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Activité : Colloque
Titre : 297 - Recherche partenariale féministe : une « autre » épistémologie
Responsable(s) : Lyne Kurtzman, Nathalie Lafranchise et Lise Gervais
Résumé : La recherche partenariale est pratiquée par les milieux féministes pour répondre, notamment, à la critique féministe des sciences quant aux rapports traditionnels théorie/pratique et sujet/objet (Dagenais, 1996; Kurtzman, 2009). Cette critique s’accorde avec une vision du changement social proposant des rapports de pouvoir horizontaux, fondés sur le dialogue et visant l’autonomie dans un rapport d’interdépendance (Freire 1985, 2006). Or si plusieurs chercheures et intervenantes ont pris fait et cause pour le mode partenarial, cette pratique soulève plusieurs enjeux réunis autour de trois axes : 1) les conditions relationnelles; 2) la tension entre science et militantisme; 3) l’appropriation et l’intégration des résultats dans l’action. Ce type de recherche rejoint les préoccupations des chercheures et intervenantes féministes ; il valorise la relation de sujet à sujet, l’équité, l’interdépendance ainsi que la considération mutuelle (Drouin Busque et coll., 2014; Panet-Raymond et Bourque, 1991). Mais comment en ressortir mutuellement enrichies d’un savoir combiné et d’une expérience fructueuse face à la présence d’intérêts et de contingences propres aux cultures en présence? Certains partenariats devant soutenir des prises de position ou des changements politiques peuvent se buter aux critères de rigueur de la démarche scientifique (Paillé et Mucchielli 2012). Comment faire face à des différends liés à l’analyse, la présentation et l’utilisation des résultats? Comment gérer les tensions de la cohabitation entre militantisme et recherche (Dumais, 2011) ? Malgré sa finalité de changement social, l’appropriation des résultats et leur réinvestissement dans l’action féministe sont les parents pauvres de la recherche partenariale. Quels usages sont réellement faits des résultats et du matériel produits? Comment améliorer les conditions de réalisation de cet enjeu pragmatique? Comment soutenir les chercheures qui s’engagent dans cette voie? Dans ce colloque chercheures et intervenantes, en duo, combineront leurs savoirs et points de vue, et des discutantes relèveront les points saillants et alimenteront la discussion.

Séance : Recherche partenariale féministe : une « autre » épistémologie - Séance 1 - Les conditions relationnelles
Animatrice : Sophie Gilbert 
Auteure : Suzy Basile (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue)
Le-s co-auteure-s : Joanne Ottereyes (Femmes Autochtone du Québec Inc.)
1 - Les lignes directrices en matière de recherche avec les femmes autochtones : exemples concrets et études de cas
Le contexte de la recherche avec les Peuples autochtones est en pleine transformation au Canada, notamment depuis que ceux-ci ont cessé d’être, grâce à leur activisme, des « sujets » de recherche pour devenir des partenaires de celle-ci. Des protocoles et des lignes directrices ont été rédigés dans le but de mieux encadrer et accompagner les projets de recherche se déroulant dans les communautés autochtones au Québec. En 2012, l’Association Femmes autochtones du Québec a développé des lignes directrices en matière de recherche avec les femmes autochtones afin de mieux répondre aux multiples demandes de partenariat de recherche que l’association reçoit ainsi que pour outiller les femmes des communautés autochtones à faire de même. Les chercheurs-es doivent désormais intégrer dans leurs travaux la dimension autochtone mais aussi celle des femmes. Longtemps ignorées des processus de prise de décision les concernant, les femmes autochtones doivent donc faire l’objet d’une approche particulière si on veut éviter de perpétuer leur exclusion. Les chercheurs-es qui travaillent en contexte autochtone et féminin doivent donc relever des défis méthodologiques afin de réaliser une recherche. À titre d’exemple, un projet de recherche qui porte sur le rôle et la place qu’occupent les femmes autochtones dans la gouvernance du territoire et des ressources naturelles sera présenté.
Auteure : Nathalie Lafranchise (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Berthe lacharité (Relais-femmes)
2 - La relation partenariale entre chercheures et groupes de femmes : un véritable lien à tisser.
