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Activité : Colloque
Titre : 266 - Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme
Responsable(s) : Mélissa Blais, Laura Carpentier-Goffe, Marie Soleil Chrétien, Émilie E. Joly, Emiline Fourment, Solveig Hennebert, Laurence Ingenito et Norka Paz-Rodo
Résumé : Cet atelier est proposé par un collectif de jeunes chercheuses, militantes et/ou artistes vivant à Montréal, Paris, Lyon et La Paz. Elles cherchent à construire un espace de réflexions sur la lutte collective contre les violences sexistes en milieu militant. Si cette thématique fait l’objet de peu d’études en sociologie du militantisme, force est de constater qu’elle correspond au vécu de nombreuses militantes, et ceci, par delà les frontières. Ainsi, cet atelier propose un espace permettant la mise en commun d'expériences et de réflexions, palliant ainsi à l’absence de circulation des théories d’action. À partir de vécus, d’observations et d’interrogations similaires apparues dans leurs recherches, ou leur militantisme, les chercheures, militantes et artistes veulent tenter de transformer des expériences locales en un processus de réflexion et d’empowerment transnational. Considérant que les principaux obstacles auxquels elles sont confrontées sont liés aux rapports de genre à l’oeuvre dans leurs sociétés et à la culture du viol qu’ils produisent, elles aspirent tout d’abord à questionner la notion de justice (institutionnelle/transformatrice). Qui plus est, les participantes constatent que toutes les dénonciations vécues ou observées ont donné lieu à des vagues de backlash exposant les personnes soutenant les dénonciations à des violences psychologiques (constante justification, attaque individuelle, etc). C’est pourquoi cet atelier cherchera à produire une analyse sociologique de ces attaques de façon à mieux pouvoir les confronter. En bref, cet atelier se veut un espace de production d’un savoir féministe à partir des expériences pratiques et des connaissances universitaires de toutes les participantes. Il sera ainsi basé tant sur des données empiriques issues de terrains de recherche que sur une méthodologie qui intègre l’art comme moyen d’expression. Les six séances proposées se veulent donc être aussi un lieu d’expérimentation méthodologique, incluant une séance de théâtre forum ainsi que la conception d’une fresque murale.

Séance : Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme - Séance 1 - Introduction : Refuser l’invisibilité des violences sexuelles et des backlash dans les milieux militants
Animatrice :  
Auteure : Mélissa Blais (Université du Québec à Montréal (UQAM)/IREF/RéQEF)
Le-s co-auteure-s : Marie Soleil Chrétien (UQÀM et membre de l'IREF); Solveig Hennebert (Lyon)
1 - Introduction : Refuser l’invisibilité des violences sexuelles et des backlash dans les milieux militants: une ébauche de théorisation (ouvert à tout.es)
Cette première séance sera l’occasion de poser les bases théoriques qui permettront de discuter des violences sexuelles en milieu militant et des backlash qui suivent leur dénonciations. Nous comptons définir certains concepts centraux à partir desquels nous proposons de travailler: “culture du viol”, ‘‘culture du silence’’, “backlash”, “autogestion”. Nous réfléchirons aux implications pratiques et théoriques de ces définitions, pour les contextes de dénonciations de violences sexuelles dans les milieux militants que nous connaissons (essentiellement en France, au Québec, en Allemagne et en Bolivie), depuis les 20 dernières années. Par ailleurs, nous soulignerons divers écueils théoriques observés notamment dans la littérature portant sur le “backlash”, trop souvent pensé comme un ressac conservateur, voire de droite (Faludi, 1992; Perrot, 1999; Dragiewicz, 2008; Mansbridge, 2008). Or, qu’en est-il lorsque le “backlash” survient dans des milieux de gauche ou “progressiste” ? Quelle forme particulière prend un “backlash” lorsqu’il se déploie après une dénonciation d’agression sexuelle dans ces milieux ? Les savoirs militants féministes des collectifs autonomes seront mobilisés afin de combler en partie les vides analytiques des études féministes, de la sociologie et de la science politique en ce qui a trait au ‘‘backlash’' post-dénonciation des milieux de gauche. Ainsi, nous comprenons ces éléments de théorie non pas comme des “dogmes” figés mais comme des pistes de réflexion à approfondir ou interroger dans les séances suivantes.
