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Activité : Colloque
Titre : 245 - Santé, féminisme et justice sociale - Colloque « indiscipliné »
Responsable(s) : Geneviève Rail, Bilkis Vissandjée, Abby Lippman et Lydya Assayag
Résumé : Les discours hégémoniques en santé tendent à légitimer les relations de pouvoir présentes dans les systèmes et les industries de la santé. Parce que problématiques, les constructions scientifiques et sociales du corps et de la santé ont mené à d’importantes luttes politiques. Plusieurs de ces dernières peuvent être situées plus globalement dans les mouvements féministes et de la santé des femmes. Le Colloque que nous proposons s’inscrit dans ces mouvances. Il permettra une déconstruction de certains discours pour faire place à des idées novatrices et donner la parole à des chercheures et des militantes féministes intéressées à la santé et la justice sociale. Ce colloque, « indiscipliné », se veut une triple subversion des savoirs dominants : a) il établit la santé des femmes comme objet d’étude n'appartenant à aucune discipline particulière, b) il est collé sur des savoirs centrés sur la santé des femmes et c) il met en jeu des féministes ayant accepté de relever le défi de dire la santé à partir de nouvelles perspectives éthiques, culturelles, sociales, économiques, environnementales et/ou politiques. En ce qui a trait à la santé des femmes, les quelques gains réalisés dans les milieux de la recherche et du secteur public sont menacés partout par un désengagement massif de l’État. Dans un tel contexte, les répercussions qu’ont la pauvreté, la violence, la pollution, le racisme, le néolibéralisme et le néocolonialisme sur la santé des femmes sont négligées. Notre colloque propose de mobiliser les connaissances scientifiques et militantes dans le domaine de la santé et de la justice sociale pour échanger sur ces questions, en arriver à mieux les comprendre et en dégager des pistes d’action. Un cocktail de réseautage (sur invitation CINBIOSE/RéQEF) suivra la première journée des séances et aura lieu à 17h30 au J-2805.

Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 1 - Savoirs expérientiels et corporels
Animatrice : Geneviève Rail 
Auteure : Lydia Assayag (Réseau québécois d'action pour la santé des femmes)
Le-s co-auteure-s : Isabelle Mimeault (Réseau québécois d’action pour la santé des femmes)
1 - Savoirs féminins et science : le début de la réconciliation ?
L’histoire officielle nous en apprend fort peu sur les rapports entre les femmes, la santé et la science. De surcroit, nous limitons notre regard à l’ère industrielle et au territoire européen. La naissance de la science rationnelle et de la médecine occidentales, marquée par le paradigme cartésien, s’inscrit dans un contexte de misogynie et de naturalisation des différences. Le mépris des médecines et des savoirs traditionnels et l’exclusion première des femmes et des populations autochtones/colonisées des professions scientifiques ont concrétisé l’instauration d’une norme masculine en santé. S’inspirant d’un paradigme holiste, l’approche globale et féministe conçoit l’être humain de façon intégrée : le corps et l’esprit et les émotions forment un tout en interaction avec son environnement social et physique. Cette perspective mise sur la prévention plutôt que sur le curatif et reconnaît aux personnes le droit de prendre part aux décisions concernant leur santé. L’approche globale et féministe de la santé se rapproche des médecines globales orientales (autochtone, indienne/ayurvédique, chinoise), dont les principes se retrouvent maintenant accrédités par les découvertes de la physique quantique, des neurosciences, de l’épidémiologie et des sciences sociales. Des recettes de « grand-mère aux « alicaments » utilisés en cuisine, en passant par l’utilisation de l’effet placebo et par la médecine personnalisée, nous illustrerons comment ces rapprochement s’opèrent et comment la « science », peu à peu, redonne ses lettres de noblesse aux savoirs féminins.
Auteure : Anne Taillefer (Université du Québec à Montréal)
2 - Braver l’orthodoxie biomédicale ? L’exclusion de l’expertise des femmes dissidentes : l’exemple de la vaccination
Le féminisme et le mouvement pour la santé des femmes ont sensibilisé celles-ci sur les abus de pouvoir dans le domaine de la médecine et les risques des médicaments, influençant la façon dont certaines femmes ont considéré les vaccins. Des présupposés sexistes ont façonné les pratiques de vaccination et les années 1970/80 ont engendré une critique féministe de la médecine, évidente dans la littérature sceptique sur le vaccin. Cependant, aujourd’hui, le paternalisme de l’État et l’autorité scientifique souveraine ne permettent pas une critique de la science du vaccin ou de son emploi. Maintes études sur l’hésitation à la vaccination concluent à un modèle de déficit de connaissances dans les cas de non-observance de la population. Mais les doutes provenant « de l’intérieur », de professionnelles de la santé qui ont une vision alternative sur le sujet, sont simplement inadmissibles pour l’orthodoxie biomédicale. Or, cette attitude colonisatrice de déni, cette « monoculture » de l’esprit (Vivanathan, 2006), une pratique d’oppression qui exclue d’autres formes de connaissances, est notamment ce que l’épistémologie féministe de l’ignorance cherche à briser. Cette théorie du savoir, rejoignant l’approche globale et féministe de la santé (du RQASF), est née du constat que « nous ne pouvons pas comprendre pleinement les pratiques complexes de production de connaissances (…) sans comprendre les pratiques qui amènent à ne pas savoir » (Tuana, 2006). Si la science médicale semble aujourd’hui à la fois mono-paradigmatique et monoculturaliste, c’est que son existence dépend du refus et de l’exclusion de savoirs alternatifs et de sa capacité à faire taire, ici, une parole savante, celles de femmes averties par l’expérience. Or, se questionner sur la vaccination veut-il forcément dire s’y opposer ? Cette communication porte sur une étude visant à documenter les discours hétérodoxes marginalisés (savoirs interdits), chez quatre groupes de professionnelles de la santé sur la vaccination au Québec.
