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Activité : Colloque
Titre : 240 - Transformations du travail, imbrication des rapports de pouvoir et action collective pour le changement social - Atelier 3 - Le travail à l’aune du genre et de l’âge
Responsable(s) : Aline Charles et Anne Perriard
Résumé : Avec la globalisation et la financiarisation de l’économie ainsi que la ruée néocoloniale et militariste vers les sources d’énergie fossile et les technologies, les transformations dans l’organisation notamment sexuée du travail semblent s’intensifier. Les femmes, en nombre croissant dans les secteurs formel et informel de l’économie mondiale, sont de plus en plus souvent les pourvoyeures principales ou co-pouvoyeures des foyers, dont une part sont devenus transnationaux, tout en demeurant, dans l’immense majorité des cas, responsables du travail domestique non salarié. Leur rapport au travail se trouve ainsi reconfiguré selon diverses formes d’organisation productive et d’exploitation : réseaux de production mondiaux; lean production; sous-traitance, recours au travail informel ou à d’autres formes d’emploi précarisé, à temps partiel et intermittent. Dans ces modèles organisationnels néo et postfordistes, quelles sont les nouvelles modalités de la division sexuelle du travail ? En quoi se démarquent-elles des modalités plus anciennes, héritées des siècles précédents ? Comment cette division sexuelle du travail s’est-elle arrimée dans le passé et s’imbrique-t-elle aujourd’hui avec d’autres divisions sociales (raciale, internationale, etc.) du travail pour renforcer la concurrence au détriment de la solidarité? Quels sont les effets de ces transformations du travail au plan des droits des femmes et au plan de leur santé ? Comment se répercutent-elles sur l’organisation du travail domestique gratuit? Dans les espaces classiques d’action collective à l’égard du travail (mouvements syndical, associatif, militant), existe-t-il des voies d’émancipation à l’égard des nouvelles formes de subordination qui ne secondarisent pas les autres rapports de domination (hétérosexisme, agisme, racisme, etc.) sous-jacents? Et quels sont les nouveaux espaces d’action collective auxquels les femmes participent afin de défendre un ordre social et écologique plus juste où le travail serait partagé de façon égalitaire et aurait systématiquement un sens ? RÉSUMÉ de l'ATELIER : Ce colloque propose d’affiner la réflexion féministe sur la manière dont le genre et l’âge structurent l’univers du travail, entendu au sens large. Des recherches ont montré que ces deux systèmes de rapports sociaux créent des hiérarchies entre les diverses formes d’activité, génèrent des relations de pouvoir entre groupes ou individus au travail, inventent des catégories identitaires fortes. Ces systèmes sont mouvants et terriblement sensibles aux espaces-temps considérés. Pourtant, les catégories, les temporalités et les hiérarchies qui en découlent restent naturalisées, perçues comme universelles et leur genèse est souvent oubliée. Croiser les regards historiques, sociologiques ou autres permettra de questionner cette universalité apparente et d’en retrouver l’origine. Ce sera l’occasion de réfléchir sur les normes de genre et d’âge en matière de travail rémunéré et non rémunéré et sur les cycles de vie sexués qui (dés)articulent les différentes phases d’activité. Cette réflexion paraît d’autant plus pertinente que les approches intersectionnelles qui combinent le genre avec nombre d’autres rapports transversaux (classe, « race », ethnie, etc.) négligent encore l’âge. COORDONNATRICES du COLLOQUE : • Louise BOIVIN, professeure au Département de relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) • Aline CHARLES, professeure au Département des sciences historiques de l’Université Laval • Elsa GALERAND, professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Séance : Le travail à l’aune du genre et de l’âge - Séance 1 - Catégories d’âge et de sexe au travail : usages et normes
Animatrice :  
Auteure : Anne Perriard (Université de Lausanne, éésp)
1 - L’âge dans les politiques sociales : la construction de figures de la dépendance problématique
En Suisse, dans le canton de Vaud, des politiques sociales de l’emploi dites actives ont pour cible des catégories d’âge telles les « jeunes adultes en difficulté », les « familles pauvres » ou encore les personnes proches de la retraite. Elles envisagent l’indépendance principalement comme l’autosuffisance financière fondée sur la norme genrée et ethnicisée de l’homme gagnepain. Du point de vue des politiques sociales, l’indépendance demeure l’apanage de l’emploi, niant le caractère de dépendance du salariat et reléguant le travail non salarié à un statut inférieur. (Fraser & Gordon, 1994) De plus, l’emploi étant l’attribut de l’âge adulte, cette définition renforce les inégalités de statut lié à l’âge et la norme mythique de l’adulte autonome (Lorde, 1983; Priestley, 2000) qui contribue à dévaluer la dépendance. (Young, 2003) Grâce un matériau empirique fondé sur 78 entretiens menés auprès de professionnel·le·s du travail social entre 2012 et 2014, cette communication s’attache à saisir les articulations des systèmes d’inégalités d’âge, de genre et d’ethnicité qui participent à problématiser ou au contraire rendre invisibles certaines figures de la dépendance. Les discours du personnel du travail social permettent de ne pas se limiter aux politiques sociales mais d’aller voir ce qui se passe dans les pratiques et d’induire des formes de dépendance « silenciées» (Penafiel, 2014).
