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Activité : Colloque
Titre : 396 - Colloque de phénoménologie féministe francophone
Responsable(s) : Sylvia Duverger
Résumé : Si la phénoménologie, comprise comme la description analytique de l’expérience indépendamment de tout présupposé, remonte à Husserl, c’est Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir qui, en 1947, inaugure la phénoménologie féministe. Il faut néanmoins attendre les années 1980 pour que se développe une critique féministe de l’androcentrisme des phénoménologues français menée, notamment, par Luce Irigaray, Catherine Chalier ou Françoise Collin. Les phénoménologues féministes – qu’il s’agisse de celles qui repensent l’expérience des femmes en recourant, au moins partiellement aux outils de la phénoménologie ou de celles qui relisent les phénoménologues au prisme des études de genre, dans l’espace francophone du moins, sont bien peu nombreuses. La critique féministe de la phénoménologie déconstruit la fiction d’un sujet qui se prétend universel et se croit délivré par l’épochè de tout présupposé, mais qui dans les faits s’avère développer une perspective masculine, blanche, bourgeoise… Parce qu’elle prétend exhumer les structures fondamentales et universelles de l’expérience, la phénoménologie court le risque de verser dans un essentialisme nécessairement contraire au féminisme et au dépassement de la binarité des sexes/genres. Il s’agira dans cet atelier de proposer de nouvelles perspectives sur Le deuxième sexe, puis d’explorer ce que la phénoménologie fait au genre et ce que le genre fait à la phénoménologie, en particulier lorsqu’elle porte sur ces expériences genrées cruciales, celles du corps et de l’espace, de l’intersubjectivité, de l’éros ou de la sexualité, du temps et de la filiation. Enfin, on se demandera si la littérature queer, et tout particulièrement les autofictions théoriques, ne pourrait pas ouvrir la phénoménologie féministe, encore embryonnaire dans l’espace francophone, à une plurivocité qui la préserve du risque essentialiste.

Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance Beauvoir et Merleau-Ponty
Animatrice : Sylvia Duverger 
Auteure : laurie laufer (Université Paris Diderot)
1 - L'ouverture beauvoirienne : une psychanalyse féministe est-elle possible ?
« Ce n’est pas une entreprise facile que de discuter la psychanalyse. Comme toutes les religions — christianisme, marxisme — elle se montre, sur un fond de concepts rigides, d’une souplesse gênante… » écrit Simone de Beauvoir . Les rapports entre Beauvoir et la psychanalyse sont faits d’attraction /répulsion. Dans un certain nombre de ses oeuvres, Beauvoir soulève la question du rapport de la psychanalyse à la politique et à l’histoire. Elle pose les questions suivantes : peut-on être psychanalyste et penser le politique ? Peut-on être psychanalyste et engagé dans une pratique sociale qui tente de déconstruire les discours normatifs ? Quel rapport peut-on penser entre psychanalyse et féminisme ?
Auteure : Thamy Ayouch (Université Paris 7)
2 - Figurabilité de l'affect et non-binarité : lectures féministes de Merleau-Ponty
Depuis l’analyse de Luce Irigaray, les lectures féministes de l’œuvre de Merleau-Ponty se sont multipliées : Judith Butler, Iris Marion Young, Michèle Le Doeuff, Gail Wess, Sonia Kruks, Dorothea Olkowski, ou Toril Moi, pour n'en citer que quelques-unes. La plupart d’entre elles ont, à la manière de Luce Irigaray, souligné l’androcentrisme inavoué de la perspective merleau-pontyenne du corps (toujours masculin, blanc et hétérocentré), pointant la mise à l’écart de vécus féminins du corps, ou, plus largement, de vécus de genre, de culture ou de sexualité autres que ceux érigés en norme. Si ces lectures ont le mérite, dans la tradition féministe, de présenter la prétention à l’universalisme qui traverse la phénoménologie comme particularisme irréductible, certaines d’entre elles n’en produisent pas moins, dans l’opposition par exemple d’un corps spécifiquement féminin à cet universel androcentré, un différentialisme binaire. Comment échapper alors à l’androcentrisme d’une perspective sans choir dans une essentialisation de la différence des sexes ? Plus précisément, la pensée merleau-pontyienne, de La Phénoménologie de la perception au Visible et l’invisible, refuse toute opposition tranchée, et tout binarisme conceptuel ou réel. C’est une pensée de l’entrelacs, entre sensation et intellection, perception et imagination, réflexion et irréfléchi, autrui et moi-même, en-soi et pour-soi, voyant et visible, par delà toute dichotomie, provoquant ainsi un véritable trouble dans les épistémai. Cette œuvre ne se prêterait-elle pas alors à une lecture féministe œuvrant à dépasser les oppositions binaires, à un féminisme de la subversion de l’identité, un « féminisme sans sujet féminin » ?
