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Activité : Colloque
Titre : 394 - Les approches féministes en gérontologie sociale : de la recherche à la pratique
Responsable(s) : Corinne Martin-Valois, Éloïse Lara Desrochers et Julie Silveira
Résumé : Ce colloque sera l’occasion de rassembler intervenant.e.s, militant.e.s, chercheur.e.s et étudiant.e.s issu.e.s de divers milieux autour d’enjeux concernant la vieillesse et le vieillissement. Dans une volonté d’offrir une plate-forme de discussions, d’échanges et de partage de savoirs et de connaissances, ce colloque aura comme mission de créer un espace de réflexions entre les participant.e.s et les auditeurs.trices. De plus, ce colloque a pour objectif de tracer un portrait global des recherches et des pratiques féministes actuelles en gérontologie sociale. Ce faisant, il vise à rendre visible la diversité des expériences du vieillissement des femmes et à participer au développement d’une gérontologie sociale critique et féministe. Les présentations de ce colloque se rencontreront au croisement des thématiques de l’âge, du genre et de l’ethnicité, aussi bien du point de vue de la recherche que de celui de la pratique. Ce colloque se divisera en quatre blocs. D’abord, le premier bloc mettra en lumière l’état de la recherche et de la formation universitaire en gérontologie sociale féministe, avant de se pencher sur la situation économique des femmes vieillissantes. Ensuite, le second bloc abordera les thématiques du genre et de la sexualité, en s’intéressant au vieillissement au sein des communautés LGBTQI+ et en présentant un point de vue queer sur une émission québécoise. Puis, le troisième bloc explorera le sens et les représentations du vieillissement à travers les récits de femmes aînées en fin de vie et d’immigrantes. Finalement, le quatrième bloc portera sur les pratiques d’engagement citoyen à travers un dialogue entre les chercheures et les militantes.

Séance : Les approches féministes en gérontologie sociale : de la recherche à la pratique - Séance 1 - Introduction
Animatrice : valerie bourgeois-guerin 
Auteure : Michèle Charpentier (UQÀM/IREF)
1 - Quand l’âge rencontre le genre
En guise d’ouverture de ce colloque, les organisatrices nous ont invité à retracer les grands courants et les principaux thèmes abordés dans la recherche féministe sur les aînées afin d’en montrer l’évolution. Notre objectif n’est pas de brosser un portrait exhaustif des écrits, mais plutôt de proposer une synthèse analytique des étapes qui ont marqué la recherche sur les aînées. Des années 1980 à aujourd’hui, nous dégageons trois principaux moments : 1) l’invisibilité des femmes aînées et le rôle des précurseures ; 2) l’éclosion de la recherche sur les femmes aînées et la mise à nu des problèmes ; et 3) les nouvelles avenues théoriques intersectionnelles. La période actuelle fera l’objet d’une analyse plus approfondie, dans la mesure où nos recherches en sont représentatives, et parce qu’elle fait montre de la diversité des expériences de vieillissement des femmes, dans leur rapport au corps, à la vieillesse, au social.
Auteure : Ruth Rose (Université du Québec à Montréal)
2 - Les femmes et la retraite : aura-t-on assez d’argent?
Au cours des dernières décennies, le taux de pauvreté des femmes âgées a diminué de façon marquée au Canada, en partie à cause de l’amélioration des régimes de retraite publics mais surtout parce que les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail. Gagnant un salaire pendant le plus gros de leur vie d’adulte, elles participent aux régimes de pensions assurantiels publics et privés et elles sont aussi plus en mesure d’épargner pour leurs vieux jours. Malgré ce progrès, les revenus des femmes de 65 ans et plus demeurent toujours inférieurs de 30 à 40 pour cent à ceux des hommes. De plus, les femmes vivant seules âgées de 55 à 64 ans, qui ne sont pas encore admissibles aux régimes de retraite publics, figurent parmi les groupes les plus pauvres du Canada et le plus souvent dépendants de l’assistance sociale. Avec le vieillissement des populations, à peu près tous les pays industrialisés sont en train de réduire les montants accordés par les régimes publics ou d’accroître l’âge pour y accéder. De plus, les mesures destinées spécifiquement à reconnaître le travail non rémunéré des femmes, telles les rentes de conjoint survivant ou des crédits accordés en fonction de la présence d’enfants à charge, sont souvent visées. En d’autres mots, ces orientations gouvernementales risquent d’inverser le progrès réalisé par les femmes en raison de leur plus grande participation au marché du travail. Devrions-nous craindre une renaissance de la pauvreté chez les femmes ? À la lumière des tendances au Canada, nous examinerons l’impact sur les femmes de l’évolution récente ou pressentie des régimes de retraite aux États-Unis et en Europe.
