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Activité : Colloque
Titre : 392 - Femmes, genre, féminismes et territoire
Responsable(s) : Denyse Côté, Sophie Louargant et Sylvie Paré
Résumé : Les thématiques du droit à la ville, de l’aménagement urbain, de la démocratie municipale, du développement local, du développement rural, des conflits urbains, ont été largement abordés par les chercheurs. Or le rapport spécifique des femmes au territoire demeure à ce jour peu présent dans les travaux des chercheur/es féministes malgré le fait que de nombreuses femmes et féministes interviennent au niveau local. Les travaux francophones sur le rapport spécifique des femmes à l’espace et plus largement aux territoires ont été impulsés dès les années 1970 (Coutras, 1979), sans pour autant avoir reçu la reconnaissance des institutions scientifiques. Le rapport spécifique des femmes aux territoires s’avère pourtant central à la compréhension des rapports sociaux de sexe, au même titre que les dimensions ethnologique, raciale, de classe, d’orientation sexuelle, néocoloniale ou d’appartenance nationale plus fréquemment abordées dans la littérature féministe. Il reste d’actualité non seulement en regard de l’aménagement du territoire, mais de la conjoncture de centralisation ou décentralisation politique et administrative, et des enjeux de gouvernance municipale. Ce colloque a pour but de renouveler l’état des lieux sur cette question. Plusieurs questions seront abordées. Comment les enjeux territoriaux se sont-ils dessinés pour les femmes, en contexte rural ou urbain ? Dans quelle mesure peut-on assurer un meilleur accès aux ressources pour les femmes, un plus grand droit à la ville, un plus grand pouvoir sur le développement territorial ? Comment la structuration de l’information territoriale et de l’observation des territoires contribue-t-elle à reproduire des catégorisations normatives de genre et d’espace? Ce colloque est soutenu par les partenaires suivants : • ORÉGAND (Observatoire sur le développement régional et l’analyse différenciée selon les sexes), www.oregand.ca/ • Département d’études urbaines et touristiques, Université du Québec à Montréal • Arc7, Innovations, mobilités, territoires et dynamiques urbaines, Région Rhône-Alpes http://www.arc7-territoires-mobilites.rhonealpes.fr/ • UMR PACTE, Université Grenoble Alpes, FAMME: Frontière, Altérité, Marges, Mondialisation, Expérimentation – Groupe thématique de Recherche http://www.pacte-grenoble.fr/frontiere-alterite-marges-mondialisation/

Séance : Femmes, genre, féminismes et territoire - Séance 1 - Femmes et territoire : nouvelles configurations, anciens paradigmes
Animatrice : Sylvie Paré 
Auteure : Sophie Louargant (UMR PACTE CNRS UNIVERSITE GRENOBLE ALPES)
1 - Genre, territoires, développement : de l’émancipation à l’institutionnalisation des dispositifs d’égalité Femmes- Hommes
Prendre « place » dans les territoires n’est jamais simple, d’autant plus si celui-ci est inégalitaire. En effet, tant dans la catégorisation scientifique que dans la construction des formes, des usages, des politiques publiques, la prise en compte d’une approche féministe, du genre est toujours soumise à controverses. Or, au regard des productions scientifiques, des observations des espaces, les genres se déploient dans l’espace, le temps et le mouvement. Les travaux sur les mobilités présentent la caractéristique de questionner à la fois les liens entre les lieux, les individus et l’accès aux territoires. A partir de ces travaux, une lecture conceptuelle sur le lien entre féminisme, genre et territoire sera proposée pour présenter à la fois les apports des travaux francophones, leur réception dans les communautés scientifiques notamment en France et que pour pointer les angles morts des recherches en cours : quid des rapports entre genre, mobilités, altérités, frontières ? Dans quelle mesure l’invisibilisation des recherches sur le genre et le territoire dans la communauté a permis aux scientifiques majoritairement masculins de produire une pensée androcentrée des territoires? En effet, en excluant les femmes de leur jeu conceptuel, en les reléguant à des sujets de recherches considérés comme mineurs (social, services, proximité, local..), les chercheurs ont participé à produire un conception homogénéisante, fixe du territoire, dans lequel la différence, l’altérité sont pas à l’ordre du jour.
