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Activité : Atelier
Titre : 311 - Le mouvement des femmes au Québec et la lutte contre la violence : histoire, acquis, ressacs et suite
Responsable(s) : Marie-Hélène Senay
Résumé : Cet atelier veut montrer l’histoire du mouvement des femmes au Québec en célébrant les luttes ; les combats des femmes ayant fait avancer la société ; les ressacs et les suites à donner. Le mouvement des femmes du Québec est un des plus importants et organisés au pays et dans le monde. Depuis plus de 40 ans, les luttes des femmes ont transformé la société, aux plans social et politique, ici et à l’international. Nous proposons d’abord, dans une démarche historique, à l’aide du savoir expérientiel éclairé de quatre militantes chevronnées issues d’organismes au cœur de la lutte contre la violence envers les femmes, et d’une « ligne du temps » détaillée tirée de leur expertise, de brosser un portrait des luttes depuis les années 60. Les acquis des femmes ont évidemment engendré leur part de ressacs. Malgré ces oppositions à une plus grande liberté des femmes, nous réitérons le droit de TOUTES les femmes de vivre sans violence (sociale, systémique, sexuelle, psychologique, verbale, conjugale, harcèlement, etc.). En co-construction dynamique avec les participantes, sera réalisé un partage de ce qui nous outrage toujours, en termes de sexisme ordinaire et d’accès aux droits, de violence envers les femmes et d’(in)égalité entre les femmes et les hommes. Ces thématiques retiendront notre attention : la définition de ce qu’est la violence envers les femmes ; la remise en question de l’analyse de cette violence, notamment par les notions de consentement et de symétrie et, finalement, la difficulté pour les femmes d’exercer leurs droits civils et politiques (notamment droit à la sûreté et à la vie) sans reconnaissance de leurs droits économiques et sociaux. Nous reviendrons sur les suites à donner à nos luttes afin d’atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes et de mettre fin à toute violence envers les femmes.

Séance : Le mouvement des femmes au Québec et la lutte contre la violence : histoire, acquis, ressacs et suite - Séance 1
Animatrice : Isabelle Marchand 
Auteure : Nathalie Duhamel (RQCALACS)
1 - Banalisation de la violence sexuelle et hypersexualisation
Dans les années 1950-60, le Québec est une société traditionnelle et patriarcale dominée par l’église catholique. La violence envers les femmes est vue comme un problème individuel et la violence sexuelle comme un acte contraire aux bonnes mœurs. Dans les années 70, la naissance des CALACS s'inscrit dans l'évolution du mouvement des femmes et contribue à développer une nouvelle vision des agressions sexuelles. Les femmes démontrent que le système judiciaire n'assure ni la protection, ni le droit à la sécurité des femmes. La police juge les «cas de viol » comme non fondés. La vie sexuelle des victimes est amenée en preuve lors des procès ce qui entretient les préjugés à l'égard des femmes. En 2001, le Québec adopte ses premières orientations en agressions sexuelles, fondées sur la Charte des droits, les conventions internationales et le code criminel. Les plans d’action qui suivent contribuent à responsabiliser les acteurs, à financer les services et à sensibiliser le public. Enfin, on commence à se donner les moyens pour répondre adéquatement aux besoins des femmes victimes d’agressions sexuelles. 90% des victimes ne portent pas plainte à la police et plus de 75% des femmes ont subi une agression alors qu’elles avaient moins de 18 ans. Des services sont développés : en individuel et en groupe; l’accompagnement judiciaire; les activités de prévention auprès des jeunes; la sensibilisation de la population et des institutions médicales, policières et légales. Fortes de plusieurs années de militance et d’intervention au plus près des femmes, au sein du Regroupement québécois des 27 centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQ-CALACS), auprès des femmes en prison et des femmes en situation d'itinérance, Nathalie Duhamel axera son discours sur la banalisation de la violence sexuelle et l’hypersexualisation de l’espace public. On se préoccupera de l’exploitation sexuelle des femmes dans la pornographie et la prostitution et de l’intersectionnalité des discriminations envers les femmes immigrantes, handicapées, âgées, autochtones qui sont davantage à risque d’agressions sexuelles.
