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Activité : Colloque
Titre : 80 - Division globale du travail de care, justice de genre et migration
Responsable(s) : Naïma Hamrouni et Ryoa Chung
Résumé : La division genrée du travail de care s’articulant à une division du travail entre les femmes suivant les lignes de la classe, de la race et de l’appartenance nationale, les enjeux qui l’entourent ne peuvent plus être pensés dans le cadre limité des rapports de genre à l’intérieur de la famille, ou des rapports de classe à l’intérieur des frontières de l’État-nation. Dans le contexte de la mondialisation contemporaine, marqué par des inégalités de richesse criantes entre les pays et une hypermobilité de la main-d’œuvre féminine à l’échelle mondiale, les États du Sud fournissent aux États du Nord des nounous migrantes au rabais. En plus de l’exode des cerveaux (brain drain) auquel sont confrontés les pays les plus pauvres du globe, ils subissent de surcroît ce que Barbara Ehrenreich et Arlie Hochschild qualifient de véritable fuite des donneurs de soins (care drain). Quels sont les torts moraux causés par la division globale du travail de care? Ces torts sont-ils plus justement appréhendés par la théorie cosmopolitique ou l’éthique globale du care? Quels sont les remèdes à leur apporter? Le modèle juridique de la responsabilité morale est-il à même de saisir le caractère structurel des injustices auxquelles nous faisons face dans un tel contexte mondialisé? En quels termes doit-on penser la responsabilité morale et politique de remédier à l’injustice de genre ? Les préoccupations de justice de genre se limitent-elles à la seule structure de base de la société ou devraient-elles recouvrir les actions et les choix individuels ? Ce colloque est l’occasion d’aborder la problématique de la division internationale du travail de care sous trois principaux angles : Mondialisation du care : les limites et potentiels du « capitalisme émotionnel» (première séance) ; Droit, migration et travail de care (deuxième séance) ; Quelle théorie pour appréhender les injustices de genre structurelles ? (troisième séance). Avec la participation de Agnès Berthelot-Raffard (chercheure postdoctorale, Institute for Health and Social Policy, McGill University), Ryoa Chung (professeure agrégée, Département de philosophie, Université de Montréal), Eugénie Depatie Pelletier (doctorante, Coordonnatrice CÉRIUM/REDTAC, Université de Montréal), Lisa Eckenwiler (associate professor, Department of philosophy and Health Administration and Policy, George Mason University), Naïma Hamrouni (professeure suppléante, Département de science politique, Université Laval) et Sylvie Loriaux (professeure adjointe, Département de science politique, Université Laval).

Séance : Division globale du travail de care, justice de genre et migration - Mondialisation du care : limites et potentiels du « capitalisme émotionnel »
Animatrice :  
Auteure : Sylvie Loriaux (Université Laval)
1 - La libéralisation du commerce est-elle dommageable pour les femmes ?
Malgré leurs divergences, les penseurs de la justice mondiale tendent à s’accorder sur l’idée que l’équité de la pratique existante du commerce international requiert une diminution des barrières commerciales. Derrière cette idée, on retrouve généralement une prise en considération de la « raison d’être » du commerce international, qui est de redresser les niveaux de vie via l’exploitation d’avantages comparatifs. Dans cette communication, je souhaite montrer que cette conception de l’équité du commerce international — aussi défendable soit-elle — pose de sérieuses difficultés. Je me concentrerai sur les phénomènes de délocalisation, de restructuration et de « fuite du care ». Deux questions retiendront mon attention : Les dommages subis par les travailleuses non qualifiées dans les pays riches doivent-ils être considérés comme étant non préjudiciables? Les conditions de travail des travailleuses étrangères du care doivent-elles être considérées comme étant non dommageables? Je répondrai à ces questions en soutenant qu’une évaluation morale de la pratique existante du commerce international ne peut se baser uniquement sur des critères internes, mais doit aussi considérer des critères externes d’équité, en l’occurrence des critères liés à la « raison d’être » et donc l’ « équité » de la société en tant que telle.