Auteure : Cécile DECOUSU (N/A)
3 - Pour une phénoménologie de l'érotisme, Beauvoir et Merleau-Ponty
La phénoménologie, initiée et définie par Husserl, vise à s’extraire de l’opposition sujet-objet de la philosophie classique, ou de celle conscience-monde de la philosophie transcendantale. Il s’agit donc de saisir et montrer le « vécu » comme « phénomène », c’est-à-dire relation réciproque de « l’être dans le monde », hors de toute dichotomie entre un vécu psychique et un vécu empirique. C’est alors à l’horizon de cet héritage méthodologique et critique que nous comprenons l’ontologie de la « chair » merleau-pontienne, mais aussi la radicalité du féminisme beauvoirien. Nous nous intéresserons donc à montrer l’effectivité et les implications de cet héritage – qui est peut-être aussi dépassement de la phénoménologie, chez Beauvoir et Merleau-Ponty. Pour cela, nous montrerons la permanence d’un dialogue avec la psychanalyse, dans chacun de leurs travaux, et comme l’espace d’une influence et d’un accord, à l’horizon d’une refondation des théories de la sexualité. C’est en effet à partir de « l’empiètement » beauvoirien que Merleau-Ponty redessine l’intersubjectivité comme intercorporéité, lorsque réciproquement c’est bien à l’horizon de la « chair » que Beauvoir peut s’extraire d’un déterminisme biologique autant que du présupposé analytique d’une « autonomie de la sexualité ». Or, chez Beauvoir comme chez Merleau-Ponty, c’est alors la notion « d’érotisme » qui apparaît et qui, mieux que celle de « sexualité », pourra exprimer l’entrelacs de l’intime au mondain, et l’ambiguïté d’une subjectivité toujours thétique et non-thétique. Il y aurait donc là la possibilité d’une phénoménologie de l’érotisme qui, en tant qu’expérience vécue, viendrait faire échec aux catégories analytiques normatives. Mais cette phénoménologie, si elle est suggérée, reste sans doute à comprendre, et manifeste en creux aussi bien les ambiguïtés de l’héritage beauvoirien pour le féminisme, que la complexité des rapports entre philosophie, psychanalyse et féminisme.
Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance Levinas
Animatrice : Marjolaine Deschênes 
Auteure : mylene botbol baum (UCL)
1 - Levinas, une phénoménologie du féminin, à l'épreuve du féminisme
Alors que la notion du féminin semble ne pas avoir atteint en philosophie le statut de concept, quel peut être l'impact philosophique d’un questionnement phénoménologique sur les présupposés de l'entreprise philosophique dès lors que l’Éros est envisagé comme condition du Logos ? Cette intervention invite à s’interroger sur la différence entre l’Éros et le logos. En partant de l’« inversion du visage par la féminité » que suggère la phénoménologie de Levinas, on pourra se demander quel est le statut aujourd’hui de cette inversion. Permet-elle de penser le féminin comme concept ? Si oui, cela permettrait-il d'envisager l’émergence d’un autre Logos philosophique ? Ou encore de revendiquer l’asymétrie féminin/masculin comme levier d’une autre Sophia dont émergerait le concept d’amour, lui-même envisagé comme conatus du féminin ? Nous partirons donc du féminin de Levinas comme ouverture à la transcendance de l’immanence, et le confronterons à la critique féministe de Beauvoir et J. Butler. Cela devrait nous permettre de tenter une réponse programmatique à ces quelques questions qui sont autant de pistes réflexives sur l'avenir du sujet genre comme fécondité processuelle.
