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Activité : Colloque
Titre : 240 - Transformations du travail, imbrication des rapports de pouvoir et action collective pour le changement social - Atelier 4 - Précarisation de l’emploi et action syndicale et/ou associative des travailleuses
Responsable(s) : Sophie Béroud, Louise Boivin et Carole Yerochewski
Résumé : Avec la globalisation et la financiarisation de l’économie ainsi que la ruée néocoloniale et militariste vers les sources d’énergie fossile et les technologies, les transformations dans l’organisation notamment sexuée du travail semblent s’intensifier. Les femmes, en nombre croissant dans les secteurs formel et informel de l’économie mondiale, sont de plus en plus souvent les pourvoyeures principales ou co-pouvoyeures des foyers, dont une part sont devenus transnationaux, tout en demeurant, dans l’immense majorité des cas, responsables du travail domestique non salarié. Leur rapport au travail se trouve ainsi reconfiguré selon diverses formes d’organisation productive et d’exploitation : réseaux de production mondiaux; lean production; sous-traitance, recours au travail informel ou à d’autres formes d’emploi précarisé, à temps partiel et intermittent. Dans ces modèles organisationnels néo et postfordistes, quelles sont les nouvelles modalités de la division sexuelle du travail ? En quoi se démarquent-elles des modalités plus anciennes, héritées des siècles précédents ? Comment cette division sexuelle du travail s’est-elle arrimée dans le passé et s’imbrique-t-elle aujourd’hui avec d’autres divisions sociales (raciale, internationale, etc.) du travail pour renforcer la concurrence au détriment de la solidarité? Quels sont les effets de ces transformations du travail au plan des droits des femmes et au plan de leur santé ? Comment se répercutent-elles sur l’organisation du travail domestique gratuit? Dans les espaces classiques d’action collective à l’égard du travail (mouvements syndical, associatif, militant), existe-t-il des voies d’émancipation à l’égard des nouvelles formes de subordination qui ne secondarisent pas les autres rapports de domination (hétérosexisme, agisme, racisme, etc.) sous-jacents? Et quels sont les nouveaux espaces d’action collective auxquels les femmes participent afin de défendre un ordre social et écologique plus juste où le travail serait partagé de façon égalitaire et aurait systématiquement un sens ? RÉSUMÉ de l'ATELIER : Le processus de précarisation dans ses différentes dimensions (précarité de l’emploi, du travail, des droits) révèle les failles des formes prises par l’institutionnalisation de la représentation et de la négociation collectives, ce dont témoignent les difficultés des organisations syndicales pour atteindre et organiser les fractions les plus fragilisées des classes populaires. Ce processus de précarisation est particulièrement marqué dans des secteurs d’emploi à forte composante féminine. Des situations de sur-exploitation s’appuient sur l’intrication des différents rapports de domination, les rapports sociaux de sexe et la racisation venant renforcer les rapports de classe. Or, les études empiriques montrent que les syndicats peinent à exprimer les effets de cette imbrication des rapports de domination et tendent, le plus souvent, à faire rentrer les revendications et luttes de ces travailleuses dans des schèmes pré-établis qui ne rendent pas compte de leur vécu ni de leurs préoccupations. Ces phénomènes se retrouvent dans les pays du Sud, où les femmes travailleuses informelles développent par ailleurs des formes d’organisation autonomes. En partant de ces constats, nous voudrions interroger dans cet atelier les éventuelles spécificités des mobilisations de femmes précaires : - Menées dans un cadre syndical ou associatif, comment celles-ci parviennent-elles à rendre compte des différentes formes de la domination que subissent ces femmes dans leur travail ? - Quels sont les effets de ces luttes sur les formes d’organisation, mais aussi sur les revendications produites ? - Comment ces mobilisations contribuent-elles, si c’est le cas, à faire évoluer les pratiques et les structures syndicales ? COORDONNATRICES du COLLOQUE : • Louise BOIVIN, professeure au Département de relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) • Aline CHARLES, professeure au Département des sciences historiques de l’Université Laval • Elsa GALERAND, professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Séance : Précarisation de l’emploi et action syndicale et/ou associative des travailleuses - Séance 1 - Dynamiques des rapports sociaux sexuées et racialisées, et action collective des femmes précarisées : quels impacts sur les stratégies syndicales ?