Auteure : Agnès Berthelot-Raffard (McGill University)
2 - Solidarités féministes et économie transnationale du care : jusqu’où développer le « capitalisme émotionnel » ?
Avec l’institutionnalisation décomplexée de l’économie transnationale du care et l’émergence programmée d’une société où les différents « temps sociaux » sont rationalisés, une plus grande variété de biens et de services relationnels est désormais disponible sur le marché. Bien qu'elle soit pourvoyeuse de ressources monétaires pour les pays du Sud, cette marchandisation est loin de faire l’unanimité. La mise à disposition des services offerts par le « capitalisme émotionnel » incite à déléguer les tâches du care, auparavant honorées par les familles, à des fournisseuses rémunérées. Le « débordement de la vie mercantile » (Hochschild, 2013) contribue à la création d’une « sphère domestique transnationale » (Gardner/Grillo, 2002) ou « privée diasporique » (Baldassar/Gabaccia, 2010). Bien qu'ayant été plus fortement marquées par les effets de la division genrée du travail, les femmes sont les principales utilisatrices des services de care offerts par leurs consoeurs migrantes. Si l’amour commande la migration, la délégation du care semble entraver la mise en œuvre d’une solidarité féministe transnationale. Elle renforce l’« irresponsabilité des privilégiés » (Tronto, 1993) par l’acceptation tacite des « global care chains » (Hochschild 2002/Yeates, 2004) qui alimentent la fuite du care vers les pays dits « développés ». Cette délégation légitime les inégalités structurelles qui nuisent à l’émergence d’une justice sociale globale appropriée aux besoins d’égalité entre les femmes. En examinant les arguments proposés par Hochschild, ma communication questionnera les conditions de dépassement de ce paradoxe. Le capitalisme émotionnel peut-il s’envisager selon les attentes d’une véritable solidarité féministe ?
Auteure : Ryoa Chung (Université de Montréal)
3 - L'extension internationale de l'éthique du care : potentiel et limites
Dans le cadre de cette communication, nous présentons les grandes articulations maîtresses de l’éthique du care appliquée en relations internationales (suivant les travaux pionniers de Fiona Robinson). L’éthique du care est une perspective féministe qui nous exhorte à revoir, de manière critique, les paradigmes conceptuels dominants. Il en est de même dans le domaine de l’éthique des relations internationales. L’éthique du care nous offre un point de vue critique incontournable au sujet du paradigme libéral en théorie politique contemporaine, de même qu’une alternative critique des plus intéressantes au cosmopolitisme libéral et au réalisme. Toutefois, il y aura également lieu d’identifier certaines questions critiques face à l’application internationale de l’éthique du care, notamment en ce qui a trait à la prise en compte des fondements étatistes de l’ordre international et l’inégalité des rapports de pouvoir entre les acteurs. L’extension internationale de l’éthique du care est-elle une utopie? La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue.
Auteure : Eugénie Depatie-Pelletier (Université de Montréal)
4 - Interdiction de changer d’employeur dans les occupations du care: Violation étatique au Canada des droits et libertés fondamentales des travailleuses migrantes sur la base de leur pays d’origine
La migration de travailleuses et travailleurs du care représente un phénomène international important, affectant plusieurs centaines de milliers de personnes à travers le monde. Or, à ces flux de travailleurs sont associées différents programmes d’admission, imposant des conditions souvent restrictives de liberté pour les travailleurs migrants, lié à leur statut légal dans le pays d’accueil. Le présent article se penche sur l’interdiction de changer d’employeur qui est imposée à certaines catégories de travailleuses du care par plusieurs gouvernements à travers le monde. Se basant sur les effets réels auprès de la main d’œuvre touchée, seront abordées les différentes formes et facettes de cette exigence d’un point de vue historique et global, pour se pencher ensuite plus spécifiquement sur la situation des aides familiales migrantes au Canada et sur les conséquences de l’interdiction de changer d’employeur sur l’exercice des droits et libertés fondamentales de cette main d’œuvre migrante
Séance : Division du globale de care, justice de genre et migration - Séance 2
Animatrice :