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Activité : Colloque
Titre : 324 - Savoirs sexuels en mouvements : Sur les effets théoriques des pratiques de résistance
Responsable(s) : Natacha Chetcuti et Lucas Monteil
Résumé : Les rapports sociaux fondés sur le sexe reposent entre autres choses sur des opérations de savoir : les systèmes de catégorisation hiérarchisée entre sexes et sexualités. Les pratiques individuelles et/ou collectives de résistance que mettent en œuvre individus et groupes sociaux pour tenter de s’y soustraire - contournement des assignations, contestation des normes, etc.-, représentent autant d'interventions dans le domaine du savoir, dont l'étude contribue à la mise en cause des structures discursives de la domination. Dans la lignée des épistémologies féministes du savoir situé, il s’agira ici d'éclairer, à partir des mouvements et des pratiques de résistance elles-mêmes, la relation entre expérience pratique de la domination et constructions de savoir. Dans une volonté commune de dépasser le cloisonnement des espaces militants et scientifiques, nous appréhenderons dans une perspective transdisciplinaire et intersectionnelle les mouvements sexuels en tant que producteurs de discours et connaissances critiques, théoriques et pratiques, agissant tant dans le domaine politique que dans celui du savoir : interroger catégories et concepts dominants à la lumière de l'expérience pratique et théorique des dominées ; mettre en lumière les modalités par lesquelles des mouvements divers de femmes et minorités sexuelles apparaissent comme directement producteurs de savoirs et représentations critiques. Nous nous intéresserons ainsi à la manière dont représentations culturelles, espace public, ou constructions scientifiques se trouvent investies, agies ou subverties par différents mouvements sexuels, en prêtant toujours une attention particulière aux contextes, passés ou actuels, de leur actualisation.

Séance : Savoirs sexuels en mouvements : Sur les effets théoriques des pratiques de résistance - Séance 1 - Féminismes, pratiques et productions culturelles
Animatrice :  
Auteure : Melinda Mod (LEGS - Université Paris 8)
1 - Transformation des luttes féministes en projets littéraires : l’effet de l’engagement féministe de Leïla Sebbar sur ses récits
Dans les années 1970, le nom de Leïla Sebbar – écrivaine reconnue par de nombreux prix – était bien connu dans les cercles féministes militants auxquels elle participait activement. Cofondatrice de la revue Histoires d’elles, elle contribuait régulièrement aux revues Sorcières, Frontières, etc. et travaillait avec des personnages comme Geneviève Fraisse, Nancy Huston ou Simone de Beauvoir. Malgré l’intensité de son engagement féministe durant ces années, Sebbar a quitté petit à petit ses milieux pour se concentrer exclusivement à une production littéraire qui interroge l’histoire coloniale, ses mémoires et ses silences, ainsi que l’exil et le métissage des générations d’un monde multiculturel. Dans cette intervention, nous proposons d’interroger les effets que l’engagement féministe produit sur une oeuvre romanesque dont les thématiques se focalisent sur des questions socio-politiques contemporaines. Peut-on parler de militantisme dans le cas de la transposition et transformation des sujets féministes en récits romanesques atteignant un large public international ? Les écrits de Sebbar sont-ils des actes féministes, des prises de position ou doit-on considérer que le féminisme y occupe la place de la matière première à partir de laquelle l’écrivaine construit des récits ? Et comment peut-on interpréter le fait qu’elle opte pour la forme des recueils collectifs, qu’elle inclue des bribes autobiographiques liées à l’histoire du féminisme français dans ses fictions ?
Auteure : Carolina Maldonado (laboratoire LEGS, Ecole doctorale Pratiques et théories du sens, Paris 8)
2 - Le théâtre de la cruauté comme espace de subversion féministe
La philosophie et le théâtre d’Artaud s’engagent dans une critique de la rationalité dominante occidentale. Celle-ci impose certains modèles statiques d’existence, compatibles avec le maintien des relations de pouvoir existantes. Cela nie la complexité de la vie et son caractère polysémique, ainsi que notre capacité de questionner et de construire des positions critiques face aux codes et aux valeurs imposés : l’énergie de la vie nous est ainsi refusé. Néanmoins, il y a un art vivant capable de nous redonner un souffle de vie. C’est le théâtre de la cruauté proposé par Artaud : un art qui veut dépasser toute frontière et ouvrir sans cesse des fissures dans nos convictions. L’expérience esthétique de cet art s’ouvre comme possibilité de subversion. Dans ce travail nous voudrions remarquer une autre perspective possible sur la rationalité hégémonique qu’Artaud questionnait. Cette rationalité organise en effet l’existence humaine selon des hiérarchies dont l’une est l’ordre du genre. En plus d’être occidentaliste, la rationalité hégémonique est intimement machiste et hétérosexuelle. Les normes hégémoniques du genre sont constitutives d’une hiérarchie qui congèle nos corps et nos vies, mais qu’un art de la cruauté peut chercher à briser. Les manières de vivre le genre ne correspondant pas aux normes de ce système peuvent servir à subvertir les catégories régissant notre monde. Comment certaines actions artistiques féministes peuvent-elles se montrer capables de mettre en branle la créativité humaine et de rendre possible une affirmation de la vie ? Comment mettent-elles en scène un théâtre de la cruauté ?