Auteure : Dominique Tanguay (Université Laval)
2 - Conciliation travail-études-famille : impacts croisés du sexe et de l'âge des parents
Bien que la conciliation travail-famille ait attiré beaucoup d’attention dans les recherches au cours de la dernière décennie, la conciliation des études et des autres rôles de vie demeure peu étudiée. Or, les statistiques indiquent qu’une portion non négligeable de la population étudiante universitaire conjugue maintenant formation, travail rémunéré et responsabilités familiales. Comment est vécue la conciliation études-travail-famille par les pères et par les mères? Est-ce que cette expérience diffère selon l’âge auquel elle se déroule? Afin de répondre à ces questions, cette communication présente une analyse des impacts du sexe et de l’âge sur la conciliation études-travail-famille, à partir d’une recherche qualitative menée auprès de vingt-quatre mères et onze pères inscrits dans un programme de doctorat. L’échantillon est composé de parents de différents groupes d’âge, les plus jeunes ayant un parcours académique linéaire alors que les plus âgés ont interrompu leurs études pendant plusieurs années avant de débuter leurs études doctorales. Des entrevues individuelles et un questionnaire ont été utilisés afin de mieux connaître les formes de travail accompli par ces parents, les stratégies et les sources de soutien qui leur ont été bénéfiques, ainsi que leur appréciation de leur expérience. Les résultats permettent de constater les progrès accomplis et les résistances toujours présentes, ainsi que de nourrir la réflexion sur les transformations de la division sexuelle du travail.
Auteure : Hélène Martin (HES·SO)
3 - Les politiques d'âge et de sexe dans la relation thérapeutique en physiothérapie
La communication se base sur une recherche en cours de valorisation, qui a porté sur la relation thérapeutique en physiothérapie. Qualitative, elle a procédé par la réalisation et l’analyse d’entretiens : trois entretiens de groupe ont permis de monter quatre scénarios mettant en scène un·e physiothérapeute confronté·e à une situation sexuellement ambiguë; ces scénarios ont ensuite été soumis et commenté par 20 physiothérapeutes diplômé·e·s dans le cadre d’entretiens individuels semi-directifs. L’analyse de leurs discours permet de montrer comment les rapports d’âge et de sexe s’imbriquent dans la production de figures d’hommes et de femmes associées avec différentes formes de sexualité. La communication montrera que les catégories d'âge, contrairement à celles de sexe, sont explicitement mobilisées par les physiothérapeutes pour expliquer le risque de sexualisation de la relation ; naturalisées, ces catégories justifient des conditions de travail différenciées pour les hommes et pour les femmes physiothérapeutes. En effet, sur le parcours de vie, l’imbrication du rapport d’âge et de sexe produit une figure relativement constante d’homme sexuellement actif et plusieurs figures de femmes diversement positionnées par rapport à la sexualité mais dont il est toujours attendu qu’elles contrôlent la sexualité des hommes. Dès lors, les situations dans lesquelles une physiothérapeute est confrontée à la sexualisation de la relation thérapeutique sont à la fois diversifiées et nombreuses, mais banalisées, alors que celles dans lesquelles un physiothérapeute est confronté à la sexualisation de la relation thérapeutique paraissent extraordinaires et particulièrement délicates à gérer.