Auteure : Sylvie Fortin (Université du Québec à Montréal)
3 - Micropolitique de pratiques corporelles avec des femmes en situation de fragilité
Depuis 2009, nous avons réalisé trois recherches-action en partenariat avec l’Association anorexie boulimie Québec, la Maison d’hébergement l’Entre-Deux et l’Association fibromylagie de la Montérégie. Avec chaque groupe de femmes, notre but était de s’engager dans une pratique de conscience corporelle et d’en cerner l’impact sur la qualité de vie, par divers procédés de représentations du vécu. Troubles du comportement alimentaire, dépression et fibromylagie ont été abordés autant comme expérience phénoménologique que lieu incarné de la vie sociale. Immergées au quotidien dans le discours social dominant qui encourage un idéal fantasmé du corps et invitées une fois par semaine dans des ateliers de mouvement à faire l’expérience d’un discours alternatif qui incite à approfondir l’expérience individuelle sensorielle, les participantes ont fait l’expérience concrète de quelques dissonances entre ces deux discours. Le caractère inachevé du corps nous est apparu un projet sans fin qui présente le danger d’une imposition d’un corps légitime par les discours sociaux dominants autant que par les discours alternatifs. En effet, dans l’ensemble des sociétés post-industrielles, diverses pratiques corporelles sont normalisées au sein d’un vaste marché du « bien-être ». La conscience corporelle comme projet de transformation ouvre donc sur des problématiques sociétales fondamentales. Pour Darmon, « les représentations actuelles de la malléabilité corporelle, notamment féminine, relèvent d’un mouvement de fond » (2008, p. 342). Nos résultats montrent la dialectique qui s’engage entre différents discours sociaux plus ou moins normatifs et l’expérience corporelle singulière des femmes. Cette étude contribue à comprendre comment s’opèrent au quotidien les processus de subjectivation chez ces femmes. Les expériences qu’elles ont rapportées, en termes de comportements, cognitions et émotions, nous réconfortent dans l’idée que leur participation au projet a contribué au développement d’un rapport au corps plus sensible et d’une pensée critique élargie.
Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 2 - Développement, immigration et accès aux services de santé
Animatrice : Nancy Guberman 
Auteure : Jonathan kuntz (Université de Sherbrooke)
1 - Politiques d’ajustement structurel, obligations internationales et accès à la santé : qu’en est-il des droits des femmes?
L’objet de cette présentation est de comprendre les liens qui existent entre les obligations internationales d’un État vis-à-vis d’une institution internationale et les réformes économico-politiques affectant les droits des femmes ainsi que leur santé. L’intégration de plus en plus pressante à la communauté internationale et aux différents systèmes économiques et politiques impose aux États demandeurs d’adopter toute une série de normes et de politiques sous la forme d’ajustement structurel ou de conditions : c’est ainsi que nous pouvons prendre en exemple les conditions d’intégration de l’Union européenne ou de financement du FMI et de la Banque Mondiale. Ces normes peuvent être tant au plan des droits humains et démocratiques, procédure première pour demander l’intégration au sein de l’Union européenne, qu’au plan de l’ouverture du marché économique ou de la gestion des finances publiques comme le demandent les Organisation Internationales Économiques et Financières. Ces ajustements politiques et financiers, qui sont majoritairement inconnus de la population, n’en demeurent pas moins un des principaux vecteurs des impacts de la mondialisation dans les communautés locales et, par le biais de ces vecteurs, les femmes sont souvent les premières atteintes. N’étant que rarement ouvertement ciblées, à cause de leur rôle dans la société et leur maitrise des moyens économiques, elles sont néanmoins les premières à voir leurs conditions sociales sanitaires économiques changer à la suite de ces ententes internationales. Notre présentation porte sur les conséquences des obligations et des politiques européennes, du FMI et du Groupe Banque Mondiale sur les droits et la santé des femmes. Nous terminerons en nous concentrant sur les améliorations envisagées pour une santé des femmes accrue et une réelle effectivité aux normes juridiques les protégeant.
