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Activité : Colloque
Titre : 181 - Actualité du matérialisme
Responsable(s) : Anne-Marie Devreux
Résumé : Actuellement, dans le champ des études de genre, l’analyse des formes matérielles des rapports sociaux de sexe et de la domination subie par les femmes disparaît parfois derrière les usages qui sont fait de la question des identités et des rapports symboliques. Des thèmes comme celui des « masculinités hégémoniques » ou de l’intersectionnalité des rapports sociaux peuvent même conduire à invisibiliser l’oppression des femmes et l’antagonisme persistant entre les intérêts des hommes et ceux des femmes. Dans le même temps, divers travaux réintroduisent à leur manière l'économique et le matériel dans l'exploration de terrains variés. Le collectif de recherche sur les rapports sociaux de sexe de l’équipe Cultures et Sociétés Urbaines du Cresppa invite à une réflexion sur ce qui fait l’actualité du matérialisme pour les théorisations du genre. Comment articuler analyse du symbolique et prise en compte du matériel ? Réintroduire la division sexuelle du travail et du pouvoir dans l’analyse de ce qu’on peut appeler l’économie des rapports sociaux de sexe ne constitue-t-il pas un enjeu contemporain majeur pour les études de genre ? Ce colloque propose donc un retour sur la portée heuristique de la recherche féministe matérialiste, qui, après une session introductive plus épistémologique (session 1), sera illustrée à partir d’enquêtes dans le monde de l’entreprise et des industries culturelles (session 3) et sur la fabrique des corps, observée à travers la question des différences de classe (session 4). Une session méthodologique (session 2) mettra en valeur des démarches méthodologiques se confrontant aux difficultés d’une analyse matérialiste à partir de terrains où les formes symboliques des rapports sociaux de sexe semblent a priori s’imposer. En complément, nous proposons une projection-débat autour des films de Florence Tissot et Sylvie Tissot : « L’abécédaire de Christine Delphy » et « Je ne suis pas féministe mais… ».

Séance : Actualité du matérialisme - Séance 1 - Matérialisme, la nouvelle vague
Animatrice : Lori Saint-Martin 
Auteure : Anne-Marie Devreux (CNRS)
Le-s co-auteure-s : Michèle Ferrand (CNRS)
1 - Matériel et symbolique dans l’analyse des rapports sociaux de sexe
Roulées au creux des « vagues » du féminisme, les identités, subjectivités, sexualités, masculinités, hégémoniques ou pas, ont fini par déposer des sédiments épais de symbolique sur les fondements matériels de la domination des femmes par les hommes. Revenant sur ce que signifiait dans les années 70-80 et ce que signifie aujourd’hui une approche matérialiste et nous appuyant sur nos travaux personnels comme sur les apports des collectifs auxquels nous avons participé, nous rendrons compte de la robustesse toujours actuelle de l’analyse en termes de rapports sociaux de sexe, notamment dans leur aspect dynamique. S’inscrivant dans la continuité des premières analyses féministes matérialistes, le cadre d’analyse des rapports sociaux de sexe s’est constitué en prenant d’emblée et simultanément en compte les dimensions idéelles et matérielles de leur reproduction. Aujourd’hui comme hier, ces analyses concernent des terrains de recherche très diversifiés et plutôt que de parler d’une désaffection pour certains objets de recherche, comme le travail, il faut prendre acte de leur redéfinition, comme celle qu’introduit le care. D’autres objets, comme la sexualité, suscitent beaucoup d’intérêt, mais ne peuvent jamais révéler à eux seuls l’entièreté du fonctionnement des rapports sociaux. Quant au succès du thème des subjectivités et des constructions identitaires dans les analyses du genre, ne peut-on le lier à celui des théories de l’individu et du soi, corrélatif au déclin, dans les sciences sociales, des explications de la domination (de genre) en termes de classes (de sexe) ?
Auteure : Artemisa Flores Espinola (CNRS)
2 - Donna Haraway: un féminisme matérialiste et postmoderne est-il possible?