Auteure : Denyse Côté (Université du Québec en Outaouais)
2 - Occupation du territoire et tensions centre-périphérie : quand l’histoire se répète aux dépends des femmes
Le gouvernement québécois a décrété avec fracas à l’automne 2014 la fermeture des principales institutions régionales du Québec, annonçant ainsi la fin de cette décentralisation étapiste qui intégrait une approche de l’égalité (Côté, 1995). Confiée aux maintenant défuntes CRÉ (Conférences régionales des élus), faisant largement appel aux groupes de femmes régionaux, les politiques régionales québécoises sur l’égalité ont été conçues selon un modèle de concertation territoriale. Les retombées de cette approche s’avèrent inégales en matière de droits des femmes. Nous ferons état dans cette communication des mécanismes élaborés par les CRÉ au sein d’Ententes spécifiques en matière d’égalité (2007) des freins qu’elles représentent en matière d’innovation. Les groupes féministes appelés à participer, pourtant porteurs d’expertises et d’une longue tradition d’innovation locale et régionale, se retrouvent a fortiori en position de coopération conflictuelle avec des CRÉ qui secondarisent la défense des droits des femmes au profit d’objectifs institutionnels générés selon des modalités qui leur demeurent inaccessibles. Il s’agit d’un exemple original de la restructuration des liens entre gouvernements et société civile observée dans d’autres champs d’intervention (Côté et Simard, 2010) ainsi que dans d’autres régions du monde (Baron, 2007 ; Ballmer-Cao, 2006 ; Falquet, 2003).
Auteure : caroline Andrew (Université d'Ottawa)
3 - Le droit à la ville, en région
Le concept du droit à la Ville voulait insister sur l’importance pour les femmes, dans toute leur diversité, d’avoir toutes les possibilités d’être sécure et confortable dans leurs communautés. Le mot « ville » a été utilisé pour signifier deux choses : un lieu public et des instances de prise de décisions qui peuvent décider, ou non, les façons d’assurer que la pleine diversité des femmes pourrait avoir des conditions d’être sécure et confortable dans leurs communautés. Donc cette idée, et cette revendication, s’applique tout aussi bien dans les régions. Ce qui va varier, et de là tout l’intérêt de les mettre ensemble, sont les différents éléments de la diversité dont il faut tenir compte – et d’y travailler. La diversité en ville est souvent conçue comme la diversité de la « racialisation » tandis qu’en région d’autres formes de diversité sont soulignées : l’âge, les différents formes de travail (temps plein, temps partiel, télé-travail). Il faut trouver des façons de prendre en compte cette diversité dans les lieux de prise de décisions. Cette présentation abordera la richesse de cet effort de réflexion sur ce qu’il faut faire pour assurer le droit à la ville pour toutes les femmes dans toutes leurs diversités.
