, Relais-femmes et les militantes et intervenantes du mouvement des femmes pour produire un outil de mobilisation des connaissances accessible et pertinent.