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Activité : Colloque
Titre : 186 - Transformer le féminisme et les solidarités entre femmes du monde : l’enjeu de la souveraineté alimentaire dans la Marche mondiale des femmes
Responsable(s) : Pascale Dufour et Dominique Masson
Résumé : Les deux séances du Colloque portent sur une problématique émergente au sein des mouvements de femmes qui concerne la production, la distribution et l’accès à la nourriture. Dans la première séance, nous traitons plus spécifiquement de la question de la souveraineté alimentaire au sein de la Marche mondiale des femmes alors que dans la deuxième séance, c’est la question des femmes rurales et de l’accès à la terre dans différents contextes qui est au cœur des communications. Seront explorés de manière transversale dans les deux séances, les questions suivantes : 1. la souveraineté alimentaire (incluant l’accès à la terre) comme nouvel enjeu pour le féminisme 2. la souveraineté alimentaire comme levier de construction de nouvelles solidarités 3. la souveraineté alimentaire comme agent de transformation des féminismes Depuis les années 2000, les militantes de la Marche mondiale des femmes, née au Québec, construisent un mouvement mondial, regroupant environ 60 coordinations nationales et des centaines de groupes affiliés. Dès sa création, la Marche a exploré des thématiques qui ne sont pas traditionnellement considérées comme féministes, au moins dans la partie Nord de l’hémisphère. Ainsi, les biens communs et autres questions économiques ont, par exemple, été au cœur des réflexions, actions et revendications de la Marche lors de ses actions mondiales de 2000 et 2010. Les prochaines actions mondiales auront lieu en 2015 sur le thème « Corps et Territoires ». Dans la Marche, le terme de « territoire » recouvre un grand nombre d’enjeux, de l’occupation des territoires pour les peuples autochtones, à l’usage souvent conflictuel de la terre par différents acteurs, à la production et reproduction de ce territoire, au sens physique comme symbolique. Dans cet atelier, nous aimerions explorer un des aspects des revendications et analyses liées au territoire, celui de la souveraineté alimentaire. En effet, depuis la rencontre de Nyéléni de 2007 au Mali, à laquelle la Marche a été étroitement associée, la thématique de la souveraineté alimentaire est devenue un axe privilégié de réflexion et d’action, en particulier au niveau du Secrétariat international de la MMF, mais aussi d’un certain nombre de coordinations nationales et de groupes locaux. Cet atelier est une première tentative pour prendre la mesure des transformations que l’incorporation de cet enjeu a produit au sein de la Marche.

Séance : Séance 1 - La souveraineté alimentaire
Animatrice :  
Auteure : Elsa Beaulieu Bastien (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Dominique Masson (Université d'Ottawa); Anabel Paulos (Université d'Ottawa)
1 - La souveraineté alimentaire comme nouvel enjeu pour le féminisme: le cas de la Marche Mondiale des femmes
Au-delà de l’appel à la reconnaissance du droit des peuples à définir eux-mêmes leurs systèmes de production, de distribution et de consommation de nourriture, la souveraineté alimentaire est un projet politique multidimensionnel et multiforme, qui prend la couleur des actrices et acteurs sociaux qui s'en réclament. Depuis 2006, à sa rencontre internationale de Lima, la Marche mondiale des femmes a inscrit la souveraineté alimentaire à son agenda international. Cette communication vise, d'une part, à capturer la diversité et la fluidité des thématiques qui, dans une variété de coordinations nationales de la MMF, se voient re-signifiées à travers des discours militants et des analyses souvent anticapitalistes et antipatriarcales comme faisant partie des luttes des femmes pour la souveraineté alimentaire. D'autre part, elle vise à éclairer les dynamiques sous-jacentes à l'appropriation et au déploiement géographique inégal, sur le terrain, du projet même de souveraineté alimentaire par les coordinations nationales de la MMF et leurs groupes-membres (rôles de la composition et de la structure de la MMF dans les différents espaces, des alliances, des ressources). Enfin, nous nous intéressons à la façon dont la souveraineté alimentaire commence à émerger, tant dans la littérature universitaire féministe qu’à travers les discours et les pratiques de la MMF, comme un nouvel enjeu pour les femmes et pour le féminisme.
Auteure : Janet Conway (Brock University)
Le-s co-auteure-s : Pascale Dufour (Université de Montréal)
2 - La Marche mondiale des femmes : un « objet » multiforme, multi-situé et multi-thèmes
Cette communication a pour objectif principal de réfléchir aux catégories d’analyse qui guident la sociologie des mouvements sociaux dans leur définition de leur objet de recherche. En partant du cas, à notre avis, exemplaire, de la Marche mondiale des femmes, nous montrerons comment l’action collective transnationale de cet acteur mondial ne peut se résumer à une analyse de réseaux transnationaux, ni de mouvements. Actives à de nombreuses échelles de luttes, dans plus de 60 pays, les militantes de la Marche font vivre un ensemble complexe d’organisations formelles et de réseaux informel, en plus d’exister au niveau international. En partant de l’analyse préliminaire des coordinations nationales de la Marche, mise à jour en 2014 auprès de personnes clefs, nous tenterons d’approcher le phénomène Marche mondiale en mobilisant de manière croisée des outils de la géographie critique et de l’approche cognitive des mouvements sociaux. C’est en effet comme lieu d’appartenance et espace d’action à échelles multiples que la Marche se comprend le mieux. Finalement, nous aborderons, à titre de résultats préliminaires, l’incorporation différenciée de la souveraineté alimentaire au sein des coordinations nationales de la MMF, tant au niveau de la thématique même, que de son articulation (ou non) avec d’autres revendications et de son ancrage concret dans des organisations et des alliances.
