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Activité : Colloque
Titre : 398 - Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports?
Responsable(s) : Audrey Laurin et Marie-Claude Gingras-Olivier
Résumé : Ce colloque vise à explorer les diverses approches et stratégies inspirés d'une posture féministe qui vise à transformer durablement l'étude et la pratique des arts visuels au Québec comme à l'international. Provenant de différents milieux artistiques et/ou universitaires, les participant.e.s de ce colloque seront appelées réfléchir (sans se limiter) aux questions suivantes : Quel est le rôle de la posture féministe dans l'étude et la pratique des arts visuels et comment les chercheuses (professionnelles et émergentes) en témoignent-elles? De quelle manière participent-t-elles à la reconnaissance d'un héritage et/ou d'une histoire féministe? Comment le sujet du féminisme est-il repensé et actualisé, depuis certaines pratiques féministes en art actuel? Quels sont les enjeux et les impacts des identités politiques en art et en histoire de l'art aujourd'hui?

Séance : Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports? - Séance 1 - Exister en théorie : incarner les savoirs féministes dans et par les arts visuels
Animatrice :  
Auteure : Gina Cortopassi (Université du Québec à Montréal)
1 - Hackers, androïdes et porno : pour une approche cyberféministe
Le féminisme est une pensée des possibles. Une « utopie pragmatique », pour emprunter les mots de Lori St-Martin, qui s’incarne dans les pratiques féministes en art actuel. Cette posture critique réside dans les tensions qu’elle instaure entre le présent et l’avenir, entre « ce qui est » et « ce qui devrait être ». L’impulsion transformatrice qui porte son énonciation est activée dans cet écart, au cœur d’une oscillation entre l’identification et la distanciation. Shu Lea Cheang, artiste multimédia d’origine taiwanaise, met en scène ces tensions en introduisant un décalage temporel propre à la science-fiction dans son œuvre performative UKI Viral Love. Présentée au Festival Sight and Sound en mai 2014, l’œuvre consistait en une séance d’improvisation musicale et numérique en direct accompagnant des extraits vidéographiques d’une performance réalisée en 2009 à Barcelone. À cheval entre la fiction cyberpunk et la production (post) pornographique, les fragments vidéo font suite au film I.K.U. (Orgasm) et se déroulent dans un futur où deux corporations rivales s’engagent à cartographier et à commercialiser le désir au moyen d’androïdes jetables. À l’occasion de ce colloque, nous considérerons cet univers science-fictionnel à la fois féministe et techno-scientifique comme genre subversif permettant de déconstruire les cyberdiscours. Nous explorerons ensuite les diverses stratégies employées par l’artiste pour faire valoir le hacker comme nouvelle figure de militance dans un monde dominé par les technologies de l’information. L’approche cyberféministe de l’artiste, traversée par les savoirs queers, s’appuie ainsi sur l’appropriation des représentations typées de la cyberculture et sur leur détournement à des fins artistiques et politiques.
Auteure : byol-nathalie kimura-lemoine (star kim project)
2 - tryptik féministik
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Auteure : Marie-Claude Gingras-Olivier (UQÀM)
3 - Fermières Obsédées et Women With Kitchen Appliances : dialogue sur l’art actuel et le(s) féminisme(s) dans le troisième millénaire au Québec
Dans le cadre de ce colloque, je propose de présenter certaines réflexions issues de la démarche méthodologique privilégiée dans mon mémoire de maîtrise intitulé Fermières Obsédées et Women With Kitchen Appliances : Le collectif comme espace dialogique de l’art actuel et de la troisième vague féministe au Québec. À partir d’un questionnement sur le rôle de la posture féministe dans l’étude et la pratique des arts visuels, je montrerai de quelle manière le choix d’une démarche itérative, qui combine l’analyse qualitative et l’analyse d’œuvres choisies, a permis de nourrir ma réflexion, tout en évitant l’instrumentalisation des œuvres et des entrevues. Ce faisant, j’expliquerai en quoi les entrevues réalisées ont contribué à la dimension performative de la posture féministe défendue dans mon mémoire. Par l’analyse de performances choisies, telles que Le marché du zombie des Fermières Obsédées (2014) et les certifications de cuisines menées par les Women With Kitchen Appliances (2004 à 2008), et en m’appuyant sur l’expertise des sujets interrogés (artistes, professionnelles de l’art et spectatrices-eurs), j’observerai la manière dont les artistes rendent visible et critiquent certains jeux de pouvoir en regard, notamment, de l’hétérosexisme et du capitalisme ambiant. Le but de cette communication sera de montrer comment les collectifs Les Fermières Obsédées et Women With Kitchen Appliances nous renseignent, par le biais de l’art, sur un certain féminisme dans le troisième millénaire, et de quelle manière les collaborations entre artistes et historien.ne.s de l’art permettent de repenser de nombreux a priori de la pratique de l’histoire de l’art, voire du milieu de l’art plus largement.