Animatrice :  
Auteure : Louise Boivin (Université du Québec en Outaouais)
Le-s co-auteure-s : Nicholas Gagnon-Daniel (Université du Québec en Outaouais)
1 - Imbrication des rapports sociaux dans l’analyse des pratiques syndicales ou associatives au sein des organisations en réseau.
Un vaste corpus de littérature scientifique traite des pratiques syndicales et/ou associatives à l’égard des travailleuses et des travailleurs précaires. Notre étude constitue une synthèse analytique d’une trentaine d’études nord-américaines et européennes portant sur des contextes caractérisés par des relations d’emploi triangulaires dans le cadre d’organisations en réseau déployées sur un unique territoire juridictionnel. Cette forme organisationnelle connait une expansion dans tous les secteurs d’activités avec la multiplication de certaines pratiques de gestion par les entreprises et l’État (sous-traitance, recours aux agences de location de personnel, partenariats public-privé, etc.). Certaines catégories sociales telles les femmes et les personnes racisées se retrouvent en particulier dans les segments précaires de ces réseaux. Ces contextes ne correspondent pas aux normes qui furent aux fondements de la régulation juridique du travail encadrant l’action des syndicats depuis l’après-guerre : l’entreprise intégrée, la relation d’emploi bipartite employeur-salarié.e, la figure type du travailleur masculin principal pourvoyeur de la famille. Nous avons cherché à vérifier, à travers notre métasynthèse, si les analyses des pratiques syndicales et/ou associatives prennent en compte – et comment elles le font -- ce décalage entre les rapports sociaux de pouvoir tels que saisis par la régulation juridique du travail en vigueur et la réalité sociologique de ces rapports sociaux. Nous avons aussi voulu comprendre si l’existence et l’imbrication de différents rapports sociaux de pouvoir (rapports sociaux de sexe, classe, racisation) étaient considérées dans le regard porté sur les pratiques collectives dans ces milieux de travail marqués par la précarité et la fragmentation productive.
Auteure : Martine D'Amours (Université Laval)
2 - Les travailleuses de la garde d’enfants en milieu familial : à l’intersection des rapports sociaux de travail, de sexe et de migration
La communication proposée porte sur une forme particulière de travail de soins, soit la garde d’enfants à domicile, tel qu’elle est exercée dans le cadre institutionnel québécois. Elle contraste l’analyse du rapport social de travail dans ce secteur d’activité et le regard « intérieur » offert par l’appréciation subjective des travailleuses concernées et les voies qu’elles identifient pour le transformer. D’une part, et en dépit d’indéniables améliorations à leurs conditions de travail obtenues après plus d’une décennie de luttes syndicales, les responsables de services de garde en milieu familial (RSG) demeurent des travailleuses atypiques vulnérables, surtout si on compare leur situation à celles des éducatrices des centres de la petite enfance. D’autre part, les résultats d’une enquête par sondage auprès de 3 769 d’entre elles attestent d’une importante hétérogénéité quant à l’appréciation qu’elles ont de leur situation, aux moyens qu’elles identifient pour l’améliorer et à leurs perspectives professionnelles. L’article analyse l’hétérogénéité des revendications, représentations du métier et perspectives professionnelles qui coexistent au sein du groupe des RSG par l’imbrication de leur position de classe, de leur situation familiale et de leur expérience de la migration. Si les RSG ont fait front commun derrière les demandes syndicales lors des premières négociations collectives tenues en 2011, une telle analyse annonce les lignes de fracture que devront affronter les négociateurs syndicaux lors des prochaines négociations collectives : la scolarité, les générations, l’immigration.
Auteure : Cristina Nizzoli (LEST)
3 - Se mobiliser lorsqu'on est salariée de la propreté femme et immigrée. Un cas de mobilisation syndicale dans le secteur de la propreté en Italie
Par cette communication, je souhaite revenir sur une mobilisation syndicale de travailleuses du secteur de la propreté ayant eu lieu à Bologne, en Italie. De par son mode d'organisation (externalisation et temps partiel imposé) et sa main-d’œuvre (majoritairement féminine, immigrée et/ou ethnicisée), ce secteur demeure un terrain fécond pour l’étude du syndicalisme contemporain. Dans ce contexte, les rares cas de mobilisations sont des moments « exceptionnels » pour comprendre la manière dont s'expriment les différentes formes de domination que subissent les salariées de la propreté et le rôle joué par le syndicat. La mobilisation représente-t-elle un moment qui abolit la rupture (observée lors des autres pratiques) entre le groupe des représentants (les syndicalistes) et celui des représentées (les salariées) ou, à l'inverse, contribue-t-elle à en creuser la distance ? Qu'est-ce que les clivages qui caractérisent les salariées mobilisées (salariées immigrées/salariées italiennes) nous apprennent quant à l'articulation des différents rapports de domination ? Les résultats issus d'une enquête ethnographique menée au sein de l'organisation syndicale CGIL (Confédération Italienne Générale du Travail) permettront d'apporter une réponse à ces questions. Il s'agit de comprendre quels sont les effets des dynamiques qui s'expriment lors de l'action collective sur la structure et l'action syndicale. En effet, cette mobilisation conduit à s'interroger sur les conditions du passage du groupe (façonné ici par une expérience commune de femmes immigrées marocaines en Italie) au collectif (salariées de la propreté) et du rôle de l'acteur syndical dans ce processus.