Auteure : Maïmouna Ndoye (AFARD)
2 - Dé-connexions entre savoir féministe et pratique du développement : leçons apprises à partir de l'intégration du genre dans le domaine de la santé au Sénégal
La problématique de l’apport du savoir féministe dans la pratique du développement se pose en des termes différents selon le contexte socio culturel et politique dans lequel on se trouve. Au Sénégal, les attitudes dominantes vis-à-vis du féminisme peinent encore à le positionner comme un champ de savoir utile dans la pratique du développement. Comme dans beaucoup de pays africains, le terme genre a meilleure presse que le féminisme qui, trop souvent, soulève l’épineuse question de la perte d’identité des femmes devant un référentiel occidental importé. Ainsi, le genre est presque devenu un « buzzword » dans un contexte international où sa prise en compte comme approche est devenue incontournable. Mais peut-on dissocier le genre du féminisme ? L’apport du genre sur le terrain peut –il se passer du savoir féministe ? Ma réflexion analyse les implications pratiques des attitudes envers la production féministe sur les tentatives d’intégration du genre dans le domaine de la santé au Sénégal. Elle s’inspire de mon expérience en tant que féministe, travaillant comme conseillère genre dans une ONG, après un long parcours de recherche et d’enseignement sur les questions de genre. De l’académie à l’action, j’ai pu constater entre autres qu’il y a un très faible recours à la production théorique sur le genre, a fortiori lorsqu’elle s’assume féministe. Ce qui réduit le genre à des généralités sur ses concepts, théories et outils de base. Ceci, sans cet engagement militant qui caractérise le féminisme, mais aussi, sans cet effort nécessaire d’analyser les répercussions du genre dans chaque domaine de la vie, y compris la santé. Il est central aujourd’hui, de réfléchir aux contraintes que pose l’articulation entre la réflexion féministe et l’opérationnalisation du genre dans le domaine de la santé au Sénégal et de proposer des solutions.
Auteure : Bilkis Vissandjee (Université de Montréal)
Le-s co-auteure-s : Karine Bates (Université de Montréal); François VIALLA (Université de Montpellier)
3 - Immigration, droit à la justice et d’accès à la santé : perspectives selon les questions de genre et de justice sociale
Bilkis VISSANDJÉE (Université de Montréal) bilkis.vissandjee@umontreal.ca Karine BATES (Université de Montréal) karine.bates@umontreal.ca François VIALLA (Université de Montpellier) f.vialla@gmail.com Jonathan KUNTZ (Université de Sherbrooke) jonathan.kuntz@usherbrooke.ca Donner des soins de qualité à tous et à toutes, se donner les moyens pour le faire, exige des stratégies et des pratiques fondées sur une série d’assises, notamment sur la reconnaissance de l’influence de déterminants multiples pour une condition donnée, sur l’examen des capacités à établir des rapports égalitaires et sur la reconnaissance de la complexité à l’établissement de ces derniers. Une réflexion est proposée sur les défis associés au droit à l’accès à des soins de qualité dans une perspective de justice sociale pour les personnes en situation d’immigration. La discussion portera sur les complexités de prise en compte de l’interaction de diverses influences lorsqu’il s’agit d’arrimer la question de droit, des relations de genre et de justice sociale à celle de l’accès aux services et soins de santé. L’accès à la santé pose des défis similaires à ceux de l’accès à la justice : ils sont souvent tributaires d’une forme d’institutionnalisation imbriquée à des approches trop bureaucratiques, au contraire d’une approche holistique qui viserait à saisir les attentes des femmes et des hommes, dans leur trajectoire différenciée, requérant des soins et des services. La conclusion portera sur les recommandations quant à la reconnaissance de l’accès à des soins de santé, en tant que droit, par la mise en place d’un environnement où un dialogue et une reconnaissance seraient réalisés entre sujets (hommes et femmes) de droit et intervenants du système de santé.
Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 3 - Mères, industrie biomédicale, justice sociale
Animatrice : Lydia Assayag 
Auteure : Catherine des Rivières (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Isabelle Courcy (Université d'Ottawa)
1 - Le sentiment de détresse des mères de jeunes enfants présentant un trouble dans le spectre de l’autisme. Au-delà de l’« acception du diagnostic » : les conditions matérielles d’existence
Les mères d’enfants présentant un trouble dans le spectre l’autisme (TSA) sont particulièrement à risque de développer divers problèmes de santé comme de la détresse psychologique, de l’épuisement ou une dépression. Bien que des pistes d’explication soient soulevées pour expliquer ces taux de détresse alarmants, très peu de recherches ont analysé les conditions matérielles d’existence dans lesquelles vivent ces femmes. En effet, les liens entre les conditions de vie et l’environnement social pour penser l’état de santé de ces femmes sont souvent secondarisés au profit de théories mettant l’accent sur des processus individuels liés au « deuil » ou à « l’adaptation » au diagnostic de l’enfant. Dans le cadre de cette communication, nous présenterons les résultats de deux recherches visant à comprendre ce qui, dans les conditions matérielles d’existence propres à ces mères, explique les difficultés et les problèmes de santé auxquels elles sont confrontées. L’une de ces recherches a été effectuée avec une méthodologie quantitative auprès d’une centaine de mères alors que l’autre a été conduite avec une méthodologie qualitative auprès de 13 familles d’enfants présentant un TSA. Ces recherches ont permis, d’une part, d’analyser l’effet des conditions de vie des mères sur la détresse psychologique, et, d’autre part, de cerner certaines dimensions du travail qu’elles effectuent auprès de leurs enfants qui rendent celui-ci particulièrement difficile et épuisant. Les résultats seront discutés à la lumière des pistes d’action qu’ils nous permettent de suggérer afin d’aider les mères au-delà d’une perspective individualisante, qui, contrairement à une perspective visant une plus grande justice sociale, tend plutôt à redonner à ces femmes la charge des difficultés qu’elles peuvent rencontrer.
Auteure : Luisa Molino (université concordia)
Le-s co-auteure-s : Geneviève Rail (Université Concordia)
2 - Discours sur le vaccin anti-VPH : quelles éthiques, quelle justice sociale ?
