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Titre : Mouvement des femmes, État québécois et privé à la croisée des chemins: Restructuration du pouvoir dans les groupes communautaires.
Résumé : Le contexte de désengagement de l’État dans la prise en charge des problèmes sociaux s’observe à travers des pratiques de territorialisation par l’État néolibéral et l’implication du secteur privé, notamment via la philanthropie, dans les questions sociales. Le mouvement des femmes et les groupes qui le constituent sont inévitablement touchés par cette réorganisation. Effectivement, les restructurations du pouvoir interviennent directement dans les pratiques des groupes qui ont assuré des prises en charge des problèmes sociaux. Ainsi, importe-il d’analyser les réaménagements des frontières entre privé, public, travail salarié et travail gratuit qui se cristallisent à travers la quête d'un nouveau consensus social, un passage vers une nouvelle forme de domination. C’est avec en trame de fond ce complexe rapport entre le mouvement des femmes, l’État et le privé qu’il faut comprendre cette transition. Cette proposition vise à conjuguer la problématique de la gouvernance au Québec à une analyse sur les rapports sociaux de sexe en vue d'une meilleure saisie des transformations du capitalisme. Considérant que les projets de défense des droits collectifs sont de moins en moins financés par l'État québécois, les tables de concertation en condition féminine et les groupes de défense de droits voient dans les ententes partenariales un moyen pour assurer leur survie. Ce qui se posait comme un élargissement de la participation du mouvement des femmes aux espaces délibératifs, révèle divers problèmes inhérents à cette même participation. Quelles transformations des pratiques du mouvement des femmes s’imposent au sein de ces espaces politiques ? Bref, qui décide quoi, comment ?

Auteure : Annabelle Berthiaume (Université du Québec à Montréal)
1 - Fondations privées et groupes communautaires québécois: Réflexions féministes sur une gouvernance néolibérale
La recherche incessante de renouvellement et de pérennisation du financement pour les groupes communautaires et l’explosion, en parallèle, de nouvelles pratiques des fondations privées bousculent l’action communautaire québécoise en pleine transformation (Lesemann, 2008; Depelteau et al., 2013). À partir de ma recherche portant sur les fondations comme vectrices d’introduction des pratiques du secteur privé dans le milieu communautaire, cette présentation amorce une réflexion plus large sur la conjonction entre les rapports sociaux de sexe et les dynamiques de financement. Il sera d’abord question de situer les pratiques des fondations privées dans un cadre socialement sexué, c’est-à-dire au regard du positionnement économique et social des philanthropes (Guilhot, 2006; Domhoff, Staples et Schneider, 2013) en rapport aux groupes communautaires, largement consituées de femmes, qu’elles soient membres, bénévoles, employées ou destinataires de l’action. Outre l’exposition du travail du c are au Québec, cette relation pose également la question d’arrimer un regard féministe sur le travail social communautaire, jusqu’ici largement documenté par des auteurs masculins. À la lumière de ces éléments, comment comprendre alors les différentes pratiques de canalisation des mouvements sociaux et des groupes par les fondations privées (Jenkins, 1998; Culleton Colwell, 1993)? Plus spécifiquement, qu’est-ce que cela signifie lorsqu’elles défendent l’innovation et la transformation dans le champ du social ? J’utiliserai l’exemple des “regroupements locaux de partenaires” et autres tables mises en place ou soutenues par Avenir d’enfants, Québec en forme et Réunir Réussir, trois partenariats publicprivé avec la Fondation Lucie et André Chagnon, pour illustrer et alimenter les réflexions sur ces processus de “mobilisation” pressant au consensus social.
