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Activité : Atelier
Titre : 373 - Itinérance au féminin et intervention communautaire : des réponses à une réalité complexe, entre conditions sociales et enjeux psychiques
Responsable(s) : Sophie Gilbert et Shirley Roy
Résumé : Notre atelier vise à permettre l’échange entre des milieux d’intervention communautaire destinés aux femmes en situation d’itinérance. Des recherches actuellement menées avec des organismes dédiés à ces femmes (La rue des femmes et l’Auberge Madeleine) portent sur leurs pratiques d’intervention et le renouvellement de celles-ci. Ces organismes sont reliés par la population desservie et l’ouverture de leurs approches qui cherchent à saisir toute la complexité des situations vécues, mais aussi la complexité individuelle – dans une perspective humaniste – de chaque femme côtoyée. Dans le cadre de notre atelier, nous chercherons à identifier et discuter des convergences et des divergences entre les formes et les modèles d’intervention de ces organismes qui ont en commun d’avoir placé les femmes – et pas seulement la problématique de celles-ci – au cœur de leurs actions. Quelques questions seront alors explorées : Peut-on créer une approche d’intervention qui tienne compte de la spécificité de chacune de ces femmes sans brimer le droit d’autrui? Quels sont les aménagements relationnels, sociaux et environnementaux à mettre en place pour que des transformations significatives s’opèrent chez ces femmes? Quelles sont les conditions propices à l’abord des souffrances du passé sans risquer de blesser davantage ces femmes? Est-il nécessaire, voire utile, de revisiter l’histoire de ces femmes pour envisager un changement dans leur trajectoire de vie? Confrontés à tant d’histoires de femmes « brisées », les milieux de la recherche et de l’intervention sont ici appelés à discuter des conditions nécessaires et des défis à relever afin de rendre possible le changement à long terme dans le parcours des femmes en situation d’itinérance.

Séance : Itinérance au féminin et intervention communautaire : des réponses à une réalité complexe, entre conditions sociales et enjeux psychiques - Séance 1
Animatrice : Véronique Lussier 
Auteure : Léonie Couture (La rue des Femmes)
1 - La santé relationnelle : une clef à découvrir dans la recherche d’une solution durable à l’état d’itinérance
Notre intervention s’appuie sur la reconnaissance que l’état de santé relationnelle d’une personne – soit sa capacité d’être en lien avec soi et avec les autres – détermine sa vulnérabilité à la déconnexion et à l’état d’itinérance. La santé relationnelle peut être affectée par des blessures graves issues d’événements traumatiques de nature relationnelle tels la violence intrafamiliale, et toute autre forme de maltraitance notamment infantile. Notre préoccupation première est la guérison de ces blessures relationnelles – inscrites tant dans le corps que dans la psyché – et l’apaisement des souffrances qui en découlent. Pour ce, nous nous appuyons sur la reconnaissance qu’il existe un désir profond et universel chez toute personne d’avoir une vie « normale », c’est-à-dire d’être autonome et incluse. De plus, notre approche nécessite la prise de conscience par les intervenantes de leur propre santé relationnelle et de la responsabilité qui en découle : elles se doivent d’accueillir leurs propres vulnérabilités et blessures pour être en mesure de proposer une relation thérapeutique aux femmes. Dans ce contexte, le jugement d’autrui n’a plus sa place, et les intervenantes peuvent s’autoriser à soutenir et guider les femmes qu’elles côtoient. Pour les intervenantes, c’est d’abord la blessure qui doit être réparée et la souffrance apaisée, et non le «caractère» - parfois manifesté violemment – des femmes qui doit être corrigé. Dans cette optique, chaque femme qui fréquente notre organisme est considérée dans son unicité et son intégrité, ce qui constitue un autre fondement essentiel de notre approche.
Auteure : Anne-Marie Emard (UQAM)
Le-s co-auteure-s : David Lavoie (Université du Québec à Montréal); Sophie Gilbert (Université du Québec à Montréal)
2 - Quelques réponses à une souffrance complexe au féminin : quelle place pour les enjeux psychiques dans les situations de grande précarité?
