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Activité : Colloque
Titre : 215 - Mondialisation, prostitution et pornographie : les nouvelles générations féministes résistent et agissent !
Responsable(s) : Pierrette Pape
Résumé : La mondialisation néolibérale a renforcé les violences faites aux femmes, parmi lesquelles la prostitution et la pornographie, dont les industries exploitent toutes les formes d'oppression à l'œuvre sur les femmes : néocolonialisme, sexisme, racisme, classisme et idéologie néolibérale. Dans ce contexte, de nouvelles formes d'action, de nouvelles analyses, de nouvelles solidarités internationales se créent et rendent visible la parole de jeunes générations féministes. Ce colloque apportera une perspective multidisciplinaire sur les phénomènes de la prostitution et la pornographie et leur impact sur les jeunes et la société : il rassemblera de jeunes chercheuses, artistes, militantes et survivantes, qui questionnent la dignité humaine et la marchandisation à outrance, y compris de nos sexualités. Lieu de libération de la parole des jeunes générations et de valorisation de leur vision du monde, le colloque donnera à voir une réponse internationale à un phénomène mondialisé au service du patriarcat, et des propositions de solidarité féministe et d'actions nouvelles pour les futures générations. Personne responsable : Pierrette Pape, militante féministe, présidente de l’asbl isala, membre du Monde selon les Femmes et de l’Université des Femmes (comité de rédaction de Chronique féministe), directrice des campagnes et des politiques au Lobby européen des femmes, Belgique

Séance : Mondialisation, prostitution et pornographie : les nouvelles générations féministes résistent et agissent ! - Séance 1
Animatrice :  
Auteure : Pierrette Pape (Isala + Lobby européen des femmes)
1 - Prostitution, droits sexuels et représentations de la sexualité chez les jeunes
Quels sont les liens entre santé sexuelle, prostitution et représentations de la sexualité chez les jeunes ? Quels sont les enjeux de la marchandisation des sexualités en termes d’égalité femmes-hommes, dans un contexte qui mêle attaques ultra-conservatrices sur la sexualité et discours néolibéral sur les droits sexuels ? Nos représentations sur la sexualité se forment et évoluent tout au long de notre vie, mais ont leur source principale dans nos expériences de jeunesse et notre environnement. Des recherches ont déjà étudié l’impact de la sexualisation des images dans les médias sur la perception qu’ont les jeunes de leur propre corps, et dès lors l’impact sur leur santé. De récentes études montrent la difficulté qu’ont de nombreux jeunes à identifier leur consentement sexuel, qui est pourtant à la base des revendications sur la santé et les droits sexuels. Dans ce contexte, on peut se demander si le phénomène de la prostitution peut avoir une influence sur les représentations et expériences de la sexualité et la santé sexuelle des jeunes. Dans une étude réalisée en France, à la frontière avec l’Espagne et ses clubs de prostitution, des interviews avec des jeunes Français-es nous informent sur leurs représentations, sentiments et expériences de la sexualité, dans un contexte où la prostitution est omniprésente et devenue une part intégrante de la culture populaire. Le résultat de ces entretiens montre que pour les filles comme pour les garçons, la prostitution réduit le champ des possibles et impose des codes de conduites en termes de sexualité. Cette réalité, qui ne correspond pas à l’objectif international de la santé sexuelle, questionne l’impact de l’idéologie néolibérale sur les revendications de droits sexuels, et pose directement la question de la nature des politiques publiques à mettre en place envers la prostitution et la marchandisation des sexualités.
Auteure : Javiera Coussieu-Reyes (ASGD-Les Développeuses Genre)
Le-s co-auteure-s : Pierrette Pape (Isala + Lobby européen des femmes)
2 - Des voies/voix littéraires pour lutter contre la pornographie en France?
• Etat des lieux en France de la « légitimité pornographique" à partir de quelques exemples tirés de l’actualité: l’omerta et la banalisation • Reprise des luttes contre les violences sexuelles depuis 2011: tentatives d’aborder le sujet • Réception des textes féministes radicaux sur la pornographie, écrits en France dénonçant la pornographie comme violence faite aux femmes et aux enfants • L’oeuvre de Karin Bernfeld, de Alice au pays des femelles à Plainte contre X « Je m’appelle Estelle. Et j’ai grandi dans la pornographie. » Crûment, avec une sincérité déroutante, une jeune fille dit le corps, le sexe, la cruauté. Elle dit aussi comment, petite fille éprise de littérature et de théâtre, elle est devenue une actrice de films X. La banalisation du X dans notre société participe de ce que l'on peut appeler la "culture du viol". La pornographie s'inscrit dans un ensemble de violences faites aux femmes qui se sont ancrées comme étant acceptables, "normales" alors qu'elles sont intolérables. « J'ai écrit ce texte afin que plus personne ne regarde un film pornographique comme avant. » Karin Bernfeld
Auteure : Maya El Ammar (KAFA (enough) Violence & Exploitation)
3 - La demande de prostitution au Liban: Ce que les clients disent sur leurs motivations, perceptions, et pratiques
Cette intervention exposera les principales conclusions d’une étude effectuée par KAFA sur la demande de prostitution au Liban : une étude qui, pour la première fois dans le monde arabe, aborde et analyse les propos de clients prostitueurs d’un point de vue féministe. L’étude fait l’état des lieux des différentes formes de prostitution au Liban et ses modes de fonctionnement et analyse les raisons et les motivations qui ont poussé 55 clients hommes à acheter des services sexuels. Elle analyse les attitudes et pratiques de ces clients en matière de prostitution et leurs perceptions des femmes prostituées. L’étude constate, entre autres, les multiples similarités d’une part entre la violence dans le monde de la prostitution et les autres formes de violences faites aux femmes et, d’autre part, entre les résultats révélés par cette étude et ceux obtenus par des études sur le même sujet effectuées dans divers pays.
