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Activité : Colloque
Titre : 306 - Femmes, féminisme(s) et capitalisme
Responsable(s) : Soline Blanchard, Hélène Lee-Gosselin et Sophie Pochic
Résumé : Les 15 dernières années sont marquées, en France comme au Québec, par un double phénomène au niveau de la sphère économique : un renouveau des mobilisations pour l’égalité femmes/hommes aux plus hauts niveaux et une remise en question des modes de gouvernance des entreprises. Ces ateliers proposent d’appréhender ces phénomènes en interrogeant la rencontre de deux notions qui semblent pourtant avoir peu d’ « affinités électives » : capitalisme et féminisme(s). Pour certain-e-s, la fragmentation du féminisme aurait entraîné une récupération partielle de ses revendications et une perte de son potentiel subversif au service du « nouvel esprit du capitalisme ». Pour d’autres, la justification pragmatique du « business case de l’égalité » aurait permis certaines avancées, notamment en matière d’accès des femmes aux postes à responsabilités. À partir de terrains français et québécois, il s’agit de prolonger ces réflexions et de penser les enjeux scientifiques et sociaux d’une telle rencontre, en analysant les discours et les pratiques des actrices/acteurs qui y sont engagé-e-s, ainsi que leurs effets.

Séance : Femmes, féminisme(s) et capitalisme - Séance 1 - Métiers « non traditionnels » pour les femmes et contestation d’un référentiel genré
Animatrice : NAUDIER Delphine 
Auteure : Stephanie Chasserio (Skema Business School)
Le-s co-auteure-s : Corinne Poroli (SKEMA Business School); typhaine lebègue (ESCEM)
1 - Usages et perceptions de l’accompagnement institutionnel par les femmes entrepreneures françaises : vers une remise en cause des définitions classiques de l’entrepreneuriat ?
Avec: Philippe Pailot (IAE Lille) Les femmes sont longtemps restées en dehors du champ de l’entrepreneuriat, celui-ci se conjuguant essentiellement au masculin. Cependant, aujourd’hui, le développement de l’entrepreneuriat des femmes est mis en avant par nombre d’institutions publiques et apparait comme une voie à encourager dans ces temps de mutations économiques remettant en question le salariat traditionnel. La valorisation de l’entrepreneuriat des femmes prend notamment la forme d’un accompagnement dédié ou d’une attention particulière aux spécificités de ce public. Pourtant, les représentations schumpétériennes restent profondément ancrées dans les esprits et influencent les comportements et cadres d’action des acteurs de l’accompagnement. Cette présentation mobilisera les résultats de deux recherches qualitatives sur des femmes entrepreneures françaises afin d’analyser leur perception de l’accompagnement dont elles ont fait l’objet. Nous verrons que ces femmes créatrices ont parfois une définition du projet entrepreneurial bien différente de celles classiquement admises. Cette spécificité les amène à se placer à la marge d’institutions qui ne savent pas toujours prendre en considération des projets non conformes aux registres conventionnels structurant le champ de l’entrepreneuriat. Ces recherches soulignent la prédominance d’un référentiel appuyé sur le schéma capitaliste classique dans le discours institutionnel de promotion de l’entrepreneuriat auprès des femmes, bien que celui-ci soit questionné par les entrepreneuses. Cette recherche procède donc à un questionnement critique des pratiques d’accompagnement institutionnel à destination des femmes et met en lumière les différentes formes de domination qui existent derrière ces pratiques.
Auteure : Belmondo TANANKEM VOUFO (Ministère de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire)
Le-s co-auteure-s : Théophile Armand Fopa Diesse (Ministère de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du Territoire)
2 - Engagement des femmes dans l'entreprenariat au Cameroun : Défis et perspectives
Les femmes dirigent près du tiers des entreprises de l’économie formelle dans le monde. Cependant, dans les économies en développement, elles dirigent en général de très petites ou des micro-entreprises au potentiel de croissance très limité. Les attitudes sociétales et les normes sociales n’incitent pas les femmes à envisager la création d’entreprise, tandis que des obstacles systémiques font que nombre de femmes entrepreneurs restent confinées à de très petites entreprises opérant dans l’économie informelle. Cette situation non seulement limite leur capacité de gagner un revenu pour elles-mêmes et leurs familles, mais restreint également leur vrai potentiel en terme de contribution au développement socio-économique et à la création d’emplois. Cette recherche analyse l’entreprenariat des femmes au Cameroun en présentant d’une part les caractéristiques socio-économiques et démographiques des femmes entrepreneurs, et d’autre part les facteurs explicatifs de l’engagement des femmes dans l’entreprenariat. Les techniques d’analyses descriptives univariées et bivariées, ainsi que la régression logistique, sont utilisées à cette fin. Les contraintes auxquelles font face les femmes entrepreneurs sont également élucidés. Les données utilisées proviennent de deux sources : de l’Enquête sur l’Emploi et le Secteur Informel réalisée en 2010 par l’Institut National de la Statistique, et de l’Enquête sur le Climat des Affaires au Cameroun réalisée en 2014 par le Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire. L’étude propose enfin, sur la base des résultats, des mesures de politiques visant à faire prospérer l’entreprenariat féminin.