Séance : Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme-Séance 2 -Une mosaïque transnationale d’expériences de gestion collective de dénonciations de violences sexuelles et de backlash
Animatrice :  
Auteure : Mélissa Blais (Université du Québec à Montréal (UQAM)/IREF/RéQEF)
Le-s co-auteure-s : Marie Soleil Chrétien (UQÀM et membre de l'IREF); Emeline Fourment (Sciences Po Paris)
1 - Une mosaïque transnationale d’expériences de gestion collective de dénonciations de violences sexuelles et de backlash. (groupe de parole non-mixte femmes/lesbiennes/trans)
Autres responsables: Laura Goffre-Carpentier, Doctorante sous contrat au Centre d’Études des Relations Internationales/ Sciences Po Paris, France Solveig Hennebert, Lyon, France Laurence Ingenito, Maîtrise UQAM, membres de l’IREF, Québec Émilie E. Joly, MA en science politique UQAM, organisatrice communautaire au FRAPRU et étudiante au baccalauréat en droit UQAM, Québec Norka Paz-Rodo, Communidad Lapiz et Lanzarte, Bolivie Cette seconde séance a pour objectif de mettre en commun les expériences des participant.e.s à propos des backlash post dénonciations de violences sexuelles en milieux militants. Ceci nous permettra de poser les bases d’une réflexion que nous souhaitons mettre en acte au cours des activités pratiques qui suivront. Il est essentiel de pouvoir échanger sur ces situations dans un cadre bienveillant, c'est pourquoi le partage des expériences se fera en non-mixité. Donner l'opportunité à chacun.e de partager des réflexions théoriques ou d'évoquer des expériences personnelles d’agressions sexuelles en milieux militants, de gestion collective de dénonciations et de backlash, permettra de questionner les difficultés auxquelles nous faisons face, ainsi que les différentes réponses que nous pourrions y apporter. Pour ce faire, nous avons choisi de faire un brainstorming sous la forme d'une fresque d'émergence. Cela consiste à mettre au centre d'une grande frise un mot-clé autour duquel chacune réalisera une production personnelle sous la forme lui convenant le mieux : anecdote, poème, collage, dessin, etc. Il est demandé de faire une première lecture silencieuse de tous les éléments inscrits sur la fresque, puis vient l'opportunité de se réapproprier les contributions des autres en faisant des liens, des ajouts, etc. Ensuite, chacune choisit un élément de la fresque autre que le sien, explique pourquoi elle l'a choisi et peut le commenter. Enfin, les participant.e.s sont invité.e.s à engager une discussion de manière plus libre, notamment pour dire ce qui leur tient à cœur sur ce thème, mais également discuter des contributions des autres les ayant interpellé.e.s.
Séance : Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme - Séance 3 - Atelier création d'une fresque murale avec Knorke Leaf (en non-mixité femmes/lesbiennes/trans)
Animatrice : Norka Paz Rodo 
Auteure : Norka Paz Rodo (Communidad Lapiz et Lanzarte)
1 - Atelier création d'une fresque murale avec Knorke Leaf (en non-mixité femmes/lesbiennes/trans)
Cet atelier a pour objectif de conceptualiser collectivement la fresque murale sur les violences sexuelles en milieux militants qui sera réalisée dans le cadre de ce projet. Ce travail d’élaboration collective de l’œuvre prendra pour point de départ la fresque d’émergence réalisée lors de la séance précédente de collectivisation des expériences militantes. Il s’agira de sélectionner, avec les participant.e.s, les éléments de la fresque d’émergence qui leur tiennent le plus à cœur et de réfléchir ensemble à la façon dont il sera possible de les transposer graphiquement. Knorke Leaf apportera son expérience artistique et technique afin d’aider le groupe à mettre en forme ses idées de façon à ce que le projet soit réalisable techniquement en 3 jours. Knorke Leaf élaborera la structure et tracera les grandes lignes de la fresque murale. Elle se chargera également de coordonner l’équipe de réalisation, tout en veillant à accorder à chacun.e un espace de création libre au sein de celle-ci.
Séance : Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme - Élaboration d'une fresque murale participative sur les lieux du congrès « Penser, créer, agir » 2015
Animatrice :  
Séance : Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme - Séance 4 - Lutter contre les backlash : Empowerment individuel et collectif à travers le théâtre forum
Animatrice :  
Auteure : Emeline Fourment (Sciences Po Paris)
Le-s co-auteure-s : Laura Goffre-Carpentier (Doctorante sous contrat au Centre d’Études des Relations Internationales/ Sciences Po Paris)
1 - Lutter contre les backlash : Empowerment individuel et collectif à travers le théâtre forum (en non-mixité femmes/lesbiennes/trans)
Le Théâtre Forum est l’une des techniques du Théâtre de l’Opprimé; une méthode théâtrale d’éducation populaire inventée par Augusto Boal au Brésil dans les années 60. Il élimine les barrières traditionnelles entre le public et les actrices/acteurs afin d’analyser des situations réelles d’oppression auxquelles elles/ils ont été confronté.e.s, et de réfléchir à des solutions préparant à des actions concrètes. La méthode du Théâtre de l’Opprimé propose aux participant.e.s une entrée à la fois par l’empirisme et par la théorie : il s’agit de passer de l’histoire singulière des participant.e.s à des problématiques de société à travers des techniques qui mobilisent les sensations, le corps, les souvenirs et l’intellect. Ceci permet d’analyser les rapports de force en jeu dans des situations vécues par les participant.e.s et de restaurer la confiance dans leur capacité à agir sur le réel, tant au niveau individuel que collectif. Dans cet atelier, nous travaillerons à partir d’expériences de backlash vécues par des militant.e.s ayant dénoncé un agresseur dans un contexte militant. Il s’agira de collectiviser les expériences et les solutions qui ont pu ou pourraient être apportées afin de gérer au mieux ces situations. L’idée est que toutes les participant.e.s puissent repartir avec un éventail de réponses possibles, à apporter face aux différentes formes que peut revêtir le backlash, et puissent en discuter avec les autres militant.e.s de leur organisation.