Séance : Femmes, genre, féminismes et territoire - Séance 3 - Intervenir sur les territoires : recherche et politiques publiques
Animatrice : Denyse Côté 
Auteure : Emmanuel ROUX (UMR PACTE)
1 - Genre et observation des territoires : les catégorisations en questions
Chacun peut constater depuis les années 2000 le déploiement voire la multiplication de dispositifs d’observations consacrés notamment aux questions ou problématiques de genre. Cette diversité d’initiatives fait incontestablement sens et questionne à la fois sur les intentions, les fonctions, les ambitions, les rapports à l’action sous jacents à ces observatoires. Quelles qu’en soient leurs formes (électron, atome ; sphère, macroscope), notre proposition envisage des dimensions analytiques susceptibles de décrypter le sens de l’observation et en particulier ici de l’observation genrée. La première vise à saisir les conceptions et motifs de la nécessité d’observer le genre. La seconde propose une formalisation de la place qu’occupent les observations de genre en France dans le paysage de l’observation territoriale. Cette analyse s’appuie notamment sur les résultats d’une enquête exploratoire conduite en France permettant d’identifier la place des besoins de connaissances genrées exprimés sur et/ou par les territoires depuis une dizaine d’année. Le troisième regard porte sur les façons dont l’objectivation des problématiques genrée s’opère dans les pratiques d’observations et à partir d’indicateurs. Ces éléments permettront ainsi de questionner les changements à l’œuvre à travers les observatoires et aborderont les interrogations suivantes : quelle est l’acceptabilité de la posture féministe chez les acteurs de l’observation ? Quelle place accorder à la construction de l’information territoriale femmes-hommes en France et plus largement en Europe ?
Auteure : Diane-Gabrielle Tremblay (Téluq-Université du Québec)
2 - Politiques temporelles, bureaux des temps et égalité entre les sexes : des initiatives centrées sur l’espace et le temps
C’est en Italie dès la fin des années 1980, que se sont développées les premières politiques temporelles en Europe. Elles ont été portées par des mouvements féministes revendiquant le droit de concilier les divers temps de leur vie, ou temps sociaux, et par des syndicats de salariés. Puis la problématique, d’abord centrée -en Italie- sur les temps de la personne, s’élargissant à l’espace public. Il s’agissait de déterminer comment créer avec les habitants d’un quartier, un « espace-temps» convivial en réhabilitant une place publique. Il s’agissait également d’aborder le problème de la mobilité en co-construisant par exemple un « plan de mobilité» avec les entreprises, la municipalité et les citoyens afin d’améliorer la circulation dans la ville. La dimension « femmes » reste souvent présente à travers la création de garderies ou de meilleures modalités de conciliation travail-famille. Les agences des temps ou « politiques des temps de la ville » ont donc pour objectifs tant l’amélioration de la qualité de vie que l’égalité entre les sexes, les âges, les catégories sociales, la reconstitution du lien social ou encore la requalification urbaine (Boulin, 2003 ; Rochman et Tremblay, 2012). Elles sont fondées sur une approche de la vie quotidienne qui renvoie à de réels problèmes d’organisation individuelle et collective. L’enjeu est notamment de parvenir à concilier et articuler les activités quotidiennes relevant de différentes sphères : celle du travail et celles de la famille, des activités sociales ou de loisirs (Tremblay et al., 2009). Notre communication traitera des origines de ces politiques spatiotemporelles pour ensuite traiter du cas québécois, axé encore davantage sur la conciliation des temps sociaux et fortement sur les femmes.
Séance : Femmes, genre, féminismes et territoire - Séance 2 - Justice sociale, justice spatiale : le droit des femmes à la ville
Animatrice : Sophie Louargant 
Auteure : Sylvie Paré (Université du Québec à Montréal)
1 - Diversité, femmes et territoire : la réorganisation municipale à Montréal
La réorganisation municipale au Québec a grandement affecté les populations du rural à l'urbain dès 2001. Pour la ville de Montréal, le contexte est particulier puisque la diversité de sa population y commande des politiques, programmes ou pratiques d'intégration des immigrant.e.s, nombreux et nombreuses à s'établir dans la ville centre. Cela renvoie à ces mécanismes de gestion de la diversité, anciens ou nouveaux, qu'on a dû harmoniser, en fonction des territoires qui ont été amalgamés. Des élu.e.s, des fonctionnaires municipaux et des représentant.e.s de groupes communautaires ont collaboré à l'étude. Notre communication porte donc sur cette question, en tenant compte particulièrement des politiques et programmes touchant les femmes immigrantes, et ce, à partir d'entrevues en profondeur effectuées dans le cadre de la recherche DiverCité, une recherche menée conjointement avec Caroline Andrew, Winnie Frohn, Anne Latendresse.
