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Activité : Colloque
Titre : 363 - Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers
Responsable(s) : Sabine Lamour, Magdalena Brand, Mira Younes et Naima Regradj
Résumé : Cet atelier s’intéresse aux déplacements (mobilités internes et migrations internationales) des femmes dans l’espace pour le travail sexuel, domestique et marchand pour autrui. L’objectif poursuivi est de voir comment ces déplacements font bouger les lignes théoriques dans l’analyse des rapports sociaux de sexe, du pouvoir et du travail. En effet, les théories féministes sont construites en majorité sur la réalité de l’enfermement des femmes dans leurs foyers et sur leur appropriation par un homme (mari et/ou père) et marginalisent les réalités de celles se déplaçant hors de leurs foyers souvent sans mari/père. Nous nous intéressons aux articulations entre mobilité, travail et foyer, pour saisir comment les déplacements des femmes configurent les rapports sociaux intra-sexe et inter-sexe. La prise en compte de ces réalités facilite le surgissement d’au moins trois faits. Premièrement, les relations triangulaires (hommes, femmes, femmes / homme, homme, femmes) permettent de questionner les impacts des mobilités sur l’organisation des rapports de sexe au prisme de l’intersectionnalité. Deuxièmement, les déplacements pour le travail pour autrui redéfinissent les frontières entre espaces publics et espaces privés, et, les articulations entre travail productif payé et travail reproductif gratuit. Troisièmement, les déplacements des femmes pour le travail permettent de regarder les rapports sociaux d’exploitation/résistances, en soulignant le fait que ces femmes font vivre des “autres”: par leurs activités, elles font vivre les autres dans leurs propres milieux et elles font vivre les autres extérieurs à leurs milieux. Comment ces déplacements configurent les rapports sociaux d’exploitation/résistance au travail? Comment ces déplacements construisent aussi des espaces de vie et de conscience entre ces femmes porteuses d’alternatives politiques?

Séance : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 1 - Introduction à l’atelier. Déplacements, travail et famille
Animatrice : Magdalena brand 
Séance : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 2 - Les mobilités des femmes comme analyse du pouvoir et de la résistance
Animatrice :  
Auteure : Rébecca S. CADEAU (Université Paris 8)
1 - « L’évangile selon l’arnaque » : les rapports de pouvoir et la solidarité au sein des couples produits dans la migration
Les observations faites par Michèle Wallace, dans les années 1970, sur un registre de solidarité (services matériels ou sexuels gratuits) prôné entre des hommes et des femmes Noir-e-s, s’observent encore aujourd’hui dans d’autres contextes. Cette solidarité (de la femme vers l’homme) est basée sur une logique sociale machiste, fétichisant les attributs masculins et renvoyant les compétences des femmes à des prédispositions à servir « l’autre sexe ». C’est une vision tacite où la femme Noire est assignée tant à une éthique de la responsabilité (Lamour, 2014) qu’à une éthique du care (Culligan in Molinier, Paperman et Laugier, 2009). Croisant des migrations d’études et économique à Paris, des observations montrent que des Haïtiennes, dans leurs relations amoureuses avec des Haïtiens, se trouvent incrustées dans des rapports de pouvoir marqués par des formes d’exploitation : entre des étudiantes et des étudiants ; entre des migrantes économiques et des étudiants. Alors que ces deux groupes de femmes sont autonomes économiquement, il ne leur est pourtant pas reconnu un réel pouvoir dans leurs rapports. La solidarité (prises en charge économique ou services de différents ordres) leur place dans le rôle de « bonne partenaire ». Comment des dynamiques d’appartenance de groupe alimentent-elles ces rapports ? Quels sont les facteurs permettant de saisir ces relations ? Quel continuum peut-on établir entre ces comportements d’Haïti vers la France et vice-versa ?
