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Activité : Colloque
Titre : 502 - Femmes, féminismes et mouvements sociaux en Amérique latine
Responsable(s) : Nancy Thede et Ludivine Tomasso
Résumé : À l’heure où les mouvements sociaux en Amérique latine font face au problème de la stratégie à adopter par rapport à leurs gouvernements, de nouveaux défis se posent quant aux revendications et aux politiques publiques concernant les femmes. S’il est vrai que, dans plusieurs pays, la redémocratisation et les « virages à gauche » du début du millénaire ont signifié de grands progrès pour les femmes sur le plan de leur reconnaissance comme actrices politiques et sociales, d’énormes problèmes de violence à leur égard persistent. Par ailleurs, les positions des organisations de femmes et des mouvements féministes varient face à ces enjeux et ne sont pas toujours consensuelles. Cet atelier vise à explorer certains de ces questionnements quant aux liens et aux tensions entre féminismes, organisations de femmes et mouvements sociaux en Amérique latine, à partir de la réalité de la multitude des mobilisations et des enjeux dans lesquels les femmes militent, que ce soit pour l’accès aux opportunités économiques, à des droits sociaux ou encore contre les violences. Une première séance sera consacrée à l’examen du lien entre mouvements de femmes et mouvements féministes, lien qui ne va pas forcément de soi. Selon les contextes, des tensions apparaissent dont les conséquences méritent d’être examinées. Quels liens existent-ils entre les mouvements de femmes et les mouvements féministes dans divers contextes latino-américains. Comment se caractérisent les relations entre ces types de mouvements? Quelles tensions sont présentes ? Comment s’y prend-on pour les résoudre ? Lors de la deuxième séance, il sera question de l’engagement des femmes et les stratégies qu’elles utilisent au sein de ces mouvements, à partir notamment des exemples du Brésil et de la Bolivie. Quelles sont les caractéristiques du leadership des femmes ? Comment parviennent-elles à les constituer ? Enfin, la question des violences faites aux femmes reste un enjeu majeur des réflexions des groupes féministes et de femmes. Dans certains contextes, il semble que, malgré leurs avancées politiques, les femmes subissent un renouveau des violences genrées. L’impunité est un facteur central de cette dynamique. Quelles pistes de stratégie sont mises de l’avant par les organisations de femmes pour contrer ces violences ?

Séance : Femmes, féminismes et mouvements sociaux en Amérique latine - Séance 1 - Féminismes et mouvements de femmes en Amérique latine : des tensions fécondes?
Animatrice :  
Auteure : Nora Nagels (UQAM)
1 - Relations de pouvoir entre différents acteurs sociaux féminins et féministes à l’heure de la dépatriarcalisation en Bolivie
L’accession au pouvoir en Bolivie d’Evo Morales transforme l’institutionnalisation du genre. La lutte contre les discriminations de genre, tout comme celles d’origine ethnique, ne se concentre désormais plus uniquement dans des entités institutionnelles spécifiques. En 2010, l’Unité de dépatriacalisation voit le jour au sein du vice-ministère de la décolonisation. Elle est portée par des acteurs auto-défini-e-s comme autochtones, promouvant la décolonisation de l’État et opposé, du moins en partie, au féminisme institutionnel. Cette communication, pose la question de l’évolution des rapports de pouvoir entre différents mouvements féminins et féministes ainsi que celle de la politisation ambivalente des rapports sociaux de sexe concomitants à ces changements institutionnels. L’association du concept de genre aux principes andins permet une politisation des rapports sociaux de sexe. Cependant, ce processus est affaibli par l’invisibilité du genre aux expériences autochtones et l’assimilation du patriarcat à la colonisation, qui tendent à une dépolitisation du genre.
