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Activité : Colloque
Titre : 163 - Perspectives féministes sur le VIH/sida
Responsable(s) : Gabriel Girard, Élise Marsicano et Kira Ribeiro
Résumé : Depuis près de 35 ans, l’épidémie de VIH/sida a profondément redéfini le paysage global de la santé publique. L’épidémie a également agi comme le révélateur social d’inégalités structurelles préexistantes, de genre, mais aussi de classe, de sexualité et de race. Cependant, les enjeux du genre sont souvent restés cantonnés à la compréhension de spécificités féminines (biologiques, sociales, culturelles), sans nécessairement être envisagés comme un ensemble de rapports de pouvoir. L’objectif de ce colloque est de renouer avec des approches féministes des enjeux du VIH/sida. Les perspectives féministes, et leurs analyses critiques tant dans le monde militant que dans le monde académique, ont notamment permis de déconstruire l’objectivité médicale, mais aussi de dénoncer l’occultation des femmes dans les discours de prévention ou les essais thérapeutiques. Il s’agira ainsi, dans ce colloque, d’ouvrir un espace de réflexion et d’échanges sur l’apport des perspectives féministes pour comprendre l’épidémie, au croisement de la recherche et de l’action. L’accent sera mis sur les expériences et/ou travaux contemporains, mais aussi sur les enseignements du passé. Le colloque aura également pour objectif de mettre en dialogue des réflexions issues des différents espaces de la francophonie, au Nord comme au Sud.

Séance : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 1 - Corps, sexualité, biomédicalisation
Animatrice :  
Auteure : Marilou Gagnon (Université d'Ottawa)
1 - On ne soigne pas les femmes comme les hommes » : Réflexions critiques sur les effets secondaires liés aux antirétroviraux
La thérapie antirétrovirale combinée est la pierre angulaire de la prise en charge clinique de l’infection par le VIH. La prise quotidienne d’une combinaison d’antirétroviraux permet aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH) de préserver/rétablir leur fonction immunitaire et de maintenir une charge virale faible voire même indétectable. Alors que la thérapie antirétrovirale démontre une efficacité indéniable (et quantifiable) chez la majorité des PVVIH, elle provoque de nombreux effets secondaires qui affectent négativement la santé et la qualité de vie de celles-ci. En effet, chaque antirétroviral engendre une panoplie d’effets secondaires; ces derniers peuvent varier d’une personne à l’autre (p.ex., durée, intensité, sévérité) et se manifester différemment en fonction de certains facteurs comme l’âge, le sexe, l’histoire médicale et l’exposition antérieure aux ARV, etc. En dépit des avancées qui ont contribuées à améliorer et simplifier la thérapie antirétrovirale au cours de la dernière décennie, les effets secondaires sont toujours bien présents dans la vie des PVVIH – et surtout, dans la vie des femmes vivant avec le VIH. Cette présentation prend comme point d’appui l’expérience des femmes vivant avec le VIH avec les effets secondaires et propose des pistes de réflexion pour renouveler notre façon de comprendre cette expérience. En s’inspirant de perspectives cliniques, empiriques et théoriques, cette présentation nous invite à réfléchir à la question du genre en lien avec les effets secondaires de la thérapie antirétrovirale. Cette présentation se veut donc une réflexion critique sur la question du genre telle qu’elle se manifeste dans la présentation, la reconnaissance, la prise en charge et la surveillance des effets secondaires.
Auteure : Coline Mey (AIDES)
2 - Les femmes vivant avec le VIH à l’épreuve des évènements indésirables – L’enquête EVE (France)
Les effets indésirables (EI) des traitements et/ou du VIH impactent souvent la qualité de vie des femmes vivant avec le VIH, encore peu représentées dans les essais thérapeutiques. Le besoin de renseigner cette réalité peu entendue a été exprimé lors d’une rencontre nationale de femmes PVVIH organisée par AIDES. Le questionnaire de l’enquête EVE (AIDES-Inserm), construit avec des femmes concernées, a été proposé pendant 1 an (2013-2014). La grille ACTG de recueil des symptômes ressentis a été reprise et compétée. La relation médecin-patient et les solutions trouvées étaient aussi explorées. 315 femmes PVVIH ont répondu à l’enquête (âge moyen 48 ans, 71% nées en France, durée médiane d’infection par le VIH 18 ans). Le nombre médian d’EI ressentis et d’EI ressentis comme gênants lors des 12 derniers mois était respectivement de 13 (IQR 9-17) et 9 (IQR 5-12). Parler avec son médecin des EI vécus dépend du type d’EI (82% des femmes ont parlé de la fatigue, 28% de leurs problèmes sexuels) et de facteurs socioéconomiques. Le médecin a plus souvent orienté vers un autre spécialiste (45%) que proposé un changement de traitement ARV (24%) ou un dosage pharmacologique (8%). Face aux EI vécus, 76% déclarent trouver des solutions au moins partielles et 25% des femmes ont modifié leur prise d’ARV (parmi elles, 24% l’ont fait sans discussion avec leur médecin). Les EI courants restent encore très fréquents chez les femmes PVVIH avec un fort retentissement sur la vie quotidienne et sur la prise des traitements.