Auteure : Soline Blanchard (Université Toulouse Jean Jaurès et CNRS/EHESS/ENS)
3 - Créer son activité de conseil en égalité professionnelle : une entreprise d’affranchissement du genre ?
Dans un contexte de renouvellement de l’intervention étatique et d’un relatif effet de mode managériale, les années 2000 ont vu émerger une nouvelle activité de travail en France : le conseil en égalité professionnelle. « Floue » à de nombreux égards, cette activité de services réunit aujourd’hui un nombre d’intervenant-e-s encore restreint, dont une proportion significative de femmes créatrices d’activité. Cette communication propose d’analyser ce phénomène en se demandant : en quoi ces entrepreneuses de l’égalité professionnelle reconfigurent-elles (ou non) les rapports sociaux de sexe au sein de la sphère professionnelle et de l’entrepreneuriat ? Il s’agit d’abord d’interroger les frontières « classiques » de l’indépendance en présentant la variété des modalités d’investissement dans l’activité. Il s’agit ensuite de souligner des formes de contestation du genre, du point de vue de la ségrégation des métiers, des carrières, des pratiques professionnelles et des configurations familiales. Il s’agit enfin de mettre en lumière des formes de (re)production du genre, principalement le déficit de légitimité d’une activité connotée « féminine », voire – pire – « féministe », la valorisation de la présence des hommes incarnant « naturellement » la bonne figure de l’expert « neutre » et les incertitudes professionnelles pesant sur les entrepreneuses de l’égalité professionnelle.
Auteure : Donatille Mujawamariya (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Catherine Mavriplis (Université d'Ottawa); Michelle Boucher (Université d'Ottawa)
4 - Métiers non traditionnels et culture patriarcale : qu'en disent les professionnelles des STIM( sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) ?
Dans le cadre du 7e Congrès International des Recherches féministes dans la francophonie et plus spécifiquement en regard de l’axe Changement social, égalité, justice et solidarité, cette communication présente les résultats d'une recherche qualitative interprétative qui a, entre autres, portée sur les choix de carrière de femmes qui ont opté pour exercer des métiers non-traditionnels. Nous avons, au cours du printemps 2014, réalisée des entrevues auprès de quatorze professionnelles qui se sont orientées en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM). L’intérêt pour une telle recherche tient au fait que depuis des années, le nombre de femmes qui poursuivent des études dans ces domaines diminue; les filles, dès le primaire, considérant que les études en STIM et les carrières afférentes ne sont pas suffisamment féminines (Archer, De Witt, Osborne, Dillon, Willis et Wong, 2013). Dès 1999, Cronin et Roger soulignaient que, selon l’analyse critique féministe, ces domaines d’études et de travail incorporent des valeurs, des pratiques et une culture de nature masculine ayant un effet dissuasif auprès des femmes qui vivent des conflits entre leur identité et la culture masculine hiérarchisée qui prévaut dans les STIM. Les entrevues réalisées mettent en lumière comment cette culture est encore présente dans l’environnement de travail en STIM. Les propos des professionnelles font état de leurs stratégies de résilience et mettent en évidence comment leurs processus de résolution de problème diffèrent de ceux de leurs collègues masculins par le regard inclusif qu’elles jettent sur la problématique abordée.
Séance : Femmes, féminisme(s) et capitalisme - Séance 2 - Représentations de l’égalité et (non) engagement féministe
Animatrice : Carol-Anne Gauthier 
Auteure : Alban Jacquemart (Centre d\'études de l\'emploi / Centre Maurice Halbwachs)
1 - Soutenir l’égalité pour reproduire l’inégalité ? Les hommes hauts fonctionnaires face aux politiques d’égalité professionnelle
S’appuyant sur une enquête collective par entretiens auprès de 95 hauts fonctionnaires, dont 34 hommes, dans les ministères financiers et sociaux français, cette présentation interroge les effets des politiques d’égalité des sexes sur les hommes. En effet, depuis les années 2000, l’Etat s’est engagé dans une politique « d’exemplarité » en matière d’égalité des sexes, allant jusqu’à imposer des quotas de sexe pour les nominations aux plus hauts postes. Cette mise en avant de la recherche de l’égalité déstabilise ainsi, au moins en théorie, un ordre professionnel inégalitaire, les logiques organisationnelles de fabrication des carrières favorisant largement les hommes. La recherche souligne ainsi que les hommes cherchent à mettre à distance les traits les plus visiblement masculins du rôle dirigeant et affirment leur attachement à l’égalité professionnelle. La valorisation et la mise en scène d’une masculinité égalitaire apparaît alors comme une stratégie qui permet de maintenir l’ethos professionnel masculin en le débarrassant de ses traits les plus visiblement contraires à l’ethos égalitaire. Elle offre ainsi, paradoxalement, la possibilité à certains hommes, souvent déjà les plus dotés dans la compétition des postes, de tirer avantage de ce contexte d’égalité professionnelle.