Auteure : armelle Testenoire (DYSOLA Université de Rouen)
4 - Normes d’âge et parcours sexués
A la suite de Google, les sociétés Facebook et Apple proposent de financer la congélation d’ovocytes de leurs salarié·e·s afin de permettre à leurs salariées de mener leur carrière selon la norme d’âge requise par l’entreprise. Elles prévoient à cet effet un financement à hauteur de 20 000$ par salariée. « Congelez vos oeufs, libérez votre carrière » titrait le magazine Bloomberg Businessessweek en avril dernier Ce dispositif présenté par Sheryl Sandberg n° 2 de Facebook comme une mesure visant à promouvoir l’égalité entre les sexes est l’objet de polémiques aux Etats-Unis. Ces débats posent la question de l’emprise croissante des temporalités professionnelles sur les parcours des femmes et des hommes. A partir de plusieurs enquêtes biographiques menées auprès de jeunes femmes et de couples, cette communication se propose d’analyser les inégalités sexuées liées à cette emprise croissante des temporalités professionnelles, et en particulier leur impact sur l’insertion professionnelle et les carrières. Nous montrerons que ces effets se déclinent néanmoins de manière différenciée selon la classe sociale.
Séance : Le travail à l’aune du genre et de l’âge - Séance 2 - Les temporalités sexuées de l’activité
Animatrice :  
Auteure : Nadia Lazzari Dodeler (UQAR)
Le-s co-auteure-s : Diane-Gabrielle Tremblay (Téluq-Université du Québec)
1 - Un renouveau dans la fin de carrière ?
A partir d’une analyse genrée du parcours de vie, cet article permet de constater l’imbrication des trajectoires professionnelles et familiales/personnelles chez les jeunes mais aussi chez les plus âgés en fin de parcours professionnel. La problématique de l’articulation ou de la conciliation travail-famille doit donc bien être analysée tout au long du parcours de vie et non seulement en présence de jeunes enfants. Le modèle de parcours de vie de type normatif, en trois temps (études-travail-retraite) semble reculer, voire disparaître. En effet, un quatrième ou un troisième tournant (selon le genre) apparaît et favorise le développement d’une nouvelle carrière après la prise de la retraite. Nous avons qualifié ceci de renouveau de carrière. Nos résultats confirment aussi l’importance de prendre en compte au moins deux sources de diversité, l’âge et le genre, dans les analyses de parcours de carrières. En lien avec l’approche basée sur le modèle «ABC de Carrière Kaléidoscopique» qui combine les choix et les désirs des individus selon leur schéma de vie (Mainiero et Sullivan (2005), nous avons mis en évidence la complexité et la spécificité des carrières féminines mais aussi celle des carrières masculines; les femmes orientant, tout au long de leur parcours de vie, les différents aspects de leur vie, afin de répondre à leurs besoins fortement liés à la famille, quant aux hommes si leur carrière est mise de l’avant en début et au milieu du parcours professionnel, en fin de parcours ils tentent, tout comme les femmes, de répondre aux besoins de conciliation emploi-famille/vie personnelle.
Auteure : Lotte Damhuis (Université Catholique de Louvain)
2 - La fabrique des temporalités légitimes à l'épreuve du genre et de la situation d'emploi
Face aux difficultés que rencontrent les travailleurs de tous horizons dans le vécu et l’organisation de leur temps au travail (sentiment de manquer de temps, problématiques de burn-out, phénomènes de dispersion au travail), des dispositifs de coaching et de formation pour « améliorer sa gestion du temps » se répandent depuis une trentaine d’années. Ces dispositifs d’accompagnement visent à se pencher sur ce temps qui pose problème, à comprendre pourquoi nous sommes si pressés, mais surtout pourquoi il est souhaitable et comment il est possible de changer notre « rapport » au temps en vue de travailler et de vivre mieux. La recherche doctorale sur laquelle s’appuie cette communication vise à décrire et analyser ces pratiques d’accompagnement, sur base d’observations de formations et d’entretiens approfondis, en portant une attention particulière aux modalités ainsi qu’aux registres de valeur (Heinich, 2006) de ce que serait, selon ces coaches, un rapport réussi au temps. Au-delà de l’objectif transversal de ‘retrouver un sentiment de maîtrise du temps’, des inflexions dans les pratiques prescriptives sont repérables. Aussi les coaches mettent-ils parfois des accents différents dans l’accompagnement quand il s’agit d’homme ou de femme ; laissant apparaître à la fois des réalités différentes dans le vécu du temps et les situations de travail, mais également des prescriptions spécifiques quant à l’expérience du temps ou aux modalités de « bonne gestion » du temps, selon le genre. Cette communication proposera à la discussion les éléments autour desquels s’organise cette fabrique de temporalités légitimes selon le genre.