Séance : Mondialisation, prostitution et pornographie : les nouvelles générations féministes résistent et agissent ! - Séance 2
Animatrice :  
Auteure : Shanie Roy (survivante-militante au Collectif d'aide aux femmes exploitées sexuellement (CAFES) et intervenante)
1 - Pornographie/prostitution : rapports de classes, idéologie néolibérale et backlash anti-abolitionniste. La place des survivantes de l’exploitation sexuelle au sein des gauches."
Concourant au développement et à la fixation des systèmes de sexe, de race et de classe, le néolibéralisme sert d’ancrage au discours faisant miroiter la libéralisation et la professionnalisation de la prostitution. La matérialisation de cette idéologie conjuguée aux rapports de classes donne lieu à un backlash anti-abolitionniste. Présent dans les milieux de gauche, cette réaction vise directement les survivantes de l’exploitation sexuelle, entravant ainsi leur militance et plus généralement les luttes abolitionnistes.
Auteure : Cherry Smiley (Association des femmes autochtones du Canada)
2 - Néocolonialisme, néolibéralisme et patriarcat : jeunes femmes autochtones pour l'abolition de la prostitution
La position de l’AFAC est que la prostitution exploite les femmes et les jeunes femmes autochtones, et accroît les inégalités en fonction du sexe, de la race, de l’âge, de l’handicap et de la pauvreté. La prostitution n’est pas une activité traditionnelle des femmes autochtones. L’État a tenté d’éloigner les femmes de nos communautés, de nos enfants, de notre langue et de notre culture. Tous ces incidents contribuent à la rupture, infligée par la prostitution, que les femmes subissent par rapport à leurs propres corps et à leur sexualité. Les femmes autochtones sont largement surreprésentées dans le milieu de la prostitution et parmi les prostituées assassinées. Diviser les prostituées entre celles qui « choisissent » et celles qui sont « forcées » de se prostituer n’aide en rien. Dans la plupart des cas, les femmes autochtones viennent à la prostitution alors qu’elles sont de très jeunes femmes ou à cause de la pauvreté ou de la violence. C’est l’industrie du sexe qui encourage les femmes à voir la prostitution comme une identité choisie.
Auteure : Fatima-Ezzahra Benomar (les efFRONTé-e-s)
3 - Nouvelles modalités de campagne/plaidoyer par les jeunes féministes abolitionnistes
Notre génération est entrée dans le monde du travail à un moment de précarité généralisé des jeunes en France : petits boulots, CDD, interim, sans accès à des CDI et un logement stable. Moi-même, je vis en squat. Cette situation expose les jeunes femmes à la double peine de la pauvreté et des propositions prostitutionnelles des bailleurs ou employeurs. Elle facilite l'entrée dans le système prostitueur quand, acculées, les jeunes filles se convainquent de se prostituer ponctuellement. Le tout dans un contexte de libéralisme qui attaque l'idée de protéger les plus faibles par la loi, sous prétexte qu'on entrave la liberté individuelle des galérien-ne-s volontaires. Les jeunes sont statistiquement concerné-e-s : l'âge moyen d'entrée dans le système prostitueur est de 14 ans, et la jeunesse est un argument de vente sur le marché prostitutionnel. Via internet, il atteint de nouvelles proies. Via les lobbys réglementaristes, il se répand à l'université, dans des colloques prônant le travail du sexe et des services sexuels apportés aux personnes en situation de handicap, et dans l'espace public via l'érotisation des violences sexuelles, l'envahissement publicitaire et la pornographie. De la propagande du matin au soir. Dans ce contexte, nous avons décidé d’agir, d’une nouvelle manière : en ralliant les jeunes de différents secteurs, et autour d’actions nouvelles et dynamiques. Le groupe des Jeunes pour l'abolition comprend huit organisations de jeunesse, deux associations féministes (OLF, les efFRONTé-e-s), un syndicat étudiant (UNEF), un syndicat lycéen (UNL), une mutuelle de santé (LMDE), et des organisations politiques de jeunes (MJS, JC, UEC). Nous avons lancé un appel le 23 septembre 2013 signé par 1000 jeunes, avons organisé plusieurs conférences du Tour de France de l’abolition dans une quinzaine de villes, et réalisé un court métrage mettant en scène une école qui recommande à une étudiante un « BEP fellation » pour illustrer par l’absurde l'idée que la prostitution serait un métier. Nous avons donc allié supports politiques, militants, créatifs, mais aussi présence dynamique sur les réseaux sociaux.