La recherche sur le virus du papillome humain (VPH) et sur la vaccination contre le VPH (VVPH) a explosé au Canada et dans le monde. Les campagnes de VVPH sont l’objet de débats animés sur le lien entre le VPH et le cancer du col de l’utérus ainsi qu’à propos de l’efficacité, du coût, de l’innocuité et des questions éthiques de la VVPH. Malgré de graves préoccupations, des campagnes de vaccination ciblant les jeunes filles ont été implantées dans toutes les provinces canadiennes. La recherche sur de telles campagnes est très limitée et il existe peu d’information sur la VVPH au Canada. Ancrée dans une perspective féministe poststructuraliste, notre étude porte sur le déploiement des discours sur la VVPH au Canada et son impact sur les jeunes Canadiennes. L’étude comprend des conversations avec des jeunes filles de 12 à 16 ans provenant de 4 provinces canadiennes, ainsi qu’avec certains des adultes avec lesquels elles interagissent (parents, enseignantes et enseignants, professionnelles et professionnels de la santé). Nous avons examiné les transcriptions des conversations à l’aide d’une analyse poststructuraliste du discours. Notre présentation se centre sur les résultats préliminaires de cette analye et porte sur les « vérités » socialement construites (en matière de cancer du col utérin, d’innocuité des vaccins, des risques associés aux comportements sexuels, du genre, de la sexualité) et la façon dont elles façonnent les discours dominants sur la VVPH au Canada. Nous nous intéressons de plus aux parents, notamment les mères et la façon dont elles interprètent, résistent et/ou se construisent discursivement en tant que sujets au sein des discours sur la VVPH ainsi que de la façon dont leur subjectivité est touchée par de tels discours. Enfin, nous portons un regard critique sur les questions d’éthique et de justice sociale soulevées par la VVPH.
Auteure : Manon niquette (Université Laval)
3 - Les nouvelles formes d’exploitation des liens sociaux des mères dans le marketing des produits de santé
Les femmes devenues mères sont une cible privilégiée en marketing. Tenues responsables des achats familiaux en matière de santé, les nouvelles mères sont vues comme des vecteurs de croissance des ventes puisque chaque naissance correspond à un potentiel supplémentaire de consommation. Qui plus est, leur propension à puiser dans Internet les informations dont elles ont besoin, voire à prodiguer elles-mêmes conseils et soutien dans la mamansphère, en font des recrues de choix pour le rôle de relai. Les chantres du marketing participatif voient dans le soutien que s’apportent mutuellement les mères internautes une occasion en or pour faire de ces femmes des ambassadrices de leurs marques. C’est donc en vue de s’insérer dans les conversations des femmes que les entreprises pharmaceutiques assurent une présence forte dans les médias sociaux. Les réglementations en vigueur en matière de publicité et la crainte de ne pas assurer un contrôle sur la dénonciation des effets secondaires contraignent toutefois l’industrie à miser davantage sur des messages de santé que sur la publicité directe de leurs produits. Le but poursuivi n’en reste pas moins promotionnel : on veut construire un lien d’engagement fort avec la marque en créant des communautés d’appartenance. L’étude présentée vise à analyser d’un point de vue critique et féministe les pratiques de promotion de l’industrie pharmaceutique fondées sur l’exploitation du lien social chez les femmes. L’application de la grammaire systémique fonctionnelle à l’étude de processus d’agentivité exprimés par les verbes permet de cerner la façon dont sont représentées les actions des différents protagonistes mis en scène dans les contenus partagés. L’analyse montre notamment que l’on assiste à une représentation exagérée du pouvoir d’agir individuel des femmes, un propos orienté en faveur de l’action du produit, ainsi qu’une image idéalisée du comportement de l’enfant et du jugement des experts
Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 4 - Santé sexuelle et reproductive
Animatrice : Abby Lippman 
Auteure : Anna Bogic (Université d'Ottawa)
1 - Les féministes serbes et leur engagement dans les luttes pour la santé reproductive et contre les violences faites aux femmes
Malgré le contexte politique et social très difficile des années 1990 en ex-Yougoslavie et en particulier en Serbie, on voit un regroupement et un engagement sans précédent parmi les féministes serbes dans toutes les régions du pays et surtout dans la capitale, Belgrade. Les militantes féministes s’organisent malgré la pénurie de ressources, un manque de soutien politique et les guerres qui touchent la région dans les années 1990. Dans la présente communication, je présente les origines de l’activisme féministe, dans sa forme plus récente, en Serbie à partir des années 1980 et j’explore les efforts des militantes féministes dans le domaine de la santé reproductive et de la violence faites aux femmes. En particulier, j’analyse les méthodes de travail des groupes féministes et je souligne leur engagement de traduire le livre classique féministe américain Our Bodies, Ourselves en serbe dans le but de sensibiliser les femmes quant à leur connaissance de leurs corps et leurs droits reproductifs. A partir des entretiens menés auprès d’un nombre de militantes féministes à Belgrade et d’une analyse de leur traduction serbe de Our Bodies, Ourselves, cette communication analysera les méthodes de resistances des groupes féministes dans un contexte marqué par les crises économiques et politiques et par un conservatisme social.