Auteure : Shisleni de Oliveira Macedo (Université Paris 8 - Vincennes - Saint Denis)
2 - Ó, meu Deus, uma prostituta que fala!? » : un récit des récits des travailleuses du sexe brésiliennes à Paris
En me basant dans la discussion en théorie féministe sur la migration et le travail du sexe, le but de cette présentation est d’entendre et de comprendre les stratégies employées par trois femmes cisgenre et une femme transgenre, travailleuses du sexe brésiliennes à Paris, dans la construction de leurs discours sur elles-mêmes et dans la quête d’une vie plus « vivable ». L’idée n’est pas d’individualiser l’expérience de la prostitution migrante, ce qui serait une maladresse, mais plutôt, de regarder les stratégies quotidiennes de ces quatre personnes, qui dépassent les positions de victimes d’oppressions de la pauvreté et du sexisme. Le propos est, en entendant leurs récits, d’essayer de comprendre leur pouvoir d’agir dans les situations à risque. Dans cet exercice de réflexion, j’essaye de montrer que placer ces femmes dans une lecture victimisante participe à la perpétuation de la structure d’oppression qui articule les rapports de race, de classe et de sexe. Ne pas considérer leur parole, leurs actes et leur compréhension de leur propre situation, c’est ne pas prendre en compte leurs stratégies de survie, ainsi que les revendications de leur mouvement organisé, un mouvement féministe. La migration et le travail du sexe sont des phénomènes complexes, et il est impossible de tracer une ligne de séparation claire entre l’autodétermination et la domination. C’est parmi leurs récits de vie qu’on aperçoit comment ces femmes construisent, dans le risque et « à la débrouille », une vie plus « vivable ».
Séance : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 3 - La marginalité et l’invisibilité des femmes au centre de l’observation des institutions
Animatrice :  
Auteure : Oumou Kouyaté (Université Felix Houphouet Boigny)
1 - L’invisibilité médiatique des Ivoiriennes, déplacées internes de guerres lors de conflits socio-politiques de 2002 et 2011.
Les vagues de violences occasionnées par la crise de Septembre 2002, et celle d’après les élections présidentielles de 2010 en Côte d’Ivoire, ont entrainé un déplacement massif de populations, aussi bien à l’extérieure qu’à l’intérieure du pays. Les populations déplacées internes se sont réinstallées dans les régions moins affectées par les violences. Cette masse de populations déplacées internes comportait 52% de femmes pendant la crise de Septembre de 2002. Cependant, malgré cette importance numérique des femmes dans cette population, les actions de ces dernières sont moins perçues dans les médias. Les raisons de cette invisibilité médiatique des femmes déplacées internes, liées à des facteurs culturels, à la précarité de leur condition et au mode de fonctionnement des médias, constitueront donc la substance de notre intervention.
Auteure : naima regradj (utrpp Université Paris 13)
2 - « Entre genre et race. Déplacement des lignes théoriques dans les prises en charge éducatives des enfants « incasables » en France en rapport avec les professionnelles construites comme « hors normes » ».
Cette intervention s’inscrit dans le champ de la psychologie sociale clinique et porte sur le lien entre « l’errance institutionnelle » des enfants dits « incasables » (ayant mis en « échec » tous dispositifs classiques) placés à l’hôtel et la trajectoire professionnelle des éducatrices intérimaires chargées de les accompagner. La situation analysée concerne l’accompagnement éducatif d’une enfant dit « incasable » en Prise En Charge (PEC) Hôtelière. Agée de 12 ans, mesurant 1m80 pour 85 kilos, elle est française originaire de la Cote d’Ivoire. Histoire complexe, elle a été placée à travers toute la France depuis ses 6 ans, dans différents dispositifs. L’équipe chargée de l’accompagner était constituée de 3 éducatrices spécialisées (Maghrébine, Africaine, et métisse- Italo Antillaise). Le fait que seules des femmes intervenaient dans cette PEC était une volonté d’une précédente réfèrente de l’Aide Sociale à l’Enfance. En partant de cette situation spécifique, je souhaiterai aborder deux constats : 1/ La protection de l’enfance dont la mission est d’assurer la stabilité des enfants, produit de manière paradoxale leur instabilité tout en les catégorisant « d’incasables ». 2/ Pourquoi cette enfant doit-elle être prise en charge par des professionnelles « hors institution », femmes et racisées, elles-mêmes en situation d’altérisation dans la société ? A partir de ces deux points, je prendrais en compte la double mobilité (enfants et professionnelles) pour réfléchir sur la manière dont l’institution produit des formes de marginalisation. Au travers de la problématique de l’intersectionnalité genre/race, je tenterai de questionner le travail social comme lieu de production de marginalité et d’instabilité sociale.
