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Activité : Colloque
Titre : 240 - Transformations du travail, imbrication des rapports de pouvoir et action collective pour le changement social - Atelier 1 - Invisibilité des enjeux de santé au travail des femmes : mobiliser quand c'est encore possible...
Responsable(s) : Rachel Cox, Mélanie Lefrançois, Karen Messing et Johanne Saint-Charles
Résumé : Avec la globalisation et la financiarisation de l’économie ainsi que la ruée néocoloniale et militariste vers les sources d’énergie fossile et les technologies, les transformations dans l’organisation notamment sexuée du travail semblent s’intensifier. Les femmes, en nombre croissant dans les secteurs formel et informel de l’économie mondiale, sont de plus en plus souvent les pourvoyeures principales ou co-pouvoyeures des foyers, dont une part sont devenus transnationaux, tout en demeurant, dans l’immense majorité des cas, responsables du travail domestique non salarié. Leur rapport au travail se trouve ainsi reconfiguré selon diverses formes d’organisation productive et d’exploitation : réseaux de production mondiaux; lean production; sous-traitance, recours au travail informel ou à d’autres formes d’emploi précarisé, à temps partiel et intermittent. Dans ces modèles organisationnels néo et postfordistes, quelles sont les nouvelles modalités de la division sexuelle du travail ? En quoi se démarquent-elles des modalités plus anciennes, héritées des siècles précédents ? Comment cette division sexuelle du travail s’est-elle arrimée dans le passé et s’imbrique-t-elle aujourd’hui avec d’autres divisions sociales (raciale, internationale, etc.) du travail pour renforcer la concurrence au détriment de la solidarité? Quels sont les effets de ces transformations du travail au plan des droits des femmes et au plan de leur santé ? Comment se répercutent-elles sur l’organisation du travail domestique gratuit? Dans les espaces classiques d’action collective à l’égard du travail (mouvements syndical, associatif, militant), existe-t-il des voies d’émancipation à l’égard des nouvelles formes de subordination qui ne secondarisent pas les autres rapports de domination (hétérosexisme, agisme, racisme, etc.) sous-jacents? Et quels sont les nouveaux espaces d’action collective auxquels les femmes participent afin de défendre un ordre social et écologique plus juste où le travail serait partagé de façon égalitaire et aurait systématiquement un sens ? RÉSUMÉ de l'ATELIER : Dans un contexte où les entreprises demandent une flexibilité accrue de leur main-d’œuvre face à l’intensification du travail, l’émergence de revendications pour de meilleures conditions de travail est soumise à d’importantes pressions économiques, sociales et politiques qui peuvent affecter la mobilisation tant de la part des personnes employées et des syndicats, que de la part des employeurs, des acteurs sociaux, des décideurs et du milieu de la recherche (Messing, 2014). Les femmes sont particulièrement affectées par ces pressions, à cause de leur positionnement toujours fragile dans le marché du travail, notamment dans le secteur des services, les forçant à choisir quotidiennement entre leur propre bien-être et celui des personnes qui reçoivent leurs services sans compter la relative invisibilité des enjeux de santé physique et mentale liés à leurs emplois. L’équipe sur les inégalités sociales et de santé au travail (FODAR 2013-2015) rassemble des chercheuses convaincues de la pertinence d’une perspective interdisciplinaire de genre pour mieux appréhender la complexité des processus de transformation des conditions de travail et spécifiquement, les mécanismes qui sous-tendent la persistance, voire l’accentuation de certains problèmes de santé ainsi que des inégalités de genre dans le contexte actuel du travail. Cet atelier vise à alimenter une réflexion entre les panélistes et l’auditoire sur les défis rencontrés dans le développement de recherches, d’interventions ou de politiques visant à améliorer la santé des femmes au travail à travers la mobilisation de différents groupes d’actrices et d’acteurs dont les personnes employées et leurs regroupements, celles qui les emploient, celles qui prennent les décisions politiques et celles conduisent des recherches sur ces enjeux. COORDONNATRICES du COLLOQUE : • Louise BOIVIN, professeure au Département de relations industrielles de l’Université du Québec enOutaouais (UQO) • Aline CHARLES, professeure au Département des sciences historiques de l’Université Laval • Elsa GALERAND, professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Séance : Invisibilité des enjeux de santé au travail des femmes : mobiliser quand c'est encore possible... - Séance 1
Animatrice :  
Auteure : Mélanie Lefrançois (Université du Québec à Montréal)
Le-s co-auteure-s : Anne Renée Gravel (Téluq)
1 - Stratégies de conciliation travail-famille et travail-grossesse : influence des actions individuelles sur la mobilisation collective
