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Activité : Colloque
Titre : 216 - Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités
Responsable(s) : Isabelle Boisclair, Chiara Piazzesi et Julie Lavigne
Résumé : La relation entre représentation et sexualité se transforme dans les sociétés organisées autour d’une communication médiatique intensifiée. On assiste à une sexualisation accrue des productions culturelles. La sexualité, autrefois un enjeu moral ou scientifique, devient un enjeu social et politique, auquel sont directement rattachées des questions de reconnaissance, d’agentivité, d’autodéfinition, d’affirmation identitaire. Si la sexualisation est parfois le signe d’un envahissement des aspects sexuels dans la présentation de soi, elle peut aussi signifier une appropriation de l’expression sexuelle comme partie intégrante et pleinement assumée, voire résistante de l’identité individuelle. Cette ambigüité résulte en partie des formes de domination et de stigmatisation véhiculées par la société patriarcale hétéronormative à travers des impératifs « normalisateurs ». On s’intéressera aux représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités, en s’attachant aussi bien aux versions négatives qu’aux versions positives. Certaines représentations perpétuent les usages phallocentrés de la sexualité, qui asservissent les femmes lesbiennes, queer, trans et hétérosexuelles aux « scripts » sexuels normatifs. Parfois, le but est de dénoncer ces usages; parfois il s’agit de relais qui reproduisent sans questionner. D’autres représentations formulent de nouveaux scripts, qui transforment l’imaginaire et inaugurent de nouveaux types de relations. Comme ces objets culturels représentent une « technologie du genre », ils peuvent perpétuer l’ordre établi et valoriser les normes conservatrices, mais ils ont également le pouvoir de les subvertir.

Séance : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 1 - Jeunesses et sexualités
Animatrice : isabelle boisclair 
Auteure : Anne Martine Parent (Université du Québec à Chicoutimi)
1 - Girls, du post-porn pour grand public?
Depuis ses débuts en 2012, la série Girls (diffusée sur HBO) a suscité plusieurs commentaires en raison de ses nombreuses scènes sexuelles explicites. En fait, ce n’est pas seulement la quantité de scènes sexuelles qui attire l’attention du public et des critiques, mais aussi leur contenu spécifique – on n’a qu’à penser à la récente scène de « butt-eating » dans le premier épisode de la quatrième saison (diffusé le 11 janvier 2015) qui a été jugée scandaleuse par certains et ennuyeuse par d’autres, alors que d’autres, encore, ont aimé voir représenter une pratique sexuelle peu conventionnelle. C’est là l’intérêt de la représentation de la sexualité dans Girls : aller à l’encontre des représentations conventionnelles du sexe, depuis les fusions extatiques à l’orgasme synchronisé des couples hétérosexuels du cinéma et de la télé mainstream jusqu’aux contorsions et aux excès orgasmiques de la pornographie hardcore. Les relations sexuelles dans Girls sont souvent inconfortables voire ratées et mettent en scène de nouveaux scripts sexuels qui dévient du coït hétéronormatif – même si les rapports sont hétérosexuels. Je veux montrer dans ma communication que la représentation de la sexualité dans Girls se rapproche ainsi de la mouvance post-porn par son refus de l’idéalisation sexuelle (romantique ou pornographique), sa proposition de nouveaux scripts souvent fondés sur l’imaginaire et le fantasme individuels plutôt que collectifs, ainsi que sa sexualisation de corps jugés non désirables par la norme hollywoodienne.
Auteure : Catherine Dussault Frenette (Université de Sherbrooke)
2 - Entre hommes et filles : regard sur les entrées imposées dans la sexualité
Le discours commun fait coïncider les premières expériences sexuelles avec la puberté. Ce n’est, en effet, qu’à partir de ce moment qu’est autorisée l’exploration des potentialités sexuelles du corps. Ce point de rupture, entre une enfance soi-disant asexuée et une jeunesse sexualisée codifie un moment précis d’« entrée dans la sexualité ». Avant cela, tout ce qui relève du sexuel apparaît frappé d’interdiction, créant ainsi tout un drame autour de « la première fois ». Mais cette importance conférée à la première relation (hétéro)sexuelle oblitère d’autres « entrées », celles-là non désirées. Comment parler de ces cas où un·e enfant est soumis au pouvoir d’un·e adulte, et ce, bien avant la puberté? Alors que l’enfant se trouve dépourvu·e de connaissances sur la sexualité, l’adulte détient tous les pouvoirs – cette dissymétrie entre les statuts ouvrant la voie à la domination et à la violence. Et lorsqu’une telle rencontre implique un homme et une jeune fille, le rapport de pouvoir qui les unit est redoublé, en fonction de l’âge et du sexe. J’explorerai les représentations littéraires de rapports violents entre hommes et filles dans deux romans et un récit contemporains (La fille [Tupelo Hassman, 2012]; Le règlement [Heather Lewis, 1994]; et Mon secret [Niki de Saint Phalle, 1994]). À l’aide de la théorie des scripts sexuels et de la notion d’intersubjectivité, je me pencherai sur l’agression dont sont victimes les protagonistes féminins ainsi que sur les conséquences de celle-ci sur leur subjectivité sexuelle.