Donna Haraway est l'une des figures les plus emblématiques du féminisme postmoderne anglophone. Son influence dépasse nettement les milieux féministes pour s'exercer plus largement dans le champ des études des sciences. Dans ses premiers écrits, elle s'engage pour un féminisme socialiste et matérialiste tout en refusant les postures constructivistes radicales postmodernes. Dans cette perspective, la présente communication propose de réfléchir aux défis auxquels se heurtent les féministes matérialistes postmodernes. A cet effet, je proposerai une lecture critique des deux tournants qu'on peut relever au sein du féminisme de ces dernières décennies. D'une part, le « tournant postmoderne » et, d'autre part, le « tournant matérialiste » observé aujourd'hui dans les courants postmodernes et queer. Je soutiendrais l'idée que les féministes matérialistes n'ont pas attendu le développement de certains contextes historiques donnés à la fin des années 1980 et au début des années 1990 (comme par hasard aux États-Unis) pour analyser les mécanismes de la domination. La notion de consubstantiabilité des rapports sociaux a notamment permis de repenser la multiplicité des expériences des femmes et les questions de sexualité ont occupé une place importante chez les intellectuelles féministes dès les années 1970. Plus que jamais, le pouvoir explicatif du matérialisme, non seulement comme outil conceptuel de compréhension des rapports sociaux, mais également en tant qu'outil permettant la coalition des luttes, est un sujet d'actualité pour le féminisme.
Auteure : Gail Pheterson (CNRS-Université Paris 8)
3 - Les fractures dans la classe des femmes
L'histoire interne du féminisme pourrait s'écrire comme une lutte entre femmes. Tout comme d'autres mouvements de résistance, les stratégies féministes libératoires dépendent des revendications collectives pensées et mobilisées au-delà des frontières. Pour les féministes, la signification et le croisement de ces frontières sont devenus les axes centraux des réflexions académiques. Théoriquement, le sexisme s'analyse de moins en moins en tant que système cohérent de domination. Considérer les femmes comme une seule classe va à l'encontre des rapports de pouvoir historique et matériel entre elles. Ces rapports sociaux sont le fondement d'antagonismes profonds et de circonstances radicalement hiérarchisées ; ils coexistent, néanmoins, avec un arsenal de pratiques et d'idées spécifiques à l'appropriation des femmes par les hommes. Les différences entre personnes de sexe féminin ne découlent pas seulement de leurs multiples positions sociales, mais aussi des mécanismes insidieux qui les isolent et les rendent complices des hommes auxquels elles appartiennent. Déchiffrer et contester la fibre transversale de la subordination sexiste dépendent d'une alliance subversive entre femmes. La stérilisation forcée et la grossesse forcée (refus d'avortement) ne visent pas les mêmes femmes, mais le mécanisme de contrôle est identique. Cette présentation examinera la fonction et le fonctionnement politiques des fractures entre femmes dans des contextes précis et apportera un regard critique sur les tendances actuelles à écarter l'étude poussée des rapports sociaux de sexe.
Séance : Actualité du matérialisme - Séance 2 - Travailler sur la matérialité de la domination
Animatrice : Sandrine Ricci 
Auteure : françoise de Barros (Université Paris 8)
Le-s co-auteure-s : Severine Sofio (CNRS)
1 - Des corps de papier : rapports sociaux de sexe et matérialité de la domination dans les archives
Cette communication souhaite revenir sur les usages du féminisme matérialiste dans la mise au jour des rapports sociaux de sexe et de leur évolution au cours d’une époque historique donnée. Le focus sur les pratiques, les comportements et les actions des individus est ici à opposer à une attention exclusive aux approches discursives du genre qui peuvent être fallacieuses lorsqu’on travaille sur des archives. L’objet de cette intervention sera double. Il s’agira de revenir, d’abord, sur les manières dont on peut éclairer les pratiques sociales passées et la réalité des dominations à partir d’archives administratives. On aborde en effet les archives en tant que traces résultant de pratiques sociales spécifiques auxquelles il est impossible aujourd’hui d’avoir accès autrement. Le recours aux archives ne permet donc pas uniquement d’analyser des pratiques mais de les dévoiler. La matérialité des archives attire également l’attention sur un acteur singulier de ces pratiques sociales : l’Etat, en tant qu’il suscite un certain type de comportements de la part des agents enquêté-e-s, mais aussi en tant qu’il filtre, via les pratiques archivistiques, notre rapport contemporain aux comportements passés. Nous montrerons, ensuite, comment l’attention au passé (et notamment sur la longue durée) est le meilleur moyen de mettre en évidence le caractère dynamique des rapports sociaux de sexe, en recourant à l’idée d’ « espace des possibles » en matière de comportement sexué. Cette communication s’appuiera sur deux recherches, l’une sur les peintres travaillant pour l’administration des beaux-arts dans les années 1820-1840 , l’autre sur les fonctionnaires de l’Algérie coloniale dans les années 1930-1960.