Auteure : Francesca Mininel (Université Aix-Marseille)
3 - Virginity for health. Les concours de vierges modèles et la prévention du sida au Togo
Les mouvements religieux chrétiens sont de plus en plus impliqués dans les programmes de prévention du VIH en Afrique. Leur stratégie associe la promotion de la virginité et de la fidélité et, de plus en plus, le test de virginité. Au Togo depuis les années 1990, dans un contexte de crise politico-économique, les organisations religieuses ont acquis un rôle croissant dans le domaine médical et psychosocial. Ces acteurs sont diversement impliqués dans le "Trophée des Vierges", défini par le CNLS/Togo comme la "meilleure pratique au Togo dans les domaines de la prévention du VIH" en 2012. Depuis 2009, ce concours se déroule chaque année après une sélection des candidates réalisé sur la base de critères "moralistes" et biomédicaux: entretiens visant à évaluer la "moralité" des filles, test gynécologique de virginité, évaluation des compétences communicatives. Ma recherche analyse le Trophée en tant que dispositif de légitimation et de codification des normes morales et religieuses en matière de comportement sexuel à travers l’utilisation du discours biomédical et épidémiologique ainsi que des techniques psycho-sociales de communication de masse. Elle montre que la pratique du test gynécologique de virginité comme moyen de prévention des ITS aggrave la responsabilisation des femmes qui pratiquent du sexe pré- ou extra-marital et du sexe transactionnel comme vectrices du VIH/sida. Elle renforce la forme dominante de masculinité qui représente l'homme comme biologiquement incapable de contrôler ses désirs sexuels. Elle contribue à stigmatiser le port du préservatif qui est souvent associé à la "prostitution" et à l'"infidélité".
Séance : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 2 - Regards critiques sur le genre
Animatrice :  
Auteure : Charlotte Pezeril (Université Saint-Louis)
1 - Approches féministes des innovations médicales dans le champ du VIH/sida : une histoire à quatre temps
L’enjeu de cette communication est de saisir comment les innovations médicales impactent non seulement le vécu, les représentations et les pratiques des personnes vivant avec le VIH, mais aussi leur entourage et les différents professionnels intervenants. Il s’agit d’évaluer la manière dont, dans un premier temps, le dépistage du VIH, puis surtout, dans un second temps, la découverte de la charge virale et des techniques permettant de la mesurer, vont façonner l’imaginaire du VIH, voire même sa matérialité. En effet, depuis l'apparition des traitements anti-rétroviraux, le diagnostic a souvent lieu quand le patient est en phase asymptomatique: le regard médical (intermédié par les innovations techniques) fait donc apparaître l'infection, la matérialise, et modifie radicalement le rapport du patient à son propre corps. Plus récemment la mesure de la charge virale, et la reconnaissance officielle (en juin 2011 par l'OMS et l'Onusida) de ses liens avec l'infectiosité du patient transforment radicalement le virus et les corps dans lesquels il se répand. Dans un contexte où des patients se (re)présentent comme des « experts profanes » et où les médecins ne s'accordent pas sur le taux d'indétectabilité de la charge virale, ces questions deviennent primordiales à un niveau individuel, pour la mise (ou non) sous traitement et les conseils préventifs qui peuvent être donnés au patient, et à un niveau collectif, pour la mise en place d'un nouveau paradigme préventif (où le traitement est aussi une prévention) et pour contrer la dynamique de pénalisation de la transmission (ou de l'exposition au risque de transmission) du VIH dans les pays occidentaux. La communication veut confronter les lectures féministes ayant abordé l’impact et le sens des nouvelles technologies (Treichler, 1987 ; Haraway, 1989 ; Barad, 1998, Rosengarten, 2009) à des données issues d’entretiens effectués depuis 2009 en Belgique avec des personnes séropositives, des médecins en Centres de référence sida et des professionnels de la prévention.