Auteure : Anahi Morales Hudon (Université du Québec à Montréal)
2 - Dynamiques dans la construction de l’autonomie entre le mouvement des femmes autochtones et le mouvement féministe au Mexique
Depuis les années 1990 des alliances importantes sont établies entre les femmes depuis le mouvement autochtone et certaines femmes et organisations du mouvement féministe au Mexique. Les relations construites entre ces différentes actrices sociales sont traversées par des rapports sociaux et affectent la formation des identités collectives et la trajectoire organisationnelle des mouvements de femmes. Si ces alliances créent des opportunités de mobilisation et d’organisation, elles peuvent aussi avoir un effet négatif sur la construction d’une autonomie. Le cas étudié illustre l’importance d’analyser les effets des rapports structurels qui affectent le type de relations entre différentes actrices sociales et agissent à la fois comme des opportunités mais aussi des obstacles aux processus organisationnels des femmes. À travers l’analyse du mouvement des femmes autochtones à Oaxaca, j’illustre comment les dynamiques impliquées dans la construction d’alliances sont centrales pour comprendre la trajectoire organisationnelle du mouvement. Dans les dernières années, les femmes autochtones d’Oaxaca ont créé des espaces autonomes de coordination au niveau régional, comme l’Assemblée des Femmes Autochtones de Oaxaca (AMIO). Ce processus s’inscrit dans une volonté de se positionner comme actrices sociales à part entière face à la société et à l’État. Pour ce faire, les femmes autochtones ont entrepris la transformation des relations qu’elles entretenaient avec différents acteurs, dont le mouvement féministe. Ces alliances ont joué un rôle important dans la création d’opportunités mais, la forme que prennent celles-ci peut aussi limiter la création d’une autonomie organisationnelle.
Auteure : Christine Verschuur (IHEID)
3 - La construction des connaissances féministes, les tensions entre mouvements féministes et expert-es genre en Colombie
La présentation portera sur l'analyse des résistances, rencontres et tensions dans le processus de construction des connaissances féministes en Colombie. La discussion théorique sur la manière dont les connaissances féministes voyagent dans des espaces transnationaux s'appuiera sur une recherche en cours sur "gender experts and gender expertise". Les organisations féministes et de femmes ont contribué et participent de manière centrale à la construction de la pensée féministe, tant à partir de leurs actions concrètes et politiques que par leurs apports théoriques ancrées dans leurs pratiques. Des savoirs sont par ailleurs produits dans le champ transnational de la coopération internationale. Ces connaissances circulent entre ces différents espaces. Quels changements ces rencontres ont-elles produits dans la conceptualisation du genre et les connaissances féministes? Les analyses critiques de l'institutionnalisation du genre et l'ONGisation ont montré la dépolitisation et la perte de pouvoir transformateur liées à la professionnalisation de l'expertise genre, et les tensions avec les études féministes, en particulier avec les féminismes décoloniaux. Comment les savoirs provenant du champ transnational de la coopération ont-ils été réinterprétés, récupérés ou rejetés par des personnes des mouvements féministes? Comment les personnes qui sont considérées faisant partie d'une nouvelle catégorie d'"expert-es genre" ont-elles transformé, traduit le concept de genre dans leur expérience professionnelle, en interaction avec les mouvements féministes locaux, les politiques de genre et les réseaux globaux de genre. Pour terminer, nous nous demanderons quel pouvoir des connaissances ainsi construites confère-t-il.
Séance : Femmes, féminismes et mouvements sociaux en Amérique latine - Séance 2 - Revendications féministes et stratégies des femmes dans les mouvements sociaux en Amérique latine
Animatrice :  
Auteure : Charmain Levy (UQO)
1 - Le rôle des femmes leaders dans le mouvement d’habitation au Brésil
Les femmes sont le public le plus important au sein du Mouvement populaire pour l’habitation (MPH) au Brésil, et par extension au sein du mouvement pour le droit à la ville. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’agenda promu par ces organisations intègre des revendications qui tiennent compte de la signification spécifique du logement pour les femmes. Depuis 2003 cependant, à l’initiative d’une organisation féministe, des organisations du MPH de Sao Paulo ont intégré la question « Femmes et logement » à leur programme de formation. Mettant en lumière les rapports d’inégalités qui perdurent entre les hommes et les femmes et les inégalités dans leur accès à la ville (aux services, aux équipements et infrastructures), et la sous-représentation politique des femmes au sein des instances de démocratie participative, cette initiative a suscité une prise de conscience de l’importance de cet enjeu pour les femmes, chez leurs membres. Cette association, entre un mouvement social et une composante du mouvement féministe, avec l’appui d’un élu, s’est traduite par l’adoption d’une loi qui oblige la municipalité et les organisations paramunicipales à enregistrer le bail des logements publics au nom de la femme (et ce peu importe son statut civil). Cette politique qui vise à octroyer une sécurité aux femmes et à leurs enfants, est considérée au Brésil comme un gain pour les femmes et une avancée en matière de planification urbaine. Par le biais de la recherche que nous avons menée à partir de l’étude de cas de composantes du mouvement populaire pour l’habitation dans le centre-ville de Sao Paulo à partir de 2003.