La rue des Femmes a façonné au fil des ans une approche d’intervention misant sur la singularité de chaque femme; l’itinérance étant notamment abordée sous l’angle de la souffrance et des blessures qui la sous-tendent. Le cadre de travail qui en découle se veut d’une grande souplesse afin de s’ajuster aux multiples problématiques des protagonistes. Du point de vue de ces femmes et des intervenantes qui les côtoient, les enjeux relatifs à l’intervention se recoupent : l’inéluctable confrontation à une répétition générationnelle des problématiques psychosociales, la difficulté à aborder l’aide sur un plan autre que matériel et dans l’urgence, le pressentiment de failles importantes au niveau de l’attachement, etc. Nos résultats de recherche font ressortir l’implication d’intervenantes qui se posent à la défense des droits des femmes par leur travail quotidien : accompagnement dans les démarches sociales, judiciaires, médicale, voire même, réponse aux besoins primaires empreinte de la plus grande dignité. Nos résultats pointent aussi vers d’autres composantes de l’intervention, plus individuelles et psychiques, qui ne sont pas sans constituer des défis au quotidien. D’abord, l’importance de créer un espace-temps susceptible de permettre une mobilisation des enjeux intériorisés chez ces femmes demeure difficile à formaliser. Aussi, eu égard à une approche axée sur l’humanité au cœur de la souffrance, la sensibilité à la dure réalité des femmes inhérente à une intervention fondamentalement relationnelle, est-elle toujours conciliable avec les référents théoriques de celle-ci? D’autant plus que cette sensibilité serait également teintée par les liens tissés entre la trajectoire des usagères et celle des travailleuses… Nous discuterons de ces enjeux dans une fine articulation de ceux-ci avec l’expérience des intervenantes de La rue des Femmes.
Séance : Itinérance au féminin et intervention communautaire : des réponses à une réalité complexe, entre conditions sociales et enjeux psychiques - Séance 2
Animatrice : Véronique Lussier 
Auteure : micheline cyr (Auberge Madeleine)
1 - L’Auberge Madeleine : pratique féministe, reconnaissance des compétences et des stratégies de femmes en situation d’itinérance
L’Auberge Madeleine est une ressource accueillant des femmes en difficulté ou en situation d’itinérance. Elle intervient à partir d’une approche féministe qui se veut la plus souple et la plus flexible possible visant à répondre à des demandes spécifiques. L’Auberge travaille avec la notion de stratégies et tente de mettre en évidence les compétences des femmes plutôt que d’insister sur des pathologies ou sur un état de victime. Elle cherche à valider l’expérience individuelle et sociale des femmes et les aide à évaluer et à mobiliser leurs ressources sans oublier pour autant les situations multiples d’exclusion qu’elles rencontrent. Une des réalités/difficultés de ces femmes est l’accès ou le retour, voire la pérennité en logement. Quel est le meilleur moyen de répondre à cette demande? Comment tenir compte de la demande des femmes dans le rapport au lieu habité? Comment concilier les périodes de continuité/discontinuité dans le parcours résidentiel? C’est de l’ensemble de ces questions dont nous discuterons lors de notre présentation.
Auteure : Geneviève Desjardins (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Shirley Roy (UQAM)
2 - Réflexions théoriques autour de l’approche de l’Auberge Madeleine venant en aide aux femmes en difficulté ou en situation d’itinérance
L’Auberge Madeleine incarne une aide fondamentale pour les femmes qui la fréquentent en termes de repli et d’écoute et favorise des liens qui perdurent dans le temps et constituent une sécurité. Elle constitue pour les femmes une forme de rattrapage lorsqu’elles sont en difficulté et une aide concrète lorsqu’elles sont stabilisées en logement, contribuant à combler les failles ou les manques dans de multiples dimensions de leur vie. L’aide prodiguée par l’Auberge se présente comme une aide en termes de continuité dans la discontinuité de la trajectoire de ces femmes. Comment appréhender et construire cette continuité dans la discontinuité ? Nous pensons que la sortie de l’itinérance doit être réfléchie en termes de solutions imbriquées : acquérir un espace de vie, mais aussi s’appuyer sur des ressources qui offrent un panorama d’aides et un repli lors de périodes plus difficiles. De même, une différence fondamentale entre l’approche de l’Auberge et celle du Logement d’abord est que la ressource d’aide est ancrée dans un lieu physique. Dans ce sens, nous pouvons réfléchir à ce que cette «matérialité» induit de différent dans l’intervention et auprès de ces femmes. Que permet-elle ? A-t-elle un rôle dans la «sortie» de l’itinérance de ces femmes, et si oui lequel ? Finalement, nous discuterons plus largement l’approche de l’Auberge Madeleine : quelles sont ses particularités ? Que partage-t-elle avec l’approche d’autres maisons d’hébergement ? Que propose-t-elle de différent ? Ce sera autour de ces thèmes que nous discuterons et avancerons des pistes lors de notre communication.