Auteure : Gabriel Girard (Université de Montréal)
3 - Le genre de la responsabilité. Réflexions à partir d’une enquête sur la prévention du VIH chez les hommes gais
La prévention du VIH/sida en direction des communautés gaies met en jeu des conceptions – implicites et explicites – de la responsabilité et de ce que serait une « bonne » sexualité. Ce travail moral est au cœur des controverses publiques sur les normes sanitaires, et en particulier dans les débats communautaires autour du barebacking. Mais la définition morale des situations à risque imprègne également les discours ordinaires de la prévention du VIH. Dans l’expérience des homosexuels confrontés, l’appréciation du danger met en jeu des conceptions variées de ce qu’il convient de faire pour éviter ou réduire les risques. L’étude des adaptations préventives chez les gais face au VIH a fait l’objet d’une vaste littérature scientifique. Cependant, peu d’analyses ont envisagés la perception du risque au prisme du genre. Cette intervention s’appuie sur des entretiens qualitatifs menés en France auprès d’hommes gais séronégatifs et séropositifs. On s’intéressera ici à la manière dont ces hommes envisagent la responsabilité individuelle et/ou collective face au risque VIH. Je propose donc d’analyser les instances morales auxquels ils se réfèrent dans leur récit rétrospectif de leurs pratiques de prévention, mais également d’identifier les déterminants genrés de ces discours sur le risque VIH. Suivant les analyses de la sociologue australienne Raewyn Connell, il s’agit d’inscrire les points de vue des gais sur la responsabilité préventive dans des configurations de masculinité socialement construites et hiérarchisées. L’analyse du risque au prisme du genre permet ainsi de renouveler les perspectives sur la prévention du VIH.
Séance : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 3 - Intersectionnalité des rapports sociaux
Animatrice :  
Auteure : Estelle Carde (Université de Montréal)
1 - L’intersectionnalité des rapports sociaux dans le cadre du VIH : soins et maternité en Guyane française
L’épidémie du VIH est particulièrement active en Guyane française, où elle affecte de nombreux étrangers et plus de femmes que d’hommes. Chez celles de ces femmes qui sont enceintes, la prise régulière d’antirétroviraux diminue drastiquement le risque de transmission du virus à l’enfant. Or l’observance des femmes enceintes est moindre en Guyane qu’ailleurs en France. L’objectif de cette communication est d’identifier les différents rapports sociaux inégalitaires qui entravent l’accès des femmes à ces médicaments, affectant ainsi leur santé et celle de leurs enfants. Elle s’appuie sur l’analyse qualitative d’entretiens semi-directifs menés auprès de femmes et de professionnels impliqués dans leur prise en charge (travailleurs sociaux et soignants). Il s’avère que l’accès aux soins des femmes est entravé par les rapports sociaux inégalitaires qu’elles vivent en tant que : - étrangères sans-papiers : par crainte des contrôles d’identité, elles évitent tout déplacement, y compris vers un établissement de soins - pauvres : les soins, même « gratuits » car pris en charge par leur couverture maladie, sont relégués derrière d’autres priorités telles que l’hébergement - porteuses d’une maladie stigmatisée : le souci de cacher leur infection à leur entourage les contraint à éviter tout soin susceptible de trahir leur secret - issues de minorités culturelles : certaines comprennent mal les principes des soins biomédicaux Or c’est articulés les uns aux autres que ces différents rapports sécrètent les obstacles les plus tangibles à l’accès des femmes aux médicaments. En conclusion, sont présentées les stratégies que les professionnels élaborent pour atténuer ces obstacles.
Auteure : Isabelle Robichaud (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Maria Nengeh Mensah (UQAM)
2 - Travail social, VIH/sida et perspective féministes : quels héritages pour l’intervention auprès des femmes vivant avec le VIH/sida au Québec ?