Auteure : Lori Saint-Martin (Université du Québec à Montréal)
3 - Désir, pouvoir, identité, différence: l'inceste sœur-frère dans l'écriture des femmes au Québec et en France
Le rapport entre sœurs et frères – et déjà, le fait d’inverser l’ordre des termes dévoile la hiérarchie usuelle, tant « frères et sœurs » semble plus « logique », c’est-à-dire plus conforme à l’ordre en place – permet, en littérature, une exploration particulière des enjeux du Même et de l’Autre. Or un nombre surprenant d’œuvres qui traitent de cette problématique présentent un « couple » sœur-frère incestueux ; souvent, de surcroît, il s’agit de jumeaux, poussant au paroxysme la réflexion sur la ressemblance et la différence. À partir de quelques textes romanesques récents, français et québécois, il s’agira d’examiner les enjeux troubles – pouvoir, dépendance, désir - qui se tissent autour de cette configuration de l’inceste, présentée souvent comme heureuse, voire extatique, parfois comme mortifère.
Séance : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 2 - Scripts et subjectivités
Animatrice : Thérèse St-Gelais 
Auteure : isabelle boisclair (Université de Sherbrooke)
1 - Rapports sexuels : rapports intersubjectifs
La tradition littéraire, fondée sur la figure du héros et sur la conscience subjective, met le plus souvent en scène un personnage central aux prises avec d’autres, traduisant sa seule perception – et ce, même dans un roman polyphonique où, le plus souvent, chacun des segments fait entendre une seule voix. Dans ce contexte, la représentation des rapports sexuels relaie un seul point de vue, historiquement phallocentré, qui confine les femmes à la place de l’objet, dynamique que relaie clairement le langage (« il la prit ») et que Pierre Guiraud a mis en lumière dans sa Sémiologie de la sexualité. Or, le « rapport » sexuel engage (minimalement) deux sujets, non pas un sujet et un objet. Sur la scène contemporaine, qui pense de plus en plus le décentrement du sujet, comment la mutualité, la réciprocité s’écrit-elle? Comment les jeux intersubjectifs se traduisent-ils textuellement? À l’aide des théories de l’intersubjectivité (Benjamin), j’examinerai quelques scènes parvenant (ou pas) à traduire cette dynamique, de manière envisager le rapport non plus comme une relation asymétrique mais bien une relation réciproque dans laquelle deux sujets sont engagés. Y a-t-il moyen de représenter des scripts qui tiennent compte de la dynamique intersubjective? Voire d’imaginer des scripts qui en tiennent compte? Que fait un sujet à l’autre et l’autre à l’un? Cet examen de l’inscription des rapports intersubjectifs dans les scènes sexuelles posera comme centrale la question de la subjectivité du sujet féminin et sa reconnaissance.
Auteure : Anne VERJUS (CNRS)
2 - La diffusion de nouveaux scripts hétérosexuels transgressifs des normes de genre : le cas du “chevillage” en France (2001-2015)
Le « pegging », ou « chevillage » en français, est une pratique hétérosexuelle de pénétration anale passive d'un homme par une femme. Le caractère récent de ces deux dénominations laisse penser que la légitimité de cette pratique sexuelle ne va pas de soi. Dans cette communication, nous nous appuierons sur une étude de la documentation « sexperte » francophone disponible sur le sujet, tant chez les éditeurs « papier » grand public que dans la presse nationale en ligne ou sur les forums ouverts pour observer la manière dont a progressé, depuis 15 ans, la circulation de ce script hétérosexuel transgressif des normes de genre le plus souvent présenté comme nouveau, libérateur, voire subversif. o ignored Nous cantonnerons cette étude à l'espace francophone immédiatement disponible pour l'internaute français, dans la mesure où l'étude des scripts sexuels peut difficilement être détachée du contexte culturel, donc notamment national, dans lequel ils s'inscrivent. C'est la raison pour laquelle nous consacrerons la première partie de cette communication à l'évolution, depuis 40 ans (afin d'englober le plus possible le spectre de socialisation des personnes sexuellement actives entre 2000 et 2015) des normes de la sexualité en France, telle qu'elle a été étudiée à travers des enquêtes quantitatives et qualitatives (Bajos et Bozon, 2010), en faisant l'hypothèse qu'une partie des scripts sexuels homosexuel, en se normalisant, a pu se diffuser auprès d'une partie de la population qui se définit comme hétérosexuelle.