Auteure : Françoise Grodent (HEC- Ecole de gestion de l'Université de Liège)
Le-s co-auteure-s : Annie Cornet (HEC- Ecole de gestion de l'Université de Liège)
3 - Les carrières des cadres : regard croisé du genre et de l'âge. Proposition d'une grille d'analyse théorique
Ce papier a pour objectif la construction d'une grille d'analyse destinée à comparer les trajectoires professionnelles des hommes et des femmes cadres issus de trois groupes d'âge différents, à savoir les moins de 35 ans, les [35-50] ans et les plus de 50 ans. Le fait d’introduire la dimension de l'âge, en plus de celle du sexe, s’appuie sur la notion d’intersectionnalité qui vise à analyser la manière dont se combinent différentes caractéristiques de la diversité (ici le genre et l’âge) dans les trajectoires professionnelles des cadres. L’âge a été découpé en trois groupes de manière arbitraire, cela dans l’idée d’avoir trois catégories d’âge qui cohabitent actuellement et à la même période dans l’entreprise. Ces trois dernières peuvent recouper certaines générations, porteuses de diverses valeurs et représentations qui renvoient notamment aux rôles attribués aux hommes et aux femmes ainsi qu'à certaines attentes quant aux comportements de l’un et l’autre sexe. Cette comparaison intergénérationnelle nous permettra de mobiliser les théories du genre, à savoir les constructions socio-culturelles du féminin et du masculin, les rôles attribués aux femmes et aux hommes ainsi que les rapports sociaux entre les sexes, enracinés dans leur contexte historique. L’objectif est de proposer une grille de lecture qui sera utilisée pour l’analyse de données tant quantitatives que qualitatives collectées dans le cadre d'une thèse en cours de finalisation. Ce travail s’appuie sur une approche abductive, à savoir sur la volonté de faire des allers et retours entre des grilles d’analyse théoriques et des données inductives, utilisées à leur tour pour questionner et affiner les grilles d’analyse proposées.
Auteure : Marc Bessin (CNRS)
4 - Présences intergénérationnelles : le care pour articuler genre et âge
Il s'agira de penser ensemble temporalités et genre, en ce que l'assignation à l'ordre du genre peut s'envisager comme une socialisation à un rapport au temps qui met les femmes dans une disponibilité temporelle et une responsabilité de la durée. En considérant ainsi la temporalité au principe du genre, dans la tradition des problématiques des rapports sociaux de sexe, on peut dès lors envisager le parcours de vie comme un processus d'attente et d'assignation de care. Les présences sociales, qui soulignent les enjeux temporels et sexués du care et se définissent comme un ensemble de supports sociaux mis en place par des professionnel-le-s ou profanes pour répondre aux besoins d’autrui et ne se limitant pas à l’action présente ni à une relation dyadique, se déclinent ainsi en présences intergénérationnelles qui assignent les femmes à anticiper l'avancée en âge et appréhender les normes d'âge en fonction de leur engagements vis à vis de leurs proches, ascendants, descendants et conjoints, au détriment souvent d'autres engagements, professionnels notamment. Des recherches sur la parentalité tardive (entretiens biographiques menés auprès de 48 parents ayant eu des enfants après 40 ans pour les femmes, 45 pour les hommes) alimenteront cette proposition, que l’on pourra prolonger par une discussion sur les conditions et les limites de l'intégration des rapports d'âge dans les approches intersectionnelles.