Auteure : Carole YEROCHEWSKI (GIREPS et CRIMT)
4 - Renoncer à son identité pour accéder à l’emploi standard ? Des limites du renouveau syndical
À partir de l’étude d’un cas d’action collective de femmes racialisées et précarisées (en majorité), cette communication questionne la difficulté du syndicalisme à construire des stratégies prenant en compte les multiples dominations sur le marché du travail et en l’occurrence l’imbrication des rapports sociaux sexués et racialisés. En effet, plus de trois années de mobilisations initiées par les travailleuses d’agences de main d’œuvre au profit d’un organisme public - pour effectuer un travail à des conditions inférieures d’emploi que les salariés de cet organisme, qui n’étaient pas dans leur majorité membres de populations racialisées comme elles -, ont abouti à une victoire en trompe-l’œil : le conflit de travail s’est soldé par une entente – négociée par l’exécutif de la centrale syndicale – obligeant en l’occurrence les travailleuses racialisées des agences de travail temporaire à choisir entre leur ré-intégration comme salariée permanente dans cet organisme et la reconnaissance de la discrimination qu’elles avaient subie et contre laquelle elles s’étaient mobilisées. En outre, cet organisme public continue de faire appel à des agences de main d’œuvre pour des besoins non ponctuels et les agences continuent d’envoyer majoritairement des femmes racialisées, avec lesquelles le syndicat local n’a pas de contact. En s’appuyant sur des entretiens menés plus particulièrement avec les travailleuses et les syndicalistes (à différents échelons), la communication s’attachera à mettre en relation les représentations des problèmes qui ont animé les différents protagonistes pour éclairer les relations entre les façons d’analyser les dominations, les formes de lutte institutionnalisées et les priorités stratégiques syndicales.
Séance : Précarisation de l’emploi et action syndicale et/ou associative des travailleuses - Séance 2 - Des mobilisations contre la précarisation multidimensionnelle des femmes ? Éclairages en France et au Québec
Animatrice :  
Auteure : Sophie Beroud (Universite Lyon 2)
1 - Un syndicalisme de classes populaires ? L’expérience de SUD CT auprès des travailleuses au bas de l’échelle des collectivités territoriales
Le secteur de la fonction publique territoriale, en France, concentre un nombre important d’emplois fortement précarisés avec une main d’œuvre principalement féminine. Ces travailleuses occupent des postes à la fois dans les cantines scolaires, mais aussi dans la garde d’enfants en bas âge, qu’elles soient ATSEM (Agents spécialisés dans les écoles maternelles) ou assistantes maternelles employées par les municipalités. Les emplois sont le plus souvent à temps partiel, avec des niveaux de rémunération très bas (salaire minimum). Ces catégories de « travailleuses pauvres » sont peu visibles dans l’espace public, bien qu’elles aient participé activement dans certaines villes, par exemple, au dernier grand mouvement contre la réforme des retraites en 2010. Dans le sillage des travaux que nous avons réalisés sur la syndicalisation des aides à domicile, nous souhaitons nous appuyer ici sur une enquête en cours auprès de la fédération syndicale SUD Collectivités territoriales (CT) afin de questionner à la fois les démarches syndicales pour organiser ces catégories de salariées, mais aussi la façon dont ces travailleuses investissent le syndicat, font émerger leurs propres revendications et un univers de pratiques profondément inscrit au sein des classes populaires. Les syndicats SUD regroupent historiquement des militant-e-s qui se sont formé-e-s dans les batailles internes de la CFDT, qui sont fortement politisé-e-s et avec un niveau de formation élevé. L’arrivée de nouvelles catégories, qui n’ont pas de parcours militant et dont l’univers professionnel et social est profondément différent, vient bousculer les façons de faire du syndicalisme.