Auteure : Sara Torres (Université de Montréal)
2 - Cibler l’équité en santé pour les populations marginalisées : le rôle des travailleuses et travailleurs communautaires de la santé pour ce qui est de la santé périnatale et de la violence faite aux femmes
L’objectif de cet exposé est de présenter un modèle de travailleuses et de travailleurs multiculturels qui oeuvrent en santé communautaire pour contrer les inégalités chez les populations immigrantes marginalisées. Les résultats d’une étude de cas qualitative menée à Edmonton (Canada) démontrent que ces travailleuses ne se concentrent pas sur un seul type d’intervention, par exemple le soutien périnatal, mais qu’elles ciblent aussi d’autres déterminants sociaux de la santé tels que la prévention de la violence faite aux femmes et aux enfants. L’analyse des résultats indique que, pour ces travailleuses, la vision de la lutte est centrée sur des intérêts pratiques tels qu’une programmation holistique adaptée sur les plans culturel et linguistique, mais qu’elles ne perdent pas de vue les intérêts stratégiques tels que l’égalité des femmes, la justice sociale et l’équité en santé. Ces travailleuses offrent un modèle de militantisme féministe urbain dans le domaine de la santé quoique leur contribution ne soit pas encore reconnue. Ce modèle représente toutefois un passage obligé pour le pouvoir d’agir du militantisme des femmes immigrantes et réfugiées et de leurs familles dans les sociétés canadienne et québécoise.
Auteure : Monique Benoit (Université du Québec en Outaouais (campus de St-Jérôme))
3 - L’impact de la loi canadienne C-36 sur la santé sexuelle des « travailleuses du sexe de rue » : une analyse féministe des conditions prostitutionnelles à Montréal
Pour ceux et celles qui pensent que la loi C-36, récemment adoptée par le gouvernement canadien « ne s’attaque qu’aux clients et aux proxénètes », il faut savoir que le fait de criminaliser « les clients et les tierces personnes fait en sorte que les travailleuses du sexe restent passibles d’accusations au criminel et aussi (s’exposent) à des répercussions néfastes sur leur santé, leur sécurité et leur stabilité financière » (Stella, 2014). Le modèle prohibitionniste suédois, dont s’inspire la loi C-36, force à travailler dans l’ombre, ce qui tend à l’exacerbation de la répression à leur endroit et les éloigne des ressources sanitaires et juridiques, affirme Leblanc et Boudou-Laforce (Le Collectif, 2013). Pour sortir de l’encadrement judiciaire propre à ce qui existe au Canada, le groupe Stella propose le modèle de la Nouvelle-Zélande qui prévoit avec le Reform Act (PRA) de 2003, le Health and Safety in Employment Act, une réglementation de la santé et de la sécurité au sein de l’industrie du sexe. Bien qu’il soit difficile actuellement de prévoir les conséquences de la loi C-36 sur la santé sexuelle des travailleuses du sexe à Montréal, les risques accrus relatifs à la pratique de la prostitution nous semblent être une question cruciale. Comment le Reform Act et sa règlementation sur la santé et la sécurité des travailleuses du sexe en Nouvelle-Zélande peuvent-ils inspirer les conditions prostitutionnelles à Montréal ? Notre présentation fait appel à une analyse critique des positions « abolitionniste » et du « libre choix » pour avancer une troisième voie, tenant compte de l’hétérogénéité de l’univers prostitutionnel (Bloch-London & Jeffets, 2014). Une analyse intersectionnelle de la situation des travailleuses du sexe de la rue (parmi les plus vulnérables d’entre toutes), sera avancée.
Auteure : Magaly Pirotte (FQPN)
4 - Le libre choix des femmes dans une perspective de justice sociale
Le contrôle et la régulation du genre, des corps, de la sexualité et de la reproduction affecte chaque personne, mais différemment selon nos appartenances sociales et nos identités. Certaines femmes en situation de handicap ou d’autres comme les femmes autochtones et les femmes incarcérées doivent encore lutter pour que soit reconnue leur capacité à être mères et pour que cessent les stérilisations, les pressions à l’avortement et l’utilisation disproportionnée de contraceptifs invasifs. La justice reproductive est à la fois un cadre d’analyse et de pratique et un mouvement social apparu aux États-Unis dans le courant des années 1990. Il est le résultat de l’amalgame entre « justice sociale » et « droits reproductifs ». Le mouvement s’inscrit dans la continuité des luttes et des résistances menées par les communautés traditionnellement marginalisées, notamment racisées et autochtones. Il vise à réconcilier dans un même mouvement la militance sur divers enjeux sociaux liés à des catégories d’appartenance (par ex., racisation, situation de handicap, statut migratoire ou autre) et la lutte pour l’autonomie et le respect des droits sexuels, reproductifs et maternels. La justice reproductive en tant que grille d’analyse est une source d'inspiration pour la FQPN dans le sens où elle est une application de l’approche intersectionnelle au domaine de la santé et des droits sexuels, reproductifs et maternels. Elle propose de lutter contre les oppressions reproductives en tenant compte de la réalité et du vécu des femmes et des communautés dans leurs diversités et elle questionne les revendications et les modes d’organisation traditionnels du mouvement pour la santé des femmes afin de le rendre plus solidaire.
Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 5 - Jeunes femmes, pouvoir d’agir et santé
Animatrice : Nesrine Bessaih 
Auteure : Simone Viger (Fondation filles d'action)
1 - Une approche spécifique au genre sur la promotion de la santé des filles et des jeunes femmes
Le genre est un élément significatif qui affecte les résultats reliés à la santé des jeunes. Des facteurs spécifiques au genre ont une forte influence sur le comportement et les choix des filles. Par exemple, un manque d’estime de soi ou des problèmes reliés au poids peuvent être des indicatifs importants quant à l’initiation au tabac chez les jeunes filles. Les perspectives des filles doivent être des éléments centraux dans les programmes de promotion de la santé. La recherche sur les meilleures pratiques avec les filles et sur les questions concernant leur mode de vie a démontré l’importance d’inclure dans ces programmes les éléments suivants : a) des informations et des outils qui permettent de développer leurs capacités et leur pouvoir d’agir, b) des espaces sécuritaires pour partager leurs expériences et c) des opportunités de leadership. Ces éléments leur permettent d’explorer les points de vue alternatifs et de questionner les stéréotypes, ce qui peut les aider à naviguer à travers les questions difficiles reliées à la santé physique et mentale et donc contribuer à une diminution des comportements nuisibles. Les programmes qui prennent en compte des principes d’éducation populaire et d’engagement civique renforcent la promotion de la santé des filles. La Fondation Filles d’Action utilise une approche spécifique au genre afin de traiter des facteurs clés qui mettent la santé des jeunes et leur bien-être à risque. Nous collaborons avec des partenaires provenant de divers secteurs, ainsi qu’avec les filles et les jeunes femmes elles-mêmes. Le but est de renforcer les programmes pour filles fondés sur les meilleures pratiques en matière de promotion de la santé des jeunes. Cette approche est basée sur les résultats d’une étude traitant des meilleures pratiques et des recherches menées avec des groupes de filles. La présentation portera sur les éléments clés de cette approche.
Auteure : Haifa Tlili (Université Paris Descartes)
2 - Les filles dans les quartiers populaires : l'activité physique une clé d'empowerment?
Suite à une recherche action de 16 mois dans différentes quartiers populaires en France, nous avons pu donner la parole aux filles pour savoir pourquoi elles ne pratiquaient pas de sport. En parallèle, nous avons interroger les acteur.e.s et responsables municipaux de terrain. Les divergences sont nombreuses. A cette première phase de questionnement, nous lançons depuis 2015 un programme pilote pour favoriser l'empowerment et le leadership des filles qui subissent des discriminations, notamment celles victimes d'islamophobie. La présentation permettre de discuter des blocages, des motivations et des leviers pour permettre à ces filles de mieux s'investir, en France, dans la cité.
Auteure : naike ledan (Action cancer du sein du Québec)
3 - Les défis du programme jeunesse d’Action cancer du sein du Québec : mettre la justice en santé au cœur des projets jeunesses
L’organisme Action cancer du sein du Québec a depuis ses tout débuts un volet d’intervention auprès des jeunes femmes. L’orientation de ce volet a toutefois évolué pour mettre en valeur la justice sociale au cœur de l’approche. Par le biais d’ateliers qui encouragent le développement de la pensée critique, le programme vise à prévenir la consommation de produits contenant des substances toxiques nocives (souvent ayant un lien avec le cancer du sein) pour la santé des femmes et des filles. Les ateliers visent également à créer le désir ardent de militer pour des changements dans la réglementation afin que celle-ci soit plus respectueuse du corps des femmes. En engageant les filles dans des activités publiques parfois militantes en matière de santé, et en utilisant un modèle « par et pour » basé sur l’action, des jeunes femmes expérimentent pour elles-mêmes la lutte pour le changement social. Le programme rejoint de plus en plus de jeunes femmes issues de communautés diverses et se doit d’être culturellement sensible afin d’être intègre. Pour le faire, l’approche traditionnelle du groupe a dû être révisée de fonds en comble. Cette conférence présentera les défis inhérents à un tel changement d’orientation, mais aussi les joies et les réussites autant pour les jeunes femmes que pour l’organisme.
Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 6 - Normes, discours dominants et corps féminins
Animatrice : Bilkis Vissandjee 
Auteure : Mélisa Audet (Université de Sherbrooke)
Le-s co-auteure-s : Alex Dumas (Université d'Ottawa); Isabelle Dionne (Université de Sherbrooke)
1 - Prévention de l'obésité et vieillissement féminin : Un discours réducteur
Les organismes de santé publique ont servi de tremplin à l’identification de nombreux facteurs de risque de maladies chroniques chez les femmes et ont participé à la promotion massive d’interventions visant la prise en charge individuelle de leur santé. Ceux-ci ont identifié l’obésité et la ménopause comme un double risque menaçant la santé des femmes vieillissantes. Or, ce type de discours fait aujourd’hui l’objet de nombreuses critiques. Les chercheures féministes, par exemple, ont remis en question les conceptions trop « physiologiques » de la santé qui tiennent peu compte du point de vue des « usagères de services de santé » et des déterminants sociaux de la santé. Comment les femmes vieillissantes font-elles aujourd’hui l’expérience de ces discours préventifs? Ces discours peuvent-ils être préjudiciables aux femmes plus vulnérables? Notre étude porte sur la qualité de vie des femmes vieillissantes en surpoids et sur la variation sociale de leurs pratiques de santé. En s’appuyant sur les approches socioculturelles de Pierre Bourdieu et d’Andrew Sayer, 40 entrevues semi-dirigées ont été réalisées auprès de femmes (âge moyen de 60 ans) de différentes classes socioéconomiques de la région de l’Estrie, considérées en surpoids. Nos résultats révèlent deux éléments réducteurs du discours biomédical : (1) l’accent excessif sur la notion que la ménopause et l’obésité seraient des obstacles majeurs à la qualité de vie et (2) le peu de considération de la précarité socioéconomique de certains groupes de femmes. Ils révèlent l’importance de mieux comprendre l’interface entre l’institution biomédicale et la diversité des expériences du vieillissement féminin afin de mieux saisir les effets préjudiciables de la médicalisation de la santé des femmes.