Auteure : ANGELIKI DRONGITI (CSU-CRESPPA)
2 - Une femme parmi les hommes ; une sociologue parmi les militaires
Je mène ma recherche doctorale sur le suicide des appelés de l’armée de terre grecque et plus précisément sur les facteurs liés au genre et aux classes sociales. A l’été 2014 j’ai réalisé mon enquête de terrain sous le statut de stagiaire dans un hôpital militaire psychiatrique en Grèce. Cette expérience à la fois pénible et riche en données constituera le cœur de cette communication. Son objectif est d’analyser le vécu de ce terrain particulier : d’une part être femme dans une « institution totalitaire » réservée aux hommes et qui prétend masculiniser les jeunes grecs et d’autre part être sociologue dans un établissement où le pouvoir est monopolisé par les militaires. Sous le prisme des rapports sociaux de sexe j’expliquerai les rôles que j’ai joué sur place – consciemment ou pas – et je mettrai en question les comportements des protagonistes du terrain envers moi. Une femme parmi les hommes. Dans un paysage mâle où les stéréotypes du rôle masculin les plus banals se manifestent en chair et en os et où la virilité accapare l’atmosphère, je ferai parler la « place de femmes » comme je l’ai goutée : la domination masculine absolue légitimée par l’Etat. Une sociologue parmi les militaires équivaut à une extraterrestre parmi les humains. Je montrerai, que lorsqu’on arrive dans un tel univers avec des bagages qui ne garantissent pas notre acceptation par le milieu, notre place de dominée est déjà réservée. C’est encore pire, quand la seule image de la sociologie y est celle des appelés sociologues employés pour faire des études au sein de l’armée.
Auteure : Chiara Quagliariello (Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris)
3 - Mise au jour du matérialisme dans l’expérience de maternité des femmes sénégalaises en exil
Le comportement reproductif des femmes étrangères, surtout lorsqu’il s’agit des femmes d’origine africaine, est souvent associé et/ou réduit à une question d’ordre culturel. Or, l’une des évidences qui a émergé durant mon enquête de terrain auprès des femmes sénégalaises qui habitent le territoire du Val d’Elsa (Italie), est l’exigence d’analyser leur expérience de maternité par le biais d’une prospective matérialiste. Cette exigence s’est imposée autour de trois éléments. Tout d’abord, la division sexuelle du travail au sein de la communauté où le domaine des femmes est la sphère reproductive. En deuxième lieu, les rapports de domination entre femmes au niveau transnational, soit les pressions exercées par les belles-mères et les coépouses qui habitent au Sénégal. Enfin, les modèles de naissance attendus et rencontrés dans le service de maternité où elles accouchent en Val d'Elsa. L’attente partagée est une expérience d’accouchement médicalisé à l’occidental, c’est-à-dire un modèle d'assistance réservé, au Sénégal, aux patientes des cliniques privées. Á l’inverse, la représentation des migrantes sénégalaises comme des femmes plus proches de la « nature » se traduit dans le choix des professionnels de leur proposer une assistance de-technicisée, soit le modèle d’accouchement dit naturel. La résistance et le conflit qu’en résultent constituent une preuve éclairante de l’actualité du matérialisme dans les études de genre. Les rapports sociaux de sexe, de classe et de race subit par les protagonistes de mon étude nous en offrent un témoignage éloquent.
Séance : Actualité du matérialisme - Séance 3 - L’économie des rapports sociaux de sexe
Animatrice : Sylvie Morel 
Auteure : Aurélie Fillod-Chabaud (Université de Bourgogne)
Le-s co-auteure-s : Muriel Mille (Centre Maurice Halbwachs, CNRS); Julie MINOC (PRINTEMPS, UVSQ)
1 - Justice familiale et invisibilisation de la valeur du travail féminin
Se séparer n’implique pas forcément un passage devant la justice, mais de plus en plus de couples – mariés ou non – judiciarisent leur séparation pour entériner des accords, régler des conflits en lien avec la prise en charge des enfants et/ou les conséquences économiques et matérielles de leur rupture. Des couples de toutes les classes sociales sont donc susceptibles de passer devant un juge aux affaires familiales, dans des litiges opposant systématiquement un homme à une femme (jusqu’à l’ouverture du mariage et de l’adoption aux conjoints de même sexe en 2013). Une enquête collective conduite dans 4 tribunaux français a conduit à examiner comment la justice familiale traite alors des inégalités entre hommes et femmes. A travers la masse des dossiers et la routine des affaires, les juges aux affaires familiales sont en effet amenés à reconduire une division sexuée du travail domestique et parental. Loin d’aplanir les rapports de force ou de domination au sein des couples, la justice familiale méconnait la valeur du travail féminin, en particulier au moment de l’attribution – majoritaire – de la résidence des enfants chez les mères. Qu’il s’agisse de fixer une pension alimentaire, un droit de visite ou une prestation compensatoire, l’absence de discussion des inégalités de genre dans la répartition des tâches domestiques et parentales, au sein de l’institution judiciaire, contribue à maintenir l’invisibilité et la gratuité du travail domestique féminin au-delà des séparations conjugales.