Séance : Les approches féministes en gérontologie sociale : de la recherche à la pratique - Séance 2 - Genre et sexualité
Animatrice : Isabelle Marchand 
Auteure : Julie Beauchamp (Université du Québec à Montréal)
1 - À l’intersection de l’âgisme, du sexisme et de l’hétérosexisme : les stratégies d’adaptation des lesbiennes aînées
Les recherches portant sur les réalités et besoins des lesbiennes aînées demeurent peu nombreuses (Averett et Jenkins, 2012). Cependant, cette tendance commence à changer avec l’émergence d’un discours plus critique dans la littérature gérontologique depuis les dernières années. Il ressort que cette population, en raison de sa marginalisation sociale reliée au sexisme, à l’hétérosexisme et à l’âgisme, reste encore très invisible. Des recherches laissent toutefois entrevoir que l’intersection de ces différentes formes d’oppression ont amené plusieurs lesbiennes à développer des compétences adaptatives (crisis competence) par la création d’une sous-culture et de réseaux sociaux informels qui résultent à la fois de stratégies de protection et de résistance. La famille de choix et les réseaux de soutien social informels sont des remparts importants et essentiels dans la vie des lesbiennes aînées, offrant un sentiment d’appartenance et un soutien identitaire ayant des effets positifs sur le bien-être. La création d’espaces pour les lesbiennes peut apporter de la sécurité du fait de se sentir acceptées et ouvre la voie à des opportunités de développer des réseaux d’amitiés. La communication portera sur les différentes stratégies d’adaptation adoptées par les lesbiennes aînées confrontées, au cours de leur vie, à cette triple stigmatisation, ainsi que sur les impacts et les changements de ces stratégies au cours du vieillissement.
Auteure : Julie Silveira (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Julien Simard (Institut National de la Recherche Scientifique)
2 - Rajeunissez! Échec, confession et rédemption dans l’émission Quel âge me donnez-vous?
La gérontologie féministe propose d’étudier ensemble l’âgisme et le sexisme, des formes d’oppression renforcées par certaines représentations médiatiques. Comment penser cette imbrication dans le contexte des médias québécois? Dans cette communication, nous nous intéresserons à l’émission « Quel âge me donnez-vous? », qui suscite de vives controverses depuis les premiers moments de sa diffusion. L’émission propose de « rajeunir » ses participantes, qui doivent d’abord et avant tout se soumettre à l’épreuve de vérité : « entrer dans la boîte ». Elles doivent en effet demeurer dans une boîte insonorisée pendant que des inconnu.e.s devinent leur âge. L’âge estimé, qui excède toujours l’âge réel, est interprété comme un échec. S’ensuit une série de rencontres avec des spécialistes qui auront pour tâche de « rajeunir » leur apparence. Nous examinerons d’abord le dispositif de la « boîte », qui révèle la « vérité » de l’âge et qui en appelle à une nécessaire conversion. Ensuite, nous nous pencherons sur le discours néolibéral de la réussite mis de l’avant dans l’émission, qui a pour effet d’accentuer la dichotomie entre le bien vieillir et de déclin. Enfin, nous porterons notre regard sur la normalisation du corps vieillissant, qui renforce la norme de genre, en plus de banaliser le recours à certaines procédures esthétiques
Séance : Les approches féministes en gérontologie sociale : de la recherche à la pratique - Séance 3 - Sens et représentations
Animatrice : Julie Silveira 
Auteure : valerie bourgeois-guerin (Université du Québec à Montréal)
1 - Réflexion critique sur les représentations du corps des femmes âgées en fin de vie