La recherche partenariale implique l’établissement et le maintien d’un lien véritable entre chercheures et praticiennes. Certaines conditions favorisent ce lien (Dumais, Béchard et Bussières, 2011 ;). Panet-Raymond et Bourque (1991) soutiennent que la mobilisation des partenaires impose un rapport égalitaire, équitable et d’interdépendance où la contribution de chacun, chacune est essentielle. Coenen (2001), s’appuyant sur la conception de Freire, soutient que la collaboration dépend de la qualité des rapports entre les chercheurs, les chercheuses, et les partenaires ainsi que de facteurs tels que : la mobilisation des partenaires, l’établissement d’une relation de sujet à sujet, la présence de confiance, le respect mutuel, la tolérance, la patience, l’engagement, la transparence, l’établissement d’un dialogue ouvert, ainsi que la considération mutuelle de l’importance équivalente des connaissances et des compétences respectives. Kurtzman, (1999) s’attarde plus spécifiquement à la recherche partenariale féministe et identifie d’autres enjeux éthiques dont la construction d’un processus démocratique et l’engagement de la chercheure par rapport à la cause des femmes. Le respect de ces conditions permet de réduire les tensions engendrées par la rencontre de deux cultures, universitaire et communautaire, dans les projets en partenariat. Exposant une expérience fructueuse de collaboration entre une chercheure et des praticiennes de Relais-femmes, cette communication veut éclairer les postures de chacune, les conditions relationnelles et le processus de négociation et d’échange continu entre les parties, depuis la prise de contact jusqu’à l’étape de transfert qui auraient pu contribuer, selon nous, à l’établissement et au maintien d’un lien favorable à la réalisation d’une recherche partenariale.
Séance : Recherche partenariale féministe : une « autre » épistémologie - Séance 3 - Les tensions entre science et militantisme
Animatrice : Carole Lévesque 
Auteure : Isabelle Courcy (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Isabel Côté (Université du Québec en Outaouais); Nathalie Lafranchise (UQAM)
1 - Réconcilier théorie et pratique pour une connaissance enrichie : points de vue de chercheures du RéQEF
Avec: Lyne KURTZMAN, membre du RéQEF, UQAM et Berthe LACHARITÉ, coordonnatrice, Relais-femmes Au Québec, les chercheures et les groupes de femmes partagent un riche historique de recherche en collaboration. Dans ce contexte de recherche, plusieurs proposent une posture épistémologique visant à dépasser le simple rapport instrumental pour s’ancrer dans une éthique féministe partagée. La « co-construction des connaissances » peut ainsi être posée comme un moyen, mais aussi comme une fin de la recherche collaborative. Non sans lien, des tensions peuvent surgir entre les visées de la recherche « scientifique » et l’engagement militant des groupes de femmes ou des chercheures elles-mêmes. Mais que savons-nous précisément sur les pratiques de recherche collaborative et les stratégies mises en œuvre par les actrices mobilisées afin de prendre en compte les impératifs des cultures universitaires et communautaires ? Cette communication porte sur une recherche que nous menons sur la recherche partenariale auprès des membres du Réseau québécois en études féministes (RéQEF). Elle comporte deux volets et vise dans un premier temps à dresser un portrait des recherches en partenariat menées par les chercheures membres du RéQEF,, et, dans un deuxième temps à savoir comment la recherche en collaboration est vécue par les personnes ciblées. Des résultats préliminaires de la recherche seront discutés à la lumière des tensions entre « science et militantisme » rapportées par les répondantes et des stratégies qu’elles déploient afin de les contourner ou d’en minimiser les effets.
Auteure : Audrey Gonin (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Sophie de Cordes (FQPN); Magaly Pirotte (FQPN)
2 - Défis et richesses d'une coopération de recherche sur l'intervention auprès de femmes vivant une grossesse imprévue au Québec
Le milieu communautaire/militant et le milieu académique, ainsi que leurs actrices, ont différents modes organisationnels, cultures et obligations qui ont un impact sur leurs agendas, leur positionnement ainsi que sur les personnes ou collectifs avec lesquels elles doivent composer. Ceci fait en sorte que le travail en partenariat peut s'avérer ardu, même lorsque les différentes parties partagent le même objectif quant à la finalité et à l'impact social de la recherche. Comment créer un espace de rencontre qui tienne compte des cultures et réalités respectives? Cette présentation vise un retour réflexif sur une recherche partenariale entre l'UQAM et la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) et aborde les différents obstacles rencontrés face à différents aspects : orientation de la recherche, méthodologie, recrutement, collecte des données, vulgarisation, modalités de diffusion. Nous partagerons donc à l’occasion de cette présentation les difficultés qui ont été rencontrées par notre équipe et la façon dont nous les avons affrontées et dépassées pour aboutir à un résultat satisfaisant les exigences et besoins de chacune des parties concernées. Nous verrons aussi ce qu'une coopération de ce type peut apporter de constructif à leurs parties prenantes et au contenu de leur démarche.