Auteure : Louise Riendeau (Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale)
2 - Analyse féministe de la violence envers les femmes, le déni
Depuis 1979, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale s’applique à faire évoluer les lois et les politiques afin de rendre plus adéquates les mesures de protection des femmes victimes de violence conjugale. Résolument engagé dans la lutte pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le Regroupement et ses 45 maisons membres ont été des acteurs clés dans la reconnaissance du droit des femmes de vivre sans violence par les autorités gouvernementales, les institutions et la population québécoise. C’est à l’époque de ses études en criminologie que Louise Riendeau décide d’en découdre avec la question de la domination des hommes sur les femmes. D’abord intervenante en maison d’hébergement, elle poursuit, depuis 22 ans, cet engagement au sein du Regroupement. Au fil des ans, elle a traduit l’expérience des femmes et celle des intervenantes de première ligne en revendications et en recommandations. Pour son organisation, en concertation avec d’autres groupes de femmes ou de défense des droits, au sein de larges concertations comme la Marche mondiale des femmes (2000), elle a interpellé les gouvernements canadien et québécois pour qu’ils agissent pour prévenir la violence, soutenir les victimes et responsabiliser les auteurs. Cette expérience lui permettra de partager les acquis depuis les années 70 et de s’interroger avec les participantes sur le refus de reconnaître la justesse de l’analyse féministe de la violence envers les femmes. Refus qui se traduit au Québec par un discours qui veut laisser croire que les femmes sont aussi violentes que les hommes.
Auteure : Diane Matte (Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle)
3 - Violence envers les femmes : professionnalisation des services ou lutte pour le changement social
Choquée que la question de la violence envers les femmes soit considérée comme une des "problématiques" féministes, et non comme un outil déterminant de la domination des hommes sur les femmes dans toutes les sphères de leur vie, la militante chevronnée, Diane Matte, décide de participer à la mise sur pied d'un groupe féministe travaillant spécifiquement sur la question de la prostitution. C'est à partir de l'analyse de la prostitution comme composante du patriarcat que la CLES s’engage à donner une voix aux femmes victimes de la prostitution et à mener une lutte pour faire reconnaître cette forme de violence. Coordonnatrice de la Marche des femmes contre la pauvreté, Du Pain et des Roses, en 1995, et initiatrice et coordonnatrice de la Marche mondiale des femmes contre la violence envers les femmes et la pauvreté (2000), mouvement qui allie les luttes contre le système patriarcal et le capitalisme à la nécessité de mobiliser les femmes pour faire advenir un autre monde, Diane Matte croit à la puissance du mouvement féministe tout comme à la nécessité de changer la vie des femmes pour changer le monde. Son intervention insistera sur la « secondarisation », voire la banalisation, de la violence des hommes envers les femmes, montrant le moment charnière auquel nous assistons. Elle abordera la professionnalisation des groupes féministes qui travaillent sur la violence, l’objectif étant évidemment d’être en mesure d’offrir des services directs aux femmes. Toutefois, elle fera remarquer que les groupes doivent aussi continuer de lutter pour un vrai changement social.
Auteure : Manon Monastesse (Fédération des maisons d'hébergement pour femmes)
4 - Complexification des formes de violence envers les femmes : l’intersectionnalité des oppressions
Depuis 1987, la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF) soutient et représente 36 maisons d'hébergement dans un but de défense des droits des femmes violentées vivant de multiples problématiques sociales, et de leurs enfants. Manon Monastesse a travaillé, dans les années 90, sur les litiges entourant la garde légale d’enfants dont les enlèvements parentaux internationaux en Europe et au Moyen-Orient. De retour au Québec, elle poursuit ce travail au plan national et international et termine une maîtrise en intervention sociale (UQAM). Elle coordonne par la suite la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval (Québec) (2003-2006). Elle assume actuellement (depuis 2006), la direction provinciale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. Son intervention dénoncera les affirmations voulant que l’égalité entre les femmes et les hommes soit atteinte et la négation du féminisme au profit d’une banalisation des violences. Le durcissement du droit criminel au détriment de l’analyse concrète des problèmes posés par la violence est une question fondamentale. Disparition et assassinat des femmes autochtones et inaction des policiers et de l’État, pornographie et banalisation, contraintes sociojudiciaires et structurelles, violence systémique, etc. : le concept de l’intersectionnalité des oppressions permettra peut-être de mieux comprendre et faire entendre les voix des plus vulnérables.
Séance : Le mouvement des femmes au Québec et la lutte contre la violence : histoire, acquis, ressacs et suite - Séance 2
Animatrice : Isabelle Marchand