Séance : Colloque 240 - Séance 4 - Catégories d'âges et de sexe au travail: usages et normes
Animatrice :  
Auteure : Anne Perriard (Université de Lausanne, éésp)
1 - L’âge dans les politiques sociales : la construction de figures de la dépendance problématique
En Suisse, dans le canton de Vaud, des politiques sociales de l’emploi dites actives ont pour cible des catégories d’âge telles les « jeunes adultes en difficulté », les « familles pauvres » ou encore les personnes proches de la retraite. Elles envisagent l’indépendance principalement comme l’autosuffisance financière fondée sur la norme genrée et ethnicisée de l’homme gagnepain. Du point de vue des politiques sociales, l’indépendance demeure l’apanage de l’emploi, niant le caractère de dépendance du salariat et reléguant le travail non salarié à un statut inférieur. (Fraser & Gordon, 1994) De plus, l’emploi étant l’attribut de l’âge adulte, cette définition renforce les inégalités de statut lié à l’âge et la norme mythique de l’adulte autonome (Lorde, 1983; Priestley, 2000) qui contribue à dévaluer la dépendance. (Young, 2003) Grâce un matériau empirique fondé sur 78 entretiens menés auprès de professionnel·le·s du travail social entre 2012 et 2014, cette communication s’attache à saisir les articulations des systèmes d’inégalités d’âge, de genre et d’ethnicité qui participent à problématiser ou au contraire rendre invisibles certaines figures de la dépendance. Les discours du personnel du travail social permettent de ne pas se limiter aux politiques sociales mais d’aller voir ce qui se passe dans les pratiques et d’induire des formes de dépendance « silenciées» (Penafiel, 2014).
Auteure : Dominique Tanguay (Université Laval)
2 - Conciliation travail-études-famille : impacts croisés du sexe et de l'âge des parents
Bien que la conciliation travail-famille ait attiré beaucoup d’attention dans les recherches au cours de la dernière décennie, la conciliation des études et des autres rôles de vie demeure peu étudiée. Or, les statistiques indiquent qu’une portion non négligeable de la population étudiante universitaire conjugue maintenant formation, travail rémunéré et responsabilités familiales. Comment est vécue la conciliation études-travail-famille par les pères et par les mères? Est-ce que cette expérience diffère selon l’âge auquel elle se déroule? Afin de répondre à ces questions, cette communication présente une analyse des impacts du sexe et de l’âge sur la conciliation études-travail-famille, à partir d’une recherche qualitative menée auprès de vingt-quatre mères et onze pères inscrits dans un programme de doctorat. L’échantillon est composé de parents de différents groupes d’âge, les plus jeunes ayant un parcours académique linéaire alors que les plus âgés ont interrompu leurs études pendant plusieurs années avant de débuter leurs études doctorales. Des entrevues individuelles et un questionnaire ont été utilisés afin de mieux connaître les formes de travail accompli par ces parents, les stratégies et les sources de soutien qui leur ont été bénéfiques, ainsi que leur appréciation de leur expérience. Les résultats permettent de constater les progrès accomplis et les résistances toujours présentes, ainsi que de nourrir la réflexion sur les transformations de la division sexuelle du travail.
Auteure : Hélène Martin (HES·SO)
3 - Les politiques d'âge et de sexe dans la relation thérapeutique en physiothérapie
La communication se base sur une recherche en cours de valorisation, qui a porté sur la relation thérapeutique en physiothérapie. Qualitative, elle a procédé par la réalisation et l’analyse d’entretiens : trois entretiens de groupe ont permis de monter quatre scénarios mettant en scène un·e physiothérapeute confronté·e à une situation sexuellement ambiguë; ces scénarios ont ensuite été soumis et commenté par 20 physiothérapeutes diplômé·e·s dans le cadre d’entretiens individuels semi-directifs. L’analyse de leurs discours permet de montrer comment les rapports d’âge et de sexe s’imbriquent dans la production de figures d’hommes et de femmes associées avec différentes formes de sexualité. La communication montrera que les catégories d'âge, contrairement à celles de sexe, sont explicitement mobilisées par les physiothérapeutes pour expliquer le risque de sexualisation de la relation ; naturalisées, ces catégories justifient des conditions de travail différenciées pour les hommes et pour les femmes physiothérapeutes. En effet, sur le parcours de vie, l’imbrication du rapport d’âge et de sexe produit une figure relativement constante d’homme sexuellement actif et plusieurs figures de femmes diversement positionnées par rapport à la sexualité mais dont il est toujours attendu qu’elles contrôlent la sexualité des hommes. Dès lors, les situations dans lesquelles une physiothérapeute est confrontée à la sexualisation de la relation thérapeutique sont à la fois diversifiées et nombreuses, mais banalisées, alors que celles dans lesquelles un physiothérapeute est confronté à la sexualisation de la relation thérapeutique paraissent extraordinaires et particulièrement délicates à gérer.
