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Activité : Colloque
Titre : 386 - Le mouvement anti-avortement au Québec et au Canada : acteurs, discours et stratégies d’action
Responsable(s) : Audrey Gonin, Paul Saurette et Kelly Gordon
Résumé : Les victoires du mouvement féministe concernant l’interruption volontaire de grossesse ont donné lieu à un contre-mouvement qui, depuis plusieurs décennies, s’oppose à l’avortement selon diverses modalités. Ce colloque s’intéressera aux différentes formes d’action développées par les acteurs de ce mouvement, afin d’analyser les transformations de leurs stratégies et de leurs discours. Entre stratégies déployées au niveau politico-légal, campagnes visant à influencer l’opinion publique et actions directes auprès de femmes vivant des grossesses non planifiées, quel est l’éventail des moyens d’action actuellement employés et comment sont-ils coordonnés ? Sur quelle rhétorique prennent-ils appui ? Quel est le profil sociologique des personnes qui s’engagent dans le mouvement d’opposition à l’avortement ? Nous nous proposons de réunir des chercheur.e.s qui ont exploré différentes facettes de ce dernier, afin de produire une vue d’ensemble de ses multiples ramifications, tout en identifiant les traits communs qu’elles possèdent.

Séance : Le mouvement anti-avortement au Québec et au Canada : acteurs, discours et stratégies d’action - Séance 1 - Luttes historiques et contemporaines autour de l'accès à l'avortement
Animatrice :  
Auteure : Louise Desmarais (Chercheure indépendante)
2 - Le mouvement anti-avortement au Québec : 40 ans d’échec
Le mouvement anti-avortement québécois est né à l’occasion du débat entourant le projet de loi C-150 (1969) qui visait à légaliser l’avortement pratiqué pour des raisons thérapeutiques. Malgré tous ses efforts, et ce, pendant plus de quarante ans, le mouvement anti-avortement québécois ne réussira pas à empêcher la décriminalisation complète de l’avortement ni les avancées du mouvement en faveur du libre choix. Que ce soit, par exemple pour boycotter la mise sur pied des comités d’avortements thérapeutiques dans les hôpitaux francophones, mobiliser l’opinion publique et multiplier les attaques contre le Dr Morgentaler, faire cesser la pratique des avortements dans les CLSC et les cliniques privées ou encore pour empêcher Chantale Daigle de se faire avorter, chacune de ces tentatives sera un échec. Quelles sont les grandes composantes de ce maillon faible du mouvement anti-choix canadien, son évolution et ses stratégies d’action ? Quelles sont les raisons de son déclin progressif et de ses échecs successifs ? Le mouvement féministe pro-choix a-t-il joué un rôle dans cette défaite et si oui, lequel ?
Auteure : Marilyne Caouette (Université du Québec à Trois-Rivières)
3 - L'avortement en débat : les groupes de pression et l'affaire Daigle contre Tremblay (1989)
Bien que l’avortement au Québec soit libéralisé depuis 1969 et décriminalisé depuis 1988, il demeure une pratique controversée. L’affaire Daigle contre Tremblay est sans doute un des épisodes relatifs au droit à l’avortement ayant le plus marqué la société québécoise. Le 26 juillet 1989, Chantal Daigle se voit interdire le recours à un avortement par la Cour d’appel du Québec. Son ex-conjoint, Jean-Guy Tremblay, avait requis une injonction en ce sens. Daigle tente ensuite de faire changer la décision devant la Cour d’appel, mais de nouveau, le jugement lui interdit d’interrompre sa grossesse. Le 8 août 1989, ce jugement est renversé par une décision unanime de la Cour suprême du Canada. L’historiographie sur l’affaire est peu développée. Quelques auteures l’ont traité brièvement dans leur article ou ouvrage, dont Micheline de Sève (1990), Diane Lamoureux (1993) et Louise Desmarais (1999), se servant du cas pour démontrer la fragilité du droit à l’avortement. Il est essentiel d’étudier en profondeur le cas Daigle contre Tremblay puisqu’il rassemble de nombreux enjeux toujours d’actualité qui peuvent nous éclairer sur la problématique de l’avortement. Cette communication analyse cet épisode capital de l’histoire de l’avortement au Québec et au Canada. Elle présente les résultats préliminaires de mon mémoire de maîtrise dans lequel j’étudie l’affaire Daigle contre Tremblay à travers le discours des groupes de pression qui y sont associés. Ces derniers sont des groupes pro-vie et pro-choix, mais également des groupes masculinistes et féministes. À partir d’une analyse de la presse écrite (Journal de Montréal, La Presse et Le Devoir) et des fonds d’archives des groupes de pression et d’organismes gouvernementaux, cette étude montre la diversité des discours sur l’avortement ayant émergé dans l’espace public québécois à la fin des années 1980.