Au cours des trois décennies de l’épidémie, la pratique du travail social féministe a énormément évolué. Tandis que les travailleuses sociales de la première heure s’engageaient à accompagner des malades en fin de vie, les avancées thérapeutiques sont venues recadrer la prestation de services sociaux pour les femmes vivant avec le VIH (FVVIH). Les interventions se focalisent davantage autour du soutien social et de la gestion de comportements, notamment en lien avec l’adhérence aux médicaments, le maintien en emploi et le dévoilement du statut sérologique. Cette deuxième décennie est aussi marquée par le renouvèlement des théorisations féministes critiques qui questionnent la catégorie « femme », une critique qui tarde à pénétrer le champ du travail social, et ce, tant dans les milieux institutionnels que communautaires. Aujourd’hui, 30 ans plus tard, on constate que l’épidémie n’est plus une grande priorité des organisations du travail social car considérée trop spécifique et que parallèlement les approches féministes ne sont guère promues comme allant de soi lorsqu’on intervient avec une FVVIH. Cette communication dressera un bilan des manières dont le travail social et les perspectives féministes se sont conjuguées au cours des trois décennies. De là, nous dégagerons les enjeux et les défis actuels que nous lègue cet historique en matière d’intervention féministe. Nous nous interrogerons sur la discrimination systémique et structurelle qui affligent les FVVIH de même que sur l’importance de démanteler les représentations stigmatisantes et hégémoniques en place. En conclusion, nous aborderons la nécessité de réduire la distance qui s’est installé au fil du temps entre les travailleuses sociales, les FVVIH et les perspectives féministes.
Auteure : Élise Marsicano (Université Strasbourg)
3 - Une affaire de femmes et de minorités masculines : les discriminations envers les personnes vivant avec le VIH en France métropolitaine
L’association du sida à une mort imminente au début de l’épidémie et le fait que le sida ait principalement touché des groupes antérieurement stigmatisés ont favorisé des conduites discriminatoires envers les personnes vivant avec le VIH. En nous appuyant sur les données de l’enquête ANRS-Vespa2 conduite en 2011 auprès de 3022 personnes séropositives, nous souhaitons montrer que la hiérarchie des discriminations envers les personnes séropositives rend compte de l’articulation des rapports de domination, dans laquelle le genre s’articule avec d’autres rapports sociaux de pouvoir. Au-delà d’une analyse centrée sur le seul stigmate lié à la séropositivité, l’approche présentée ici permet de mettre en évidence que les discriminations, mesurées à travers le vécu de traitements inégalitaires, reflètent des rapports de pouvoir entre les groupes sociaux. Ce sont les femmes qui sont concernées au premier chef par les discriminations mais également les minorités masculines (homosexuels, migrants, usagers de drogue). Dans la famille, l’ordre masculin hétérosexiste se traduit par des discriminations accrues envers les femmes et les minorités masculines séropositives que sont les homosexuels et les usagers de drogue par injection. Dans le travail, ce sont les femmes ainsi que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et ceux immigrés d’Afrique subsaharienne qui rapportent les plus hauts niveaux de discrimination dans cette sphère sociale. Ces résultats plaident pour ne pas couper l’analyse des discriminations de celles des inégalités sociales, qu’elles soient de classe, de race ou de sexe et pour étendre leur étude à la sphère dite privée.
Séance : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 4 - Vivre avec le VIH
Animatrice :  
Auteure : Vanessa Fargnoli (LIVES Université de Genève)
1 - Négociation autour des traitements médicaux : expériences des femmes séropositives ordinaires en Suisse romande
La place des femmes dans l’épidémie du VIH/sida est une place minoritaire et minorisée. Les études dédiées aux femmes restent rares à l’exception de celles qui traitent de la maternité et des femmes considérées à risque, voire dangereuses comme les travailleuses du sexe. Leur statut oscille entre celui de victime et celui de responsable de la propagation de la maladie. Survisibilité des unes et invisibilités des autres, la singularité de la femme séropositive peine à émerger. Les récits de vie de 25 femmes séropositives ordinaires, diagnostiquées avant l’an 2000 en Suisse romande, illustrent une difficulté (voire une honte) à se penser et à se dire séropositive. Ce cumul des non-statuts qui les caractérisent - n’appartenir à aucune catégorie définie, vivre une condition intermédiaire avec un virus indétectable - tend à accroître chez elles un sentiment de culpabilité, de tabou, voire de non-légitimité occulté par le corps médical. Si pour les médecins, la charge virale définit une position de normalité ; pour les interviewées, c’est la manière dont la maladie affecte leur quotidien qui la définit. Il y aurait donc une normalité vécue qui se heurte à une normalité médicale. Un traitement offre certes une opportunité d’amélioration sanitaire, mais il ne garantit pas une amélioration sociale. Je propose donc d’interroger la posture qu’adoptent ces femmes ordinaires pour accepter ou refuser leurs traitements, en examinant comment elles négocient, contestent et revendiquent auprès de leurs médecins un contrôle sur leur maladie et sur leur corps.
