Détail ::::::
Activité : Atelier
Titre : 332 - Table ronde : « L’expérience des racisées en milieu universitaire : entre résistance, agency et lutte pour la légitimité »
Responsable(s) : Fatima Khemilat
Résumé : Le milieu universitaire comme tout champ ou univers social est traversé par des rapports de domination. Outre le capital culturel et symbolique qui jouent comme facteurs de hiérarchisation, d’autres viennent s’y agréger. Cette table ronde a pour ambition de donner la parole aux femmes universitaires racisées, aux signes religieux visibles ou non, dont la parole est confisquée voire discréditée sur des questions qui les concernent pourtant au premier plan. Entre le registre du témoignage (direct ou sous forme d’extraits de documentaires projetés par une réalisatrice afro-féministe) et l’analyse sociologique des mécanismes de disqualification à l’œuvre, cette table ronde vous l’aurez compris, se veut résolument interactive, presque contre-hégémonique. Entre perpétuelle orientalisation, exotisation et injonction, les racisées font l’expérience douloureuse du racisme dans les milieux universitaires. Toute la difficulté étant pour ces femmes d’un « autre » genre de concilier la nécessité de se défaire du stigmate de l’altérité qui discrédite ad extra leurs travaux immédiatement taxés de subjectivisme, les invectives à travailler sur un champ limité de problématiques (dites « féminines » ou en lien avec leur couleur ou origine supposée etc., il serait presque inenvisageable qu’une racisée travaille sur les « dominants » par exemple) tout en revendiquant leur droit à la prise de parole légitime sur les questions qui plus que d’autres les touchent, physiquement ou épidermiquement comme le dirait Frantz Fanon. Leur position de femme, de « noirs », « d’arabes », de musulmanes pour certaines, les placent dans des situations de tensions extrêmes qui ne sont pas sans impacter leurs travaux de recherches. Il s’agira d’identifier les mécanismes d’usurpation, de délégitimation de leur parole, les conséquences sur la production scientifique des racisées et enfin de réfléchir aux stratégies d’évitement, d’agency voire d’exit que les universitaires discriminées développent peu ou proue. Déroulement : la table ronde se déroulera en deux temps, l’un consacré aux témoignages, parcours prosopographiques et l’autre à l’analyse des mécanismes de discriminations et de disqualification à l’œuvre dans les milieux universitaires

Séance : Table ronde : L’expérience des racisées en milieu universitaire : entre résistance, agency et lutte pour la légitimité - Séance 1- Parcours universitaires aux prismes des subjectivités et des réalités
Animatrice :  
Auteure : amandine GAY (Réalisatrice)
1 - Projection d'un documentaire sur "Les afro-descendantes noires françaises: la problématique de l'accès à l'Université"
Mon intervention portera sur mon film, Ouvrir La Voix, dans lequel des femmes noires issues de l'histoire coloniale d'Europe francophone en Afrique et aux Antilles prennent la parole. Je commencerai par un état des lieux de la présence des femmes noires dans le monde de la recherche en sciences sociales de leur pays et des raisons qui les poussent à quitter la France ou à se « reconvertir » dans le secteur privé. Cette brève introduction aura vocation à expliciter le choix de l'extrait du film qui concerne spécifiquement la question de la discrimination à l'orientation scolaire. Il s'agit d'illustrer pourquoi, avant même la question de la carrière universitaire, se pose pour les femmes noires françaises, la question de l'accès aux études supérieures. Je présenterai les diverses pratiques de discriminations institutionnelles qui touchent toutes les minorités. Et j'expliquerai pourquoi, selon moi, dans le cas des femmes noires, viennent s'ajouter : les préjugés issus du continuum colonial concernant l'infériorité intellectuelle des Noir.e.s en général ; les préjugés sur la prédisposition des femmes noires pour les activités relevant du « care » ; et enfin, les préjugés sur la situation économique de ces familles. Nous verrons donc comment, celles des participantes du film ayant accédé à l'université, ont contourné et combattu la réorientation scolaire. Nous verrons également, pourquoi, dans la plupart des cas, elles choisissent de ne pas poursuivre de carrière universitaire ou si elles le font, quelles sont les stratégies déployées.