Auteure : Sylvia Duverger (Paris 8)
2 - Critique féministe du différencialisme lévinassien
L'oeuvre de Levinas a suscité plus d'un commentaire féministe, pour la plupart critiques, mais aussi quelquefois élogieux. Dans Le temps et l'autre, le féminin rencontré en la personne de l'Aimée est la figure de l'autre par excellence, celle qui ouvre la dimension salutaire de l'altérité. La valorisation de l'autre et de l'altérité dans la pensée lévinassienne peut donner penser que cette conception du féminin relève d'une promotion. Mais Beauvoir a d'emblée souligné l'androcentrisme de la phénoménologie lévinassienne, androcentrisme que Derrida, plus tard, tâchera de faire passer pour réfléchi. Dans Totalité et infini, ce féminin étroitement associé à la demeure puis la fécondité, est constitué en accueillant par excellence l'homme (sens générique, vraiment ) ou le Moi. Il constitue le moyen par lequel celui-ci devenant père (fin de l'illusion générique) d'un fils bien davantage que d'une fille, dispose enfin de la perspective d'un futur (d'un vrai futur, qui ne soit pas répétition du même). Autrement qu'être, de surcroit, pense la maternité comme accueil à la fois contraint et sacrificiel de l'autre. Il paraît donc difficile de dénier le caractère foncièrement patriarcal de cette description phénoménologique du féminin. Pour subtiles qu'elles puissent être quelquefois, les tentatives de réhabilitation du féminin de la phénoménologie lévinassienne ne font-elles pas le jeu d'un ordre symbolique patriarcal ?
Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance phénoménologie du maternel et première partie de phénoménologie de la domination et de l’émancipation
Animatrice : mylene botbol baum 
Auteure : Naïma Hamrouni (Université Laval)
1 - Le corps maternel au travail. La phénoménologie au service de l’élargissement de la grammaire de l’injustice
Les inégalités liées au genre affectant les femmes sur le marché du travail sont le plus souvent appréhendées à partir d’un cadre d’analyse libéral égalitaire, en termes de mal-distribution des fonctions, pouvoirs et revenus (inégalité d’accès à l’emploi, discrimination directe et systémique, sous-représentation dans les instances de pouvoir, «schèmes de genre» lors des entretiens d’embauche). Si cette grille d’analyse demeure éminemment pertinente dans le cadre d’une démarche plus large visant l’identification des injustices persistantes et leur démantèlement, elle demeure cependant partielle. Elle n’offre en effet aucun outil conceptuel autorisant l’appréhension des injustices de genre qui s’entendraient plus exactement en termes de non-reconnaissance, de distorsion du rapport positif à soi-même, ou de «double conscience». Plus encore, les remèdes à l’injustice pensés dans ce cadre libéral peuvent avoir pour effet, paradoxalement, d’entretenir chez les femmes un rapport à soi-même distordu, moralement dommageable. Porter attention à l’expérience phénoménologique du corps maternel dans le cadre professionnel, et à sa pathologisation, à partir d’outils empruntés à la Théorie critique (Nancy Fraser, Iris Young, Axel Honneth et W.E.B. Du Bois) permettra d’illustrer cette thèse.
Auteure : marion bernard (Université de Poitiers)
2 - L'économie de production de la subjectivité chez Simone de Beauvoir et Frantz Fanon
Il s’agit de remettre en question la neutralité d’un sujet phénoménologique « pur » de l'apparaître, tel qu’il est conçu dans la phénoménologie « classique », en interrogeant la possibilité d’une économie de production cachée - en rapport avec la mise à l'écart du vivant, du corps, ou du "naturel" qui est dans l'histoire de la philosophie incarné par le sujet féminin. D’abord en mettant en évidence, à partir des textes de Simone de Beauvoir et de Frantz Fanon, l’existence d’autres voies de subjectivation. Dans le cas du sujet féminin ou du sujet colonisé, l’aliénation ne vaut pas seulement comme une situation originaire ou une chute vis à vis de l’existence authentique, mais comme la seule possibilité offerte à certains sujets, condamné-e-s à l'inauthenticité, réduits à "imiter" de l'extérieur - donc dans l'excès ou le défaut - la subjectivité authentique qui seule est véritablement. Ensuite en tirant les conséquences de cet écart : à quel prix se