Auteure : Diane Gagné (UQTR)
2 - Les programmes d’accès à l’égalité : femmes « opérateurs » 30 ans après?
L’un des objectifs des programmes d’accès à l’égalité était de favoriser l’embauche de femmes dans des secteurs dit-non traditionnels, afin de permettre à celles-ci l’accès à des emplois mieux protégés et mieux rémunérés. L’objet de cette communication est d’examiner le rôle qu’ont joué les différents acteurs sociaux concernés, et en particulier le syndicat et les femmes elles-mêmes, dans la mise en œuvre d’un programme d’accès à l’égalité dans un milieu non traditionnel. Ce programme a été introduit en 1985 à la Raffinerie de Pétro-Canada à Montréal, qui compte près de 360 travailleurs syndiqués. Les salaires y sont élevés donc attrayants, les avantages sociaux importants, la volonté d’intégrer les femmes venait de la haute direction et des mesures ont été mises en place afin de favoriser leur intégration. Nous connaissons le bilan quantitatif. Les sept premières femmes ont été embauchées au printemps et à l’été 1985. Deux n’ont pas passé l’hiver, deux sont encore à l’emploi, deux ont pris leur retraite récemment, une autre a quitté quinze ans plus tard pour une réorientation de carrière. Depuis, moins de dix travailleuses ont été embauchées. Ce constat nous interpelle puisque l’accès à ces emplois demeure précaire et que nous avons observé que cela n’a pas fait l’objet d’action collective. Les entrevues que nous entendons mener ce printemps devraient permettre de mettre en lumière certaines des difficultés rencontrées par les femmes en milieu non-traditionnels, la précarité des acquis obtenus grâce aux programmes d’accès à l’égalité et certaines causes du succès mitigé de ce programme d’accès à l’égalité. Pour ce faire, nous rencontrerons des femmes « opérateurs », des représentants syndicaux et patronaux et nous irons rencontrer une personne responsable du programme sur les procédés en continu de l’institut de Pétrochimie affiliée au CEGEP Maisonneuve. Cette démarche devrait permettre de répondre notamment à la question : comment l’action collective menée par le syndicat pourrait faciliter l’embauche et l’intégration de femmes dans ce milieu dit non-traditionnel?
Auteure : Christelle Hamel (Institut national d'études démographiques)
3 - De l'enquête nationale sur les violences faites aux femmes (ENVEFF) à l'enquête Violences et rapports de genre (VIRAGE): les évolutions de la mesure des violences en France
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Auteure : France Bernier (Centrale des syndicats du Québec)
4 - Mythes et réalités sur les secteurs public et parapublic : quand précarisation et disparités de traitement riment avec féminisation.
Depuis la fin des années 80, le travail atypique et précaire s’est institutionnalisé dans les secteurs public et parapublic, prenant appui sur une conception sexiste du travail. Au nom de la flexibilité, maître mot néolibéral justifiant l’ajustement nécessaire à la mondialisation, le travail atypique s’est conjugué, à tort, avec la conciliation travail-famille. Force est d’admettre que le discours sur la sécurité d’emploi a agi et agit comme paravent sur la réalité des femmes œuvrant dans ces secteurs, empêchant de mettre en lumière la précarité et l’intensification du travail vécues au quotidien, sans compter les difficultés de la conciliation travail-famille. À cette précarisation du travail des femmes s’ajoutent les disparités de traitement liées à l’architecture même des conventions collectives. Afin de prendre la mesure des transformations des conditions de travail dans les secteurs public et parapublic, et de l’effet pernicieux de ces transformations, l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) constitue l’outil à privilégier. Toutefois, force est de constater que les organisations syndicales tardent à développer cette analyse, ce qui n’est pas sans conséquence sur les orientations et actions syndicales privilégiées pour maintenir et améliorer les conditions de travail et de vie des femmes, très majoritaires dans les secteurs public et parapublic. Des données statistiques sur l’évolution des salaires dans les secteurs public et parapublic ainsi que sur l’évolution des statuts d’emploi des femmes depuis les 25 dernières années nous permettront de mettre en lumière les effets pervers de ce qu’on appelle les disparités de traitement sur les conditions de travail et de vie de ces femmes.