Séance : Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports? - Séance 2 - (Se) rendre visible : femmes, arts et espaces publics
Animatrice :  
Auteure : Eve Lafontaine (UQAM)
1 - Repenser les schèmes historiques et l’agentivité des femmes photographes au Québec : l’importance des théories féministes
Cette communication visera à démontrer l’importance d’une approche féministe dans l’étude des arts visuels au Québec à travers une réflexion sur l’historiographie actuelle traitant de la photographie documentaire québécoise des années 1970 et 1980. Elle montrera de quelle façon les recherches féministes actuelles peuvent renouveler les savoirs historiques sur cette période. L’analyse des divers usages sociaux des corpus de femmes photographes de l’époque illustrera la pertinence de mettre en relation le développement des perspectives féministes et du mouvement des femmes au Québec avec les pratiques photographiques du temps. Elle démontrera également la nécessité de repenser les catégories historiques et temporelles définissant le mouvement documentaire afin de réhabiliter le travail des femmes photographes au sein des discours actuels. Les suites de la Révolution tranquille ont suscité, au Québec, plusieurs enjeux importants entourant l’idée d’une construction collective de l’identité nationale. Les conceptions plurielles de cette identité seront ainsi analysées à travers les pratiques photographiques, qui sous-tendaient également plusieurs questionnements relatifs aux notions d’identité sociale et de genre. L’analyse de cette période photographique importante, en lien avec le développement du mouvement féministe au Québec, fera ainsi état de l’implication des femmes dans le développement de la photographie documentaire québécoise. Elle montrera également la pertinence de faire dialoguer la pluralité des discours féministes actuels et d’époque sur des corpus historiques et contemporains afin de questionner la place accordée aux femmes photographes ayant documenté la vie sociale et politique de cette période.
Auteure : Oriane Asselin-Van Coppenolle (UQAM)
2 - Création d’un espace mouvant : le Fourth Plinth
Que remettre en question lorsque l’on veut aborder l’art public institutionnel sous un angle féministe? La création abondamment masculine? La représentation des genres dans les œuvres d’art public? Un cas particulier d’art public m’intrigue puisqu’il semble ouvrir une porte sur une création diversifiée et non consensuelle. Le Fourth Plinth est un programme d’art public dirigé par la ville de Londres. Telle une exposition temporaire, une succession d’œuvres s’effectue sur un des quatre socles bordant Trafalgar Square, place publique au cœur de la ville. Ce roulement d’œuvres multiplie les discours dans l’espace sans les rendre fixes. Ces projets participent à créer un espace en continuelle redéfinition, plus ouvert et inclusif. À travers ces productions, nous retrouvons entre autres des œuvres remettant en question la présence dans le square de monuments à l’effigie d’hommes. Par exemple, en 2005, l’œuvre Alison Lapper Pregnant de Marc Quinn, qui représente une femme enceinte handicapée en marbre blanc monumentale, est exposée sur le socle. Abordant à la fois le handicap, la sexualité et la maternité, cette œuvre n’a pas laissé de marbre l’audience. Partageant la place publique avec des colonels de l’époque victorienne ayant participé à la colonisation au XIXe siècle, l’œuvre de Marc Quinn détonne et révèle l’absence des femmes. Quelques années plus tard, l’œuvre de Katharina Fritsch, Hahn/Cock met en scène un immense coq bleu à l’image de la domination masculine de la place publique. C’est dans la confrontation entre le lieu et les œuvres que s’instaure un dialogue en constant renouvellement.