Séance : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 4 - La sexualité au cœur de l’analyse des configurations spatiales et politiques
Animatrice :  
Auteure : Camille fauroux (EHESS-Centre Marc Bloch)
1 - Des femmes sans mari » : ouvrières et domestiques françaises à Berlin pendant la seconde guerre mondiale
Entre 1940 et 1945, plusieurs dizaines de milliers de femmes partent de France pour travailler dans l ‘Allemagne national-socialiste. L’organisation du travail et du logement de ces femmes, reconfigure les rapports publics/privés à plusieurs égards. D’une part, les ouvrières de l’industrie sont logées dans des camps où elles vivent collectivement, strictement séparées des hommes, avec qui elles ne peuvent partager ni leurs jours ni leurs nuits. Dès lors, la sexualité et les rencontres amoureuses, qui se déroulent en cachette dans les camps ou à l’extérieur, dans la ville, se déplacent vers l’espace public. Ceci contribue à donner à ces femmes une réputation de femmes immorales, mais c’est aussi l’occasion de déjouer le contrôle des hommes sur leur vie amoureuse. Par ailleurs, une minorité de travailleuses venues de France sont employées comme domestiques. Elles ont ainsi accès à un semblant d’espace privé. Néanmoins, il s’agit en réalité souvent de fiancées de soldats allemands placés par leur fiancé dans sa propre famille. Dès lors, le travail effectué est absorbé dans les relations familiales que les femmes tentent ainsi d’échafauder. Leur sexualité est étroitement contrôlée par la belle-famille qui s’en porte garante auprès du soldat au front. Enfin, certaines s’engagent parallèlement, illégalement, dans le travail sexuel. Cette activité n’est pas vue d’un bon œil par les employeurs et l’Etat allemand puisqu’elle leur permet éventuellement de bâtir d’autres configurations travail/logement, notamment de sous-louer une habitation privée qui permet d’échapper au contrôle du camp et à l’obligation de se rendre au travail qui l’accompagne.
Auteure : Magdalena brand (CRESPPA-CSU/Université Paris 8)
2 - « Boxer Bangui » : revisiter les espaces politiques et publics à travers le travail domestique et sexuel des femmes centrafricaines au service des expatrié.e.s français (Bangui, RCA)
Mon intervention présentera les résultats théoriques de mon enquête auprès d'expatrié-e-s français en Centrafrique et auprès de femmes qui travaillent dans les bars, les restaurants et les boîtes de nuit de la ville de Bangui réservés aux expatriés européens et à l'élite centrafricaine, qui visait à percevoir les articulations entre le travail salarié expatrié et le travail sexuel non salarié, dans un cadre néocolonial. A travers le portrait de l’association Ballerine, aujourd’hui disparue mais racontée comme le temps de l’organisation, de la visibilité, de la fierté et de la dignité, je questionnerai l’articulation entre l’intime et la géopolitique. Ballerine c’était l’organisation de la vie en dehors du travail, à travers une solidarité qui allait jusque dans la mort, contre le stigmate de pute et contre l’invisibilité, considérées comme dangereuses. Ballerine c’était aussi le temps des « barracudas », les militaires français, qui quadrillaient tout Bangui. Comment les femmes de Ballerine se pensent aujourd’hui comme sujets d’une histoire, comment leurs récits mettent en lumière les espaces d’autonomie dans les trajectoires individuelles et les temps contraignants de la conjoncture ? Les récits des femmes de Ballerine donnent un regard sur la géopolitique françafricaine et sur la géopolitique des savoirs féministes qui fait bouger les lignes entre les espaces politiques, intimes, privés, publics, nationaux et internationaux, et entre les vécus de la dépendance, de l’autonomie, de l’exploitation et de la résistance.