Séance : Colloque 240 - Séance 6 - Dynamiques des rapports sociaux sexués et racialisé, et action collective des femmes précarisées : quels impacts sur les stratégies syndicales?
Animatrice :  
Auteure : Louise Boivin (Université du Québec en Outaouais)
Le-s co-auteure-s : Nicholas Gagnon-Daniel (Université du Québec en Outaouais)
1 - Imbrication des rapports sociaux dans l’analyse des pratiques syndicales ou associatives au sein des organisations en réseau.
Un vaste corpus de littérature scientifique traite des pratiques syndicales et/ou associatives à l’égard des travailleuses et des travailleurs précaires. Notre étude constitue une synthèse analytique d’une trentaine d’études nord-américaines et européennes portant sur des contextes caractérisés par des relations d’emploi triangulaires dans le cadre d’organisations en réseau déployées sur un unique territoire juridictionnel. Cette forme organisationnelle connait une expansion dans tous les secteurs d’activités avec la multiplication de certaines pratiques de gestion par les entreprises et l’État (sous-traitance, recours aux agences de location de personnel, partenariats public-privé, etc.). Certaines catégories sociales telles les femmes et les personnes racisées se retrouvent en particulier dans les segments précaires de ces réseaux. Ces contextes ne correspondent pas aux normes qui furent aux fondements de la régulation juridique du travail encadrant l’action des syndicats depuis l’après-guerre : l’entreprise intégrée, la relation d’emploi bipartite employeur-salarié.e, la figure type du travailleur masculin principal pourvoyeur de la famille. Nous avons cherché à vérifier, à travers notre métasynthèse, si les analyses des pratiques syndicales et/ou associatives prennent en compte – et comment elles le font -- ce décalage entre les rapports sociaux de pouvoir tels que saisis par la régulation juridique du travail en vigueur et la réalité sociologique de ces rapports sociaux. Nous avons aussi voulu comprendre si l’existence et l’imbrication de différents rapports sociaux de pouvoir (rapports sociaux de sexe, classe, racisation) étaient considérées dans le regard porté sur les pratiques collectives dans ces milieux de travail marqués par la précarité et la fragmentation productive.
Auteure : Martine D'Amours (Université Laval)
2 - Les travailleuses de la garde d’enfants en milieu familial : à l’intersection des rapports sociaux de travail, de sexe et de migration
La communication proposée porte sur une forme particulière de travail de soins, soit la garde d’enfants à domicile, tel qu’elle est exercée dans le cadre institutionnel québécois. Elle contraste l’analyse du rapport social de travail dans ce secteur d’activité et le regard « intérieur » offert par l’appréciation subjective des travailleuses concernées et les voies qu’elles identifient pour le transformer. D’une part, et en dépit d’indéniables améliorations à leurs conditions de travail obtenues après plus d’une décennie de luttes syndicales, les responsables de services de garde en milieu familial (RSG) demeurent des travailleuses atypiques vulnérables, surtout si on compare leur situation à celles des éducatrices des centres de la petite enfance. D’autre part, les résultats d’une enquête par sondage auprès de 3 769 d’entre elles attestent d’une importante hétérogénéité quant à l’appréciation qu’elles ont de leur situation, aux moyens qu’elles identifient pour l’améliorer et à leurs perspectives professionnelles. L’article analyse l’hétérogénéité des revendications, représentations du métier et perspectives professionnelles qui coexistent au sein du groupe des RSG par l’imbrication de leur position de classe, de leur situation familiale et de leur expérience de la migration. Si les RSG ont fait front commun derrière les demandes syndicales lors des premières négociations collectives tenues en 2011, une telle analyse annonce les lignes de fracture que devront affronter les négociateurs syndicaux lors des prochaines négociations collectives : la scolarité, les générations, l’immigration.