Auteure : Heta Rundgren (Université Paris 8 / University of Helsinki)
3 - Entr’elles ou comment tester le roman réaliste post-normâle
La description de la sexualité lesbienne s’avère impossible dans The Golden Notebook (1962, Londres) de Doris Lessing. Or, ce projet d’écriture réaliste dessine les contours d’une amitié entre deux intellectuelles blanches et localise quelque chose d’étrange au sein de cette entr’elles : « Je devrais écrire l’expérience à laquelle le rêve se réfère. [Là, Anna avait tracé un épais trait noir en travers de la page…] » Le trait noir rend visible les difficultés à (d)écrire la communauté et la sexualité féminine avec les moyens du roman réaliste, dont le point de vue reste trop souvent masculin, normâle. Des années plus tard, pour Teresa de Lauretis (1988), la représentation réaliste reste homme-centrée au point qu’écrire du désir des femmes ou représenter les lesbiennes nécessite, pour elle, un dépassement du réalisme. Or, elle parle d’un certain réalisme, le réalisme normâle. Quelque chose a-t-il, depuis, changé quand Stieg Larsson (d)écrit, dans la protagoniste de la trilogie Millénium (2005, Stockholm) une bisexuelle « tout à fait ordinaire, avec exactement les mêmes envies et pulsions sexuelles que les autres » femmes ? Le terme d’entr’elles invite à une expérience conceptuelle : testons dans quelle mesure les réalismes de Lessing et de Larsson sont post-normâles en étudiant les espaces ou les instances critiques par rapport au normâle au sein de ces romans. Bref, cherchons ce qui ferait pivoter le réalisme normâle vers la possibilité d’une communauté queere ; et questionnons ainsi la logique selon laquelle une sexualité queere devrait forcément briser les conventions d’écriture réalistes.
Auteure : Dolores María LUSSICH (CNRS PARIS VIII)
4 - Voyages : entre la Queer Theory et le féminisme de la différence
La conception derridienne de la femme et du féminin – au travers de l’idée de différance – se fonde sur la critique nietzschéenne de la métaphysique et de l’idée d’égalité définie par les Lumières. Nietzsche et Derrida, chacun à son époque, remettent en cause, dans le féminisme, la poursuite exclusive de l’égalité, qui ne leur paraît pas prendre en compte le problème de la différence. En ce sens, l’égalité est inévitablement conçue d’une façon qui renforce les fondements masculins de sa définition. L’objet essentiel de notre recherche consistera à repenser la question de la différence, au moment où le concept est mis en tension, du fait notamment du fait de l’impact de la Queer Theory. Le coeur conceptuel de la Queer Theory consiste à soutenir que, non seulement le genre féminin est une construction sociale, mais, aussi, le sexe en tant que tel. Notre hypothèse est que, s’il est certain que cette ligne de pensée a ouvert des horizons considérables, elle ne permet toutefois pas de poser en termes adéquats la question de la différence.
Séance : Savoirs sexuels en mouvements : Sur les effets théoriques des pratiques de résistance - Séance 2 - Mouvements féministes et LGBTQI : savoirs sexuels en pratiques
Animatrice :  
Auteure : Lucas Monteil (LEGS / Université de Paris VIII)
1 - Positions de pouvoir et positions savantes dans l'espace chinois de la cause homosexuelle
Le mouvement homosexuel, ou "tongzhi" ("camarade"), s'est progressivement développé en Chine continentale depuis la seconde moitié de la décennie 1990. Il représente aujourd'hui un espace diversifé, impliquant différents groupes gays, lesbiens, queer ou féministes, traversé par des luttes pour la définition de ses fondements, buts, et ressources légitimes. Basée sur des éléments issus d'une enquête multisituée auprès de différents groupes activistes depuis plusieurs années, cette présentation tâchera d'illustrer, à travers quelques cas issus de controverses récentes, les relations à l'oeuvre entre positions et prises de positions dans l'espace chinois de la cause homosexuelle, dans un contexte discursif national en constante évolution. Ce faisant il s'agit d'étudier, de façon imbriquée, tant les ancrages sociaux que les effets discursifs (et subjectifs) des pratiques activistes engageant la cause homosexuelle en République Populaire de Chine.
Auteure : Natacha Chetcuti-Osorovitz (GTM/CRESPPA)
Le-s co-auteure-s : Gabriel Girard (Université de Montréal)
2 - La construction d’une sexualité minoritaire : genre, classe et homosexualité chez de jeunes gays et lesbiennes
Les recherches contemporaines sur l’homosexualité ont connu un essor et une diversification au cours des trente dernières années en France. Pourtant, les enjeux des trajectoires et des identités gaies et lesbiennes restent majoritairement étudiés isolément. S’appuyant sur deux corpus d’entretiens biographiques recueillis auprès d’hommes et de femmes homosexuelles à la fin des années 2000, cette communication propose une analyse de la construction des subjectivités minoritaires. Les interviewé-e-s, âgé-e-s de 17 à 35 ans, ont en commun d’avoir découvert leurs attirances pour le même sexe dans un contexte où la reconnaissance sociale de l’homosexualité s’accroît. Il s’agit cependant d’envisager comment la contrainte à la norme hétérosexuelle continue à produire des modes d’identification différenciés. Dans le même mouvement, en analysant l’articulation des rapports sociaux de classe et de genre, l’objet est d’envisager les variations sociales de la manière d’être gay ou lesbienne dans la France contemporaine. La communication se concentre particulièrement sur les premières années de la découverte de l’homosexualité, les implications en terme de définition de soi, et la manière dont ces hommes et ces femmes font le choix (ou pas) de dévoiler leur orientation sexuelle à leur entourage familial.
Auteure : JOSSELIN TRICOU (université paris 8)
3 - Ce que la mobilisation contre le mariage des personnes de même sexe en france veut dire aux féminismes
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