Le vieillissement est une expérience incarnée qui, sans s’y limiter, implique des transformations corporelles (De Beauvoir, 1970; Garner, 1999; Gullette 2004). En effet, le temps, par la voie du vieillissement, laisse la trace de son passage sur le corps. La maladie incurable est aussi une expérience qui vient s’inscrire dans le corps, altérer ce dernier (Dany et al., 2007). Or, tel que plusieurs féministes l’ont bien décrit, les représentations du corps des femmes âgées sont généralement très négatives (Freixas, 2012). De plus, ce qui évoque la mort et la maladie est souvent mal reçu, dénié ou passé sous le silence (Des Aulniers, 2009). Dans un tel contexte, comment les femmes âgées atteintes d’un cancer incurable vivent elles les transformations qui s’opèrent dans leur corps ? Afin d’apporter des réponses à cette question, nous présenterons une réflexion interdisciplinaire où se croiseront des écrits féministes et de gérontologie sociale, des textes portant sur l’expérience du corps des personnes en fin de vie et des réflexions de femmes âgées atteintes d’un cancer incurable, tirées d’une recherche qualitative réalisée auprès de ces femmes (Bourgeois-Guérin, 2013). Cette conférence laissera entrevoir comment le corps des femmes âgées atteintes d’un cancer incurable pourrait être pensé et vécu autrement. De cette façon, nous entendons dépasser les polarisations des représentations du corps de ces femmes et reconnaître à la fois les souffrances et potentialités de cette expérience.
Auteure : Agnès Florette Noubicier (UQAM)
2 - La foi comme stratégie d'adaptation pour un vieillissement réussi en terre d'accueil : une étude exploratoire apurées de femmes aînées immigrantes
La foi comme stratégie d’adaptation pour un vieillissement réussi en terre d’accueil : une étude exploratoire auprès de femmes aînées immigrantes noires africaines à Montréal Agnès Florette Noubicier, doctorante à l’Institut Santé et Société de l’UQAM La présentation qui suit s'intéresse à l’importance que revêt la foi pour des femmes aînées immigrantes Noires africaines résidant à Montréal. Elle arbore un portrait des diverses difficultés auxquelles est confrontée cette catégorie de personnes dans la recherche d’un vieillissement satisfaisant en terre d’accueil. Les travaux sont issus d’une recherche qualitative et exploratoire portant sur le sens que sept femmes aînées de quelques communautés de l’Afrique Noire, âgées de 65 à 77 ans donnent à leur vieillissement. Les résultats émanant de cette étude reflètent que les femmes aînées interrogées sont arrivées dans le cadre d’un projet familial de migration, en raison d’une situation politique défavorable dans leur pays d’origine, ou encore de leur propre chef. Leur discours indique que de nombreux obstacles jonchent leurs parcours de vieillissement et leur font revêtir des identités multiples. Une analyse intersectionnelle des facteurs qu’elles considèrent comme essentiels pour mener un vieillissement satisfaisant, laisse apparaître que se tourner vers la foi est une stratégie d'adaptation possible dans les réseaux familiaux et sociaux dans leur nouvel environnement. Entre autres éléments, la foi favoriserait leur capacité de résilience et contribuerait considérablement à leur épanouissement et à leur cheminement en terre d’accueil.
Auteure : Maryse Soulieres (UQAM)
3 - Femmes âgées en milieu d'hébergement : réflexions pour des pratiques d'« empowerment »
La présentation permettra un retour sur le mémoire de maitrise déposé en 2007, réalisé auprès de 13 femmes aînées (74 à 98 ans) demeurant en milieu d’hébergement. Dans ces univers largement féminins (tant chez les résidentes que chez les membres du personnel), l’importance des liens sociaux était apparu comme fondamental. Les stratégies d’empowerment utilisées au quotidien par les résidentes âgées se plaçaient en continuité avec les rôles sociaux, majoritairement « féminins », qu’elles avaient endossés tout au long de leur vie. Les conclusions du mémoire permettaient d’esquisser une approche féministe de la défense des droits et de l’empowerment des résidentes âgées. Qu’en est-il aujourd’hui, en 2015, suite aux nombreuses réformes des milieux d’hébergement? Une telle approche est-elle toujours pertinente?