Auteure : Elsa Beaulieu Bastien (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Janet Conway (Brock University)
3 - La généalogie de la souveraineté alimentaire au sein de la Marche mondiale des femmes
Cette communication vise à retracer l’émergence de la souveraineté alimentaire au sein de la Marche mondiale de femmes. Invisible avant 2006, la thématique est adoptée cette année-là lors de la 6e Rencontre internationale de la Marche à Lima. L’année suivante, la Marche se positionne de manière visible dans l’arène internationale en participant à l’organisation du Forum international Nyéléni sur la souveraineté alimentaire, sur l'invitation de La Via Campesina. Cependant, les enjeux concrets que ce thème recouvre sont déjà présents dans la Marche, à surtout à l’échelle locale, principalement au Sud, bien avant Nyéléni. En effet, au-delà de l'alliance politique avec La Via Campesina à différentes échelles, l’histoire de l’incorporation progressive de la souveraineté alimentaire comme priorité politique au sein de la Marche est le résultat de deux mouvements distincts : d’une part des militantes actives à l’échelle internationale proposent ce thème pour ouvrir un espace de visibilité à plusieurs luttes locales jusqu’ici relativement invisibles au sein de la Marche; d’autre part ce sont des militantes aux échelles nationale et locale qui, se reconnaissant dans cette thématique ou souhaitant se solidariser et s’articuler aux luttes d’autres femmes, vont travailler activement à son appropriation dans leur localité ou pays.
Auteure : Alexa Conradi (Fédération des femmes du Québec)
4 - Les actions mondiales de 2015 : mise en contexte
Cette communication vise à présenter les actions mondiales de 2015 de la Marche mondiale des femmes et à mettre en contexte la thématique de 2015 « Corps et Territoires ». D’où vient-elle ? qu’est-ce qu’elle recouvre au sein de la Marche ? Comment se traduit-elle au Québec ? Quels seront les enjeux abordés au cours de ces actions et comment cette thématique structure-t-elle les débats au sein de la coordination nationale ? Plus généralement, jusqu’où ces actions participent-elles à la transformation du féminisme et à la construction de nouvelles solidarités pour le mouvement des femmes au Québec ?
Séance : Séance 2 - Femmes rurales et émancipation : des défis de production
Animatrice :  
Auteure : CHARLOTTE BELLA MBESSA (ministere de l'education)
Le-s co-auteure-s : herve toussaint ONDOUA (Université de Yaoundé 1)
1 - L'Afrique et la question de l'égalité entre les genres et la répartition de la terre: lecture de quelques extraits des textes africains
L’inégalité foncière entre les genres en Afrique est-elle une réalité? Cette interrogation présuppose que les questions foncières entre les genres en Afrique sont inégales. Pour s’en convaincre, suivons l’analyse que fait la coordinatrice du REFACOF (Réseau des Femmes Africaines des Communautés). Selon sa coordinatrice, « en milieu rural, le foncier est géré par la coutume. La femme quand elle naît, est destinée à aller vivre ailleurs. Elle ne peut utiliser les terres familiales que lorsqu’elle ne se marie pas ». Cette logique est renforcée par une certaine vision africaine. En effet, dans cette vision, la femme africaine n’a pas droit au titre foncier. Les chiffres de l’institut national de la statistique pour l’année 2010 indiquent que les femmes représentent 52 pourcent de 20 millions d’habitants du Cameroun. Quoique les femmes produisent 80 pour cent des besoins alimentaires du Cameroun selon le ministère de l’agriculture et du développement rural, elles possèdent seulement deux pour cent des terres, précisent les statistiques de 2011 du réseau pour l’égalité entre les sexes. Un tel constat nous amené à nous interroger : qu’est-ce-qui explique cette situation inégalitaire entre les hommes et les femmes au sujet de la terre ? Pourquoi l’héritage foncier est-il problématique lorsqu’il s’agit des femmes ?