Auteure : Elisabeth Otto (Université de Montréal)
3 - Why have there been no primitivist women artists?
Dans le discours moderniste du 20e siècle, l’art dit « primitif » était valorisé parce qu’il était considéré être complètement différent de la tradition de l’art occidental. La notion du « primitif » introduisait l’« autre » dans le discours sur l’art et était associé avec un « autre féminin » dans une culture exclusivement masculine. L’histoire de l’art féministe des années 80 et 90 (Duncan, Pollock et al.) a déconstruit le primitivisme afin de démontrer qu’il s’agissait d’une perspective sexiste, raciste et coloniale des artistes masculins de l’avant-garde européenne. Les femmes artistes de la même génération qui ont intégré des objets et des pratiques dites « primitives » dans leurs œuvres ont par ailleurs été exclues de la critique du primitivisme, étant elles-mêmes l’« autre » du monde de l’art de l’époque. Dans cette optique, travailler sur les femmes artistes primitivistes (Emily Carr et Gabriele Münter, par exemple) semble être une double, sinon une triple négation (Piper). Cet exposé propose d’en finir avec ce dilemme en utilisant les théories actuelles sur la construction identitaire, développées à l’origine pour analyser des pratiques artistiques actuelles. J’utiliserai différentes formes de théorisation des politiques identitaires, notamment les féminismes anti-coloniaux et les théories queers, comme méthodologies d’interprétation et comme lieux d’interrogation de l’histoire des représentations des femmes artistes au début du 20e siècle. Après tout, le genre est un outil d’analyse historique (Joan W. Scott) – travailler à partir de cet outil suppose donc de revisiter des concepts genrés tels que le primitivisme.
Séance : Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports? - Séance 3 - Penser les cadres artistiques et historiques : institutions, pratiques et savoirs
Animatrice :  
Auteure : Julie Bruneau (UQAM)
Le-s co-auteure-s : Michelle Paquette (Université du Québec a Montréal)
1 - Historiennes de l’art et féminisme libertaire anticolonial : des postures irréconciliables?
Partant de questionnements sur les manières possibles d’investir de politique l’histoire de l’art, nous désirons réfléchir à une façon de s’engager politiquement en tant qu’historiennes de l’art féministes libertaires. Ainsi, il nous apparaît que le dialogue entre théorie et pratique est une préoccupation centrale dans la définition de notre implication au sein de notre parcours académique. Nos expériences politiques et nos héritages socioculturels constituent la trame de cette présentation. Est-il possible de rallier nos implications féministes, anarchistes et anticoloniales à notre éducation majoritairement blanche, francophone et québécoise tout en s’investissant au sein de la discipline de l’histoire de l’art? Ce conflit prend toute sa force lorsqu’il s’agit, comme dans notre cas, de s’intéresser aux rapports entre blancs et autochtones. Nous effectuerons une critique de l’historiographie de l’histoire de l’art au Québec en analysant les discours de certains historiens considérés comme incontournables (Morrisset, Ostiguy, Barbeau). Ce faisant, nous mettrons en évidence l’intersection entre genre, race et pouvoir qui se reproduit au sein de la discipline. Nous présenterons nos travaux actuels qui se fondent sur une analyse des rapports de pouvoirs sexistes et racistes du colonialisme québécois et canadien en histoire de l’art. Ce colonialisme impose un regard étroit tant sur les représentations que sur les pratiques artistiques des femmes autochtones. Nous aborderons comment nous nous sommes positionnées politiquement au sein de notre démarche et comment celle-ci nous a transformées politiquement, notamment par le contact avec des théoricien-nes et des militant-es féministes et racisées.