Auteure : armelle Testenoire (DYSOLA Université de Rouen)
4 - Normes d’âge et parcours sexués
A la suite de Google, les sociétés Facebook et Apple proposent de financer la congélation d’ovocytes de leurs salarié·e·s afin de permettre à leurs salariées de mener leur carrière selon la norme d’âge requise par l’entreprise. Elles prévoient à cet effet un financement à hauteur de 20 000$ par salariée. « Congelez vos oeufs, libérez votre carrière » titrait le magazine Bloomberg Businessessweek en avril dernier Ce dispositif présenté par Sheryl Sandberg n° 2 de Facebook comme une mesure visant à promouvoir l’égalité entre les sexes est l’objet de polémiques aux Etats-Unis. Ces débats posent la question de l’emprise croissante des temporalités professionnelles sur les parcours des femmes et des hommes. A partir de plusieurs enquêtes biographiques menées auprès de jeunes femmes et de couples, cette communication se propose d’analyser les inégalités sexuées liées à cette emprise croissante des temporalités professionnelles, et en particulier leur impact sur l’insertion professionnelle et les carrières. Nous montrerons que ces effets se déclinent néanmoins de manière différenciée selon la classe sociale.
Séance : Colloque 240 - Séance 5 - Les temporalités sexuées de l'activité
Animatrice :  
Auteure : Nadia Lazzari Dodeler (UQAR)
Le-s co-auteure-s : Diane-Gabrielle Tremblay (Téluq-Université du Québec)
1 - Un renouveau dans la fin de carrière ?
A partir d’une analyse genrée du parcours de vie, cet article permet de constater l’imbrication des trajectoires professionnelles et familiales/personnelles chez les jeunes mais aussi chez les plus âgés en fin de parcours professionnel. La problématique de l’articulation ou de la conciliation travail-famille doit donc bien être analysée tout au long du parcours de vie et non seulement en présence de jeunes enfants. Le modèle de parcours de vie de type normatif, en trois temps (études-travail-retraite) semble reculer, voire disparaître. En effet, un quatrième ou un troisième tournant (selon le genre) apparaît et favorise le développement d’une nouvelle carrière après la prise de la retraite. Nous avons qualifié ceci de renouveau de carrière. Nos résultats confirment aussi l’importance de prendre en compte au moins deux sources de diversité, l’âge et le genre, dans les analyses de parcours de carrières. En lien avec l’approche basée sur le modèle «ABC de Carrière Kaléidoscopique» qui combine les choix et les désirs des individus selon leur schéma de vie (Mainiero et Sullivan (2005), nous avons mis en évidence la complexité et la spécificité des carrières féminines mais aussi celle des carrières masculines; les femmes orientant, tout au long de leur parcours de vie, les différents aspects de leur vie, afin de répondre à leurs besoins fortement liés à la famille, quant aux hommes si leur carrière est mise de l’avant en début et au milieu du parcours professionnel, en fin de parcours ils tentent, tout comme les femmes, de répondre aux besoins de conciliation emploi-famille/vie personnelle.
Auteure : Lotte Damhuis (Université Catholique de Louvain)
2 - La fabrique des temporalités légitimes à l'épreuve du genre et de la situation d'emploi
Face aux difficultés que rencontrent les travailleurs de tous horizons dans le vécu et l’organisation de leur temps au travail (sentiment de manquer de temps, problématiques de burn-out, phénomènes de dispersion au travail), des dispositifs de coaching et de formation pour « améliorer sa gestion du temps » se répandent depuis une trentaine d’années. Ces dispositifs d’accompagnement visent à se pencher sur ce temps qui pose problème, à comprendre pourquoi nous sommes si pressés, mais surtout pourquoi il est souhaitable et comment il est possible de changer notre « rapport » au temps en vue de travailler et de vivre mieux. La recherche doctorale sur laquelle s’appuie cette communication vise à décrire et analyser ces pratiques d’accompagnement, sur base d’observations de formations et d’entretiens approfondis, en portant une attention particulière aux modalités ainsi qu’aux registres de valeur (Heinich, 2006) de ce que serait, selon ces coaches, un rapport réussi au temps. Au-delà de l’objectif transversal de ‘retrouver un sentiment de maîtrise du temps’, des inflexions dans les pratiques prescriptives sont repérables. Aussi les coaches mettent-ils parfois des accents différents dans l’accompagnement quand il s’agit d’homme ou de femme ; laissant apparaître à la fois des réalités différentes dans le vécu du temps et les situations de travail, mais également des prescriptions spécifiques quant à l’expérience du temps ou aux modalités de « bonne gestion » du temps, selon le genre. Cette communication proposera à la discussion les éléments autour desquels s’organise cette fabrique de temporalités légitimes selon le genre.