conquiert en réalité la subjectivité « normale » ? Nous ferons dialoguer Beauvoir, Fanon avec la pensée de Jan Patočka, dans la mesure où il offre la possibilité de repenser le sujet phénoménologique dans son devenir historique et son entrelacement au devenir des autres en général. Dans la mesure où il y aurait, comme il est admis chez Patočka, une co-individuation réciproque des sujets de l’apparaître, quel est alors le sens du déséquilibre historique, de l’hétérogénéité et de la structure de domination par laquelle ce co-conditionnement se traduit historiquement ? La pleine reconnaissance de l’existence du problème de la subjectivation sexuée ou colonisée conduit nécessairement à rendre relatif celui de la subjectivation dite « neutre ». (Intervention disponible auprès de Marion Bernard)
Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance Ricoeur au prisme du care
Animatrice : Julie Perreault 
Auteure : Marjolaine Deschênes (EHESS et Fonds Ricoeur)
1 - Carol Gilligan et Paul Ricœur : Le pouvoir d’entendre. Phénoménologie de l’attention
Certaines féministes ont déjà critiqué l’herméneutique de soi, la poétique et la « phénoménologie de l’homme capable » ricœuriennes (Pamela Sue Anderson 1997, 2009, 2011; Helen M. Buss 1997, 2002; Marjolaine Deschênes 2013, 2015; Fernanda Henriquez 2013; Morny Joy 1997). Si Ricœur a surtout cherché à penser les capacités humaines (pouvoir faire, dire, (se) raconter, s’imputer, promettre, faillir), il aussi a noté que celles-ci peuvent demeurer autant d’incapacités. Cette communication souhaite se pencher sur une capacité (et son absence, sa défaillance) que Ricœur semble avoir peu étudiée : le pouvoir d’entendre, aussi central chez Gilligan que celui de parler (d’une voix différente). Car, s’il y a des « pouvoir-sur » que certains agents exercent sur des patients, c’est bien ceux de dire et de raconter. Ricœur comme Gilligan s’accordent sur le fait que l’émancipation des groupes opprimés nécessite une relecture et une reconfiguration des récits sur soi, notamment des mythes fondateurs. Sur cet arrière-fond, est-il possible d’arrimer la phénoménologie ricœurienne de l’attention et de l’inattention aux analyses de terrain de Gilligan, afin de mieux concevoir ce que serait le pouvoir d’entendre, aussi bien chez les outsiders que chez les dominants ? Pour jeter les bases de cette question, je mobiliserai essentiellement l’essai L’attention de Ricœur (1939) en le replaçant dans le cadre des travaux de la psychologue.
Auteure : Cyndie Sautereau (Fonds Ricoeur)
2 - Promesses et limites de l’empathie pour une éthique du souci des autres (Paul Ricœur et l’éthique féministe de Diana T. Meyers
Une critique communément portée envers les éthiques du care, c’est-à-dire du souci des autres, concerne le soi-disant sentimentalisme auquel on tend à la réduire. Le souci des autres serait seulement affaire de bons sentiments, sentiments féminins de surcroît. Face à cette critique, les théoriciennes du care rappellent et insistent sur sa dimension pratique. Joan Tronto nous met d’ailleurs bien en garde : « Faute de comprendre aussi le care dans son sens plus riche, c’est-à-dire comme pratique, on courre le risque de sentimentaliser le care et d’en limiter la portée » (2009, 164). Mais, de fait, ces éthiques semblent avoir quelque peu délaissé la réflexion sur la dimension affective inhérente care. Dans ce cadre, l’objectif de notre réflexion est, plus particulièrement, de jeter un éclairage sur la place de l’empathie dans une telle éthique du souci des autres. Concept au cœur de l’éthique féministe que Diana T. Meyers développe notamment dans son ouvrage Subjection and Subjectivity (1994), l’empathie est cependant loin de susciter la même attention chez la plupart des éthiciennes du souci des autres. L’empathie est, il est vrai, un terme à la fois ambigu (Dan Zahavi, 2012) et polysémique (Michel Dupuis, 2014). Qu’est-ce qui la distingue, par exemple, des sentiments de sympathie et de compassion ? Et en quoi, plus généralement, relève-t-elle de l’affectivité ? En quoi, par ailleurs, concerne-t-elle la réflexion morale et quel rôle, plus précisément, joue-t-elle au sein d’une éthique du souci des autres ? L’empathie est-elle un moment nécessaire au souci des autres ; mieux, en est-elle au fondement ? Pour aborder ces questions, nous croiserons deux approches qui, bien que s’ancrant dans des traditions très différentes, partagent une même attention au souci des autres : l’éthique féministe de Diana T. Meyers et la phénoménologie herméneutique de Paul Ricœur
Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance phénoménologie de la domination et de l’émancipation
Animatrice : Sylvia Duverger 
Auteure : Alia Al-Saji (Université McGill)
1 - Phénoménologie du racisme culturel : voiles musulmans, corporéité, et nature de la culture
Ces dernières années, a eu lieu un débat quant à savoir si l'on peut qualifier de « racisme » le fait de stéréotyper les musulmans dans divers contextes occidentaux (France, États-Unis ou Canada). Un compromis a conduit à employer d'autres termes comme « néo-racisme » ou « racisme culturel » afin d'indiquer la nouveauté de ce préjugé. Je poursuis dans cette intervention une double intention. Tout d'abord, il s'agit d'examiner la phénoménologie du « racisme culturel » en argumentant qu'il s'agit véritablement d'une forme de racisme. Ensuite, cependant, je questionne la politique qui consiste à décrire ce phénomène comme n'étant pas véritablement du racisme. Mon but est de comprendre à la fois le mécanisme qui sous-tend le racisme culturel et pourquoi il se méconnaît – comment il comporte une élision de lui-même comme racisme. Il s'agit de la façon dont les corps sont perçus dans le racisme culturel : une forme de racialisation qui s'appuie sur une division stricte entre nature et culture. Cette dichotomie rend possible un mode d’auto-justification où les raisons de l'intolérance et du préjugé peuvent être attribuées à des pratiques culturelles matérielles (vêtement, nourriture, comportement) plutôt qu'à des corps biologiques (couleur de peau, phénotype), masquant ainsi le processus de racialisation qui en est l'enjeu véritable. Je me concentrerai, en analysant ce phénomène, sur les attitudes et perceptions du voilement des femmes musulmanes dans les contextes nommés précédemment.
Auteure : Julie Perreault (Université de Moncton)
2 - Phénoménologie de la résistance dans le féminisme autochtone
Julie Perreault explorera la façon dont les féministes autochtones conceptualisent leur expérience de la violence coloniale, et proposera d’y voir l’expression d’une phénoménologie politique. A la croisée des pensées autochtones et féministes, leurs critiques du colonialisme explorent les relations entre les corps social, physique, émotionnel et spirituel et la dimension patriarcale de l’être historique colonial. Leur approche a notamment pour particularité de dépasser la catégorie de l’« Autre » afin d’analyser les régimes d’oppression. Les féministes autochtones développent ainsi leurs propres ontologies, épistémologies et visions du monde. Contrairement à Frantz Fanon, leur solution au colonialisme n’est pas la contre-violence, mais l’articulation de systèmes de vie et de valeurs dans lesquels la violence s’exprime autrement. Les fondements de tels systèmes se situent dans l’éthique, le rapport à soi, et le rapport à l’autre qu’il implique, suivant un schéma relationnel plutôt que binaire.
Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance Françoise Collin et conclusion
Animatrice : Sylvia Duverger 
Auteure : Diane Lamoureux (Université Laval)
1 - Françoise Collin : penser en situtions
-Il est difficile de dissocier les aspects esthétiques, philosophiques ou politiques dans la pensée de Françoise Collin. Il me semble que celle-ci retient de la tradition existentialiste le fait de penser à partir de l’événement, une idée qu’elle retrouve plusieurs années après ses études avec Merleau-Ponty chez Hannah Arendt, ce qu’on pourrait appeler également, suivant Sartre, penser en situations. Je prendrai deux exemples pour illustrer mon propos : d’une part, la réflexion que développe Collin sur les différences entre les femmes, différences qui n’excluent pas la possibilité d’une action politique féministe; d’autre part, ses interventions sur la question de la parité. Dans les deux cas, je mettrai l’accent sur les circulations entre théorie et pratique et sur la « complication » inhérente au travail du « penser », sans que cela contredise l’action.
