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Activité : Colloque
Titre : 505 - Maternité et rapports de pouvoir
Responsable(s) : Estelle Carde, Audrey Gonin et Sylvie Lévesque
Résumé : Témoin d’inégalités sociales et objet de constructions sociales, la maternité est un champ de recherche et de revendications important. Conséquemment, ce colloque s’intéressera à la maternité comme lieu de cristallisation des rapports de pouvoir exercés à l’endroit des femmes. En quoi les expériences liées à la périnatalité (grossesse, accouchement, allaitement, etc.) sont-elles marquées par les relations asymétriques hommes/femmes, par les différentiels de pouvoir (expert/patiente) et plus globalement par les normes sociales qui construisent des attentes vis-à-vis d’une “bonne mère” ? Dans cette perspective, deux axes seront distingués: 1. Ce que « l’on fait aux femmes », ou l’incorporation de ces rapports de pouvoir pendant la période périnatale : par quelle rhétorique et par quels actes cette incorporation passe-t-elle ? 2. Ce que « l’on attend des femmes », ou les rôles attendus des femmes tout au long de la maternité, dans leur propre travail sur leur corps et le corps des autres, notamment à travers le soin des enfants. Pour les deux axes, les représentations des femmes, de même que leurs réactions face à ces rapports de pouvoir seront discutés: soumission, compromis, résistances, émergence de voies alternatives? Ce colloque réunira des chercheures, des militantes et des étudiantes qui ont exploré différents enjeux liés à l’accouchement et à la maternité pour réfléchir conjointement aux enjeux contemporains qui y sont liés.

Séance : Maternité et rapports de pouvoir - Séance 1 - Corps, violences et rapports de pouvoir pendant l'accouchement
Animatrice :  
Auteure : Andrée Rivard (Université du Québec à Trois-Rivières)
1 - L'accouchement au Québec : réflexion d'une historienne sur une autorité qui ne fléchit pas (ou si peu)
La médicalisation de l'accouchement s’est intensifiée à une vitesse grand V à partir de la Seconde guerre mondiale avec la généralisation de l’hôpital comme lieu d'accouchement et la gestion active du travail. Les femmes n’ont guère eu le choix quant à un modèle qui semblait faire consensus dans la société. Elles s’y sont prêtées avec plus ou moins bonne grâce, n’ayant de toute façon pas tellement d’alternatives. Contrairement au message répandu, son application à toutes les femmes n’a pas eu que des effets positifs. Ses conséquences délétères sont bien tangibles et elles sont encore probablement sous-évaluées. De nos jours, les femmes ont perdu la mémoire de ce qui avait amené leurs prédécesseures à agir comme elles l’ont fait. Les femmes enceintes se préoccupent guère, pour la plupart, des éventuelles conséquences de leur adhésion au modèle médicalisé de l'accouchement, prenant pour acquis qu’il a fait ses preuves (positives, à l’instar du Progrès) et que les médecins, à qui elles reconnaissent une haute expertise, agissent exclusivement dans leur intérêt. Or, tel n’est pas le cas. Par ailleurs, depuis les années 1970, malgré les avancées engendrées par le féminisme, les politiques en périnatalité et les agissement des gouvernements sont loin de faire la preuve d’une reconnaissance du libre-arbitre des femmes concernant la manière dont elles veulent accoucher. Elles sont encore soumises aux orientations et aux dispositions d’un appareil médico-étatique qui, dans le temps, n’a cédé en rien (ou si peu) de son pouvoir sur leurs corps.
Auteure : Sylvie Lévesque (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Annie Jalbert (UQAM); Manon Bergeron (Université du Québec à Montréal); Lorraine Fontaine (Regroupement Naissance-Renaissance)
2 - Parler un langage commun. Le cas des violences vécues lors de l'accouchement.
Des lectures s’opposent face aux expériences de souffrance, de détresse et de violence vécues par les femmes lors de leur accouchement. D’un côté, des intervenantes féministes à l’écoute des femmes qui expriment des expériences douloureuses suite à leur accouchement invoquent le vocable violence obstétricale, alors que les milieux institutionnels et de la recherche avancent plutôt les termes détresse maternelle, anxiété, dépression postpartum ou état de stress post-traumatique. Un fossé semble séparer ces deux perspectives, appuyées par des idéologies et des épistémologies distinctes, et entre les deux, le dialogue est difficile. À la lumière de ces constats, cette présentation poursuit deux objectifs complémentaires. Le premier est de partager les résultats d’une recension des écrits sur les expériences d’accouchement telles que rapportées par les femmes et les facteurs susceptibles d’influencer leur perception de cet événement. Le second est d’illustrer, à l’aide d’une carte conceptuelle, les différentes significations attribuées aux termes de violence obstétricale, de souffrance et de détresse maternelle, les contextes dans lesquels ils sont utilisés et les liens, les différences et les similitudes entre ces concepts. Destinée aux étudiantes, aux chercheures et aux intervenantes intéressées par les questions liées à la santé reproductive et au mieux—être des femmes, cette présentation découlant d’un partenariat entre les milieux communautaire et académique vise à poursuivre la réflexion autour de l’accouchement, les soins qui y sont prodigués et les philosophies sous-jacentes.