Auteure : Cristina Nizzoli (LEST)
3 - Se mobiliser lorsqu'on est salariée de la propreté femme et immigrée. Un cas de mobilisation syndicale dans le secteur de la propreté en Italie
Par cette communication, je souhaite revenir sur une mobilisation syndicale de travailleuses du secteur de la propreté ayant eu lieu à Bologne, en Italie. De par son mode d'organisation (externalisation et temps partiel imposé) et sa main-d’œuvre (majoritairement féminine, immigrée et/ou ethnicisée), ce secteur demeure un terrain fécond pour l’étude du syndicalisme contemporain. Dans ce contexte, les rares cas de mobilisations sont des moments « exceptionnels » pour comprendre la manière dont s'expriment les différentes formes de domination que subissent les salariées de la propreté et le rôle joué par le syndicat. La mobilisation représente-t-elle un moment qui abolit la rupture (observée lors des autres pratiques) entre le groupe des représentants (les syndicalistes) et celui des représentées (les salariées) ou, à l'inverse, contribue-t-elle à en creuser la distance ? Qu'est-ce que les clivages qui caractérisent les salariées mobilisées (salariées immigrées/salariées italiennes) nous apprennent quant à l'articulation des différents rapports de domination ? Les résultats issus d'une enquête ethnographique menée au sein de l'organisation syndicale CGIL (Confédération Italienne Générale du Travail) permettront d'apporter une réponse à ces questions. Il s'agit de comprendre quels sont les effets des dynamiques qui s'expriment lors de l'action collective sur la structure et l'action syndicale. En effet, cette mobilisation conduit à s'interroger sur les conditions du passage du groupe (façonné ici par une expérience commune de femmes immigrées marocaines en Italie) au collectif (salariées de la propreté) et du rôle de l'acteur syndical dans ce processus.
Auteure : Carole YEROCHEWSKI (GIREPS et CRIMT)
4 - Renoncer à son identité pour accéder à l’emploi standard ? Des limites du renouveau syndical
À partir de l’étude d’un cas d’action collective de femmes racialisées et précarisées (en majorité), cette communication questionne la difficulté du syndicalisme à construire des stratégies prenant en compte les multiples dominations sur le marché du travail et en l’occurrence l’imbrication des rapports sociaux sexués et racialisés. En effet, plus de trois années de mobilisations initiées par les travailleuses d’agences de main d’œuvre au profit d’un organisme public - pour effectuer un travail à des conditions inférieures d’emploi que les salariés de cet organisme, qui n’étaient pas dans leur majorité membres de populations racialisées comme elles -, ont abouti à une victoire en trompe-l’œil : le conflit de travail s’est soldé par une entente – négociée par l’exécutif de la centrale syndicale – obligeant en l’occurrence les travailleuses racialisées des agences de travail temporaire à choisir entre leur ré-intégration comme salariée permanente dans cet organisme et la reconnaissance de la discrimination qu’elles avaient subie et contre laquelle elles s’étaient mobilisées. En outre, cet organisme public continue de faire appel à des agences de main d’œuvre pour des besoins non ponctuels et les agences continuent d’envoyer majoritairement des femmes racialisées, avec lesquelles le syndicat local n’a pas de contact. En s’appuyant sur des entretiens menés plus particulièrement avec les travailleuses et les syndicalistes (à différents échelons), la communication s’attachera à mettre en relation les représentations des problèmes qui ont animé les différents protagonistes pour éclairer les relations entre les façons d’analyser les dominations, les formes de lutte institutionnalisées et les priorités stratégiques syndicales.
Séance : Colloque 240 - Séance 7 - Des mobilisations contre la précarisation multidimentionnelle des femmes? Éclairages en France et au Québec
Animatrice :  
Auteure : Sophie Beroud (Universite Lyon 2)
1 - Un syndicalisme de classes populaires ? L’expérience de SUD CT auprès des travailleuses au bas de l’échelle des collectivités territoriales
Le secteur de la fonction publique territoriale, en France, concentre un nombre important d’emplois fortement précarisés avec une main d’œuvre principalement féminine. Ces travailleuses occupent des postes à la fois dans les cantines scolaires, mais aussi dans la garde d’enfants en bas âge, qu’elles soient ATSEM (Agents spécialisés dans les écoles maternelles) ou assistantes maternelles employées par les municipalités. Les emplois sont le plus souvent à temps partiel, avec des niveaux de rémunération très bas (salaire minimum). Ces catégories de « travailleuses pauvres » sont peu visibles dans l’espace public, bien qu’elles aient participé activement dans certaines villes, par exemple, au dernier grand mouvement contre la réforme des retraites en 2010. Dans le sillage des travaux que nous avons réalisés sur la syndicalisation des aides à domicile, nous souhaitons nous appuyer ici sur une enquête en cours auprès de la fédération syndicale SUD Collectivités territoriales (CT) afin de questionner à la fois les démarches syndicales pour organiser ces catégories de salariées, mais aussi la façon dont ces travailleuses investissent le syndicat, font émerger leurs propres revendications et un univers de pratiques profondément inscrit au sein des classes populaires. Les syndicats SUD regroupent historiquement des militant-e-s qui se sont formé-e-s dans les batailles internes de la CFDT, qui sont fortement politisé-e-s et avec un niveau de formation élevé. L’arrivée de nouvelles catégories, qui n’ont pas de parcours militant et dont l’univers professionnel et social est profondément différent, vient bousculer les façons de faire du syndicalisme.