Auteure : Hélène Lee-Gosselin (Université Laval)
2 - Des hommes en position d’agir : leurs représentations et leurs actions relativement à l’égalité entre les femmes et les hommes
La présentation porte sur les facteurs organisationnels permettant de comprendre l’accès limité des femmes aux plus hautes fonctions. Elle s’appuie sur une enquête menée en 2009 auprès de 11 femmes et 16 hommes cadres supérieurs (vice-présidents) de trois grandes organisations, et explore leurs pratiques et représentations en matière de carrière, d’équité et de promotion des programmes d’accès à l’égalité. Les résultats montrent qu’il existe chez ces hauts dirigeants une incompréhension profonde des mesures d’action positive et une croyance qu’elles forcent à accorder une préférence à des personnes dépourvues des compétences essentielles. Impliqués dans des décisions de sélection et de promotion, ils remettent peu en doute les processus actuels et passés de dotation. Ils veulent croire qu’ils ont toujours pris « la meilleure décision » et que les préférences individuelles des femmes engendrent leur lente progression vers les postes de direction. Les résultats montrent aussi la faible portée des arguments ou des logiques d’équité en emploi, par rapport à celles d’efficience et d’efficacité organisationnelle. Lorsque l’équité est une motivation, ceci trouve son fondement principalement dans des aspects de la vie personnelle de ces dirigeants. Ces résultats ont diverses implications pour guider les stratégies d’interventions organisationnelles en matière d’équité en emploi, pour en augmenter l’efficacité.
Auteure : Marion Rabier (Post-doc UBO)
3 - Rapports au(x) féminisme(s) et pratiques de l’égalité de dirigeantes économiques
La communication se propose d’interroger, en premier lieu, les rapports aux féminismes de dirigeantes économiques (cadres dirigeantes de grandes entreprises, cheffes de petites et moyennes entreprises) engagées dans des associations professionnelles féminines, qui luttent pour l’accès des femmes aux postes de décision. Si rares sont les dirigeantes qui se revendiquent féministes, elles n’endossent pas toutes non plus un discours antiféministe : à partir de leurs socialisations familiale et politique, ainsi que de leur position dans le champ économique, il est possible d’établir une typologie de rapports aux féminismes contrastés. Au-delà des discours, le second axe de cette communication entend revenir sur les pratiques professionnelles de ces dirigeantes engagées : si elles militent à titre personnel dans des associations engagées sur l’égalité professionnelle, elles sont peu nombreuses à mettre en pratique, dans l’entreprise qu’elles dirigent, les mesures qu’elles préconisent.
Auteure : Julie LANDOUR (EHESS)
4 - Un féminisme à la peau douce ? Les Mompreneurs en France
Les Mompreneurs se définissent comme des femmes qui créent leur entreprise à l’arrivée d’un enfant, quittant un salariat qui ne les satisfaisait plus pour mieux articuler vie professionnelle et familiale. Mouvement réduit s’il est circonscrit aux seules membres des réseaux français « estampillés » (2000 femmes environ), il semble s’inscrire dans une solidarité plus large : des États-Unis à la France, elle rassemble des femmes qui, devenues mères, revisitent leur engagement dans le travail, mais également envers leur famille, par un entrepreneuriat individuel ancré dans la sphère dite féminine (puériculture, féminité ...) C’est ainsi que la catégorie est présentée dans les médias, notamment français, en parallèle d’une promotion de l’initiative économique individuelle dans les politiques publiques françaises. Dans le cadre de ce congrès, cette communication sera l’occasion de s’interroger sur la portée féministe de ce mouvement de femmes qui prétend défendre leur accès aux responsabilités tout en assumant un investissement fort auprès de leur famille. En mêlant une analyse des discours médiatiques recueillis entre 2007 et 2013 et 54 entretiens par récit de vie au sein de l’une des associations françaises, je propose de présenter d’abord les apports concrets de la communauté professionnelle que forment ces femmes sur tout le territoire français. La manière dont les médias se sont emparés du sujet en France, en valorisant tant la création d’un auto-emploi en temps de crise que la prise en charge féminine de la famille, sera développée dans un deuxième temps. Les ambivalences de ce mouvement qui se décale du féminisme pour en proposer une face « maternante » qui renforce l’ordre du genre viendront conclure la présentation.