Auteure : Françoise Grodent (HEC- Ecole de gestion de l'Université de Liège)
Le-s co-auteure-s : Annie Cornet (HEC- Ecole de gestion de l'Université de Liège)
3 - Les carrières des cadres : regard croisé du genre et de l'âge. Proposition d'une grille d'analyse théorique
Ce papier a pour objectif la construction d'une grille d'analyse destinée à comparer les trajectoires professionnelles des hommes et des femmes cadres issus de trois groupes d'âge différents, à savoir les moins de 35 ans, les [35-50] ans et les plus de 50 ans. Le fait d’introduire la dimension de l'âge, en plus de celle du sexe, s’appuie sur la notion d’intersectionnalité qui vise à analyser la manière dont se combinent différentes caractéristiques de la diversité (ici le genre et l’âge) dans les trajectoires professionnelles des cadres. L’âge a été découpé en trois groupes de manière arbitraire, cela dans l’idée d’avoir trois catégories d’âge qui cohabitent actuellement et à la même période dans l’entreprise. Ces trois dernières peuvent recouper certaines générations, porteuses de diverses valeurs et représentations qui renvoient notamment aux rôles attribués aux hommes et aux femmes ainsi qu'à certaines attentes quant aux comportements de l’un et l’autre sexe. Cette comparaison intergénérationnelle nous permettra de mobiliser les théories du genre, à savoir les constructions socio-culturelles du féminin et du masculin, les rôles attribués aux femmes et aux hommes ainsi que les rapports sociaux entre les sexes, enracinés dans leur contexte historique. L’objectif est de proposer une grille de lecture qui sera utilisée pour l’analyse de données tant quantitatives que qualitatives collectées dans le cadre d'une thèse en cours de finalisation. Ce travail s’appuie sur une approche abductive, à savoir sur la volonté de faire des allers et retours entre des grilles d’analyse théoriques et des données inductives, utilisées à leur tour pour questionner et affiner les grilles d’analyse proposées.
Auteure : Marc Bessin (CNRS)
4 - Présences intergénérationnelles : le care pour articuler genre et âge
Il s'agira de penser ensemble temporalités et genre, en ce que l'assignation à l'ordre du genre peut s'envisager comme une socialisation à un rapport au temps qui met les femmes dans une disponibilité temporelle et une responsabilité de la durée. En considérant ainsi la temporalité au principe du genre, dans la tradition des problématiques des rapports sociaux de sexe, on peut dès lors envisager le parcours de vie comme un processus d'attente et d'assignation de care. Les présences sociales, qui soulignent les enjeux temporels et sexués du care et se définissent comme un ensemble de supports sociaux mis en place par des professionnel-le-s ou profanes pour répondre aux besoins d’autrui et ne se limitant pas à l’action présente ni à une relation dyadique, se déclinent ainsi en présences intergénérationnelles qui assignent les femmes à anticiper l'avancée en âge et appréhender les normes d'âge en fonction de leur engagements vis à vis de leurs proches, ascendants, descendants et conjoints, au détriment souvent d'autres engagements, professionnels notamment. Des recherches sur la parentalité tardive (entretiens biographiques menés auprès de 48 parents ayant eu des enfants après 40 ans pour les femmes, 45 pour les hommes) alimenteront cette proposition, que l’on pourra prolonger par une discussion sur les conditions et les limites de l'intégration des rapports d'âge dans les approches intersectionnelles.