Auteure : Diane Gagné (UQTR)
2 - Les programmes d’accès à l’égalité : femmes « opérateurs » 30 ans après?
L’un des objectifs des programmes d’accès à l’égalité était de favoriser l’embauche de femmes dans des secteurs dit-non traditionnels, afin de permettre à celles-ci l’accès à des emplois mieux protégés et mieux rémunérés. L’objet de cette communication est d’examiner le rôle qu’ont joué les différents acteurs sociaux concernés, et en particulier le syndicat et les femmes elles-mêmes, dans la mise en œuvre d’un programme d’accès à l’égalité dans un milieu non traditionnel. Ce programme a été introduit en 1985 à la Raffinerie de Pétro-Canada à Montréal, qui compte près de 360 travailleurs syndiqués. Les salaires y sont élevés donc attrayants, les avantages sociaux importants, la volonté d’intégrer les femmes venait de la haute direction et des mesures ont été mises en place afin de favoriser leur intégration. Nous connaissons le bilan quantitatif. Les sept premières femmes ont été embauchées au printemps et à l’été 1985. Deux n’ont pas passé l’hiver, deux sont encore à l’emploi, deux ont pris leur retraite récemment, une autre a quitté quinze ans plus tard pour une réorientation de carrière. Depuis, moins de dix travailleuses ont été embauchées. Ce constat nous interpelle puisque l’accès à ces emplois demeure précaire et que nous avons observé que cela n’a pas fait l’objet d’action collective. Les entrevues que nous entendons mener ce printemps devraient permettre de mettre en lumière certaines des difficultés rencontrées par les femmes en milieu non-traditionnels, la précarité des acquis obtenus grâce aux programmes d’accès à l’égalité et certaines causes du succès mitigé de ce programme d’accès à l’égalité. Pour ce faire, nous rencontrerons des femmes « opérateurs », des représentants syndicaux et patronaux et nous irons rencontrer une personne responsable du programme sur les procédés en continu de l’institut de Pétrochimie affiliée au CEGEP Maisonneuve. Cette démarche devrait permettre de répondre notamment à la question : comment l’action collective menée par le syndicat pourrait faciliter l’embauche et l’intégration de femmes dans ce milieu dit non-traditionnel?
Auteure : France Bernier (Centrale des syndicats du Québec)
3 - Mythes et réalités sur les secteurs public et parapublic : quand précarisation et disparités de traitement riment avec féminisation.
Depuis la fin des années 80, le travail atypique et précaire s’est institutionnalisé dans les secteurs public et parapublic, prenant appui sur une conception sexiste du travail. Au nom de la flexibilité, maître mot néolibéral justifiant l’ajustement nécessaire à la mondialisation, le travail atypique s’est conjugué, à tort, avec la conciliation travail-famille. Force est d’admettre que le discours sur la sécurité d’emploi a agi et agit comme paravent sur la réalité des femmes œuvrant dans ces secteurs, empêchant de mettre en lumière la précarité et l’intensification du travail vécues au quotidien, sans compter les difficultés de la conciliation travail-famille. À cette précarisation du travail des femmes s’ajoutent les disparités de traitement liées à l’architecture même des conventions collectives. Afin de prendre la mesure des transformations des conditions de travail dans les secteurs public et parapublic, et de l’effet pernicieux de ces transformations, l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) constitue l’outil à privilégier. Toutefois, force est de constater que les organisations syndicales tardent à développer cette analyse, ce qui n’est pas sans conséquence sur les orientations et actions syndicales privilégiées pour maintenir et améliorer les conditions de travail et de vie des femmes, très majoritaires dans les secteurs public et parapublic. Des données statistiques sur l’évolution des salaires dans les secteurs public et parapublic ainsi que sur l’évolution des statuts d’emploi des femmes depuis les 25 dernières années nous permettront de mettre en lumière les effets pervers de ce qu’on appelle les disparités de traitement sur les conditions de travail et de vie de ces femmes.