Détail ::::::
Animatrice : Liza Petiteau (UQÀM)
Titre : Identités visuelles normatives prises au jeu des dispositifs - Séance 1
Résumé : -

Auteure : samira ihajjiten (Université Mohammed V - Agdal, Université Hassan II - Mohammedia / Casablanca.)
1 - La femme dans la publicité humoristique au Maroc
De nos jours, la société marocaine est dominée par la force médiatique, assujettie aux enjeux des entreprises, des lobbies et à un marketing visant des consommateurs, non avertis parfois. Comme dans beaucoup de pays arabes, les contenus de certains spots publicitaires sont construits autour d'un marketing idéologique où le culte des apparences prône en maitre. En effet, dans les chaines marocaines nous sommes frappés par l’omniprésence des stéréotypes publicitaires, à visée cynique, sur les femmes. On constate que, même les plus anciens persistent toujours et sont restés les mêmes malgré l’évolution et le changement que connait la société. Les stéréotypes sur la gente féminine n’ont pas changé depuis la nuit des temps, c’est toujours la femme au foyer, la ménagère qui s’occupe de son foyer et de ses enfants, des rôles et des positions subalternes et infantiles qu’on lui a attribués malgré elle. En s’appuyant sur la stratégie de l’humour, certains spots tendent à ironiser implicitement la femme en l’utilisant comme objet de distraction pour faire rire, et à véhiculer des énoncés cyniques par rapport à certaines valeurs sociétales. Au Maroc, la publicité télévisée humoristique tend à faire éterniser l’esprit ‘’maison’’ présent dans l’imaginaire culturel du Marocain afin de minimiser le rôle de la femme dans la société ; la publicité devient une fabrique des identités qui restent loin de la réalité sociale, ce qui participe à la dégradation de l’image de la femme et de son statut social. Notre contribution permet de démontrer les mécanismes en usage par le discours publicitaire pour faire naitre de nouveaux stéréotypes négatifs et d’examiner leur impact sur l’imaginaire social.
Auteure : abir marsit (univ poitiers)
2 - La femme arabe comme artiste dans les photographies de Laila Essaydi, Shirin Neshat et Faouzia Hilmy
Dans les œuvres des artistes utilisant les nouvelles technologies se posent très fortement les questions d’identité : identité du corps, identité de l’image. Les rapports qui lient l’image, l’objet représenté, le sujet se transforment car l’image devient un langage spécifique, le langage des programmes informatiques. La capacité de mise en mémoire, les possibilités de simulation, d’hybridation avec le réel, de fusion des registres d’images, l’interaction à distance donnent à l’image une présence différente dans notre vie. On peut donc dire que L’image peut simuler le réel mais ne nous donne pas davantage confiance en son existence, elle est une matrice ouverte à toutes les possibilités d’interactions et de transformations. Elle n’est plus le lieu où se construit la représentation du corps de l’homme, mais elle interroge le couplage du corps et de la machine dans lequel le corps est démultiplié et perd son unité. Les artistes traduisent fascination et inquiétude pour l’ordinateur, cette ruche où s’échangent les données du réel et de l’imaginaire, où le jeu des éventualités se met en mémoire comme une somme d’informations. Dans les démarches artistiques contemporaines le corps, l’écran interrogent à travers l’image leurs points de contact. L’image fonctionne comme un réceptacle des données du réel et de l’imaginaire, sa surface devient malléable comme une peau tandis que le corps se perd dans les interfaces de la machine. Je me propose donc de donner un aperçu de ce qui s’est passé dans le monde arabe dès les années 90 au sujet des femmes, des féminismes et de l’art et surtout dans la calligraphie contemporaine. Cette présentation tend à vous montrer un choix d’œuvres réalisées qui contiennent une implication féministe. Je vais commencer par un aperçu de situation socio-historique en résumant les principaux points liés au féminisme ; puis j’analyserai les œuvres de trois artistes l’iranienne Shirine Nashat et les marocaines Lalla essaydi et Faouzia Hilmy en fonction de thématiques importantes pour ce sujet. En répondant sur ces questions : Comment se défaire de sa propre personne pour être un autre ? Dans quelle mesure l’identité est-elle le prolongement du corps ? L’extériorisation de ce qui connote la singularité ne travestit-elle pas l’artiste dans une accessoirisation de lui-même ? L’identité spécifique de l’artiste/calligraphe aujourd’hui se construit dans sa manière d’aborder le monde. Comment est-il devenu un acteur multicompétent –un spécialiste de la transversalité– qui se nourrit de son observation du monde et qui pioche dans toutes les connaissances, dans toutes les techniques à sa disposition ? Comment ces observations/ appropriations sont ensuite restituées dans des œuvres qui constituent et développent un langage spécifique ?