Auteure : Nathanaël Wadbled (Université de Lorraine / UQÀM / Université Paris 8)
3 - Géocritique du placard : épistémologie féministe de la subjectivation spatiale
Une certaine géocritique contemporaine peut indiquer une façon de considérer le récit non plus de manière temporelle mais spatiale. En contestant par l’exemple le fait que la seule manière de se raconter serait psychique, est contesté un ordre symbolique où la différence entre homme et femmes est entre autre spécifiée comme l’attachement du premier à une subjectivité pure se construisant temporellement et de la seconde à une corporéité spatiale ayant besoin de trouver sa signification hors d’elle-même dans la subjectivité du masculin. Une telle perspective permet un autre regard sur ce qui se joue dans les relations sexuelles, non plus au niveau psychique mais au niveau corporel. Il ne s’agit pas de dénier le caractère symbolique de telles relations et dans la construction des identités qui s’y joue, mais d’opérer un déplacement du lieu où il se joue. Cette communication propose de considérer comment un tel déplacement peut permettre de définir une identité sexuelle féministe. De manière positive l’enjeu sera de voir comment l’histoire de la littérature présente de manière souterraine une telle possibilité et peut ainsi s’inscrire dans une épistémologie alternative. De manière négative, il s’agira de montrer comme la manière dont une certaine littérature érotique refuse cette possibilité et reproduit en fait un ordre symbolique de la domination masculine, quand bien même dans son contenu elle prétendrait s’y opposer.
Séance : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 3 - Désordres
Animatrice : Julie Lavigne 
Auteure : Nicole Cöté (REQEF)
1 - Économie des sexualités féminines dans la trilogie Madaddam
Les changements radicaux et subits représentés dans plusieurs récits dystopiques de l’extrême contemporain, ayant pour corollaire une rapide réorganisation des rôles sexuels, forcent une interrogation quant aux stratégies de survie des plus vulnérables, dont les femmes. Des œuvres comme Oryx and Crake (Le Dernier Homme) et Year of the Flood (Le Temps du déluge), de la trilogie Maddaddam, articulent clairement différents aspects de la survie de notre planète en proposant une suite vraisemblable, mais inquiétante, de ce monde radicalisé. Les personnages féminins de la dystopie Madaddam connaissent un sort des plus hasardeux, toutes les femmes étant, à un moment donné ou à un autre, reléguées à des fonctions sexuelles ou maternelles −ou se reléguant elles–mêmes à ces fonctions pour survivre−, quelles que soient leurs capacités intellectuelles ou leur agentivité. Ainsi, dans des conditions extrêmes, certains personnages féminins se prêteront au jeu de la féminité séductrice ou exerceront irréprochablement leurs fonctions maternelles. Il semble bien que les personnages de femmes représentés, si différents soient-ils, se plient à peu près tous à un comportement se modelant sur le spectre des attentes hétérosexuelles afin de survivre à une situation extrême. Je discuterai donc des conséquences des situations de crise sur l’évolution des rôles sexuels dans les représentations que nous offre la littérature Canadienne/québécoise de l’extrême contemporain.
Auteure : Maité FERNANDEZ FALCAND (Université Paris III Sorbonne Nouvelle)
2 - La sexualité, lieu d'un tragique contemporain ?