Auteure : Noémie Carrière (Université d'Ottawa)
3 - Contrôle (du corps) des femmes : l'obstétrique comme instrument patriarcal
Cette présentation a pour objectif d’exposer la relation existant entre l’obstétrique occidentale et le système patriarcal. Elle est basée sur une approche académique féministe matérialiste et intersectionnelle ainsi que sur une perspective pratique de doula (accompagnante à la naissance). Il sera démontré en quoi l’obstétrique est à la fois un produit et un vecteur des sociétés patriarcales occidentales, notamment en reliant les mécanismes de contrôle (du corps) des femmes* tels que présentés par des auteures féministes matérialistes (Nicole-Claude Mathieu, Paola Tabet, Colette Guillaumin, Elsa Dorlin, etc.) aux méthodes d’intervention obstétricales. Seront de plus présentées les conséquences potentielles d’une pratique patriarcale de l’obstétrique sur les parturient-es en général et sur les parturient-es marginalisé-es en particulier. * Cette présentation traite de l’accouchement, qui est encore généralement perçu comme étant l’apanage du « féminin » ; cependant, comme nombre d’hommes trans, de personnes queer, butches et non-binaires accouchent elles et eux aussi, illes seront inclus comme sujets. Le mot « femme » sera utilisé car il permet de comprendre les dynamiques initiales sous-tendant le contrôle patriarcal de la reproduction, mais il sera par la suite remplacé par des termes plus inclusifs.
Auteure : Hirsch Olivia (Pontifícia Universidade Católica do Rio de Janeiro)
Le-s co-auteure-s : Sonia Maria Giacomini (Université Catholique Pontificale de Rio de Janeiro-PUC-Rio)
4 - Changements et tensions de l`incorporation des perspectives “feministes” et “humanisées” dans la “Casa de Parto” - centre d'accouchement appartennant au réseau publique de santé à Rio de Janeiro - Brésil
Cette communication présente les résultats de la recherche realisée dans la Casa de Parto de Rio de Janeiro, lieu d'accouchement utilisé par des femmes des couches populaires à Realengo, quartier pauvre à la Zone Ouest de la ville. Les idées autor de l'humanisation de l'accouchement ont été répandues par le gouvernement féderál après avoir été adoptées par des femmes des couches moyennes dans les grandes centres urbains brésiliens. Sous la forte influence des mouvements féministes, les propositions qui configurent “l'humanisation” de la naissance et de l'accouchement proclament le droit de la femme sur son corps – ainsi que des droits associés, comme le droit à la contraception et à l'avortement. Aussi, elles postulent la moindre intervention médicale ou pharmacologique possible. Ainsi que le féminisme, “l'humanisation” révindique l'autonomie de la femme, reconue en tant qu'individu autonome. Une question s'est présenté comme centrale: la primauté dans l'univers de valeurs de ces femmes des couches populares d'une vision relationnelle et hiérarchique du monde, ainsi qu'une faible adhésion aux idées individualistes. Le travail se concentre dans la description et analyse du conflit qui s'établi entre, d'une part, la perspective d' »humanistaion » de l'accouchement du personnel de l'institution médicale et, d'autre part, les valeurs de leur clientèle, jeunes femmes des classes populaires. L'analyse de ces conflicts permet de problématiser les enjeux concernant l'expérience de l'accouchement et la diffusion des idées féministes em mileu populaire à Rio de Janeiro.