Auteure : virginie Jourdain (la Centrale)
2 - De la théorie à la pratique : transformer les approches et les institutions artistiques
Le double chapeau d’artiste et de commissaire d’expositions en art actuel permet de permuter les rôles et responsabilités et d’en apprécier ou déprécier leurs rapports respectifs à l’institution, et aux critères de reconnaissance et d’évaluation. Dans un milieu de l’art majoritairement basé sur des structures hiérarchiques et académiques, insuffler un parti pris féministe et queer demande de développer certaines stratégies. À travers quelques exemples de projets passés, j’en ferais l’illustration. Basées sur des principes de pratiques expérimentales et collectives, mes expériences me permettent de dresser quelques pistes de réflexion ou du moins de poser des questions. L’enjeu qui mobilise mon intervention est la nécessité d’une plate-forme pour développer des réseaux féministes en art, structurer des solidarités et des échanges de savoirs. Quels types de regroupements/réseaux les artistes et les commissaires doivent-elles/ils inventer pour acquérir de la visibilité et de l’autonomie? Comment favoriser et valoriser nos pratiques?
Auteure : Ianna Book (Artiste)
3 - L'affirmation trans, l'art et les stratégies de diffusion
Ma contribution à ce colloque féministe porte sur les initiatives trans en art actuel. Il s'agit d'une réflexion personnelle sur le sujet en tant que femme artiste transsexuelle. L'affirmation trans représente l'enjeu principal. S'assumer et revendiquer sa réalité dans l'espace public dérange le conservatisme ambiant. Être une personne trans bouleverse l'ordre établi envers les stéréotypes de genres et la binarité qui représentent des conditionnements culturels majeurs dans notre société. Se proclamer une femme trans représente une double stigmatisation (femme + trans) et exige davantage de combat. Face à la réalité, le besoin d'expression s'avère impératif. Dans le contexte qui me concerne, l'art et l'activisme sont des terrains de jeux pour mes pulsions créatives où il est fréquent que les deux espaces se fusionnent. Ainsi, l'art en tant que moyen d'expression, criant et revendicateur, s'avère un outil important de communication porteur de changement. Il en surgit une question : comment diffuser un art trans revendicateur dans un milieu artistique non initié et représenté presque entièrement par des personnes cisgenres? Dans ce milieu où la compétition est très forte et l'espace restreint, il est pertinent de penser que les femmes trans passent en dernier. L'art revendicateur trans ne peut donc pas rayonner uniquement avec les "institutions artistiques officielles" pour être diffusé. L'écho du message artistique vers la société doit exister également par des alternatives de diffusion. C'est en transgressant les supports et les méthodes de diffusion qu'il existe d'autres avenues. Lors de mon intervention, je présente quelques exemples concrets de méthodes de diffusion alternatives tels que l'auto-publication de Trans Avenue, l'oeuvre en ligne Ok Lucid ainsi que la création de l'exposition internationale Trans Time par et pour la communauté trans et féministe.
Séance : Penser la discipline de l’histoire de l’art et les institutions artistiques sous les prismes féministes : quels apports? - Séance 4 - Les corps en chantier : Représentations et identités politiques en art
Animatrice :  
Auteure : Marianne Desrochers (Université de Montréal)
1 - La domination masculine : sexualités, chasse et boucherie
L’artiste émergente métisse/polonaise/Objibwé Dayna Danger reprend l’imagerie utilisée par la publicité et la pornographie qui associe le corps féminin à la chasse et à la boucherie. Faisant écho au travail de Jenny Saville tout en s’adressant à la communauté transsexuelle et aux individus qui refusent d’adhérer au binôme homme/femme, Danger détourne cette imagerie pour montrer comment les femmes d’aujourd’hui peuvent reprendre le contrôle de leur sexualité. Cette communication vise à révéler les théories féministes qui ont établi des parallèles entre les expériences des femmes et celles des animaux à travers une analyse comparative des œuvres de Saville et Danger. Dans un premier temps, l’étude du métier de bouchère permettra de définir les questions d’identités sexuelles et de corporalités qui rapprochent le corps des femmes de la chair animale, de sorte à mettre celles-ci en relation avec les peintures de Saville. L’analyse de l’œuvre Fulcrum (1999) montrera comment l’artiste illustre une nouvelle forme de beauté qui renverse les stéréotypes et qui ouvre la voie à une féminité plus consciemment incarnée. Dans un second temps, des théories qui relient la chasse, la sexualité, les femmes, les armes et les animaux seront mises en lumière afin d’expliciter le discours de Danger. Ainsi, l’analyse de l’œuvre Sky (2014) permettra de critiquer l’hétéronormativité tout en rappelant le discours identitaire imposé par la culture dominante. Les œuvres de Saville et Danger tentent donc de montrer comment la femme est devenue « quelque chose », comment celle-ci fut amenée à être perçue comme un objet, un produit consommable, un morceau de viande.