Auteure : Eleonora Missana (Université de Turin)
2 - L’élaboration de la notion arendtienne de ‘natalité’ dans la pensée de Françoise Collin et sa contribution à la réflexion éthico-politique féministe contemporaine
Le cinquième chapitre de la monographie fondamentale que la philosophe Françoise Collin a dédié à Hannah Arendt, L’homme est-il devenu superflu ?, sera le point de départ de notre réflexion. Nous commencerons notamment par l’examen de la notion de natalité mise en lumière par Collin comme « pierre angulaire de tout l’édifice de la pensée arendtienne », c’est-à-dire comme notion centrale dans l’articulation conduite par Arendt de la Vita Activa : privé, social et politique. L’examen permet à Collin d’élaborer, d’un point de vue philosophique, quelques-unes des questions majeures ouvertes par et pour la pensée féministe contemporaine. En particulier, nous suivrons sa réflexion sur la question de la génération – et de la transmission – comme « face cachée de la démocratie », puisqu’elle rend insuffisant le principe de l’égalité des droits et rend nécessaire de mener une réflexion autour des notions d’autorité et de responsabilité dans la mise au monde et dans la construction d’un monde avec et pour l’autre. Ensuite, nous confronterons la pensée de Collin, d’une part, aux réflexions conduites sur les mêmes sujets – naissance/natalité, génération, identité/altérité – par la philosophie italienne de la différence, de la pionnière Carla Lonzi au groupe des philosophes de Diotima ; d’autre part, à la philosophe étasunienne Judith Butler, dans sa récente reprise de Arendt. Apparaît alors, tel un fil rouge dans notre parcours, la délinéation d’une éthique de l’obligation morale qui s’étaye sur l’hétéronomie et la précarité du sujet qui devient lui-même à partir de l’événement - ou l’avènement - d’un autre, déjà-là ou à venir, et toujours imprévu dans l’être et dans le temps.
Auteure : Sylvia Duverger (Paris 8)
3 - Conclusion du colloque
Conclusion du colloque
Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance phénoménologie et littérature féministes/queer
Animatrice : Sylvia Duverger 
Auteure : Thamy Ayouch (Université Paris 7)
1 - Twelfth Night, institution et passivité : de la littérature à la phénoménologie
Si la performativité désigne à l’origine une pratique discursive, la notion n’en renvoie pas moins, en anglais, au terme performance: représentation théâtrale. Twelfth Night met doublement en scène cette performativité, par la théâtralisation et sa mise en abyme, et par le jeu de travestissement (cross-dressing) dans lequel J. Butler voit une pratique performative potentiellement subversive. Dans le contexte du théâtre de la Renaissance, Twelfth Night désigne la dimension institutionnelle de la sexuation et de la sexualité, advenant toutes deux à la manière d’une reprise par l’institution de passivités inscrites dans le corps. La théâtralisation hyperbolique mise en scène dans Twelfth Night révèle donc le genre, la sexuation et la sexualité comme performativités : institutions venant reprendre des passivités, et en continuer ou en renouveler le sens. Cet outil de l’institution réactivant une passivité, d’une Endstiftung reprenant une Urstiftung, et qui devient elle-même couche de passivité, est au centre de la phénoménologie de Merleau-Ponty, où l’institution remplace la constitution husserlienne. Il permet d’appréhender l’affectivité par delà tout essentialisme naturel, en éclairant sa dimension à la fois construite et inscrite inconsciemment dans le corps. A partir d’une lecture de Twelfth Night, je tenterai de préciser de quelle manière cet entrelacs d’institution et de passivité correspond au surgissement de l’affectivité. L’incarnation de l’institution dans la littérature apparaît alors comme une praxis de la phénoménologie de l’affectivité de Merleau-Ponty. Elle permettra de voir comment l’inconscient vers lequel cette phénoménologie tend n’est autre qu’une version phénoménologique de l’affect tel que l’entend la psychanalyse.
Auteure : Audrey Lasserre (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)
2 - Cheveux longs, idées courtes » de Michèle Le Doeuff
Relecture de « Cheveux longs, idées courtes », extrait de L'imaginaire philosophique de la philosophe féministe Michèle Le Doeuff
Auteure : Marjolaine Deschênes (EHESS et Fonds Ricoeur)
3 - Discussion avec Marjolaine Deschênes sur littérature et phénoménologie autour de son roman "Fleurs au fusil"
Discussion avec l'auteure
Séance : Phénoménologie féministe francophone - Séance Beauvoir et Merleau-Ponty (suite et discussion)
Animatrice : Sylvia Duverger