Auteure : Hélène Martin (HES·SO)
Le-s co-auteure-s : Hélène Martin (HES·SO)
2 - Chirurgies sexuelles cosmétiques et sexuation des corps
Cette proposition libre de communication s’inscrit dans l’axe thématique 1, plus précisément dans une critique féministe de la bi-catégorisation sexuelle et de l’individualisation des normes sociales. En se basant sur une recherche en cours financée par le FNS, la communication s’intéressera aux discours de médecins (sexologues, chirurgien·ne·s, gynécologues) et aux discours se présentant comme de l’information spécialisée (par exemple les sites des cliniques esthétiques) portant sur les chirurgies sexuelles cosmétiques (labioplastie, chirurgie des grandes lèvres, resserrement du vagin, injection du point G, liposuccion du pubis, allongement et élargissement du pénis, etc.). Ces pratiques chirugicales participent à la production médicale de la morphologie du sexe (physique) dans l’objectif d’améliorer le fonctionnement sexué et sexuel de la personne (son sexe social). Inscrites dans un discours qui met en avant l’idée d’une diversité de l’apparence des organes génitaux et qui semble moins promouvoir une conformité à des modèles morphologiques que l’amélioration du bien être psychologique et relationnel des individus, ces pratiques questionnent les frontières des catégories médicales (quand est-ce qu’une particularité morphologique devient une pathologie ?) et morales (quand parle-t-on de mutilation ?) Plus généralement, et c’est ce que la communication s’attachera à présenter sous forme d’hypothèses, les arguments légitimant ces interventions participent à une critique de l’argument naturaliste dans la détermination du sexe ; toutefois, les raisons invoquées pour les réaliser et l’individualisation des normes sociales (libéralisme) conduisent à penser que la mise en question de l’argument naturaliste n’ébranle pas l’asymétrie du système de genre.
Auteure : Élise Hardy (UQAM)
3 - La danse en milieu carcéral : les perspectives de la co-création artistique pour dénoncer la précarité des femmes incarcérées
Lorsque je suis entrée pour la première fois dans la prison de Santa Monica au Pérou pour participer à un projet artistique, je n’imaginais pas vivre une expérience humaine aussi profondément transformatrice. Durant trois mois, j’ai co-dirigé avec la compagnie de danse Kinesferadanza des ateliers de danse avec un groupe de 25 femmes. L’objectif du projet ne consistait par en une intervention sociale ou thérapeutique, mais visait à partager une expérience de processus de création chorégraphique dans un cadre stimulant et valorisant. Les femmes participantes, dont la moitié sont des prisonnières politiques, ont participé activement et généreusement aux ateliers, à la réalisation de l’oeuvre chorégraphique et à sa présentation en public. Les femmes vivant en institution pénitentiaire, parfois depuis plus de 15 ans, ne souffrent pas seulement des conséquences physiques de l’enfermement mais également d’une privation sociale, d’un isolement psychologique, de l’absence d’espaces d’expression et de création et de la perte d’identité. À mon retour du Pérou, j’ai mis en oeuvre un projet artistique similaire en milieu carcéral au Québec, en collaboration avec la Société Élizabeth Fry du Québec (qui soutient les femmes judiciarisées) et quatre femmes artistes (danseuses, musicienne et vidéaste). Nous avons proposé aux femmes détenues à la Maison Tanguay de participer conjointement avec les artistes à la réalisation d’une œuvre chorégraphique. Le contexte de ce projet m’a mis face à de nouvelles difficultés et réalités. D’une part, les infractions causées par les femmes détenues sont en grande majorité dus à un contexte socio-économique très précaire pour nombre d’entre elles. Leur passage en prison n’offre donc aucune perspective d’amélioration de leurs conditions, bien au contraire. De plus, les obstacles administratifs rencontrés dans la mise en place de ce projet m’ont permis de constater la hiérarchisation exacerbée des rapports et la force du système carcéral pour imposer la soumission de toute personne aux prises avec la justice.
Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 7 - Cancer : critique féministe et intersectionnelle
Animatrice : DAVE HOLMES 
Auteure : Jennifer Beeman (Action cancer du sein du Québec)
1 - De la colère à la conformité : que reste t-il de la critique féministe du cancer du sein ?
