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Activité : Atelier
Titre : 174 - Table ronde : «Doit-on toujours être féministes en philosophie?»
Responsable(s) : Sarah Arnaud, Marie-Anne Casselot et Aline M. Ramos
Résumé : La philosophie est la discipline en sciences humaines ayant le plus faible taux de représentation féminine. Cette faible proportion de femmes, au Québec et ailleurs, constitue un problème majeur qui doit être examiné et sur lequel il est indispensable d’agir afin de changer la situation. La table ronde entend répondre à un double enjeu. Nous souhaitons d’une part faire ressortir les défis et les problématiques auxquels font face les femmes en philosophie. Il s’agit d’autre part d’interroger la place de la philosophie féministe en tant que discipline philosophique afin de comprendre non seulement ce qu’elle est, mais aussi qui en sont les spécialistes et pourquoi. Notre table-ronde s’articulera donc autour de la question suivante : « Doit-on toujours être féministe en philosophie? ». Délibérément normative et polémique, cette question nous permettra d’engager un débat sur le lien entre l’enjeu de la représentation des femmes en philosophie et le champ de la philosophie féministe. Cette question permettra de discuter, par exemple, de la position ambigüe de la « féministe attitrée » du département, soit cette professeure de philosophie à qui revient le cours de « féminisme », cours indispensable, mais considéré comme moins rigoureux que les autres plus « classiques » des champs « nobles » de la philosophie. Nous envisagerons alors les impacts de cette « fonction », en réfléchissant sur le rôle des femmes philosophes et sur leur mobilité sociale. Cette investigation nous mènera à la question suivante, à savoir si être femme en philosophie nous « rend » féministes : devient-on nécessairement militante lorsqu’on est une femme en philosophie pour faire face au climat parfois hostile de la discipline ? Finalement, nous considèrerons les conditions de possibilité de l’engagement féministe en philosophie, à travers les questions du rôle pratique des philosophes, femmes et hommes, et de l’enseignement théorique de la philosophie féministe. Par quels moyens et grâce à qui pourrait-elle diversifier la profession en même temps que la discipline, et plus globalement, avoir un impact positif sur la société ?

Séance : Table-ronde : «Doit-on toujours être féministes en philosophie?»
Animatrice :  
Auteure : Dominique Leydet (Université du Québec à Montréal)
1 - Doit-on faire de la philosophie féministe pour être féministe en philosophie ?
Cette question présuppose le partage de la prémisse suivante : la faible présence des femmes dans les départements de philosophie pose un problème de justice. Vouloir changer cette situation, c’est prendre une position que l’on peut qualifier de féministe au sens où ce terme, dans son acception générale, désigne un engagement intellectuel et pratique en faveur de la justice pour les femmes. Dans les départements de philosophie, cela peut vouloir dire s’engager en faveur d’un certain nombre de mesures concrètes, notamment la mise en pratique d’une politique d’embauche « volontariste » ou encore la création d’espaces de discussion afin d’améliorer le « climat » de nos départements. Mais ces mesures restent, en un certain sens, extérieures à la discipline. Or, dans l’analyse des causes pouvant expliquer la faible représentation des femmes, on défend également l’idée que c’est la philosophie elle-même qui doit faire l’objet d’une critique féministe. On peut penser, par exemple, à la critique d’une certaine conception de la rationalité et de l’universalité ou encore à la façon dont la philosophie a construit les objets dignes de son intérêt. Dans ce cas, être véritablement féministe en philosophie supposerait non pas seulement de militer pour l’adoption de certaines mesures concrètes, mais aussi de faire de la philosophie féministe, c’est-à-dire d’intégrer une critique féministe de la philosophie dans notre pratique philosophique. Ces deux positions ne sont pas mutuellement exclusives, mais elles supposent des diagnostics différents sur la nature du problème et sur ce qui est requis pour le résoudre.
Auteure : Aline Medeiros Ramos (UQAM)
Le-s co-auteure-s : sarah audrey Arnaud (UQÀM)
3 - Quel rôle pour les femmes en philosophie?
Dans le milieu philosophique, les femmes ont un rôle souvent considéré comme minoritaire. Leur sous-représentation numérique et la vision de la philosophie comme étant un domaine masculin donnent souvent lieu à un climat hostile et discriminatoire pour les étudiantes, chercheuses et professeures. Ce rôle imposé de minorité les oblige, pour évoluer dans un environnement plus acceptable, à endosser ce que nous décrirons comme deux autres rôles à la fois nécessaires et contraignants. D'une part, celui de philosophe experte de la matière. En effet, nous montrerons qu'elles se voient contraintes de fournir des efforts supérieurs à ceux des hommes pour conserver une place pourtant équivalente, voire trop souvent inférieure à celle des hommes, dans le milieu académique. Cela s'accompagne alors d'un second rôle : celui de « sensibilisatrices » au sein de leur milieu académique, qui devient parfois un rôle de militance, nécessaire à la prise de conscience du problème par leurs collègues, à la fois femmes et hommes. Nous décrirons alors le paradoxe des rôles des femmes en philosophie, qui découle de ce double mandat : le rôle de sensibilisation aux difficultés inhérentes d'être une femme en philosophie se fait au détriment de celui de la gestionnaire experte du domaine, tout en lui étant nécessaire. L'exemple de Fillosophie, regroupement qui cherche à promouvoir la place des femmes en philosophie à l’UQAM, nous permettra d'illustrer ce paradoxe et de montrer que plus il y a de femmes qui endossent ces rôles de manière active, moins les femmes auront à les endosser dans le futur.