Les difficultés de conciliation travail-famille (CTF) et de conciliation travail-grossesse (CTG) peuvent poser un risque pour la santé physique et mentale des personnes qui les vivent. Du côté de la CTG, l’article 40 de la Loi québécoise sur la santé et sécurité du travail permet à la travailleuse enceinte qui produit un certificat médical attestant que son travail présente un risque pour elle ou son enfant à naître, de demander à son employeur d'être affectée à « des tâches ne comportant pas de tels dangers et qu'elle est raisonnablement en mesure d'accomplir ». Néanmoins, quand vient le temps d’appliquer cette réglementation, les demandes des travailleuses sont souvent accueillies tièdement, étant perçues comme « compliquant » la vie de l’organisation. Quant à la CTF, les avancées sont minimes malgré des efforts politiques et une volonté de changement exprimée par les syndicats et certains employeurs. Nous proposons de mettre en écho les résultats de trois études portant sur l’analyse d’entretiens semi-dirigés et mettant en lumière l’expérience de CTF ou CTG au sein d’emplois de service (santé, alimentation, transport). Nous abordons les résistances dans les milieux de travail sous l’angle des stratégies de conciliation déployées par les travailleuses qui, associées la temporalité des besoins de CTF et de CTG mais aussi à la temporalité du climat organisationnel, sont plutôt d’ordre informel. Cela contribue involontairement à l’invisibilité des enjeux de CTF et de CTG et à compromettre l’intérêt à s’engager dans une démarche collective pour revendiquer de meilleures conditions pour la conciliation. Comment déconstruire ce cercle vicieux ?
Auteure : Jessica Riel (Université du Québec en Outaouais, CINBIOSE)
2 - Le défi de mobiliser les travailleuses et travailleurs : réflexion sur la résistance d’enseignantes du secondaire et de la formation professionnelle à aborder la question du genre
Dans le cadre de deux recherches qualitatives en ergonomie de l’activité, l’une réalisée auprès d’enseignantes, enseignants de niveau secondaire et l’autre auprès d’enseignantes de métiers à prédominance masculine en formation professionnelle, la question du genre a été difficile à aborder avec les participantes et participants. Lors des premiers entretiens ou au moment de la restitution des résultats, une résistance, voire un déni face à la question du genre a été constaté particulièrement chez les femmes. En effet, plusieurs enseignantes rencontrées mentionnaient que les différences observées entre les hommes et les femmes n’étaient pas liées au genre, mais à des traits de personnalité propres à chacun qu’il soit homme ou femme. Pourtant, les résultats révélaient clairement des inégalités selon le genre et des difficultés spécifiques aux femmes. Dans une perspective de transformation du travail et des rapports sociaux en découlant, la mobilisation des travailleuses et travailleurs s’avère être incontournable. Or, dans un tel contexte, comment arriver à les mobiliser sur la question du genre?
Séance : Invisibilité des enjeux de santé au travail des femmes : mobiliser quand c'est encore possible... - Séance 2
Animatrice :  
Auteure : Marie-Eve Major (Université de Sherbrooke)
1 - Mobiliser l'employeur à la réalisation d'une intervention
La compréhension du positionnement et des enjeux des différents acteurs, actrices dans les milieux de travail est une condition essentielle à la réalisation d'une intervention en ergonomie visant l'amélioration des situations de travail. La construction sociale d’une intervention représente ainsi un déterminant important de l'apport de celle-ci en termes de changement. L'un des défis de l'ergonome est souvent de mettre en évidence des situations critiques vécues par les personnes au travail qui n'apparaissent pas de façon évidente et dont il faut faire la démonstration. Dans le contexte où les emplois occupés par les femmes comportent souvent des contraintes moins visibles et moins présentes dans les grilles d'analyse de la charge de travail utilisées dans les entreprises, cette démonstration des contraintes de leur travail représente une étape importante de l'intervention. Dans le cadre d’un projet de recherche-intervention en ergonomie qui se déroule dans un milieu agricole de production porcine, divers enjeux de mobilisation des acteurs et actrices du milieu de travail se sont présentés. Deux de ces principaux enjeux seront abordés : 1) comment parvenir à mobiliser les employeurs face à la pertinence de la démarche ergonomique ? 2) comment parvenir à une évolution réelle des représentations des acteurs et actrices du milieu de travail face à la démarche et aux actions de prévention? On s’intéressera, entre autres, au développement de stratégies d’intervention favorisant l’intégration de préoccupations de santé et de sécurité au travail particulièrement là où la question de la prise en compte du travail des femmes s’est posée.