Séance : Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme - Séance 5 - Justice alternative et féministe dans les milieux de la gauche radicale: une justice transformatrice
Animatrice :  
Auteure : Laurence Ingenito (UQÀM membre de l'IREF)
Le-s co-auteure-s : Emilie E. Joly (UQAM)
1 - Justice alternative et féministe dans les milieux de la gauche radicale: une justice transformatrice. (en non-mixité femmes/lesbiennes/trans)
Cette séance propose une réflexion sur la justice en lien avec les dénonciations de violences sexuelles en milieu militant. Comment est-il possible de penser l’accès à une réelle justice pour les femmes qui dénoncent la violence sexuelle de leurs pairs? D’emblée, il apparaît crucial d’apporter certaines critiques au système légal étatique dans sa gestion des violences faites aux femmes. Nous présenterons également certaines critiques, d’un point de vue juridique et sociologique, des concepts de présomption d’innocence et d’anonymat. Ensuite, face à l’incompatibilité, pour plusieurs femmes de la gauche radicale, entre leurs besoins de justice et les contraintes répressives et punitives du système légal et carcéral nous questionnerons les options qui s’offrent à elles. Nous tenterons de définir les principes de la justice transformatrice tout en la détachant de son pendant institutionnel: la justice dite réparatrice. Les concepts de justice transformatrice et de responsabilisation de la communauté ont surtout été pensés comme des stratégies mises en place par des organisations militantes de femmes et de personnes racisées aux États-Unis. À partir de ces concepts, nous tâcherons d’analyser comment les principes de justice transformatrice ont été appliqués dans les milieux militants de gauche, surtout à Montréal. Au travers de ces expériences, que pouvons-nous apprendre ? Quelles sont les conditions favorables à l’élaboration et au fonctionnement d’un processus de justice transformatrice et quelles en sont les limites ? Nous tenterons de répondre à l’accusation simpliste voulant que la justice transformatrice n’est qu’une forme moderne de tribunal publique, voire de lynchage diffamatoire.
Séance : Lutter contre les violences sexistes en milieu militant. Atelier de réflexion à partir d’expériences internationales, à l’intersection entre art, recherche et militantisme - Séance 6 - Présentation de la fresque murale initiée par Knorke Leaf et conclusion
Animatrice :  
Auteure : Mélissa Blais (Université du Québec à Montréal (UQAM)/IREF/RéQEF)
Le-s co-auteure-s : Marie Soleil Chrétien (UQÀM et membre de l'IREF); Emeline Fourment (Sciences Po Paris)
1 - Présentation de la fresque murale initiée par Knorke Leaf et conclusion. Retour sur les méthodologies utilisées; à l’intersection entre art, recherche et militantisme. (ouvert à tout.e.s)
Avec: Laura Goffre-Carpentier, Doctorante sous contrat au Centre d’Études des Relations Internationales/ Sciences Po Paris, France Solveig Hennebert, Lyon, France Laurence Ingenito, Maîtrise UQAM, membres de l’IREF, Québec Émilie E. Joly, MA en science politique UQAM, organisatrice communautaire au FRAPRU et étudiante au baccalauréat en droit UQAM, Québec Norka Paz-Rodo, Communidad Lapiz et Lanzarte, Bolivie Il s’agit de la séance de clôture du panel sur les luttes contre les violences sexistes en milieu militant. En plus de présenter le processus de création ainsi que la fresque murale initiée par Knorke Leaf, nous procèderons à un retour sur l’ensemble des méthodologies utilisées dans les séances (cercle de parole, théâtre forum, etc.) Profitant de l’occasion de ce colloque pour expérimenter diverses méthodologies, souvent artistiques (fresque d’émergence, théâtre forum, fresque murale); des méthodologies peu utilisées tant dans la recherche que dans les milieux militants, nous discuterons de leurs potentiels heuristiques et émancipatoires pour la recherche féministe. Ce panel sera aussi l’occasion d’une ébauche de pistes de réflexion sur la mise en actes des discussions du colloque dans les milieux militants.