Séance : Recherche partenariale féministe : une « autre » épistémologie - Séance 5 - L’appropriation et l’intégration des résultats dans l’action
Animatrice : louise lafortune 
Auteure : Michèle Charpentier (UQÀM/IREF)
Le-s co-auteure-s : Mireille Hébert (UQAM)
1 - Ridées mais pas fanées » : quand les femmes aînées s'approprient la recherche et la réinvestissent
Cette communication présentera le processus de coréalisation du projet « Ridées mais pas fanées » et posera un regard critique sur les principaux facteurs qui ont contribué à son appropriation par les groupes concernés de femmes et à son rayonnement. Cette formation pour et par les femmes de 60 ans et plus, accompagnée de plusieurs outils pédagogiques (capsules vidéo, activités de groupe et de réflexion individuelle, cahier de formation pour animatrices et participantes, etc.), a été conçue à partir des recherches sur les femmes et le vieillissement de Michèle Charpentier (plusieurs menées avec Anne Quéniart), en partenariat avec le Centre des femmes de Pointe-aux-Trembles, le Service aux collectivités de l’UQAM et l’AREQ (Association des retraitées et retraités de l’enseignement du Québec). Les ateliers d’une journée ont fait l’objet d’une tournée provinciale et ont rejoint plus de 2000 femmes aînées au Québec. De plus, le projet initial a donné lieu à un site web, à la publication d’un livre témoignage des participantes et a généré des fonds pour les groupes de femmes. Parmi les éléments qui seront analysés comme ayant été significatifs dans le processus d’appropriation figurent : 1) la clarté et le respect de ce qui est commun (objectifs, analyse de la problématique) et partagé (expertises, tâches et responsabilités) ; 2) l’engagement des femmes aînées et le lâcher prise de la chercheure; 3) la dimension artistique dans le projet ; et 4) le plaisir, l’étonnement face à la différence et ce qui est pour nous inédit… et finalement la fierté.
Auteure : Stéphanie Bernstein (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Mélanie Lefrançois (Université du Québec à Montréal); Chantal Locas (FTQ)
2 - Du poids des stratégies individuelles au cadre légal de la conciliation travail-famille : l’apport de la recherche partenariale à l’identification de solutions durables
Avec: Karen MESSING, professeure émérite, département de sciences biologiques, UQAM La conciliation travail-famille (CTF), plus spécifiquement les difficultés liées aux horaires de travail posent des défis importants pour la santé des travailleuses. Elles constituent des préoccupations pour les syndicats, les gouvernements et la communauté scientifique depuis plusieurs décennies et, plus récemment, pour les employeurs. L’évolution des modèles familiaux, du contexte d’emploi et des pratiques syndicales comme les spécificités des conditions de travail de chaque milieu nécessitent le développement de partenariats de recherche qui s’inscrivent dans le long terme. À partir de projets de recherche partenariale portant sur la CTF menés dans différents milieux de travail depuis plus de 20 ans dans le cadre d’une entente entre l’UQAM et des centrales syndicales, nous expliquerons comment une approche interdisciplinaire (ergonomie, droit, sociologie, communication) a permis de mettre en évidence la difficile intégration des solutions proposées par ces recherches en ce qui a trait aux horaires de travail: - les tensions entre le cadre légal et les pratiques de CTF au sein des milieux qui affectent notamment le soutien entre collègues et de l’employeur ; - les enjeux liés au développement d’une relation de confiance avec les personnes employées et à la négociation de la recherche avec les acteurs syndicaux et patronaux ; - les questionnements sur les fondements de l’action syndicale telle que la reconnaissance de l’ancienneté ou l’encadrement légal et conventionné des conditions de travail. - les défis pour l’action syndicale de devoir composer avec des inégalités de traitement au sein d’un même milieu de travail.
Séance : Recherche partenariale féministe : une « autre » épistémologie - Séance 2
Animatrice :  
Auteure : Caterine Bourassa-Dansereau (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Mayda Mekerian (Mise au jeu)
1 - Recherche-action ModÉgalité : rencontre et coconstruction entre chercheure, intervenantes et jeunes adultes montréalais
Cette communication présente la collaboration et les processus de co-construction qui ont caractérisé le projet ModÉgalité, coordonné par l’équipe d’intervention théâtrale participative Mise au jeu, avec la participation du Y des femmes de Montréal, du Forum jeunesse de l’île de Montréal et du Secrétariat à la condition féminine de Québec. Cette recherche-action a permis d’explorer les perceptions des jeunes montréalais âgés de 16 à 22 ans concernant l'égalité entre les femmes et les hommes dans différentes sphères de leur vie quotidienne et d’intervenir auprès d’eux. Nous y abordons la nature des relations qui ont défini la collaboration entre Mise au jeu et la chercheure responsable du volet « recherche » de ModÉgalité. Plus spécifiquement, nous montrons les apports de la rencontre entre les savoirs académiques et ceux liés à la pratique, notamment à travers la réalisation de théâtre-forums. En plus d’aborder la co-construction résultant de ce dialogue, nous soulignons l’importance accordée à la reconnaissance de l’expertise des jeunes rencontrés au cours de cette démarche, ceux-ci étant les acteurs principaux du projet de recherche. En présentant les différentes étapes du projet ModÉgalité (recherche, tournée du théâtre-forum ModÉgalité dans des écoles secondaires, réalisation du cinéma-forum À part égale et de son guide d’animation), cette communication met en lumière l’interdépendance de trois sources d'expertise mobilisées pour explorer la question de l'égalité : l’intervention théâtrale interactive, l’expérience vécue des jeunes et le savoir académique. Elle permet aussi de souligner que les retombées de cette recherche-action sont partagées par l’ensemble des partenaires.
