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Activité : Colloque
Titre : 287 - Les féministes face aux antiféministes
Responsable(s) : Francis Dupuis-Déri, Odile Boisclair et Mélissa Blais
Résumé : L'antiféminisme est aussi vieux que le féminisme, peut-être même plus vieux encore ! Depuis maintenant une dizaine d'années, au Québec en particulier, des groupes de femmes ainsi que des militantes et des universitaires féministes ont réagi à la montée d’un certain antiféminisme (le «masculinisme») tout en restant alertes face à des formes plus traditionnelles, par exemple l’antiféminisme religieux et anti-choix. Cette mobilisation féministe, également constatée en Europe et ailleurs, a été l’occasion de nombreuses collaborations directes entre des praticiennes et des universitaires, ou des projets de recherche menées par des universitaires auprès des groupes de femmes, pour mieux comprendre le phénomène de l’antiféminisme. De nouvelles questions sont apparues, entrainant l’émergence de nouveaux savoirs et de nouvelles pratiques du côté des femmes et des féministes. Il s’agit de comprendre, entre autres, les formes des attaques antiféministes, leurs impacts sur les femmes et les féministes, et comment les féministes devraient y réagir. Il s’agit aussi d'identifier les secteurs du mouvement féministe les plus directement ciblés. Il s’agit enfin de comprendre comment l’antiféminisme peut avoir des impacts jusque dans la vie privée des femmes, dans leurs relations familiales et amicales. Ce projet de «Colloque» est le résultat d’une longue collaboration entre L’R des centres des femmes au Québec (L’R) et le Groupe interdisciplinaire de recherche sur l’antiféminisme (GIRAF — UQAM) et sera l’occasion de présenter les résultats de plusieurs des recherches menées en partenariat (également avec le Service aux collectivités de l’UQAM). Ce «Colloque» est aussi ouvert à d’autres praticiennes et universitaires qui voudraient partager leurs réflexions au sujet de l’antiféminisme. Il est prévu de diviser le «Colloque» en au moins deux activités, ou ateliers : (1) un atelier sous forme de panel avec présentations de communications (peut-être plus qu’un atelier, selon les propositions de contributions «libres» reçues) ; (2) un atelier participatif d’échanges au sujet de l’antiféminisme (animé par L’R).

Séance : Les féministes face aux antiféministes - Séance 1 - Atelier-Panel
Animatrice :  
Auteure : Mélissa Blais (Université du Québec à Montréal (UQAM)/IREF/RéQEF)
1 - Les effets de l’antiféminisme sur le mouvement féministe québécois
La recherche féministe francophone s’intéresse de plus en plus à l’antiféminisme (notamment Christine Bard, Francine Descarries, Anne-Marie Devreux, Micheline Dumont et Diane Lamoureux), mais trop peu à ses effets sur les mouvements féministes. Il en va de même pour les spécialistes francophones des mouvements sociaux qui mobilisent peu la littérature sur les contremouvements et ses effets. Cette séance sera l’occasion de pallier à ces impensés de la littérature féministe et sociologique par une présentation de résultats préliminaires de ma recherche doctorale portant précisément sur les effets du contremouvement antiféministe sur le mouvement féministe québécois actuel. En prenant pour études de cas les organisations qui œuvrent contre les violences masculines faites aux femmes, je soumettrai à la discussion non seulement les différents types d’effets documentés (effets externes et internes au mouvement), mais aussi leurs conséquences dans les rapports sociaux de domination. À l’aide de 95 entrevues semi-dirigées auprès de féministes, et inspirées par la théorie du sexage de Colette Guillaumin, nous verrons comment ces différents effets révèlent les objectifs sociopolitiques des antiféministes.