Séance : Femmes, féminisme(s) et capitalisme - Séance 3 - Pratiques capitalistes et renégociations des rapports sociaux de sexe
Animatrice : Michèle Ferrand 
Auteure : Sophie Brière (Université Laval)
Le-s co-auteure-s : Hélène Lee-Gosselin (Université Laval); Nathalie Rinfrey (École Nationale de l'Administration Publique)
1 - « Impact de la présence des femmes sur la performance des conseils d'administration : pratiques d'organisations issues de différents secteurs de l'économie au Québec
La présentation porte sur une recherche réalisée depuis 2013 sur l’impact de la présence des femmes sur la performance de conseils d'administration d'organisations au Québec. Cette recherche vise à documenter, à travers les pratiques des conseils d’administration et le discours de certains de leurs membres stratégiques, certains éléments liés à l’impact de la présence des femmes sur la performance des conseils d’administration. Nous nous intéressons non seulement à la performance de l'organisation mais aussi à celle du CA et à ses pratiques. Au Québec en 2006, la Loi sur la modernisation des sociétés d’État a été adoptée; elle exigeait que certaines sociétés d'État à vocation économique atteignent la parité sur leur CA en 2011. Cette cible qui a été atteinte et il nous est apparu important d’en explorer les impacts tant pour les organisations parapubliques que pour les sociétés à capital action qui ne sont pas ainsi contraintes légalement. Des entrevues ont été réalisées avec des présidents de CA, des présidents de comité de gouvernance et des membres de CA siégeant sur vingtaine de conseils d'administration d'organisations comptant un pourcentage significatif de femmes sur le conseil. Cette présentation visera à présenter la recherche et ses résultats.
Auteure : Sophie Pochic (CNRS/EHESS/ENS)
2 - L'égalité femmes-hommes en pratiques dans une multinationale : les effets sélectifs du féminisme de marché
Si l’adoption des lois en faveur de l’égalité professionnelle et le rôle des « féministes d’Etat » ont fait l’objet de nombreuses études en France, leur mise en application et le rôle des « féministes du secteur privé » restent encore sous-exploré. A partir d’une monographie sur une multinationale de l’énergie ayant une maison-mère française, cette communication étudie l’évolution d’une politique d’égalité professionnelle depuis sa genèse. Elle montre d’abord comment, dans un contexte particulier de privatisation de cette entreprise publique, une alliance entre une poignée de syndicalistes et de femmes cadres, aidées par des expertes féministes, a permis la négociation d’un accord égalité offensif. Elle analyse ensuite la mise en pratique la rhétorique du « business case de l’égalité », au sens où les mesures managériales, en accord avec la logique néolibérale de profit et de restructurations, minorent les demandes syndicales et visent en priorité les intérêts des femmes cadres « à potentiel ». Cette entreprise, qui s’est construite une réputation de « championne de l’égalité », considère de fait les femmes non-cadres, et a fortiori celles des filiales étrangères, comme des enjeux non-stratégiques de l’égalité, alors même que leurs conditions de travail et de promotion se dégradent. Le « féminisme de marché » modifie donc les pratiques et priorités des politiques d’égalité, focalisées sur le haut des organigrammes, et contribue à la polarisation au sein du groupe des femmes.
Auteure : Isabel Boni (Centre Maurice Halbwachs)
3 - Penser les formes du capitalisme au prisme du genre. Difficultés et pistes théoriques, méthodologiques et empiriques
La communication tire une série d'enseignements théoriques et méthodologiques d’une recherche sur les régimes de genre dans le secteur du conseil en management. Elle prend pour objet les outils, qui permettent d’interroger et déconstruire l¹apparente neutralité de genre de certaines pratiques économiques capitalistes. Y sont analysés les obstacles et les points d’appui (théoriques et méthodologiques) spécifiques pour penser les formes de production du genre qui se jouent dans l’organisation des structures capitalistes et dans la gouvernance économique et financière des firmes. La démarche, ses difficultés et ses clés de succès sont illustrées à partir d’une première série de travaux sur les pratiques d’organisation du capital dans les firmes de conseil. Elle revient sur les méthodes pour recueillir des données sur l’organisation financière des firmes, leurs modes d’accès au capital, leurs principes de partage des profits, et sur les régimes de genre en vigueur, et pour construire un cadre d’analyse à partir de ces données.