La fin des années 1980 a vu naître un mouvement politique féministe critiquant haut et fort les insupportables taux d’incidence du cancer du sein chez les femmes en Amérique du nord, ainsi que l’immense impact physique et psychologique sur ces dernières. Ce mouvement contestait principalement le paradigme dominant, selon lequel les causes de l’augmentation des taux d’incidence soient principalement liées aux facteurs génétiques et/ou aux habitudes de vie, sans prendre en considération l’impact de la dégradation environnementale ainsi que l’exposition aux substances toxiques que subissent quotidiennement le corps des femmes. Les actrices de ce mouvement ont mis sur pied des organismes voués à la sensibilisation aux enjeux environnementaux en lien au cancer du sein et aux autres cancers, dont la revendication principale ordonnait qu’une plus grande part des fonds de recherche soit accordée à la recherche sur les causes et la prévention primaire. Plus de 20 ans plus tard, force est de constater qu’en dépit du très peu de changement dans les taux d’incidence, le mouvement politique, qui conteste autant le manque de réglementation des substances toxiques que l’hégémonie de l’industrie du ruban rose et les priorités de recherche toujours axées sur le remède, s’essouffle peu à peu. Les femmes indignées d’alors sont-elles rentrées dans les rangs pour mieux soutenir un système médical bienveillant ? L’industrie du ruban rose représente-il le seul espoir des femmes ? Que reste t-il au juste de l’analyse politique des féministes à l’égard du cancer du sein ?
Auteure : Selma Kouidri (DAWN-RAFH Canada; CRIAW-ICREF)
2 - « Notre Santé est importante » : une réponse inclusive au manque d’accès au système de santé en général et au programme de dépistage du cancer du sein en particulier
Dans une perspective d’« empowerment » et de partage de connaissances et d’expériences, le Réseau d’action des femmes handicapées (DAWN-RAFH) Canada, en partenariat avec l’Association canadienne pour l’intégration communautaire (ACIC), a mis en œuvre un projet novateur intitulé « Notre santé est importante », et ce, dans le cadre d’une initiative pancanadienne « InFocus-Dans la Mire : Mettre en lumière les personnes handicapées et les personnes sourdes ». « Notre santé est importante » est une approche inclusive, devenue un programme offert par DAWN-RAFH Canada, portant sur l’accès équitable aux services de soins de santé disponibles à toute la population, mettant le focus sur les défis et obstacles existants ainsi que sur les moyens et solutions durables pouvant les éliminer. Notre présentation illustre les résultats et les recommandations de notre projet, cité plus haut. Nous tenterons de favoriser des échanges afin de mieux comprendre les défis que rencontrent les femmes en situation de handicap et surtout trouver des moyens efficaces afin de mettre en œuvre les différentes recommandations proposées dans le cadre du projet.
Auteure : Geneviève Rail (Université Concordia)
Le-s co-auteure-s : Mary Bryson (Université de la Colombie-Britannique); Tae Hart (Université Ryerson); Jacqueline Gahagan (Université Dalhousie)
3 - Les marges du cancer : minorités sexuelles, savoirs sur les soins du cancer et justice sociale
Geneviève RAIL (Université Concordia) Mary BRYSON (Université de la Colombie-Britannique) Tae HART (Université Ryerson) Jacqueline GAHAGAN (Université Dalhousie) Janice RISTOCK (Université du Manitoba) Luisa MOLINO (Université Concordia) Les enquêtes canadiennes incluant les personnes appartenant aux minorités sexuelles attestent des disparités au plan des connaissances et de la santé liée au cancer du sein ou gynécologique. Ces résultats signalent la nécessité de justice sociale et d’accès aux connaissances « culturellement appropriées » sur les questions de santé en lien avec le cancer. Notre objectif est d’explorer les connaissances qui mènent au dépistage du cancer, à son diagnostic et aux décisions liées à la chirurgie et aux traitements de la part des patient(e)s atteint de cancer gynécologique ou du sein ainsi que des personnes qui font partie de leur réseau de soutien. Notre projet poststructuraliste a pour but de documenter et d’analyser les relations complexes et intersectionnelles entre la sexualité, les expériences liées au cancer, l’accès aux connaissances ainsi que le partage et les pratiques de mobilisation de ces connaissances. Pour cette présentation, nous présentons les résultats préliminaires de notre analyse de plus d’une centaine d’entrevues menées au Canada auprès d’un échantillon diversifié (âge, région, race, langue, niveau socioéconomique) de femmes « queers », lesbiennes ou bisexuelles (QLB) et de personnes trans (T) qui ont reçu un diagnostic et un traitement pour un cancer du sein ou gynécologique et des membres de leur réseau de soutien. Nos résultats sont à l’effet que les « champs » de connaissances liés à la santé en lien avec le cancer sont infléchis par des discours dominants sur la biomédecine, le risque, le néolibéralisme, l’auto-santé et les rhétoriques de la « santé des femmes » et de la « santé des lesbiennes ». Au lieu de constituer une chaine d’histoires orientées vers la guérison du cancer (style « ruban rose »), les récits de santé de nos participant(e)s constituent plutôt des pratiques narratives qui permettent d’amener le cancer sur une route « queer ». De tels récits troublent les normes (de sexe, de genre, de sexualité, d’expériences et de soins du cancer) et témoignent d’agentivité, de subjectivité, d’échec corporel, de honte, de douleur, d’humiliation, de deuil et aussi de résilience et de perspective nouvelle. De tels résultats laissent entrevoir les façons dont les patient(e)s QLBT et les membres de leur réseau de soutien négocient une chorégraphie complexe de connaissances et de décisions ; chorégraphie dont doivent être informés les organismes et les professionnels de la santé afin de les guider dans la conception de connaissances et de soins culturellement appropriés.
Séance : Santé, féminisme et justice sociale - Séance 8 - Santé, féminisme et justice sociale : surmonter les défis
Animatrice : Geneviève Rail