Auteure : Andrea Martinez (Université d'Ottawa)
2 - Femmes, économie solidaire et processus d'autonomisation : le cas de la coopérative Centro de Saúde Alternativa da Muribeca dans la région métropolitaine de Recife (Brésil)
Au cours des dernières décennies, le mouvement d'économie solidaire a connu une croissance rapide en Amérique Latine, suite à la mise en place de programmes d'ajustement structurel dans des sociétés fragilisées par le processus de mondialisation néolibérale. Bien implanté au Brésil, ce mouvement vise à construire des alternatives socio-économiques au moyen de pratiques politiques altermondialistes, à la fois plus proches des populations défavorisées et plus sensibles aux luttes féministes. Notre communication porte sur les activités solidaires de la coopérative d’agriculture urbaine Centro de Saúde Alternativa da Muribeca, située dans une favela de la région métropolitaine de Recife (localité parmi les plus pauvres du Nord-Est du Brésil). Regroupant des femmes chargées de la culture, de la transformation et de la commercialisation de plantes médicinales, cette coopérative fait partie d'un réseau d’économie solidaire plus vaste mobilisant les communautés locales et les centres de recherche universitaires de la région. Partant d'entretiens semi-structurés individuels, notre propos est double: d'une part, documenter les trajectoires personnelles et les motivations de ces cultivatrices-herboristes en cherchant à comprendre l'impact de la coopérative sur leurs moyens de subsistance et leur « empowerment » économique et relationnel (au sein de leur ménage et dans la communauté); d'autre part, analyser le fonctionnement et les défis du réseau, en particulier si (et dans l'affirmative, comment) celui-ci utilise ses mécanismes d'organisation solidaire pour favoriser des pratiques sociales plus inclusives et équitables.
Auteure : Alejandra Ramírez (Centro de Estudios Superiores Universitarios de la Universidad Mayor de San Simón)
3 - Agentivités citoyennes plurielles des femmes et mouvements sociaux à Cochabamba
En Bolivie, les mouvements sociaux ont joué, sans aucun doute, un rôle important, à la fois en tant que producteurs mais aussi en tant que récepteurs, des plus importants changements qui ont pris place dans le pays depuis les 60 dernières années. En effet, on ne peut nier que les mouvements de paysans, des secteurs urbains, des miniers, des « cocaleros » (producteurs de la feuille de coca) et d'autres, ont été important, à tel point que plusieurs chercheurs ont mis en avant l’idée de la prédominance d’une « politique de la rue » en Bolivie liée à l’action collective. Qu’est ce qui passe dans le cas spécifique des femmes? Dans cette présentation, prenant comme référence la façon dont les femmes exercent et ont exercés leur citoyenneté en Bolivie (ce qu’on appelle ici leurs agentivités citoyennes), nous analyserons les stratégies plurielles que les femmes déploient en utilisant leurs divers différentiels de pouvoir, pour influencer directement ou indirectement sur les mesures publiques qui les concernent ainsi que leurs familles. Concrètement, nous débattrons de l’importance de l’action collective –ou la politique de la rue- en Bolivie du point de vue des femmes. Etant donné que 70% de la population nationale habite dans l’espace urbain, nous prendrons comme référence l’agence citoyenne des femmes urbaines et péri-urbaines dans la région de Cochabamba (la troisième ville en importance dans le pays). Nous organiserons la présentation en trois parties: (a) il s’agira d’un panorama général des formes plurielles d’agentivités citoyennes que les femmes déploient dans l’espace urbain (b) Puis nous analyserons les particularités, potentialités et contradictions qui caractérisent l’agentivité citoyenne collective, en particulier celle des femmes dirigeantes dans les mouvements sociaux, en les différenciant des organisations sociales. (c) Finalement, nous évaluerons l’impact de l’action des femmes dans les mouvements sociaux face à d’autres stratégies qu’elles utilisent quotidiennement dans le déploiement de leur agentivité citoyenne.
