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Activité : Colloque
Titre : 334 - Intersexuation, transidentité, homoparentalité : l’éclatement des genres et le féminisme
Responsable(s) : Louise Cossette
Résumé : La plus grande visibilité et les revendications des minorités sexuelles, la multiplication des familles homoparentales ont profondément bouleversé les rôles sexuels traditionnels et les concepts mêmes de sexe et de genre. Ces nouvelles réalités suscitent parfois de réels malaises, de vives résistances, même au sein des milieux féministes. Le colloque proposé ici tentera de faire le point sur certains des enjeux reliés à l’intersexuation, aux transidentités et aux familles homoparentales. Y participeront des chercheures et chercheurs, des intervenantes et intervenants de divers champs disciplinaires et pratiques professionnelles : droit, médecine, philosophie, psychologie, sociologie, travail social. Le colloque se déroulera en trois temps.

Séance : Intersexuation, transidentité, homoparentalité : l’éclatement des genres et le féminisme - Séance 1 - Des corps, des êtres qui transgressent les codes sexuels
Animatrice :  
Auteure : Janik Bastien Charlebois (UQAM)
1 - Différends sur le sexe : lectures divergentes des corps intersexués chez les spécialistes médicaux et les chercheurs intersexes
Les sens, les qualificatifs ainsi que les possibilités attribués aux corps des personnes intersexuées sont l’objet d’un profond différend entre spécialistes médicaux et chercheurs ainsi qu’activistes intersexes et non-intersexes critiques. Là où les uns voient une pathologie, les autres voient une variation. Là où les uns postulent une vérité du sexe, les autres décrivent une expérience d’invalidation médicalement et socialement produite. Cette fracture se réfracte à travers une multitude de sites que la médecine a infiltrés de sens et que des chercheurs critiques s’appliquent à débusquer et à examiner. Une ontologie du corps comme étant «mâle», «femelle» ou en état d’exception «ambigu» et temporairement indéterminé, une essence mâle/homme et femelle/femme émanant des chromosomes ou de la production hormonale, un développement sexué marqué par la «norme» ou le «désordre», l’«échec» et le «sous-», des composantes corporelles regroupées sous la «maladie» et le «syndrome», et qualifiées jusque dans leur plus petit élément d’«hyper», de «surplus», de «trop» ou d’«insuffisant», des potentialités identitaires, romantiques et sexuelles vivables et invivables. Des chercheurs intersexes voient dans cette vaste entreprise de marquage l’affirmation d’un pouvoir médical et hétéronormatif sur le corps (Davis, 2011; Holmes, 2011) protégé par le prestige de l’institution médicale et sa prérogative à mettre en place un état d’exception (Davis et Murphy, 2013). Dans cette présentation, nous présentons une cartographie du débat et mettons en lumière les ressorts de la vision médicale, soit le récit téléologique d’une destinée hétérosexuelle des corps, préservée par une économie de la crédibilité limitant ses possibilités réflexives.
Auteure : Jean-Sébastien Sauvé (Université de Montréal)
2 - Entre reconnaissance et redéfinition : l’impact des luttes menées par les personnes intersexes et trans* sur la notion de « sexe » aux fins de l’état civil québécois
Demeurée relativement stable ces dernières années, la notion de « sexe » aux fins de l’état civil québécois semble aujourd’hui en pleine évolution. D’une attention initialement centrée sur l’apparence et la structure des organes génitaux, un changement de cap paraît s’amorcer pour que soit désormais considérée l’expression de genre – pour autant que celle-ci soit masculine ou féminine. Une telle remise en question de la notion de « sexe » aux fins de l’état civil québécois n’est pas étrangère aux luttes menées par les personnes intersexes et trans*, qui demandent à ce que leurs droits et libertés fondamentaux soient respectés. Entre reconnaissance et redéfinition, la notion de « sexe » vacille. Cette conférence s’intéressera à la reconfiguration amorcée de cette notion.
Auteure : Sophie Brière (Université Laval)
Le-s co-auteure-s : Hélène Lee-Gosselin (Université Laval); Nathalie Rinfrey (École Nationale de l'Administration Publique)
3 - « Impact de la présence des femmes sur la performance des conseils d'administration : pratiques d'organisations issues de différents secteurs de l'économie au Québec
La présentation porte sur une recherche réalisée depuis 2013 sur l’impact de la présence des femmes sur la performance de conseils d'administration d'organisations au Québec. Cette recherche vise à documenter, à travers les pratiques des conseils d’administration et le discours de certains de leurs membres stratégiques, certains éléments liés à l’impact de la présence des femmes sur la performance des conseils d’administration. Nous nous intéressons non seulement à la performance de l'organisation mais aussi à celle du CA et à ses pratiques. Au Québec en 2006, la Loi sur la modernisation des sociétés d’État a été adoptée; elle exigeait que certaines sociétés d'État à vocation économique atteignent la parité sur leur CA en 2011. Cette cible qui a été atteinte et il nous est apparu important d’en explorer les impacts tant pour les organisations parapubliques que pour les sociétés à capital action qui ne sont pas ainsi contraintes légalement. Des entrevues ont été réalisées avec des présidents de CA, des présidents de comité de gouvernance et des membres de CA siégeant sur vingtaine de conseils d'administration d'organisations comptant un pourcentage significatif de femmes sur le conseil. Cette présentation visera à présenter la recherche et ses résultats.