Auteure : Lyne Massie (UQAM)
2 - Préoccupations de santé sexuelle chez des femmes vivant avec le VIH/sida au Québec
Alors que la santé sexuelle demeure un droit fondamental pour toutes, force est d'admettre que vivre avec le VIH affecte la qualité de vie sexuelle des femmes séropositives. Par l'entremise d'entrevues semi-structurées, nous explorerons les préoccupations sexuelles de 31 femmes âgées de 23 à 63 ans (M=46,07 ans). Le tiers d'entre elles sont en couple ou fréquente quelqu'un (11/31) dont certaines ont des relations sexuelles (7/31). Parmi celles en couple, malgré la crainte omniprésente de transmettre le VIH, certaines gèrent facilement les risques de transmission en adoptant des pratiques permettant de réduire ces risques. Parmi les célibataires, peu le sont par choix, alors que plusieurs aspirent à une vie amoureuse, mais craignent le rejet et, parfois, la violence du partenaire. En couple ou non, plusieurs femmes rapportent que leur vie sexuelle est peu satisfaisante, expérimentent une absence de désir sexuel, des changements corporels affectant leur estime de soi et des difficultés à communiquer leurs besoins. Les enjeux autour de la négociation du condom et du dévoilement demeurent présents pour les femmes rencontrées. Les femmes séropositives témoignent de multiples difficultés reliées à leur vie amoureuse et sexuelle. Souvent perçues comme celles qui transmettent la maladie, les femmes doivent croire qu'elles ont droit à une vie sexuelle. Impliquer les femmes séropositives dans la planification des services de soutien leur étant destinés permettra de mieux les accompagner à faire face à la maladie et à s'engager dans des relations amoureuses saines et sexuelles sécuritaires.
Auteure : Catherine Kapusta-Palmer (Le Planning Familial (MFPF))
Le-s co-auteure-s : Carine Favier (Le Planning Familial (MFPF))
3 - Le VIH au féminin reste impensé
Avec: Carine Favier L’image du début de l’épidémie a encore des conséquences sur le vécu et l’implication des personnes qui ne font pas partie des populations qui avaient alors été dites « à risque », dont les femmes (cis et transgenre), au Sud comme au Nord. Leurs facteurs d’exposition aux risques sont clairement identifiées comme « liées à un statut social défavorable » (précarité, manque de pouvoir, violences, usage de drogue…), mais cette analyse genrée peine à s’imposer. Les représentations des rôles féminins et masculins participent au risque d’exposition à la contamination par le VIH, conditionnent le vécu de la maladie, la qualité de vie et l’exercice de la sexualité. Les femmes séropositives, sont confrontées à la difficulté d’accéder à une information pertinente puisque l’essentiel des recherches est encore aujourd’hui menée avec et sur les hommes. Elles sont aussi, dans un contexte social de manque de légitimité de leur sexualité et d’une moindre maîtrise des nouveaux enjeux de la prévention, plus en en difficulté pour s’approprier les progrès liés aux avancées de la recherche. Face à un corps médical qui a mis du temps à reconnaitre que les manifestations du VIH/sida, le vécu et les effets indésirables des antirétroviraux sont différents pour les hommes et les femmes, les femmes séropositives ont construit des revendications pour « penser le VIH au féminin » : approche globale de la santé sexuelle (qui aille au-delà de la santé reproductive), élargissement de la palette d’outils de protection (préservatifs féminins, microbicides et Prep) et lutte contre les discriminations liées au genre.