Auteure : Anna Beaupré-Moulounda (Mise au jeu)
2 - Cinéma forum À part égale : Intervenir de manière participative auprès la question de l’égalité entre les femmes et les hommes
Film avec partie interactive Animation : Anna BEAUPRÉ-MOULOUNDA, Mise au jeu
Séance : Recherche partenariale féministe : une « autre » épistémologie - Séance 4
Animatrice :  
Auteure : Majo Hansotte (DELFI ASBL)
1 - Intégrer quels résultats ? Pourquoi ?
Nous proposons un regard croisé belgo-québécois sur diverses tensions entre science et militance et une discussion sur diverses avenues visant à lever les obstacles créés par celles-ci. La présente communication s’appuie notamment sur la recherche-action pilotée par Majo Hansotte de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Belgique), menée en partenariat avec des chercheures universitaires et diverses organisations d’alphabétisation et d’apprentissage du français, accueillant des femmes migrantes. L’approche, qui sera expliquée, valorise les récits d'injustices vécues, à travers une démarche collective de potentialisation narrative, portée par les apprenantes, les amenant à passer du subir à l’agir. Or ce projet a été le théâtre de nombreuses tensions essentiellement provoquées par les finalités divergentes des divers partenaires. La résultante de ces tensions : les femmes migrantes narratrices sont confrontées à un double verrou, celui de leur communauté et celui des partenaires scientifiques. Jugée peu prioritaire la voix de ces femmes exprimant la domination patriarco-culturelle et religieuse subie est restée sans échos et sans action. Dans cette illustration, plusieurs écueils ont entravé le processus de recherche-action et de collaboration entre les partenaires, notamment des intérêts opposés quant à l’utilisation des résultats. Comment départager les enjeux scientifiques de ceux idéologiques, politiques ou encore éthiques qui ont marqué cette collaboration ? Comment prévenir de telles situations ? Quelles conditions ou principes méthodologiques sont à développer pour permettre une véritable inter fécondation entre différents milieux.
Séance : Recherche partenariale féministe : une « autre » épistémologie - Séance 6
Animatrice :  
Auteure : Martin Gallié (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Jeanne Ollivier-Gobeil (UQÀM); Evelyn CALUGAY (PINAY: Organisation des femmes philippines du Québec)
1 - Le processus de recherche comme outil de lutte et de mobilisation : regards critiques sur une recherche-action sur l’exploitation des travailleuses domestiques philippines à Montréal
À partir d’un cas concret, ce projet de communication souhaite questionner les apports et surtout les limites de la recherche-partenariale comme outil de lutte et de mobilisation. Pendant plus de trois ans, PINAY – un organisme de défense des droits des travailleuses domestiques philippines - a collaboré avec des professeur.es et le Service aux collectivités de l’UQÀM. À travers la documentation des conditions de vie et de travail des travailleuses domestiques résidentes chez l’employeur, ce projet de recherche/action visait non seulement à construire des solidarités entre les travailleuses mais également, et peut être surtout, entre les travailleuses et les organisations syndicales, communautaires et universitaires francophones. Il s’agissait notamment de faire connaitre les revendications et de favoriser l’intégration de celles-ci dans les plates-formes de revendications ou les objectifs de recherche de ces institutions. À partir de notre expérience conjointe, nous préciserons tout d’abord l’aide dont nous avons bénéficié (appui d’organismes militants, aide financière, dégrèvement pour les chercheurs…) pour mener cette recherche/en partenariat. Dans un deuxième temps, et surtout, nous insisterons sur un certain nombre d’obstacles rencontrés pendant cette recherche, tant par les militantes de PINAY que par les chercheurs, pour construire ces liens de solidarité avec les institutions en question. Il s’agira de revenir sur les obstacles liés à la recherche (accès aux travailleuses, disponibilité, crainte des représailles…) et surtout institutionnels (« comité éthique », temps, argent, traduction, diffusion…) pour tenter de réaliser les objectifs de la recherche : documenter pour mobiliser.