Auteure : Andréanne Chaumont (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Angel Foster (University of Ottawa); Julie El-Haddad (University of Ottawa); Kathryn LaRoche (l'Université d'Ottawa)
4 - Définir et documenter les obstacles aux services d’avortement : Volet Francophone de l’Étude canadienne sur l’avortement
L’étude Canadienne de l’avortement a pour but de définir et de documenter les obstacles d’accès à l’avortement vécu par des femmes ayant subi un avortement après 1er janvier 2010. Les participantes du volet francophone de l’étude proviennent des provinces du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick. Cette présentation se penche sur les résultats obtenus à l’égard des barrières véhiculées à l’obtention des services d’avortement. Ces obstacles s’étalent sur une variété de volet tels les sources de soutien émotionnel, le temps d’attente, la qualité des services médicaux et/ou psychologiques reçus, le manque (ou absence) de ressources professionnelles, de counseling et de suivi médicaux et/ou psychologiques. À titre d’exemple, la majorité des participantes québécoises ont dû attendre plus de 2 semaines avant la procédure. En terme de qualité de soins, fort majoritaires sont celles ayant véhiculés un manque de counseling post-avortement médical. De plus, elles considéraient le médecin traitant distant et orienté sur l’intervention médicale. L’accessibilité en région en plus du nombre d’options disponibles est limitée. En effet, au Québec, la métropole montréalaise détient à elle seule près de 7 cliniques d’avortement privée. Par ailleurs, cette présentation élucidera les perceptions de ces femmes quant à des avenues possibles pour améliorer les services d’avortement actuels au Canada tel la mifepristone présentement en court d’évaluer auprès de Santé Canada. À cet effet, les participantes ont majoritairement une perception positive de cette option potentielle. Enfin, ces participantes recommandent une amélioration des services post-counseling, du temps d’attente et une meilleure accessibilité, surtout en milieu rural.
Séance : Le mouvement anti-avortement au Québec et au Canada : acteurs, discours et stratégies d’action - Séance 2 - Tactiques actuelles du mouvement anti-avortement
Animatrice :  
Auteure : Isabelle Côté (Université de Montréal)
1 - Le syndrome post-avortement comme outil de propagande antichoix
Plusieurs groupes pro-vie soutiennent l’idée que les femmes interrompant une grossesse sont à risque de développer le syndrome post-avortement ou post-abortif. Or, même si ce syndrome n’a jamais été reconnu officiellement dans le domaine médical, il semble constituer une arme efficace utilisée par le mouvement pro-vie pour décourager les femmes de recourir à un avortement, peu importe leurs circonstances de vie. En effet, la crainte de développer un problème de santé mentale peut constituer une stratégie d’intimidation permettant d’effrayer les femmes qui songent à interrompre une grossesse. Constituant un outil de propagande anti-choix, ce soi-disant syndrome est ainsi mis de l’avant par différents groupes au Québec dont la Campagne Québec-vie et certains centres de soutiens à la grossesse. S’il est vrai que les femmes qui interrompent une grossesse peuvent être confrontées à une panoplie de difficultés, le syndrome post-avortement constitue toutefois une stratégie frauduleuse mise de l’avant par des individus malhonnêtes et risque de nuire de manière considérable au processus décisionnel des femmes confrontées à une grossesse non-désirée. Cette présentation, appuyée d’une recension des écrits et d’une réflexion émergeant d’un mémoire de maîtrise, se veut ainsi un état des lieux sur la question du syndrome post-avortement et mettra en lumière les dangers associés à son utilisation par le mouvement anti-choix.