Dans nombre de réécritures contemporaines pour la scène, les tragédies antiques se voient complétées par la sexualité, ou transposées en ses termes. Le tragique ne réside plus dans l'effroyable, le terrifiant ou l'extraordinaire, mais la scène est désormais chargée de représentations d'actes sexuels, d'évocations vulgaires. Les réécritures, par leur exploitation de la sexualité, offrent à voir un spectacle désabusé. Car ce n'est pas une sexualité épanouie que les auteurs représentent, pas plus qu'ils ne s'attachent à des héros vertueux ; très peu d'Andromaque et d'Antigone : ce sont Médée, Phèdre, Œdipe, Déjanire, Agamemnon qui intéressent, et la sexualité fonctionne davantage comme un miroir de la violence ou du désespoir des personnages. Le caractère machinal et épuré des scènes de sexe chez Sarah Kane et Lars Norén, les descriptions méthodiques chez Martin Crimp ou Sara Stridsberg, la dérision de Rodrigo Garcia face à une sexualité de consommation, mais aussi le sentiment d'une impuissance - décrite en termes physiques - chez Lina Prosa, Jean-René Lemoine ou Ivana Sajko, tous ces traitements de la sexualité en font un signe vers l'échec, et le lieu d'un tragique contemporain.
Auteure : Thérèse St-Gelais (UQAM)
3 - La violence « naturelle » du désordre
Il y a de ces œuvres qui semblent laisser voir une provocation malsaine à partir d’une représentation de la sexualité qui ne ferait que reproduire des manifestations éculées et brutales. Or, que faut-il lire dans ces œuvres qui paraissent s’apparenter à des œuvres dont la violence est frappante, comme c’est le cas dans certaines œuvres picturales de l’artiste québécoise Christine Major ? Souvent de grand format et usant d’une palette contrastée, parfois criarde, les œuvres de Major s’adonnent également à un exercice chromatique qui interroge les liens apparemment naturels entre l’art et la représentation sensuelle du désir. Mais au-delà de cette représentation se profile une réflexion féministe qui se joue des normes et des codes pour faire valoir un regard critique sur cette dite normativité. À partir d’œuvres choisies, cette communication propose une analyse de la dimension performative des « figures » présente dans ces œuvres de Christine Major. Également, elle dégagera comment s’y opère une agentivité qui ne va pas nécessairement dans le sens attendu d’un regard conventionnel, pas plus d’ailleurs que dans un « male gaze » tel que développé par Laura Mulvey. Dans cet esprit, cette communication proposera des comparatifs avec l’œuvre, entre autres, de Ghada Amer dont la réception cause quelques ambiguïtés.
Séance : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 4 - Sexualités postcoloniales
Animatrice : Nicole Cöté 
Auteure : Desire K.Wa kabwe-Segatti (University of Johannesburg)
1 - L’écriture du sexe dans les romans féminins postcoloniaux : Perpétuation, subversions ou réappropriation l’enjeu sexuel ?
La question de la sexualité n’est certes pas nouvelle dans les littératures africaines tout comme dans celles de la postcolonie, ce qui est nouveau cependant, c’est l’orientation accordée à sa représentation à travers différentes époques et mœurs sociopolitiques en cours dans ces sociétés. Nous nous proposons d’analyser l’enjeu social et politique de l’écriture du sexe dans quelques romans féminins postcoloniaux en vue cerner les motivations profondes de ce qui apparaitrait aujourd’hui comme étant une représentation littéraire complaisante des sexualités parfois déviantes, transgressives, voire libérées, en fonction du vécu ou du parcours des écrivaines, qui par extension pourrait, a de degré divers pourrait être juxtaposés aux parcours des auteurs-narratrices.
Auteure : Aristide Michel MENGUELE MENYENGUE (Université de Douala)
2 - L’homosexualité dans la littérature camerounaise : entre velléités de mystification et discours de rationalisation
Au Cameroun, il existe une abondante littérature qui relaie des représentations souvent opposées et contradictoires et rarement complémentaires sur l’homosexualité. Cette forme de sexualité se trouve donc dans un entre-deux qui rend complexe toute compréhension du phénomène. Entre discours de mystification et tentatives d’explication rationnelle, l’homosexualité reste un sujet relativement tabou dans le contexte camerounais. La littérature existante au niveau local a contribué de manière décisive à répandre des idées reçues autour de l’homosexualité mystique. De fait, « l’homosexualité est une pratique assimilée d’emblée à la sorcellerie » (Abéga, 1995, 104). Comme a pu s’en rendre compte Nadine Machikou, « la perception sociale de l’homosexualité est très marquée par les catégories ritualo-initiatique » (Machikou, 2009). Les mythes fondateurs de l’homophobie, les liturgies homophobes, des velléités de sacralisation de l’homophobie et l’écho médiatique de l’homosexualité au Cameroun a contribué à présenter cette forme de sexualité comme une pratique initiaque voire magico-religieuse qui ressortit des sociétés secrètes. Or, il existe des formes discursives qui procèdent à une rationalisation de la sexualité considérée en empruntant beaucoup au paradigme freudien. Mais celles-ci restent relativement marginales dans le contexte actuel. Sans doute ces représentations duales de l’homosexualité qui oscillent entre mystification et rationalisation ont contribué à faire de l’Afrique sub-saharienne « le berceau par excellence de l’homophobie » comme l’a pensé une certaine opinion.