Séance : Femmes, féminismes et mouvements sociaux en Amérique latine - Séance 3 - Femmes, violences et lutte contre l’impunité en Amérique latine
Animatrice :  
Auteure : Leila Celis (UQAM)
1 - Le féminicide, un génocide à l’égard des femmes
L’utilisation du terme féminicide pour qualifier la violence meurtrière faite aux femmes suscite bien des débats. Ce terme fait référence à tous les meurtres dont sont victimes les femmes en raison de leur sexe (Diana Russell et Jane Caputi, 1992). Son utilisation a été déterminante en ce qu’il a contribué à politiser l’analyse en mettant en lumière le fait que le système de domination patriarcal est à l’origine de tous ces crimes et que ceux-ci participent à la reproduction du patriarcat. Les théoriciennes féministes ont aussi souligné le rôle de l’impunité, et donc de l’État, dans l’engrenage de la violence meurtrière contre les femmes. Aujourd’hui, une partie du débat sur le féminicide vise à catégoriser les meurtres de femmes par leurs caractéristiques particulières, que ce soit leur scénario, le lien de la victime avec l’auteur du crime, les causes structurantes (impunité, pauvreté et marginalité), etc. Il ne faudrait pas pour autant que le débat soit accaparé par les criminologues ou que les recherches soient principalement axées sur la formulation des politiques pénales. Le patriarcat n’est pas le seul système de domination qui cherche à se reproduire par le continuum de la violence faite aux femmes : l’esclavagisme, le colonialisme et la mondialisation capitaliste en font tout autant. C’est ce que nous analyserons dans cette communication.
Auteure : Ludivine Tomasso (UQAM)
2 - Mobilisation des femmes autour de la question de l’impunité à l’endroit des crimes commis pendant les dictatures : l’exemple du Pérou
Le Pérou a été le théâtre d’un conflit interne violent entre, d’une part des guérillas d’influence maoïste et les forces armées étatiques. Ces violences ont fait des milliers de victimes. Les femmes ont été des cibles privilégiées, à travers notamment les violences sexuelles et les politiques de stérilisations forcées. Au début des années 2000, une commission « vérité et réconciliation » a été mise sur pied pour documenter les violations des droits de l’homme et offrir des réparations aux victimes. Un effort a été fait pour y intégrer les expériences particulières des femmes. Pourtant, depuis quelques années, des groupes de femmes remettent en question le statu quo issu du rapport final et tentent de remettre en question leur invisibilité dans le processus mémoriel et judiciaire. Il s’agit donc d’examiner ici de quelle manière les groupes de femmes tentent de remettre en question la version « officielle » de la mémoire historique. Dans un premier temps, nous reviendrons sur la place des femmes dans les processus de transition au Pérou. Puis nous regarderons la manière dont les groupes de femmes tentent d’offrir de nouveaux espaces pour les voix des survivantes (notamment à travers l’élaboration de nouveaux rapports). Enfin, nous examinerons l’usage fait du tribunal de conscience organisé en 2013 et à la relance de processus judiciaires.
Auteure : Lucie Lamarche (UQAM)
3 - L'introduction en Amérique latine de mécanismes minimaux de protection sociale destinés aux femmes dispose-t-il de la question des violences genrées ?
L’ouvrage Women's Rights to Social Security and Social Protection a été publié chez Hart en septembre 2014. La coédition a été assurée par Lucie Lamarche (UQAM) et Beth Goldblatt (UTS, Sydney, Australie). La communication repose sur le thème de ce livre. Depuis plus ou moins deux décennies, se sont multipliés en Amérique latine les programmes dits de «cash transfer» ou de «conditional cash transfer» CT/CCT. Ces programmes sont d’abord destinés aux mères. L’évaluation de tels programmes démontre qu’ils accroissent utilement le revenu disponible des ménages pauvres dirigés par des femmes. Bien que s’inscrivant dans la droite ligne du droit des femmes à la protection sociale, de tels programmes emportent néanmoins une bonne dose de violence, de discrimination et d’aléatoire dont les femmes sont victimes. Ils reposent aussi sur des présupposés stéréotypés qui se déploient en marge de la participation de femmes à ces programmes. La communication entend explorer le thème des violences genrées et des mécanismes de protection en Amérique latine.