Auteure : Nicole Vézina (CINBIOSE UQAM)
Le-s co-auteure-s : Hélène Sultan-Taieb (Université du Québec à Montréal (UQAM))
2 - Mobiliser l'employeur au cœur même de l'intervention
Avec: - René Brunet, chercheur, Laboratoire d’ergonomie et d’épidémiologie en santé au travail, LEEST, Angers, France On s'intéresse ici au positionnement des employeurs et aux outils utilisés dans les entreprises pour évaluer les contraintes du travail. Nous nous intéresserons à l'invisibilité de plusieurs contraintes typiques du travail des femmes. Notre questionnement portera sur les arguments favorisant la mobilisation des employeurs pour agir en prévention, qu'il s'agisse de la production de résultats concernant les impacts du travail en termes de problèmes de santé, d'absentéisme, de présentéisme, de roulement du personnel, d'aléas de production. Ainsi, on s’interrogera sur le rôle que peut jouer la production de résultats économiques d’évaluations d’interventions ergonomiques pour contribuer à mobiliser les employeurs afin de prévenir les contraintes du travail des femmes. Comprendre le positionnement de l'employeur afin de favoriser une évolution de ses représentations et favoriser ainsi la réalisation d'actions d'amélioration des situations de travail est nécessaire à la démarche ergonomique. On s'intéresse ainsi aux arguments qui pourront permettre la mobilisation des employeurs, d'abord pour reconnaître la présence d'un problème et permettre la réalisation d'une intervention ergonomique et ensuite, au cœur même de l'intervention, afin de cheminer vers des transformations.
Auteure : Valérie Lederer (Université du Québec en Outaouais)
3 - Sexe/genre et incapacité de travail : les défis de la mobilisation au Québec
Les connaissances en matière de prévention de l’incapacité au travail ont décuplé ces dernières années, grâce à de nombreuses recherches réalisées au Québec et à l’international, notamment dans le domaine de l’évaluation de programmes. Les études offrant une perspective de sexe/genre sur l’incapacité au travail sont encore en plein développement, mais ouvrent des pistes prometteuses pour l’avenir. Ces recherches se caractérisent par des collaborations parfois compliquées, parfois ambivalentes, mais néanmoins indispensables et fructueuses entre la communauté scientifique et différents groupes d’actrices et d’acteurs sociaux (Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), employeurs, syndicats). Pourtant, même si les résultats foisonnent, l’appropriation et la mobilisation de ces connaissances par les groupes sociaux restent fragmentaires. Face aux nouveaux défis posés par la croissance des incapacités liées, entre autres, aux troubles mentaux, au cancer et au vieillissement de la main-d’œuvre, il devient urgent de se pencher sur nos pratiques de transfert de connaissances. La mise en place d’un dialogue constant avec les groupes d’actrices et d’acteurs, dès le début de la recherche, est une stratégie qui favorise l’appropriation des résultats.
Auteure : Stéphanie Bernstein (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Rachel Cox (Université du Québec à Montréal (UQAM))
4 - Entre égalité et santé, où la lutte pour la santé des femmes au travail doit-elle se nicher?
La législation québécoise relative aux normes et à la santé au travail est le fruit de mobilisations historiques de la part des mouvements syndical et communautaire. En dépit des effets différenciés selon le sexe des politiques de santé démontrés par la littérature scientifique, les questions de santé au travail touchant surtout des femmes ont tendance à être traitées sous l’angle du droit à l’égalité, soit un domaine de droit axé sur le dépôt de plaintes individuelles, plutôt que selon une approche proactive ou de prévention. La conciliation travail-famille en est un exemple, comme l’inadaptation des milieux de travail conçus pour des hommes à des femmes. Parallèlement, on constate que l’adoption de dispositions interdisant le harcèlement psychologique dans la Loi sur les normes du travail a occulté la dimension de genre dans le traitement des plaintes et a réduit la visibilité du harcèlement sexuel au travail. Au moment où, en France, une analyse différenciée selon le sexe est mandatée par le Code du travail, au Québec, la législation en matière de santé au travail demeure résolument gender-blind. La mobilisation autour des enjeux de santé au travail touchant surtout des femmes est-elle plus facile si ces enjeux sont conçus comme des « questions de femmes » ? Le traitement à part de ces enjeux contribue-t-il à réconforter l’idée qu’au travail comme ailleurs, l’expérience masculine est universelle ? Le cas échéant, comment assurer l’intégration et le maintien d’une dimension de genre dans les initiatives mainstream de promotion de la santé au travail?
