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Activité : Colloque
Titre : 253 - L’intersectionnalité en action : méthodes et pratiques pour le renouvellement de projets féministes émancipatoires
Responsable(s) : Christine Corbeil, Elizabeth Harper et Isabelle Marchand
Résumé : Depuis quelques décennies, la recherche, les discours et les pratiques féministes sont confrontés aux « nouvelles » questions générées par l’entrecroisement des rapports de sexe avec d’autres rapports de pouvoir et de division sociale. En l’occurrence, l’intérêt pour l’intersectionnalité dans les milieux féministes francophones s’est considérablement accru au cours des années 2000. Les différents usages de l’intersectionnalité, comme théorie, concept, méthode ou pratique ne reflètent-ils pas son ambigüité conceptuelle dans les pratiques de recherche et d’action sociale ? Selon Galerand et Kergoat (2015), il existe bel et bien une confusion sur l’essence de la notion et sa portée dans la production des connaissances et des objets théoriques qu’elle appréhende. Dès lors, au vu des interprétations plurielles qu’elle suscite sur le plan épistémologique, de quelle manière peut-on rendre plus cohérentes nos pratiques de recherche et d’intervention féministes ? Plus encore, comment l’intersectionnalité peut-elle favoriser des pratiques d’intervention et des procédés méthodologiques engagés, permettant d’éclairer les expériences subjectives des femmes de plus en plus fragilisées ou marginalisées? À cet égard, dans la mesure où l’éthos de justice sociale, qui caractérise épistémologiquement l’intersectionnalité fut modifié ou édulcoré de par sa nouvelle position dans le monde académique (Hills Collins, 2012), comment envisager une (re)traduction subversive de la notion, aussi polysémique apparaît-elle, dans notre contexte contemporain? En cela, comment rendre opérationnel un cadre théorique intersectionnel comme outil de contestation des inégalités sociales et favoriser la création d’espaces alternatifs où les femmes minorisées élaborent une connaissance et des revendications singulières? Au-delà du discours rhétorique, quelle utilisation peut-on dégager de l’intersectionnalité lorsqu’il s’agit de « rendre visible la parole des femmes opprimées » ou de favoriser leur pouvoir d’agir ? Autrement dit, comment s’assurer qu’une réflexion théorique sur l’intersection des systèmes d’oppression puisse se matérialiser dans un ensemble de principes et de stratégies au coeur d’une pratique intersectionnelle ? Le présent colloque sera l’occasion d’apporter une contribution significative aux nombreux débats qui ont cours présentement dans la francophonie, et sur la scène internationale, quant à la pertinence de l’intersectionnalité au regard de ses potentialités heuristiques, et ce, afin de contribuer au renouvellement des projets féministes d’émancipation et d’action sociale.

Séance : L’intersectionnalité en action : méthodes et pratiques pour le renouvellement de projets féministes émancipatoires - Séance 1
Animatrice :  
Auteure : Rachel Chagnon (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Dania Suleman (Université du Québec à Montréal)
1 - Femmes, égalité et liberté de religion : histoire légale d'un conflit intersectionnel
Le débat sur l'étendue et les limites de la liberté de religion a fait couler beaucoup d'encre au Canada. Bien souvent, c'est le droit à l'égalité entre les femmes et les hommes qui est invoqué à titre de contrepoids à un droit à la liberté religieuse revendiqué dans un contexte jugé patriarcal. Mais, qu’en est-il lorsque la personne qui invoque le droit à la pratique de la religion est une femme ? Comment le féminisme intersectionnel peut-il conceptualiser cette réalité ? Comment le droit l'appréhende-t-il ? À travers différents cas : revendication du droit à l'annulation religieuse de son mariage, exigence de porter un niqab pour témoigner, réflexion sur la criminalisation de la polygamie etc, nous amorcerons une réflexion sur cette épineuse question.