Séance : Intersexuation, transidentité, homoparentalité : l’éclatement des genres et le féminisme - Séance 2 - Familles lesboparentales, pères gais, parents trans : les mutations de la famille
Animatrice :  
Auteure : Isabel Côté (Université du Québec en Outaouais)
Le-s co-auteure-s : Kévin Lavoie (Université de Montréal)
1 - L’histoire de la cigogne revisitée : l’entrée en scène du donneur connu dans le roman familial de familles lesboparentales
Cette communication fait état de résultat d’une recherche longitudinale portant sur des familles lesboparentales québécoises dont les enfants sont nés d’un donneur connu. Neuf couples lesbiens et leur donneur ont été rencontrés une première fois en 2009 pour analyser les motivations des femmes à avoir leurs enfants de cette manière et celles de ces hommes à participer au projet parental d’autrui. Cette étude a permis d’élaborer une typologie du rôle joué par le donneur auprès des enfants issus de ses dons. Les enfants étant alors trop jeunes pour influencer la dynamique familiale, les triades ont été rencontrées à nouveau en 2014 afin de cerner l’évolution du rôle du donneur et les éléments susceptibles de transformer la relation qu’il entretient ou non avec les enfants. Lors de la première collecte de donnée, même si la plupart des enfants connaissaient le donneur, très peu d’entre eux étaient conscients du fait qu’il était à l’origine de leur naissance. La compréhension des enfants des liens biologiques qui les unissent au donneur ne semble pas, du point de vue des mères et des donneurs, créer des attentes envers ces derniers. Selon leurs dires, les enfants témoignent d’une certaine curiosité, mais sans que cela viennent avec des impératifs d’implication de type père-enfant. Le dévoilement de l’identité du géniteur aux enfants est une préoccupation partagée par les mères et les donneurs, à la rencontre de leurs intérêts communs et des besoins des enfants. Intégrée dans l’histoire familiale, la question des origines est exempte de secret.
Auteure : Éric Feugé (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Louise Cossette (UQAM); Chantal Cyr (UQAM)
2 - Exercice de la paternité chez des pères gais adoptifs et adaptation socio-émotionnelle de leurs enfants
Avec: Danielle Julien, professeure, département de psychologie, UQAM L’éducation et les soins aux enfants, les tâches domestiques, le maintien des liens intergénérationnels continuent d’être fortement associés à l’univers des femmes. La psychologie a, elle aussi, longtemps négligé la contribution des pères dans le développement de l’enfant et l’importance d’un lien d’attachement sécurisant père/enfant. Pourtant, au Québec, les hommes gais ont maintenant accès à la parentalité via l’adoption locale, un contexte dans lequel la paternité s’exerce en l’absence de figure maternelle. Malgré ce que l’on nomme maintenant le Gaybyboom, on commence à peine à étudier les pères gais adoptifs. L’organisation spécifique de ces familles et son impact sur la relation des pères avec leur enfant reste donc un vaste terrain à explorer. C’est dans ce contexte que nous présentons les résultats préliminaires de notre étude qui a pour objectif d’examiner 1) l’exercice des rôles parentaux au sein des couples de pères gais, soit le partage des tâches parentales et le degré d’engagement et de sensibilité de chacun des pères; et 2) la qualité des liens d’attachement de l’enfant à ses pères adoptifs et de son adaptation psychosociale. Notre échantillon compte actuellement une vingtaine de familles composées de 2 pères gais et leur enfant. Les enfants sont âgés de 2 à 9 ans et vivent dans leur nouvelle famille depuis, en moyenne, 45 mois. Les pères ont rempli des questionnaires et participé avec leur enfant à diverses activités qui feront l’objet d’observations détaillées. Les analyses permettront de mieux cerner la dynamique de ces familles et le développement de leurs enfants.
Auteure : Marie-Pier Petit (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Danielle Julien (UQAM); LINE CHAMBERLAND (UQAM)
3 - Négociation de l’identité parentale et de sa visibilité dans les familles ayant un parent qui a transitionné : un modèle préliminaire
Les parents trans (transsexuels, transgenres, genderqueer), parce qu’ils s’identifient à un genre différent de celui de leur naissance, remettent en question les idéologies hétéronormatives. L’hétéronormativité se fonde sur un modèle binaire des catégories de sexe (masculin/féminin), d’identité de genre (homme/femme), de rôle genré (ex., père/mère) et d’orientation sexuelle (hétérosexuel/homosexuel) et sur une conception linéaire de ces catégories (sexe masculin/homme/père; sexe féminin/femme/mère). Les rôles parentaux étant intrinsèquement liés au genre assigné à la naissance (ex., tous les pères s’identifient comme homme), les parents qui ont amorcé une transition après avoir été socialement reconnus comme père ou mère doivent renégocier leur identité parentale. Cette présentation s’appuie sur des entrevues semi-structurées menées auprès de 16 parents ayant eu leur enfant avant d’entamer une transition sociale. Des analyses préliminaires inductives et déductives suggèrent que les parents prennent en considération au moins trois facteurs dans la négociation de leur identité parentale et de sa visibilité. Premièrement, les parents trans et leur famille s’appuient sur différents cadres normatifs (biologique, conjugal, familial et légal) pour déterminer l’identité parentale post-transition. Deuxièmement, le degré d’aisance des différents acteurs familiaux à l’égard de l’identité parentale semble déterminant. Finalement, des enjeux reliés à la sécurité du parent trans et de sa famille peuvent moduler la visibilité de l’identité parentale selon les contextes. Les données qualitatives suggèrent que l’identité parentale demeure généralement stable après la transition, bien que plusieurs parents trans ne perçoivent pas l’identité parentale comme figée. Ces résultats seront discutés à la lumière du concept d’hétéronormativité.
Séance : Intersexuation, transidentité, homoparentalité : l’éclatement des genres et le féminisme - Séance 3 - Le féminisme et la diversité des sexes et des genres
Animatrice :