Auteure : Sarah Labarre (UQÀM)
2 - Internet est un homme blanc, hétérosexuel et antiféministe: regard sur les violences machistes véhiculées sur le web
Adolescente, je me suis émancipée d’un milieu oppressant pour les femmes, milieu où le rôle des femmes se limitait à la cuisine, aux « affaires de famille » et au silence. Je me suis intéressée à Thérèse Casgrain, à Angela Davis et à Paola Tabet. J’ai commencé à prendre la parole sur le web, à propos de sujets qui m’indignaient – les inégalités sociales, l’itinérance, les rapports sociaux de sexes – et j’ai rapidement découvert qu’Internet exclus presque systématiquement les femmes. On se fait traiter de frustrée, connasse, féminazie. On apprend à éviter certains fils de discussion, à ne pas porter attention à ceux qui se font de plus en plus insistants, de plus en plus violents, on persiste. Puis vient les « tu as dû te faire violer quand t’étais petite, pour haïr les hommes comme ça ». Ensuite le ciblage, les menaces de viol, de mort. Au final, j’ai arrêté d’écrire, tandis que les machistes et les antiféministes, eux, ne se sont pas découragés. Quelle est la place des femmes sur Internet? Si le sexisme précède l’écran, qu’en est-il des progrès en matière d’égalité, accomplis et à accomplir dans diverses sphères de la société? Le web trahit-il un retard à rattraper en matière d’égalité de droits, de représentation et de respect des femmes? À partir de mon expérience de blogueuse, je traiterai de la cyberviolence, de la liberté d’expression et des possibles solutions permettant de contrer le phénomène.
Auteure : Francis Dupuis-Déri (Université du Québec à Montréal (UQAM)/IREF/RéQEF)
3 - L'antiféminisme dans la vie privée
Une première recherche initiée par L’R des centres de femmes du Québec, menée en partenariat avec le Groupe interdisciplinaire de recherche sur l’antiféminisme (GIRAF) et le Service aux collectivités de l’UQAM, a permis de documenter et d’analyser les effets des attaques antiféministes sur le mouvement féministe au Québec. Il est alors apparu clairement au fil des entrevues réalisées dans le cadre de cette recherche que l’antiféminisme s’exprime aussi dans la «vie privée», soit dans les relations familiales et amicales, entre autres, et que ce phénomène est source de préoccupation, même s’il est fort mal documenté et analysé. Une seconde recherche a donc été initiée au début de l’année 2015 pour documenter et analyser les «rencontres» entre féministes et antiféministes, dans les sphères de la vie privée. Il s’agit de répertorier les formes d’expression de cet antiféminisme, ses effets sur les femmes et leurs réflexions à ce sujet, y compris quant aux manières d’y réagir individuellement et collectivement. La communication permettra de présenter les résultats préliminaires de la première étape de cette recherche, et d’engager une discussion au sujet de l’antiféminisme dans la «vie privée».
Séance : Les féministes face aux antiféministes - Séance 2 - Atelier-Discussion
Animatrice : Odile Boisclair 
Auteure : Odile Boisclair (L'R des centres de femmes du Québec/RéQEF)
1 - De la violence conjugale à l’antiféminisme, les stratégies pour contrôler et dominer les femmes
L’R des centres de femmes du Québec regroupe près de 100 centres de femmes au Québec; il est considéré comme étant le plus important réseau féministe d’action communautaire autonome au Québec. Cette année, L’R célèbre son 30e anniversaire d’actions pour l’amélioration des conditions de vie des femmes. Les centres de femmes sont des généralistes spécialisés en condition féminine et rejoignent, selon une récente enquête, près de 300 000 femmes annuellement. Les travailleuses de L’R des centres de femmes du Québec sont des praticiennes issues des centres de femmes ou des groupes communautaires intéressés par la défense des droits et la promotion des intérêts des femmes. Odile Boisclair animera l’atelier « De la violence conjugale à l'antiféminisme, les stratégies pour contrôler et dominer les femmes ». En partant de la connaissance qu’ont les centres de femmes des attaques et des stratégies privilégiées par les antiféministes, cet atelier est une invitation à la réflexion qui cherche à vérifier une hypothèse : y’aurait-il un parallèle à faire entre les attaques antiféministes et la violence conjugale ? Pourquoi, sommes-nous, si silencieuses face aux actions et aux attaques antiféministes ? Les diverses formes, l’escalade, le cycle et les conséquences de la violence conjugale seront comparées aux attaques antiféministes. Et nous chercherons ensemble quelles sont les meilleures ripostes à apporter individuellement ou collectivement.