Auteure : Catherine Flynn (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Dominique Damant (Université de Montréal); Geneviève Lessard (Université Laval)
2 - Projet Dauphine : Laisser la parole aux jeunes femmes de la rue et agir ensemble pour lutter contre la violence structurelle
Cette recherche-action participative présente la façon dont sept jeunes femmes de la rue (18-23 ans) de Québec ont fait l’expérience de la violence structurelle. Ce projet a également documenté les stratégies déployées par celles-ci pour prévenir, surmonter et résister à cette violence. Une pré-analyse des données réalisées avec les participantes a permis de dégager qu’elles ont fait l’expérience de la violence structurelle dans différents contextes, comme au sein des services de protection de la jeunesse, du système d’éducation, de l’appareil judiciaire, du marché de l’emploi et du logement. Une analyse de contenu réalisée à l’aide d’une grille d’analyse intersectionnelle inspirée de celle de Yuval-Davis (2006) a révélé deux schèmes de violence structurelle ; l’exclusion sociale et le contrôle social se sont manifestés dans les dimensions représentationnelle, organisationnelle et expérientielle et se renforcent mutuellement de façon cyclique. La plupart stratégies expérimentées par les participantes pour surmonter l’exclusion sociale et combler leurs besoins fondamentaux les ont exposées au contrôle social. Le contrôle social a exacerbé les difficultés financières des participantes et a accru leur crainte de subir de l’exclusion. Ces deux manifestations de la violence structurelle ont également placé les participantes à risque d’être harcelées, sollicitées ou agressées sexuellement. Cette présentation illustre également deux stratégies axées sur les arts et développées par les participantes pour prévenir, surmonter et résister à la violence structurelle.
Séance : L’intersectionnalité en action : méthodes et pratiques pour le renouvellement de projets féministes émancipatoires - Séance 3
Animatrice :  
Auteure : Erica Siddall (Université d'Ottawa)
1 - La violence familiale à l’égard des femmes autochtones : interventions privilégiées par des intervenants non-autochtones
La violence familiale à l’égard des femmes autochtones au Canada est une problématique qui affecte non seulement les victimes, mais aussi l’ensemble de leurs familles, communautés et nation. Nos travaux de maitrise se sont intéressés aux modalités théoriques et pratiques des interventions privilégiées auprès des femmes autochtones subissant de la violence conjugale/familiale. Dans le cadre de cette communication, nous présenterons les résultats de cette recherche qualitative, menée auprès de huit intervenants non-autochtones d’Ottawa qui travaillent avec les femmes et les familles autochtones victime de violence familiale/conjugale. Plus précisément, nous verrons comment les intervenants non-autochtones définissent la violence familiale contre les femmes en milieu autochtone et de quelle façon ils élaborent leurs plans d’intervention pour répondre à leurs besoins. Par la suite, les difficultés qui surgissent du fait que ces intervenants appartiennent à la culture dominante seront identifiées ainsi que les stratégies mises en place pour faire face à cette situation complexe. Nous partagerons en conclusion nos réflexions sur les enjeux et défis de l’intervention auprès des femmes autochtones aux prises à l’intersection de divers rapports de pouvoir et de domination.
Auteure : Geneviève Pagé (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Rosa Pires (UQAM)
2 - Perceptions et compréhensions de l’intersectionnalité auprès des membres de la Fédération des femmes du Québec
Depuis déjà plusieurs années, la Fédération des femmes du Québec tente d’intégrer une approche prenant en compte l’intersection des oppressions. Toutefois, cette approche ne fait pas l’unanimité dans le mouvement et cause tensions et remous dans les débats actuels. Dans un contexte où plusieurs tentatives de vulgarisation et de formation ont été réalisées, la persistance d’une incompréhension ou d’une résistance a obligé la FFQ à retourner vers sa base. Ainsi, une recherche combinant questionnaires et entretiens collectifs (focus groups), analyse quantitative et qualitative, a été entreprise afin de dresser le portrait des perceptions et compréhensions de l’approche de l’intersection des oppressions parmi les membres de la FFQ. Cette présentation offrira donc une analyse des perceptions et compréhension de l’approche de l’intersection des oppressions, identifiant les lacunes et les résistances.
Auteure : Dominique Angers-Trottier (Uqam)
3 - Histoires des « Bindi Girls of Montreal » : l’approche narrative de groupe ancrée dans l’intersectionnalité
Cette communication vise à présenter une démarche d’intervention réalisée dans le cadre d’un essai/stage à la maîtrise en travail social. L’expérience a été réalisée à l’intérieur d’un projet concernant la violence vécue par les jeunes femmes sud-asiatiques au nom de « l’honneur » visant à accroître la sensibilisation concernant cette violence. Si la littérature en travail social concernant la violence liée à « l’honneur » se fait rare, il est reconnu que l’intervention auprès des femmes des communautés ethnoculturelles qui subissent de la violence occulte certaines oppressions avec lesquelles elles doivent composer. Ainsi, les narratifs qui circulent dans l’espace public à propos de la violence liée à « l’honneur » ne reflètent pas nécessairement les réalités de ces jeunes femmes. Pour faire suite à ces considérations, nous avons choisi de développer une intervention employant une approche narrative de groupe ancrée dans l’intersectionnalité visant à créer un espace sécuritaire où les participantes pourraient échanger à propos de leurs réalités et des pressions vécues au quotidien. Il sera question de présenter notre intervention qui a favorisé l’émergence de narratifs alternatifs concernant la réalité des jeunes femmes sud-asiatiques. Cette expérience a démontré la pertinence d’un cadre intersectionnnel afin de créer des espaces alternatifs où les femmes des communautés ethnoculturelles peuvent élaborer d’autres narratifs.