Auteure : Marie-Ève Desroches (UQAM)
2 - Transformation des quartiers centraux, mobilisations et évolution du droit à la ville des femmes : étude de cas du quartier Sainte-Marie à Montréal
Les villes constituent des projections et des matérialisations des rapports sociaux (Lefebvre, 1974) notamment parce que les pratiques sociales produisent les frontières définissant à qui appartiennent les lieux et qui en sont exclus (McDowell, 1999). Par ailleurs, l'espace par sa forme, son contenu et ses dynamiques posent les possibilités et les limites de ce que l’on peut y réaliser. Pour Soja (2010) cette dialectique sociospatiale engendre et reproduit différentes injustices, dont celles issues du capitalisme et du patriarcat. En utilisant l’appellation des injustices sociospatiales, nous soutenons que les oppressions vécues individuellement s’inscrivent dans un rapport global où des groupes mouvants et hétérogènes entretiennent des rapports différenciés à leurs milieux de vie (Soja, 2010). Les femmes constituent une structure sérielle (Young, 2007) vivant un ensemble d’injustices ayant des impacts (à degré variable) sur la façon dont elles utilisent, perçoivent et apprécient l’espace. Notre recherche porte sur la stratégie de revitalisation urbaine intégrée (RUI) : dans quelle mesure permet-elle aux Montréalaises d'accéder à un plus grand droit à la ville? En employant une approche méthodologique féministe (Cook et Fonnow, 2007) nous avons réalisé une étude de cas sur une structure de mobilisation qui s’est formée en marge à de la RUI pour favoriser l’élargissement et l’exercice du droit à la ville des femmes soit le Comité d’action locale du Centre d’éducation et d’action des femmes (CÉAF). Dans cette communication, nous nous analysons dans quelle mesure cette mobilisation permet de mettre fin aux blocages à la participation et l’appropriation de l’espace, éléments vitaux à l’expression du droit à la ville.
Auteure : Frédérique Roy Trempe (Université du Québec à Montréal)
3 - L'exercice du droit à la ville des femmes et des hommes et l'influence des aménagements urbains : une étude de cas montréalaise
Le territoire est à la fois le reflet des acteurs qui l’habitent et des rapports sociaux issus de ce processus. Pour Coutras (1996), le territoire urbain est un espace construit par des rapports sociaux de genre qui sont des rapports de pouvoir variant selon les contextes historiques et culturels. Les femmes et les hommes connaissent des réalités différentes en ville (Hainard et Verschuur, 2004). À Montréal, les femmes, en tant que groupe social, dépendent davantage des transports collectifs, possèdent un salaire annuel moyen inférieur, sont majoritairement responsables des familles monoparentales et éprouvent davantage d’insécurité dans les espaces publics que les hommes. Ces indicateurs de la réalité urbaine questionnent l’adéquation de la ville à répondre aux besoins spécifiques des femmes (Coutras, Ibid.). De plus, les femmes en ville subissent une double marginalisation, étant sous-représentées aux instances politiques municipales (Simard, 2005) et presque invisibles en tant qu’actrices de planification et de gestion de l’aménagement urbain (Latendresse, 2006), ces sphères d’intervention étant encore majoritairement investies par des hommes (Andrew, 2000). Cette double marginalisation renforce l’hypothèse qu’il existe un rapport à la ville différencié selon le sexe (Wekerle, 1996) et signifie que le droit à la ville des femmes n’est pas suffisamment assuré (Séguin et Villeneuve, 1987). Nous cherchons donc à savoir dans quelle mesure et de quelles façons l’aménagement urbain influence-t-il l’exercice du droit à la ville des femmes et des hommes? Pour ce faire, nous présenterons une étude de cas portant sur le réaménagement du secteur Laurier-Est à Montréal (arrondissement du Plateau-Mont-Royal).