Auteure : Samira Drissi ()
2 - J’imagine que pour vous ce sera du thé à la menthe ? » : un parcours de (des)intégration dans la recherche
J’ai préparé mon doctorat dans un environnement universitaire traversé par des rapports hiérarchiques très forts. Ces rapports étaient induits par la relation pédagogique asymétrique entre ma directrice de recherche et moi-même, rapports caractéristiques – on peut le penser – de toute relation entre un.e directeur/trice et son/sa doctorant.e. Ces rapports étaient également liés au lieu dans lequel j’ai préparé ma thèse : un laboratoire et un établissement – prestigieux – majoritairement blancs et de classe supérieure, qui comptaient parmi leurs membres des chercheur.e.s se disant spécialistes de « l’interculturel ». Dans cette table ronde, je décrirai les processus d’altérisation et d’éthnicisation vécus de manière constante durant la préparation de mon doctorat, à partir du moment où j’ai intégré – et ai été intégrée – dans mon laboratoire d’accueil, jusqu’au moment où j’ai été « désintégrée » de ce laboratoire. Au début de ma thèse, j’étais vue comme une paire. Ma vie d’apprentie-chercheure aurait pu être des plus banales s’il n’y avait eu ces moments où j’étais renvoyée à mon ethnicité ou cette injonction à être redevable de mon statut de doctorante ou des emplois que j’occupais au sein de l’institution. Et ce, d’autant que mon parcours universitaire était jugé « atypique ». Cette domination devenant de plus en plus oppressante, la « désintégration » a commencé à la fin de ma thèse, au moment où je commençais à verbaliser ce que je pensais subir.
Séance : Table ronde : L’expérience des racisées en milieu universitaire : entre résistance, agency et lutte pour la légitimité - Séance 2 - Éléments d'analyse de discriminations systémiques
Animatrice :  
Auteure : carmen diop (Université Paris 13 -EXPERICE)
1 - Travailler en milieu universitaire et faire de la recherche en France quand on est une femme + noire + de 50 ans
Mon intervention constitue un retour réflexif portant à la fois sur mon propre parcours professionnel au sein l’éducation nationale française et sur ma recherche qui vise à rendre compte des expériences indicibles de souffrance au travail de femmes noires diplômées en France. Issue de ma propre immersion dans les rapports sociaux que j’étudie, elle s’appuie sur l’épistémologie du point de vue situé dans une démarche autoréflexive, et s’inscrit dans un contexte postcolonial, dans le but de renouveler l’approche des discriminations multifactorielles dans le champ du travail. Confrontée à la question de mon rapport à mon objet de recherche, je déconstruis ma posture en tant que chercheuse et j’explicite une recherche en train de se faire dans un contexte académique qui prône la distance vis-à-vis de son objet et la séparation hiérarchique entre administratifs et chercheurs. Ma présentation se concentrera sur deux points. D’une part, la question de la reconnaissance académique d’un travail de thèse qui tente de sortir du dilemme objectivité scientifique versus biais des effets de position. Et d’autre part, basée sur ma propre expérience et celle de deux autres fonctionnaires racisées agent de support à de support à la recherche, une analyse de l’articulation du genre et de la race avec d’autres catégories – classe sociale/caste, âge et handicap - et certains autres marqueurs sociaux – dont l’identité professionnelle -, dans les rapports de domination au travail dans le milieu académique.
Auteure : Fatima Khemilat (Sciences po Aix en Provence)
2 - Entre stratégies de légitimation et exit: de la délicate position des racisées dans le champ académique
Le milieu universitaire comme tout secteur social est traversé par des rapports de domination avec lesquels les membres négocient en mettant en place des stratégies de légitimation. Dans le cas des universitaires racisées, se pose dès lors la question des moyens ou tactiques à déployer en vue de parvenir à être reconnues comme légitimes auprès des instances qui exercent les monopoles et distribuent les ressources matérielles (postes, financements, bourses) et symboliques (diplômes, titres, renommée…) ? Entre exotisation et injonction à une stricte « objectivité », les racisées font l’expérience douloureuse des milieux universitaires. Toute la difficulté étant pour ces étudiantes/chercheuses de concilier la nécessité de se défaire du stigmate de l’altérité qui discrédite ad extra leurs travaux immédiatement taxés de subjectivisme, les invectives à travailler sur un champ limité de problématiques (dites « féminines » ou en lien avec leur couleur ou origine supposée etc.) ; tout en revendiquant leur droit à la prise de parole légitime sur les questions qu’elles peuvent explorer plus que d’autres, physiquement, voire épidermiquement, sans que cela soit synonyme de parti pris. L’une des stratégies de légitimation possible consiste notamment à produire un discours et une expertise conforme aux préjugés et représentations essentialistes sur des populations dont elles seraient « issues ». Elles participent dès lors à reproduire, diffuser et légitimer, des stéréotypes sur les populations étudiées, devenant ainsi, bon gré, mal gré, des « natives informant » ou « intellectuels écrans