Auteure : Audrey Gonin (UQAM)
2 - L'action du mouvement anti-avortement auprès des femmes vivant une grossesse imprévue au Québec
Depuis plusieurs décennies, à présent, le mouvement qui s'oppose à l'avortement fait usage de diverses stratégies afin de criminaliser à nouveau l'avortement ou encore de restreindre sa pratique. Parmi ces stratégies, l'une d'entre elles consiste à mener des actions directes auprès des femmes enceintes qui envisagent un avortement. Dans cette communication, nous documenterons et analyserons comment ce phénomène se développe actuellement au Québec, en particulier au travers de « centres-conseil grossesse » reliés au mouvement anti-avortement (anti-choix). À partir d'une recherche basée sur une collecte de données disponibles sur le web et sur les propos d'intervenantes œuvrant dans ces organismes, nous examinerons les stratégies employées auprès des femmes vivant une grossesse imprévue. Ces données nous ont permis d'observer que, tout en tenant un discours de type pro-choix lorsque l'activité des centres est présentée dans la sphère publique (sites web en particulier), l'intervention auprès des femmes est marquée par un biais favorable à la poursuite de la grossesse. Nous verrons que certains centres transmettent des informations erronées sur l'interruption volontaire de grossesse, créant ainsi des inquiétudes injustifiées chez les femmes qui envisagent un avortement, et que plus globalement, leurs pratiques sont questionnables au regard du principe d'autodétermination des femmes quant à leurs choix reproductifs.
Auteure : Kelly Gordon (Université d'Ottawa)
3 - Un débat en transformation: les nouveaux arguments et tactiques rhétoriques du mouvement contre l'avortement au Canada Anglais
Au cours des dernières années, il est possible d’observer que le mouvement anti-avortement du Canada Anglais est en train de changer la manière dont il s’engage dans le débat sur l'avortement, à la fois dans les rues, sur le web et au Parlement. Il y a, par exemple, de nombreuses indications qu’un grand nombre d'acteurs influents au sein du mouvement anti-avortement sont en train d’activement et consciemment repenser leur vision et leurs pratiques stratégiques. De plus, comme notre étude récente du discours public du mouvement canadien contre l’avortement a démontré, leurs partisans sont de plus en plus en engagés dans une variété de nouvelles stratégies de communication et de rhétoriques qui cherchent à persuader les Canadiens de leur point de vue par des moyens qui sont tout à fait différents que les époques précédentes. Dans nos deux présentations, nous allons offrir un aperçu des changements dans l'activisme contre l’avortement en présentant les caractéristiques principales de ce mouvement contemporain. C’est un mouvement dont la plupart des organisateurs et des porte-paroles visibles sont de plus en plus des femmes; dont les efforts primaires ne visent pas exclusivement, ni même principalement, à criminaliser l'avortement par une modification législative; dont le discours évite soigneusement les appels publics à la religion pour favoriser au lieu d'autres stratégies rhétoriques qui sous-tendent leur position philosophique (privilégiant, par exemple, une ‘ logique scientifique’, un ‘ton métaphorique’ plus empathique, et les tactiques de ‘framing’ et narratives qui essaient de représenter le mouvement contre l’avortement comme un défendeur des femmes). Par-dessus tout, ce qui caractérise la métamorphose contemporaine du mouvement contre l’avortement est le recours à un nouvel argument et à un nouveau cadrage – « l’avortement-nuit-aux-femmes » - afin de se présenter comme un mouvement beaucoup plus moderne et « pro-femme » qui cherche à se démarquer d’une représentation négative et plus ancienne du mouvement.
Auteure : Paul Saurette (Université d'Ottawa)
4 - - Les nouveaux discours du mouvement contre l'avortement
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