Auteure : saadedine fatmi (Université de Mascara)
3 - L’image de la femme dans la bande dessinée algérienne francophone
L’objet de notre communication est de révéler, à travers la bande dessinée francophone, une illustration importante des rapports conflictuels entre l’homme et la femme en Algérie. Des rapports confus influencés notamment par la religion et le sexisme régnant. La femme apparaît souvent comme un objet sexuel nourrissant les fantasmes des hommes. Elle est gracieuse lorsqu’il s’agit de la draguer dans les rues, et repoussante à l’intérieur du foyer familial. Nous avons aussi constaté que certains extraits de la B.D. sentimentale renforcent l’idée de la présence de la femme à l’intérieur du foyer, et celle de la maîtresse dans une chambre d’hôtel. Qu’il s’agit de l’épouse ou de la maîtresse. Certains dessinateurs s’arrangent parfois à écorcher l’épouse idéale en la tenant responsable d’un adultère avec des amants. Même si la femme apparaît comme émancipée, elle représentera toujours une créature qui amplifie les tentations sexuelles : des personnages au corps sculptural et aguichant. La femme ne garantit plus l’ordre familial, elle semble s’accommoder aux sollicitations des hommes dans l’espace public où le harcèlement masculin est omniprésent. Certains dessinateurs inversent la tendance en illustrant des femmes attirantes qui participent à la vie active en s’émancipant, mais elles demeurent exclues du pouvoir de décision. Les comportements des hommes enracinent l’image de la femme dans un discours d’appartenance domestique.
Séance : Représentations littéraires, artistiques et médiatiques des sexualités - Séance 5 - Femmes, pouvoir et sexualité
Animatrice : Catherine Dussault Frenette 
Auteure : Myriam Le Blanc Élie (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Julie Lavigne (UQAM); Sabrina Maiorano (Université du Québec à Montréal)
1 - Cartographie des pornographie critiques faites par les femmes : question de féminisme et de sexualité explicite
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Auteure : Allison Faris (CUNY Graduate Center)
2 - Fy de cet honneur, et vive le plaisir ! »: La sexualité féminine chez Brantôme, menace implicite
Les Dames galantes, commencé par Brantôme après 1587 mais qui n'a été publié qu'après sa mort en 1666, se concentre sur les exploits sexuels des femmes nobles et parfois illustres. Or, la critique s'est peu intéressée à l'examen de ce contenu sexuel, préférant se focaliser sur le cadre socio-historique. Je propose d'y analyser la représentation de la sexualité féminine. Suivant le travail de David LaGuardia, je discute comment Brantôme construit une féminité qui complémente en même temps qu'elle s'oppose à la masculinité «performative» de l'époque. C'est cette féminité excessive que l'auteur cherche à restreindre textuellement, et c'est ce processus qui montre à quel point la sexualité féminine est jugée menaçante. Chez Brantôme, on trouve une hiérarchie de jugements, où certaines femmes sont plus condamnables que d'autres. Je me penche sur trois catégories de femmes «menaçantes»: les femmes adultères, les prostituées, et les «lesbiennes» (terme que l'auteur emploie, mais qui ne correspond pas à sa définition moderne d'identité sexuelle). Comment l'auteur représente les actes sexuels, les désirs, de ces femmes? Est-ce que les trois catégories nous fournissent une vue «authentique» de la sexualité féminine? Quelle catégorie sera la plus menaçante, et qu'est-ce que cette menace peut nous dire de la masculinité du XVIème siècle et de la construction masculine de la féminité? Bien que ce texte soit écrit par un homme, je soutiens qu'une analyse de la sexualité féminine qu'on y trouve étend notre connaissance de la construction du «genre» tout en dressant un tableau des mœurs sexuelles de l'époque.