Séance : Maternité et rapports de pouvoir - Séance 2 - Normes, représentations et rôles attendus autour de la maternité
Animatrice :  
Auteure : Frédou Braun (CEFA asbl)
1 - care et maternité
Le "care" est une valeur d sert e au profit d une croyance en l individu autonome et performant. Dans une soci t du profit, le "care" reste confin la sph re priv e et affective dans les repr sentations sociales, et donc d valoris e, voire d valorisante. Reconna tre l importance du "care" oblige faire r f rence aux femmes puisqu il leur a t , au fil des si cles, principalement d volu. La "sollicitude" a donc bien un sexe. Comment d s lors transmettre ces acquis essentiels pour la soci t sans enfermer les femmes dans un r le pr d termin tout en revalorisant leurs comp tences L assignation des femmes aux r les de principales pourvoyeuses de soins a un impact sur leur sant . La maternit est une exp rience qui justifie bien souvent cette assignation, d sengageant les hommes des t ches li es au soin des autres, et produisant ainsi parfois des difficult s postpartum, jusqu au "burnout" maternel. Les images du bonheur d tre m re v hicul es par la soci t occultent l isolement, la charge de travail et la souffrance qui en d coulent. Ne faut-il pas tout un village pour lever un enfant Le concept d alloparentalit en souligne l'importance. La soci t assigne la maternit aux femmes, mais le pouvoir du corps m dical les d poss de de leur accouchement. La transmission a t rompue au fil des g n rations. Les femmes ne connaissent pas leur corps, n ont plus confiance en leurs capacit s. Nous souhaitons interroger le "care" en lien avec la maternit , y compris le choix de ne pas devenir m re, et son impact sur la sant des femmes. Nous mettons en place des pratiques collectives citoyennes cr
Auteure : Sylvie Lévesque (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Catherine Rousseau (UQAM)
2 - Le corps féminin, la grossesse et l'accouchement. Perceptions et pressions sociales
La maternité biologique s’inscrit dans une évidence corporelle ; porter un enfant et lui donner naissance implique une transformation du corps. Or, il s’avère que peu de femmes devenant mère pour la première fois ont réalisé, avant la grossesse, l’étendue des changements qui s’y produiraient. De même, peu ont réalisé l’ampleur et la puissance des normes et pressions sociales liées au corps de la femme enceinte ou nouvellement mère. Dans le cadre d’un projet qualitatif exploratoire s’intéressant à la transition à la parentalité, 13 nouveaux parents ont été rencontrés individuellement afin de témoigner de leur trajectoire. Cette communication s’intéresse à leurs discours sur le corps - réel et projeté - et aux normes sociales. Les résultats mettent de l’avant leurs perceptions des mécanismes par lesquels la grossesse et/ou l'accouchement influencent l’image corporelle et fait état des difficultés inattendues à concilier les changements corporels avec leur idéal corporel. Sont aussi discutés les processus par lesquels leur image corporelle influence, à son tour, leur santé sexuelle. Enfin, leur discours nous permettent de mieux saisir les différentes manifestations des normes et des pressions sociales liées au corps, à la sexualité et à la maternité durant cette période charnière. Cette présentation vise à poursuivre la réflexion autour de cet enjeu central qu’est le corps comme un objet socialement construit, tant lors de la grossesse qu’en période postpartum.
Auteure : Annick Vallières (Université de Montréal)
3 - L’allaitement maternel au croisement des oppressions multiples: une lecture féministe intersectionnelle
Santé Canada recommande l’allaitement maternel exclusif pendant six mois(Santé Canada,2012). Cette norme de santé publique, qui se fonde sur une série d’études démontrant des bénéfices pour la santé de l’enfant allaité, contribue à la construction sociale et identitaire de la « bonne mère » (Bayard, 2012; Murphy, 2000). Dans cette communication, je présenterai une réflexion critique sur cette norme, en m’intéressant en particulier à ce que j’appelle les 6 contraintes à l’allaitement maternel : les rapports sociaux dans lesquels sont prises les femmes et qui peuvent les empêcher de respecter cette norme. Dans un premier temps, la présentation d’une revue de la littérature identifiera les rapports de pouvoir qui empêchent certaines femmes, malgré leur « bonne volonté », de se conformer aux attentes. Ces contraintes à l’allaitement maternel seront situées dans la dynamique entre le discours institutionnalisé de la « bonne mère » et l’expérience vécue des femmes.Dans un deuxième temps, je présenterai mon projet de thèse qui porte sur l’articulation, dans une perspective féministe intersectionnelle, des rapports sociaux de genre, de classe et de « race » en jeu dans les contraintes à l’allaitement maternel. J’aborderai aussi la démarche méthodologique que je prévois mettre en oeuvre et qui est basée sur la mixité des méthodes, alliant analyses statistiques des données de la plus récente Enquête sur la santé dans les communautés canadiennes et entretiens semi-­‐dirigés. Cette méthode mixte jumelée à un cadre théorique féministe intersectionnel permettra donc une meilleure compréhension des contraintes à l’allaitement maternel.
Auteure : Chantal Bayard (Université d'Ottawa)
4 - Corps, normes et résistance: l'exemple de l'allaitement maternel dans l'espace public
Avec Phyllis Rippeyoung, Université d’Ottawa L’allaitement maternel dans l’espace public est représenté de multiples façons dans les médias. D’une part, l’expérience de femmes ayant été expulsées d’un lieu public parce qu’elles allaitent leur enfant est régulièrement rapportée par ceux-ci. D’autre part, des mères allaitantes sont glorifiées sur la première page de magazines féminins, comme Glamour et Elle Australia, ou encore, comme Mahée Paiement, dans une campagne gouvernementale de promotion de l’allaitement. Enfin, d’autres mères suscitent l’intérêt des médias parce qu’elles se mobilisent, sous la forme de regroupement de types « d’allaite-in » ou encore via les médias sociaux par l’entremise de Brelfies (ego-portrait de mères qui allaitent), pour faire valoir leur droit d’allaiter n'importe où, n'importe quand. À partir d'exemples récents, nous discuterons, dans un premier temps, les similarités et les dissemblances de ces représentations, en nous attardant principalement aux normes sociales relatives au corps. Dans un deuxième temps, nous verrons comment ces représentations sont considérées dans les médias comme des formes de résistance.