Auteure : Maxim Fortin (Université Laval)
2 - Impacts réels et potentiels de la philanthropie d'affaire privée sur l'action communautaire autonome
Si les politiques néolibérales mises en place au Canada, au Québec et dans la plupart des pays occidentaux depuis trente ans ont facilité le retour à la croissance économique de même que la création, l’accumulation et la concentration de richesses, elles ont aussi frappé de plein fouet des pans entiers de la population, notamment les travailleurs, les minorités ethniques et, bien entendu, les femmes. Rétrospectivement, nous pouvons donc affirmer que si le néolibéralisme a augmenté les possibilités et les opportunités pour « l’homme d’affaires blanc » de s’enrichir, il a, du même coup, accentuer et renforcer les obstacles liés à la classe, à la « race » et au genre. Trois décennies plus tard, alors que la question des inégalités sociales revient dans les débats et que les conditions matérielles des classes populaires, des minorités ethniques et des femmes stagnent, régressent ou ne progressent que très peu, nous retrouvons une partie de ceux qui se sont enrichis durant les trente dernières années impliqués dans différentes initiatives philanthropiques (Gates, Soros, Buffet, etc.). Au Québec, l’initiative philanthropique de ce type la plus connue est la Fondation Lucie et André Chagnon. Bénéficiant de ressources colossales (1,4 milliard) et d’un important soutien au sein de la classe politique, cette fondation possède désormais une réelle influence sur la « gestion du social » au Québec, si bien qu’une pléiade de chercheurs (Bouchard, 2013; Depelteau, 2013; Ducharme, 2010), dont moi-même, s’interrogent maintenant sur les impacts réels et potentiels de la philanthropie d'affaire privée sur l'action communautaire autonome.
Auteure : Valérie Simard (UQAM)
3 - Tourner autour du pot le pragmatisme aux dépens de la pratique: Le cas de MobilisationTurcot
Entre 2007 et 2013, une dizaine d’organismes communautaires se rangent sous la bannièrede Mobilisation Turcot. L’annonce de la reconstruction de l’échangeur Turcot, complexeautoroutier qui traverse le SudOuest de Montréal, soulèvent alors nombre de problématiquesqui relèvent du champ d’expertise d’une diversité d’organismes oeuvrant dans les domaines de l’environnement et du développement durable, de la santé publique, de la sécurité et du logement. Par son ampleur, la mégastructure empiète sur quatre quartiers, territoires d’autant de tables de concertation, et sa reconstruction est un enjeu métropolitain. À mégaprojet, mégaconcertation. Au cours de son existence, Mobilisation Turcot a multiplié les actions, les interventions publiques et les contreexpertises, martelant l’idée qu’il était possible de faire mieux. Cette idée du faire mieux, chère aux groupes communautaires, est souvent mise en opposition à toutes formes de critiques. En refusant systématiquement de dénoncer les structures et systèmes de pouvoir que sert le transport, Mobilisation Turcot a adopté la posture que Choudry et Shragge (2011) appelle l’idéologie du pragmatisme. L’exemple de Mobilisation Turcot permet d’analyser le rapport entre concertations et luttes sociales et d’évaluer l’impact des premières sur les secondes. En se basant sur le récit d’une expérience pratique, cet exposé sera l’occasion d’évaluer l’impact qu’a eu Mobilisation Turcot dans la lutte populaire contre le projet de reconstruction de l’échangeur Turcot.
Auteure : Camille Tremblay-Fournier (Université du Québec à Montréal)
4 - La concertation, piège à cons? Bribes d’expériences régionales du mouvement des femmes québécois
Le contexte de désengagement de l’État québécois dans la prise en charge des problèmes sociaux s’observe entre autres à travers des pratiques de territorialisation décentralisée et l’implication du secteur privé dans les questions sociales. Considérant que les projets de défense des droits collectifs sont de moins en moins financés par l'État québécois, les tables de concertation en condition féminine et les groupes de défense de droits voient dans les ententes partenariales un moyen pour assurer leur survie. Toutefois, les changements apportés par la gouvernance décentralisée sont peu propices au maintien ou au renforcement des interventions des groupes de femmes en ce qui a trait à leur mission de défense des droits, en plus de tempérer le caractère critique de leur discours. Ce qui se posait comme un élargissement des espaces de participation à ces groupes par la concertation, révèle alors divers problèmes inhérents à cette même participation.