Séance : Colloque 240 - Séance 1 - Mobilisation des travailleuses et travailleurs
Animatrice :  
Auteure : Mélanie Lefrançois (Université du Québec à Montréal)
Le-s co-auteure-s : Anne Renée Gravel (Téluq)
1 - Stratégies de conciliation travail-famille et travail-grossesse : influence des actions individuelles sur la mobilisation collective
Les difficultés de conciliation travail-famille (CTF) et de conciliation travail-grossesse (CTG) peuvent poser un risque pour la santé physique et mentale des personnes qui les vivent. Du côté de la CTG, l’article 40 de la Loi québécoise sur la santé et sécurité du travail permet à la travailleuse enceinte qui produit un certificat médical attestant que son travail présente un risque pour elle ou son enfant à naître, de demander à son employeur d'être affectée à « des tâches ne comportant pas de tels dangers et qu'elle est raisonnablement en mesure d'accomplir ». Néanmoins, quand vient le temps d’appliquer cette réglementation, les demandes des travailleuses sont souvent accueillies tièdement, étant perçues comme « compliquant » la vie de l’organisation. Quant à la CTF, les avancées sont minimes malgré des efforts politiques et une volonté de changement exprimée par les syndicats et certains employeurs. Nous proposons de mettre en écho les résultats de trois études portant sur l’analyse d’entretiens semi-dirigés et mettant en lumière l’expérience de CTF ou CTG au sein d’emplois de service (santé, alimentation, transport). Nous abordons les résistances dans les milieux de travail sous l’angle des stratégies de conciliation déployées par les travailleuses qui, associées la temporalité des besoins de CTF et de CTG mais aussi à la temporalité du climat organisationnel, sont plutôt d’ordre informel. Cela contribue involontairement à l’invisibilité des enjeux de CTF et de CTG et à compromettre l’intérêt à s’engager dans une démarche collective pour revendiquer de meilleures conditions pour la conciliation. Comment déconstruire ce cercle vicieux ?
Auteure : Jessica Riel (Université du Québec en Outaouais, CINBIOSE)
2 - Le défi de mobiliser les travailleuses et travailleurs : réflexion sur la résistance d’enseignantes du secondaire et de la formation professionnelle à aborder la question du genre
Dans le cadre de deux recherches qualitatives en ergonomie de l’activité, l’une réalisée auprès d’enseignantes, enseignants de niveau secondaire et l’autre auprès d’enseignantes de métiers à prédominance masculine en formation professionnelle, la question du genre a été difficile à aborder avec les participantes et participants. Lors des premiers entretiens ou au moment de la restitution des résultats, une résistance, voire un déni face à la question du genre a été constaté particulièrement chez les femmes. En effet, plusieurs enseignantes rencontrées mentionnaient que les différences observées entre les hommes et les femmes n’étaient pas liées au genre, mais à des traits de personnalité propres à chacun qu’il soit homme ou femme. Pourtant, les résultats révélaient clairement des inégalités selon le genre et des difficultés spécifiques aux femmes. Dans une perspective de transformation du travail et des rapports sociaux en découlant, la mobilisation des travailleuses et travailleurs s’avère être incontournable. Or, dans un tel contexte, comment arriver à les mobiliser sur la question du genre?
Séance : Colloque 240- Séance 2 - Comment favoriser la mobilisation des employeurs?
Animatrice :  
Auteure : Marie-Eve Major (Université de Sherbrooke)
1 - Mobiliser l'employeur à la réalisation d'une intervention
La compréhension du positionnement et des enjeux des différents acteurs, actrices dans les milieux de travail est une condition essentielle à la réalisation d'une intervention en ergonomie visant l'amélioration des situations de travail. La construction sociale d’une intervention représente ainsi un déterminant important de l'apport de celle-ci en termes de changement. L'un des défis de l'ergonome est souvent de mettre en évidence des situations critiques vécues par les personnes au travail qui n'apparaissent pas de façon évidente et dont il faut faire la démonstration. Dans le contexte où les emplois occupés par les femmes comportent souvent des contraintes moins visibles et moins présentes dans les grilles d'analyse de la charge de travail utilisées dans les entreprises, cette démonstration des contraintes de leur travail représente une étape importante de l'intervention. Dans le cadre d’un projet de recherche-intervention en ergonomie qui se déroule dans un milieu agricole de production porcine, divers enjeux de mobilisation des acteurs et actrices du milieu de travail se sont présentés. Deux de ces principaux enjeux seront abordés : 1) comment parvenir à mobiliser les employeurs face à la pertinence de la démarche ergonomique ? 2) comment parvenir à une évolution réelle des représentations des acteurs et actrices du milieu de travail face à la démarche et aux actions de prévention? On s’intéressera, entre autres, au développement de stratégies d’intervention favorisant l’intégration de préoccupations de santé et de sécurité au travail particulièrement là où la question de la prise en compte du travail des femmes s’est posée.