Auteure : Nadeige Laure Ngo Nlend (Université de Douala)
Le-s co-auteure-s : Rose Angeline Abissi (Université de Douala)
2 - Les organisations de productrices face au défi de l'émancipation foncière de la femme rurale au Cameroun
La présente étude soulève le problème de la cohérence d’une politique publique de professionnalisation des activités agricoles en milieu rural camerounais, déployée en direction des femmes dans un contexte réfractaire à leur accès à la propriété foncière. Des enquêtes, observations et relevés statistiques menés auprès de quatre organisations de productrices en région forestière du Cameroun, ont permis d’ouvrir la réflexion sur des aspects, nouveaux ou anciens de la problématique foncière pouvant être reliés à l’introduction de l’entreprenariat agraire chez les femmes camerounaises. La question s’est posée de savoir si l’entreprenariat agraire féminin était lié au déclenchement de la prise de conscience par la femme de ses droits fonciers et de son engagement à en faire usage. Par ailleurs, le train de mesures foncières en cours de reformulation au sein de l’administration camerounaise a-t-il partie liée avec une certaine pression exercée par les organisations de productrices ? Ou bien, a contrario, peut-on estimer que cette valorisation du travail féminin a accentué la réticence des communautés rurales à leur reconnaître un droit de propriété sur le patrimoine foncier ethnique ? Une telle problématique permettrait par ailleurs de postuler que la diversification des espaces de travail des femmes, favorisée par la création d’organisations de productrices, a provoqué une surenchère des terres cultivables, les mettant ainsi hors de la portée des femmes rurales financièrement démunies.
Auteure : YEDJOUKPAN RAMATA OUATTARA (CENTE SOLIDARITE INVESTIR DANS LES FILLES ET LES FEMMES)
3 - L'accès des femmes à la terre comme gage de sécurité alimentaire en Côte d'Ivoire
Parler du genre et de l’agriculture requièrent également d’appuyer le développement des cultures vivrières, généralement aux mains des femmes. La recherche agricole s’intéresse encore trop peu à ce type d’exploitation, pourtant à la base de l’alimentation des familles. La présente étude, réalisée dans les régions de Niakaramadougou, Pétonkaha ( Nord) et Affalikro, Djangobo (Est) de la Côte d’Ivoire montre que, quel que soit l’aire ou sociale en Côte d’Ivoire, les femmes ont généralement des difficultés d’accès à la terre pour la réalisation de cultures vivrières et pour l’obtention de revenus durables. Le législateur ivoirien fournit des efforts en matière de protection des droits des femmes en général. Mais diverses raisons, les y empêchent dont le poids des traditions, le manque de moyens financiers et matériels, la dépendance des femmes vis-à-vis de leur mari, un calendrier des tâches surchargé au quotidien, la pénibilité du travail de la terre, l’analphabétisme, la méconnaissance de leurs droits. Cette étude montre que le niveau d’études, le statut social de la femme, sa situation socioprofessionnelle, sont des facteurs déterminants dans la promotion de la femme en matière d’accès à la terre et de sécurité alimentaire. Ainsi, pour un changement des mentalités, des coutumes et attitudes à l’égard des femmes, il est souhaitable de faire de : - Formation/renforcement des capacités - Information - Sensibilisation - Plaidoyer
Auteure : leila rajhi (AFTURD)
Le-s co-auteure-s : salwa kennou (Tunisie)
4 - L'économie sociale et solidaire: facteur de changement et d'émancipation des femmes rurales.
Le système économique mondial ne cesse de se globaliser. Cependant, ce système économique libéral a décelé plusieurs inégalités dont les femmes sont les premières victimes (70% des personnes vivant en extrême pauvreté sont des femmes). En Tunisie, le modèle de développement a engendré des inégalités de genre avec un taux de chômage pour les femmes estimé à 23% en 2013 contre 13.3% chez les hommes. Pour les diplômés universitaires, le chômage touche 23.1% des hommes et 43.5% des femmes. Pour contrarier cette situation, un projet d’économie sociale et solidaire (ESS) a été monté au parc National d’El Feija au gouvernorat de Jendouba de la Tunisie dans un objectif d’autonomisation économique des femmes de ce milieu. Le projet a touché 26 femmes et visait les objectifs spécifiques suivants conformément aux principes de l’ESS Renforcer la confiance en soi et l’esprit solidaire chez les femmes, Organiser les femmes en structures formelles, Développer et renforcer leurs savoir faire techniques pour améliorer la rentabilité et la durabilité de leurs projets. L’évaluation des retombées de ce projet d’ESS sur la cible sont, d’après les premiers résultats, bien encourageants. Ainsi, les activités économiques des femmes ont été améliorées et les objectifs de confiance en soi et d’autonomisation sont relativement atteints. Les femmes ont pu diversifier leurs produits et ont pu chercher des débouchés extérieurs pour leur commercialisation. D’un autre coté, la participation de ces femmes à la vie politique a été améliorée par leurs inscriptions pour les élections. En outre, elles se sont organisées en une structure formelle : création de l’association « Femmes d’El Feija pour le Développement». La réussite de ce projet dans l’empowerment de ces femmes pourrait nous fournir des éclairages sur le potentiel de l’ESS comme initiative permettant d’atteindre des objectifs féministes tels que l’autonomisation des femmes, l’égalité de genre, etc.