Auteure : Isabel Boni (Centre Maurice Halbwachs)
2 - Pratiques capitalistes et régimes de genre. Une comparaison entre firmes dans le conseil en management
La communication s’appuie sur une recherche doctorale portant sur les régimes de genre dans un espace professionnel et marchand en expansion, le conseil en management. Nourrie par des recherches documentaires, la collecte et le traitement de données quantitatives, des observations ethnographiques et la conduite d’entretiens avec des dirigeant-e-s et des salarié-e-s, elle interroge la contribution concrète des pratiques capitalistes des firmes de conseil à la production du genre. La communication compare d’abord l’histoire actionnariale et les circuits de pouvoir et d’appropriation des profits en vigueur dans trois firmes de conseil, envisagées comme trois exemples idéal typiques en terme de pratiques économiques. Elle explore ensuite le potentiel d’exclusion plus ou moins sévère de ces configurations d’entreprise par rapport à l’entrée de femmes au capital et la façon dont ces mécanismes économiques produisent le genre de façon différenciée. Il s’agit en particulier de s’intéresser aux processus récurrents de renouvellement et d’ouverture du capital, en repérant différentes stratégies pour privatiser et protéger une rente économique et la dimension genrée de ces stratégies. La communication ouvre enfin en conclusion sur les pistes qu’une telle recherche invite à explorer dans le domaine des recherches féministes sur le capitalisme.
Auteure : Mona Zegai (CRESPPA-CSU)
3 - Luttes féministes « connectées » contre le marketing sexué du jouet
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Auteure : Karim Hammou (CNRS)
Le-s co-auteure-s : NAUDIER Delphine (ANEF)
4 - Division sexuelle du travail et intermédiaires des industries culturelles
Les industries culturelles, ici le monde de la musique et du cinéma, sont des lieux de production et de commercialisation des biens symboliques. Bien qu’elles obéissent en partie à des logiques économiques inversées, ce sont des organisations du travail où l’on observe la fracture habituelle au sein des sociétés capitalistes entre détenteurs du capital et pourvoyeuses et pourvoyeurs de force de travail. Cette fracture s’accompagne pourtant d’une profusion d’intermédiaires, assurant la rencontre entre capital et travail, élaborant l’image des travailleuses et travailleurs de la culture pour en permettre la marchandisation, intensifiant la valorisation des produits de ces industries créatives. Cette structure, décrite ici à grand trait, n’est pas neutre du point de vue des rapports sociaux de sexe. Dans les secteurs du cinéma et de la musique comme dans la plupart des industries culturelles existent une ségrégation horizontale (espaces et disciplines genrés) et une ségrégation verticale (plafond de verre, hiérarchie) de l’organisation du travail et de la production artistique. Les moyens de productions sont majoritairement aux mains d’hommes, tandis que les métiers artistiques connaissent des formes variées de ségrégation sexuelle. En prenant pour objet deux secteurs distincts, nous nous attacherons à mettre au jour la cartographie sexuée de ces secteurs en nous focalisant notamment sur les métiers de l’intermédiation artistique comme les agents artistiques et les managers. On s’intéressera aux rôles que jouent ces métiers et quelle mobilisation de compétences socialement définies comme masculines ou féminines ils supposent ? Comment contribuent-ils à l’allocation de la plus-value économique que visent ces industries ?