Séance : Les appoches féministes en gérontologie sociale : de la recherche à la pratique - séance 4 - Pratiques d’engagement citoyen
Animatrice :  
Auteure : Gisèle Bourret (Fédération des femmes du Québec (FFQ))
1 - Les femmes aînées : des citoyennes à part entière?
L’objectif de notre présentation est de partager l’expérience des actions que notre comité a développées depuis sa création en 2008 et d’échanger sur la place et visibilité accordées aux femmes aînées dans les organisations ou associations auxquelles nous participons. Nous aborderons d’abord ce qui a présidé à la formation du comité des femmes aînées en 2008 à la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et l’objectif poursuivi. Puis les principales actions réalisées : 1) production d’un outil de sensibilisation, intitulé Citoyennes à part entière pour toute la vie, qui aborde différents aspects de la situation des aînées (inégalités économiques, violences, accès aux services sociaux et de santé, intégration à la société, discriminations en fonction de leur orientation sexuelle, leur handicap, leur origine ethnique, leur statut, etc.). 2) Réalisation de plusieurs activités de formation auprès de nos membres et alliées dans différentes régions du Québec : quelques résultats de ces activités de sensibilisation-formation. 3) Élargissement de la sphère d’action du comité à des femmes provenant d’associations mixtes de personnes aînées portant sur l’engagement social des femmes aînées à travers leurs associations respectives : quatre rencontres avec des femmes de l’AREQ, l’AQDR, la FADOQ et un centre d’action bénévole en région et deux mini-forums (1 à Montréal et l’autre à Québec). Principaux résultats de ces mini-forums. Enfin, quelques questions à partager sur l’impact et la reconnaissance sociale de l’engagement des femmes aînées.
Auteure : Isabelle Marchand (Université de Montréal)
2 - L’expérience de la citoyenneté des femmes aînées à l’aune du vieillissement actif
Dans le cadre de cette communication, nous nous intéresserons à l’expérience de la citoyenneté au regard des activités du quotidien de femmes québécoises âgées entre 60 et 70 ans. À partir de résultats de recherche utilisant une méthode narrative (les récits de vie), nous présenterons différents pôles et figures d’activation dans l’avance en âge d’une part et, d’autre part, analyserons le sens et les finalités de ces logiques d’activation à partir desquelles les participantes vivent et construisent leur rapport au monde, autrement dit, leur rapport à la « citoyenneté vécue » (Lister, 2007). En conclusion, nous nous questionnerons sur l’adéquation/intégration ou, à l'inverse, sur les tensions/contradictions entre, d’une part, le vieillir actif, tel que construit dans le discours politico-normatif sur la scène québécoise, et les pratiques du quotidien de ces femmes issues de la « génération-pivot » (Attias-Donfut, 2000), génération marquée par plus d’individuation que les précédentes (Beck & Beck-Gernsheim, 2002).
Auteure : Louise Édith Hébert (Les Mémés Déchaînées)
3 - Les Mémés déchaînées : pour chanter et célébrer la vie
Voici le slogan des Mémés Déchaînées qui célèbreront leur quinzième anniversaire en avril 2016 : Les Mémés déchaînées pour la sauvegarde de la beauté du monde. Naturellement, le but de leurs rencontres est de participer à un projet de société. C’est-à-dire non seulement favoriser des échanges entre les générations, mais faire en sorte que ces échanges conduisent à des actions participatives pleines de gestes concrets et signifiants de part et d’autre. Que l’écoute et le discours soient remplis de respect et d’intérêt, sincères et soutenus empreints non pas de tolérance, mais de bienveillance. Que l’on se transmette mutuellement ce en quoi l’on croit, dans un esprit de réciprocité amicale, en créant un lien permettant de recevoir l’autre en le valorisant et en bénéficiant de son apport. Que l’heure de l’instantanéité continue, et comme le dit Vigneault, que l’on vive debout, libres et engagés : responsable et solidaires, pour chanter et célébrer la beauté du monde en toute lucidité pour combattre le cynisme avec l’espérance et la persévérance, en remplaçant des mots comme : consommation, rendement et performance, par créativité et compétence du cœur. Et cela afin que la flamme du goût de vivre s’allume et ne s’éteigne jamais. La discussion sera suivie de quelques chansons des Mémés Déchaînés.