Séance : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 5 - Des travailleuses entre espaces privés et espaces publics.
Animatrice :  
Auteure : Mira Younes (Paris 13)
1 - « Entre altérisation et figures familiales : d’un site paradoxal de résistance pour les travailleuses domestiques migrantes au Liban »
Ma recherche s’intéresse aux travailleuses domestiques migrantes, logées chez l'employeur à Beyrouth (Liban), ou vivant indépendamment dans l’illégalité. À partir des années 70, le travail domestique rémunéré a connu une racialisation prononcée, s’ajoutant à la division du travail selon la classe et le sexe. Ma recherche-action avec des travailleuses migrantes, ainsi que des entretiens avec des employeurs, ont mis en relief le renvoi récurrent des travailleuses à une altérité radicale, qui mobilise également les connotations dépréciatives rattachées à la figure de la servante et à la servitude dans leur spécificité. Les incidences subjectives et matérielles de cette altérisation, affichée dès l’entrée en service des travailleuses et continuellement réitérée tant par les employeurs que par les institutions, ne sont pas des moindres : « tu es à part », résume l’une de mes interlocutrices. Si l’on se montre sensible à l’altérisation exacerbée que thématisent de nombreuses travailleuses migrantes, ainsi qu’aux enjeux de celle-ci dans l’exercice d’un travail indissociable de la « domination rapprochée » des employeurs, certains déplacements de la réflexion s’ensuivent. Dans cette intervention, je me propose de revenir sur une observation sociologique récurrente, soit l’énonciation par les travailleuses du désir de « faire partie de la famille », souvent interprété comme le reflet d’une aliénation qui entrave les mobilisations politiques. Dans un contexte où le déséquilibre des rapports de force rend menaçant tout conflit ouvert, cette référence socialement audible aux normes familiales comme régulatrices de la violence, offre cependant un site de résistance complexe pour les travailleuses.
Auteure : Sabine Lamour (Paris 8)
2 - Politique de responsabilité et mobilité des femmes en Haïti
Cette intervention questionne les liens existant entre l’organisation politique de la société haitienne et la figure de femmes poto-mitan. Cette figure est souvent caracterisée par les déplacements des femmes pour « chercher la vie » dans et hors de l’espace national, en participant à un mode d’organisation de l’économie et de la protection collective. En effet, ces femmes travaillent pour supporter affectivement et économiquement leurs familles, avec/ou sans soutien de l’Etat et des maris/pères. Appréhendant cette figure comme centrale, je suppose qu’elle est fondamentale dans l’organisation de la responsabilité collective et les rapports structurant la division sexuelle du travail. Partant de là, cette communication s’articule autour de trois points. Premièrement, elle montre que l’agencement de la division sexuelle du travail incite celles-ci à être présentes dans le domus et dans la sphère marchande, en la poussant à des déplacements incessants pour l’accès aux ressources. Deuxièmement, elle souligne l’assignation des femmes dans des rôles de subalternes et de prise en charge du collectif. Dans ce cadre, les déplacements des femmes pour le domus vont de pair avec le surdéveloppement du privé compensant les faiblesses d’une sphère publique sous développée, organisant l’espace politique des décisions. En conclusion, la communication souligne que le poto-mitan est une figure politique organisatrice d’une forme inédite de la responsabilité sociale par la mobilité des femmes à même de questionner les frontières tranchées habituellement posées entre le privé et le public dans d’autres sociétés.
Séance : Femmes, déplacements et travail: les rapports sociaux de pouvoir au prisme des mobilités des femmes en dehors de leurs foyers - Séance 6 - La Noire de … Ousmane Sembene (1966, 1h20)
Animatrice :