Auteure : Lila Roussel (Université du Québec à Montréal (UQÀM))
3 - Subversion féminine pornographique dans la fanosphère geek/otaku
Les stéréotypes sexuels, en tant que phénomènes sociaux conditionnant les rapports intergroupes ainsi que les rapports interindividuels en vertu des attributions d’appartenance des individus à un groupe, se trouvent non seulement signifiés dans les productions culturelles, mais s’y trouvent par ailleurs érigés, reproduits, réitérés, et potentiellement renforcés, déconstruits ou subvertis. L’étude du phénomène de la manifestation, de la circulation et de la reproduction sociale des stéréotypes sexuels par le véhicule de l’œuvre tant dans sa mise en forme, dans sa diffusion et dans sa réception revêt donc une importance non seulement sociale mais également politique. Une telle étude exige de parvenir à une compréhension des mécanismes en cause dans la circulation sociale des significations, mais aussi à une compréhension des processus par lesquels ces contenus trouvent prégnance. La communication proposée visera à examiner la manière dont les plateformes de subversion culturelle que constituent les espaces de production, d’échange et de circulation des fanarts/fanfics pornographiques féminins, bien que motivés généralement par des visées hédonistes plutôt que militantes, offrent néanmoins un important terrain d’expression de l’agentivité sexuelle féminine tout en fournissant un vecteur susceptible d’ébrécher l’hégémonie masculine sur le dispositif pornographique, de sorte à gruger et contribuer à éventuellement bouleverser par effet de ruissellement l’ubiquité de la perspective du « regard masculin » (male gaze) dans les représentations culturelles. Nous nous pencherons en particulier sur les phénomènes transculturels que sont les dôjinshis, fanfics, fanarts et cosplays yaoi et slash, dans leurs qualités en tant que pratiques subversives à prédominance féminine et/ou queer.
Auteure : Louise Caroline Bergeron (UQÀM)
4 - Les allées du sexe
Pour faire sens du monde, les humains le découpent et le représentent en formant ce qu’on peut imaginer comme des enclos sémantiques dans la sémiosphère : Les catégories. Un bref survol des propriétés formelles des catégories et une analyse sémiotique classique de leurs aspects (selon les axes syntagmatique / paradigmatique, synchronique / diachronique, texte / contexte, etc.) permet de constater qu’une ou la catégorie est un objet sémiotique indissociable de son processus, du procès dont elle est objet émergeant : la catégorisation. Je vais présenter en partie mon étude sociosémiotique d’un type particulièrement robuste de représentations sociales catégoriques : les stéréotypes de sexe/genre. Leur intérêt se situe dans le couplage que cette catégorie(sation) effectue entre une réalité physiologique et sa représentation culturelle. J’analyse un aspect en apparence simple de sa matérialité : la disposition des allées de jouets dans un magasin grande surface. Les allées des magasins ont un effet concret sur notre occupation de l’espace : elles orientent nos mouvements, canalisent nos déplacements. Pour la personne déambulant dans ces allées, la catégorisation est multimodale : on se déplace, elle prend forme manifeste, c’est comme si on entrait dans la boite, parmi les boites : Fille, Garçon. Je vais présenter comment est ainsi reconduite ce que Monique Haicault appelle la « doxa de sexe », soit comment la catégorisation de sexe/genre est reportée, relancée, resignifiée dans un tel espace commercial qui paraît banal mais qui est, on le verra, lourd de sens.