Auteure : Nicole Vézina (CINBIOSE UQAM)
Le-s co-auteure-s : Hélène Sultan-Taieb (Université du Québec à Montréal (UQAM))
2 - Mobiliser l'employeur au cœur même de l'intervention
Avec: - René Brunet, chercheur, Laboratoire d’ergonomie et d’épidémiologie en santé au travail, LEEST, Angers, France On s'intéresse ici au positionnement des employeurs et aux outils utilisés dans les entreprises pour évaluer les contraintes du travail. Nous nous intéresserons à l'invisibilité de plusieurs contraintes typiques du travail des femmes. Notre questionnement portera sur les arguments favorisant la mobilisation des employeurs pour agir en prévention, qu'il s'agisse de la production de résultats concernant les impacts du travail en termes de problèmes de santé, d'absentéisme, de présentéisme, de roulement du personnel, d'aléas de production. Ainsi, on s’interrogera sur le rôle que peut jouer la production de résultats économiques d’évaluations d’interventions ergonomiques pour contribuer à mobiliser les employeurs afin de prévenir les contraintes du travail des femmes. Comprendre le positionnement de l'employeur afin de favoriser une évolution de ses représentations et favoriser ainsi la réalisation d'actions d'amélioration des situations de travail est nécessaire à la démarche ergonomique. On s'intéresse ainsi aux arguments qui pourront permettre la mobilisation des employeurs, d'abord pour reconnaître la présence d'un problème et permettre la réalisation d'une intervention ergonomique et ensuite, au cœur même de l'intervention, afin de cheminer vers des transformations.
Auteure : Valérie Lederer (Université du Québec en Outaouais)
3 - Sexe/genre et incapacité de travail : les défis de la mobilisation au Québec
Les connaissances en matière de prévention de l’incapacité au travail ont décuplé ces dernières années, grâce à de nombreuses recherches réalisées au Québec et à l’international, notamment dans le domaine de l’évaluation de programmes. Les études offrant une perspective de sexe/genre sur l’incapacité au travail sont encore en plein développement, mais ouvrent des pistes prometteuses pour l’avenir. Ces recherches se caractérisent par des collaborations parfois compliquées, parfois ambivalentes, mais néanmoins indispensables et fructueuses entre la communauté scientifique et différents groupes d’actrices et d’acteurs sociaux (Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), employeurs, syndicats). Pourtant, même si les résultats foisonnent, l’appropriation et la mobilisation de ces connaissances par les groupes sociaux restent fragmentaires. Face aux nouveaux défis posés par la croissance des incapacités liées, entre autres, aux troubles mentaux, au cancer et au vieillissement de la main-d’œuvre, il devient urgent de se pencher sur nos pratiques de transfert de connaissances. La mise en place d’un dialogue constant avec les groupes d’actrices et d’acteurs, dès le début de la recherche, est une stratégie qui favorise l’appropriation des résultats.
Auteure : Stéphanie Bernstein (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Rachel Cox (Université du Québec à Montréal (UQAM))
4 - Entre égalité et santé, où la lutte pour la santé des femmes au travail doit-elle se nicher?
La législation québécoise relative aux normes et à la santé au travail est le fruit de mobilisations historiques de la part des mouvements syndical et communautaire. En dépit des effets différenciés selon le sexe des politiques de santé démontrés par la littérature scientifique, les questions de santé au travail touchant surtout des femmes ont tendance à être traitées sous l’angle du droit à l’égalité, soit un domaine de droit axé sur le dépôt de plaintes individuelles, plutôt que selon une approche proactive ou de prévention. La conciliation travail-famille en est un exemple, comme l’inadaptation des milieux de travail conçus pour des hommes à des femmes. Parallèlement, on constate que l’adoption de dispositions interdisant le harcèlement psychologique dans la Loi sur les normes du travail a occulté la dimension de genre dans le traitement des plaintes et a réduit la visibilité du harcèlement sexuel au travail. Au moment où, en France, une analyse différenciée selon le sexe est mandatée par le Code du travail, au Québec, la législation en matière de santé au travail demeure résolument gender-blind. La mobilisation autour des enjeux de santé au travail touchant surtout des femmes est-elle plus facile si ces enjeux sont conçus comme des « questions de femmes » ? Le traitement à part de ces enjeux contribue-t-il à réconforter l’idée qu’au travail comme ailleurs, l’expérience masculine est universelle ? Le cas échéant, comment assurer l’intégration et le maintien d’une dimension de genre dans les initiatives mainstream de promotion de la santé au travail?