Séance : Perspectives féministes sur le VIH/sida - Séance 5 - Criminalisation
Animatrice :  
Auteure : Maria Nengeh Mensah (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Kazatchkine Cécile (Analyste principale des politiques, Réseau juridique canadien VIH/sida)
1 - Engager une réflexion féministe sur la criminalisation du VIH
En 2012, la Cour Suprême du Canada a jugé que les personnes vivant avec le VIH peuvent être condamnées pour agression sexuelle grave pour ne pas avoir dévoilé leur séropositivité à leur partenaire sexuel et ce, même si un préservatif a été utilisé ou que leur charge virale est indétectable. La criminalisation de la non-divulgation du VIH soulève des enjeux spécifiques pour les femmes et plus particulièrement pour les femmes vivant avec le VIH dépendantes de leurs partenaires ou qui sont dans des relations abusives. Associer la non-divulgation du VIH à l’agression sexuelle soulève plusieurs difficultés car les cas de non-divulgation sont très différents des autres cas d’agressions sexuelles. Cela pose aussi la question de la notion de consentement à l’acte sexuel en droit canadien. Peu de chercheurs et juristes féministes se sont penchées sur la question alors que le durcissement de la criminalisation se fait souvent au nom d’une meilleure protection, par le droit criminel, de l’autonomie sexuelle et de l’égalité. Le Réseau juridique Canadien VIH/sida a donc lancé plusieurs initiatives visant à créer un espace de dialogue entre chercheurs, juristes, acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes et membres de la communauté du VIH pour qu’une réflexion féministe éclairée sur la criminalisation de la non-divulgation du VIH et ses implications puisse être engagée et des alliances créées dans le but de mettre fin à un usage excessif et dommageable du droit criminel contre les personnes vivant avec le VIH.
Auteure : Kira Ribeiro (Université Paris 8 - Vincennes Saint-Denis)
2 - La criminalisation du VIH, entre invisibilisation et matérialisation des violences faites aux femmes
La criminalisation du VIH a souvent été présentée par ses partisans comme un moyen de protection des populations, en particulier des femmes. En France, l’association Femmes Positives a ainsi cherché à faire reconnaître la transmission du VIH comme une violence faites aux femmes. En se portant partie civile dans plusieurs procès et en faisant entrer la criminalisation du VIH dans un discours sur les violences sexistes, Femmes Positives a bouleversé le champ de la lutte contre le sida en France, tant d’un point de vue politique que juridique. Au-delà de la question de la pertinence ou de l’effet néfaste de la criminalisation, il semble nécessaire d’entendre ces discours afin de comprendre ce qui est en jeu dans ces procès. A travers une analyse de plusieurs dossiers de procédures pénales pour transmission du VIH en France, je tenterai de montrer comment, bien souvent, la contamination par le VIH permet de matérialiser des situations de violences conjugales, tout en ayant pour effet de minimiser, voire d’invisibiliser, le contexte de violences dans lequel elle s’inscrit. Il s’agira alors non pas de justifier la criminalisation, mais bien d’en établir une critique féministe qui prenne réellement en considération les expériences vécues de ces femmes et qui mette en lumière l’incapacité du système judiciaire à prendre en charge la question des violences conjugales.
Auteure : Doline Raisa BETDJI (Synergie des Sciences Sociales)
3 - De Mères à « Criminelles » ? Le destin des femmes face aux ruptures d’ARV au Cameroun
Si « prendre chaque jour sans sauter » fait partie du discours officiel dans la prise de médicaments ARV, il est une réalité devenue presque banale ces dernières années au Cameroun : les ruptures et rationnements ARV. Afin de rendre visible les drames individuels que vivent les patients confrontés à cette situation, l’association Synergie des sciences sociales et humaines (3SH) a mené en 2013 un travail de recherche sur « la face cachée des ruptures et rationnements ARV ». A travers un recueil de témoignages et leur analyse thématique, cette étude a mis en évidence : la détresse psychologique profonde née de la contradiction entre le discours des soignants "prendre chaque jour sans sauter" et la réalité des ruptures ; la crainte des résistances, des échecs thérapeutiques, de la mort ; la distance qui se creuse entre soignants/soignés et un impact socioéconomique considérable : ralentissement des activités économiques; pertes d’emploi, angoisse, inflation des dépenses de santé. Alors qu’hommes et femmes sont concernés pareillement par ces conséquences des ruptures et rationnements ARV, les femmes quant à elles vivent avec la « peur que l'enfant que je porte peut contracter le VIH » qui contribue à leur vulnérabilité face à l’épidémie et modifie leur relation à elle-même et au fait d’être mère, leur relation aux autres particulièrement leur relation au système de santé.