Séance : L’intersectionnalité en action : méthodes et pratiques pour le renouvellement de projets féministes émancipatoires - Séance 2
Animatrice :  
Auteure : Christine Corbeil (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Élizabeth Harper (UQÀM); Isabelle Marchand (Université de Montréal)
1 - Réflexions sur les usages de l’intersectionnalité dans les pratiques féministes en maison d’hébergement : résultats d’une étude exploratoire
La complexification et la diversification des problématiques associées aux multiples formes de violences vécues par les femmes, de même que la nécessité de prendre en compte l’intersection des rapports de domination, contribuent à faire en sorte que de plus en plus d’intervenantes et de directrices en maison d’hébergement au Québec se questionnent sur leurs pratiques. En l’occurrence, considérant les débats dont fait l’objet l’intersectionnalité, tant dans les milieux académiques que dans le mouvement des femmes au Québec, la présente communication vise à discuter de la résonnance et des usages de l’intersectionnalité dans les pratiques d’intervention en maisons d’hébergement au Québec. En d’autres mots, de quelle manière l’intersectionnalité est-elle appréhendée dans les pratiques d’intervention et dans la réalité organisationnelle des maisons d’hébergement? Comment, le cas échéant, peut-elle actualiser le sens, les pratiques et la portée de certains objectifs de l’intervention féministe tels que la reprise de pouvoir, les rapports égalitaires, les alliances stratégiques, la défense de droits, la conscientisation? Quelles sont les tensions que rencontrent les maisons d’hébergement dans la compréhension et l’opérationnalisation de l’intersectionnalité comme approche d’intervention? La recherche qualitative exploratoire menée avec et pour les maisons d’hébergement propose ainsi de répondre à ces questionnements et, plus largement, de mettre en lumière les réflexions, perceptions et difficultés des intervenantes et des directrices de maisons d’hébergement, confrontées non seulement aux contraintes de l’intervention sociale en milieu de vie, mais aussi aux défis que représente le « penser ensemble » la pluralité des rapports de domination dans le contexte d’une pratique féministe sans cesse en renouvellement. Avec: Sarah-Maude LE GRESLEY, étudiante au 2e cycle, École de travail social, UQÀM et Manon MONASTESSE, directrice, Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.
Séance : L’intersectionnalité en action : méthodes et pratiques pour le renouvellement de projets féministes émancipatoires - Séance 4
Animatrice :  
Auteure : Maud Pontel (Bouclier d'Athéna Services familiaux)
1 - Violence basée sur l’honneur : Sensibilisation des communautés et adaptation des pratiques d’intervention
En se basant sur le principe d’agentes multiplicatrices, Le Bouclier d’Athéna Services familiaux a développé au cours des 5 dernières années une stratégie de sensibilisation communautaire sur la violence conjugale et familiale, la violence basée sur l’honneur et les mariages forcés. Par l’entremise d’une équipe d’agentes de sensibilisation provenant de diverses communautés, plus de 400 femmes allophones ont été informées sur leurs droits et outillées pour identifier des situations à risque et référer des victimes potentielles vers des ressources d’aide. La production d’outils d’information multilingues et leurs dissémination à l’intérieur des communautés a contribué à une augmentation significative du nombre de demandes d’aide et d’information. Parallèlement à cela, Le Bouclier pilote un comité de travail composé de représentants des services de police, de la protection de la jeunesse, de la santé et des services sociaux ainsi que du milieu de l’éducation secondaire et collégiale. Cette concertation a mené à la production d’outils visant à soutenir le travail des intervenants qui œuvrent auprès de victimes et de victimes potentielles. Le travail de sensibilisation avec les communautés et de concertation avec les fournisseurs de services est incontournable lorsqu’il faut adresser une problématique aussi complexe que celle de la violence basée sur l’honneur