Séance : Actualité du matérialisme - Séance 4 - Corps de classe
Animatrice :  
Auteure : Amélie Beaumont (Université Paris 1)
1 - Confronté-e-s aux corps des classes supérieures au quotidien. Les employé-e-s du luxe et leurs client-e-s
À partir d’une étude du service de la loge d’un hôtel de luxe parisien, qui comprend concierges, voituriers, bagagistes, chasseurs et grooms, je cherche à comprendre comment les rapports sociaux de classe et de sexe s’incarnent dans leurs corps. En effet, du point de vue de la classe, les services de luxe mettent en présence des client-e-s dont le statut socio-économique est très nettement supérieur à celui des employé-e-s. Ces dernier-e-s sont donc doublement dominé-e-s, tant par leur classe sociale d’origine que par leur statut professionnel de subordination, en tant qu’ils sont au service de ces client-e-s fortuné-e-s. Du point de vue du genre, ce service est historiquement masculin : il n’y a que six ans que la première femme a été recrutée sur notre terrain d’enquête et la division sexuelle du travail au sein des grands hôtels est forte. Pour étudier l’articulation et les tensions générées par ces multiples dimensions, je vais m’appuyer sur des observations in situ des employé-e-s en différents contextes pour montrer comment leurs corps sont outils modelant et objets modelés par ces rapports sociaux : quels comportements, postures, voix ont-ils en tant qu’hommes au service de classes supérieures et en tant qu’hommes collègues d’hommes et de femmes ? Et dans des situations de (quasi) entre soi masculin et de mixité de sexe ? Ma position de collègue-femme en bas de la hiérarchie d’un service d’homme, qui m’a permis d’accéder à des espaces de reconstitution de l’entre soi sera également objectivée et mobilisée comme révélateur pour analyser ces logiques d’incarnation de sexe et de classe.
Auteure : Coline Cardi (Cresppa-CSU)
2 - Injonction à des expressions symboliques de la féminité différentes selon les classes
L’instauration d’un tribunal public de la parentalité populaire depuis les années 1990 a fait ressurgir en France un certain nombre de stéréotypes traditionnels autour des fonctions et figures parentales et des normes de genre. Les parents désignés comme « irresponsables » ou maltraitants, se voient en effet assigner des rôles fortement sexués et stéréotypés. D’un côté, on en appelle à des figures masculine viriles et paternelles pour rétablir l’ordre et l’autorité (le père, le juge, l’instituteur, le chef d’atelier, etc) et pour pallier le « maternalisme » croissant. De l’autre, on mise sur le pouvoir pacificateur et régulateur par nature, des femmes : les filles et les mères des classes populaires seraient la clef dans la lutte contre les violences et l’insécurité sociale. Mais, dans les faits, si l’on reproche aux pères d’être « absents », démissionnaires d’une autorité perdue, ce sont surtout les mères qui sont les premières visées, aussi bien dans les discours, que par les dispositifs en charge du « désordre des familles ». C’est en interrogeant ces discours et ces pratiques de prise en charge au travers différentes enquêtes (sur la justice des mineurs, sur les dispositifs sociaux qui visent la parentalité), qu’on montera comment les mères des classes populaires sont visées et au regard de quelles normes – les injonctions de genre participant, dans ces différents espaces, à fois au processus de différenciation entre le masculin et le féminin et au processus de distinction entre les classes sociales.
Auteure : Marie Mathieu (Université Paris 8 et UQAM)
3 - Serveuse, l’addition s’il vous plaît ! Les coûts différenciés des uniformes au sein d’une chaîne de restauration
Au sein de différentes entreprises, les employés sont enjoints de respecter des normes vestimentaires et corporelles. A partir d’une enquête réalisée au sein d’un restaurant d’une grande chaîne française, nous rendrons compte de ce façonnage des corps, travail ”gratuit” et invisibilisé. En nous appuyant sur des matériaux variés - examen des injonctions formelles (livret d’accueil, affichage et formation « look »), observation participante de l’application de ces codes, des discours et pratiques qui y sont liés, analyse d’un journal d’un corps -, nous montrerons la charge différenciée que constitue la mise en conformité des corps employés aux règles édictées par la société-employeur selon les groupes sociaux auxquels elles s’appliquent (coût économique, physique et charge mentale). Aussi, l’analyse des différentes prescriptions et proscriptions physiques au sein de cet établissement nous a permis de révéler des mécanismes ordinaires régulant les usages faits des corps par les différents groupes sociaux dans l’espace public, exacerbés ici du fait de la relation de service.
Séance : Actualité du matérialisme - Séance 5 - Projection d'extraits du film « L’abécédaire de Christine Delphy » de Florence Tissot et Sylvie Tissot
Animatrice :