Auteure : Véronique Boilard (UdeM)
2 - Ironie et critique des normes de genre
Dans une démarche artistique visant une critique des normes, le féminisme et l’ironie postmoderne entretiennent d’étroites relations. L’ironie révèle et questionne, par antiphrase, l’obsolescence et l’inadmissibilité de certaines normes. Pour sa part, l’approche féministe postmoderne s’attarde, en partie, à mettre en lumière des processus sociaux d’oppression et remet en question les normes de genre engendrant ces mêmes processus. D’ailleurs, à l’instar du féminisme, l’ironie a le pouvoir d’être un militantisme permettant « d’assumer des fonctions d’analyse et de réflexion, de briser l’armature des stéréotypes, des dogmes […] et de tout ce qui entrave, non pas nécessairement le progrès social, mais la liberté de mouvement et d’évolution des membres d’une société donnée. » (Northrop Frye, 1969). Bref, chacune à leur manière, ces deux approches, en s’attaquant aux normes sociales, cherchent à déconstruire les prétendues stabilités et naturalités de ces dernières. Sans surprises, l’ironie s’avère donc un outil prisé par les artistes contemporaines ayant le désir de rendre visibles les oppressions genrées. En effet, plusieurs artistes questionnent et critiquent, avec un humour parfois grinçant, parfois noir, mais surtout subtil, les normes de genre en se munissant d’un discours visuel ironique. La présente conférence s’attardera à quelques pratiques et artistes qui exposent les effets néfastes des normes de genre par l’entremise de l’ironie postmoderne. Nous y examinerons les démarches d’artistes questionnant le corps-objet et les rôles genrés, afin d’exposer l’alliance efficace du féminisme et de l’ironie en art visuel.
Auteure : Audrey Laurin (Université du Québec à Montréal)
3 - Beautés incarnées : trouble esthétique autour des femmes artistes et de la représentation de la beauté féminine depuis 1990
Bien qu’on ait tenté d’évacuer la beauté des discours académiques sur l’art contemporain, elle ne cesse de refaire surface, particulièrement dans le champ de la philosophie esthétique. Pour cette raison, la problématique de la représentation de la beauté féminine ne peut plus être ignorée par la critique d’art féministe. Toutefois, aborder de front cette question nécessite de concevoir l’expérience esthétique non pas comme pure contemplation, mais comme une expérience encorporée qui implique l’expérience du spectateur ou de la spectatrice devant l’œuvre, ses expériences et ses connaissances ainsi que les implications politiques, psychologiques et sociales des normes de beauté et de représentations. Cette approche, nommée esthétique de la proximité, permet de concevoir notre rapport aux œuvres dans un dialogue critique qui permet de réfléchir au rôle de l’expérience esthétique dans la reconduction des normes de beauté, mais pas seulement. Pour illustrer cela, j’analyserai brièvement quelques œuvres qui soulèvent des problématiques diverses concernant notre perception de la beauté et les expériences vécues des femmes. Je m’intéresserai à Katy Grannan qui photographie des personnes dans la pose et le décor qui leur semble le plus beau. Je me pencherai ensuite sur l’œuvre vidéo Pelage (2009) d’Olivia Boudreau dans laquelle l’artiste tente de maintenir la pose pendant plusieurs heures, sans succès. Je comparerai Pelage aux célèbres performances de Vanessa Beecroft où une armée de mannequins doit rester immobile. Je m’attarderai finalement au travail de Carrie Mae Weems qui s’interroge sur l’effacement des femmes racisées dans les discours occidentaux sur la beauté.