Détail ::::::
Animatrice : Julie Silveira (UQAM)
Titre : Identités visuelles normatives prises au jeu des dispositifs - Séance 2
Résumé : -

Auteure : Verushka Lieutenant-Duval (Université Concordia)
1 - Étude de la littérature occidentale sur l’« art érotique » publiée au cours des années 1960 et 1970 en tant que dispositif construisant la mise en image des pratiques sexuelles.
Dans son article « Rhétorique du corps : L’érotisme de l’image » (1984), l’historien de l’art René Payant perçoit la représentation de la sexualité en images comme un système de signes, où, à l’instar du mot et de la parole dans le langage, la figuration du coït s’apparente au signe linguistique et l’effet de l’image sur les spectateurs et les spectatrices est la dimension pragmatique par laquelle la sexualité illustrée devient un dispositif où ceux et celles qui regardent et l’image observée entrent dans certaines modalités de regard. Les signes de ce dispositif font pour leurs parts écho à des gestes « […] connus, déjà vus, lus, appris et repris avec soin […] » (p. 101), tels un alphabet et une grammaire sexuels. En tenant compte des enseignements de Payant et par conséquent en considérant la représentation de la sexualité en images comme un dispositif, il convient d’interroger, comme le font depuis les années 1980 de nombreuses féministes qui critiquent la marginalisation des femmes par les règles sexistes régissant la grammaire française, le dispositif de la sexualité illustrée et de vérifier s’il contient et retransmet comme le langage des inégalités et des injustices à travers une vision masculine par défaut. Les recherches menées dans le cadre de notre doctorat démontrent que l’accessibilité par tout adulte majeur aux images montrant explicitement la sexualité est relativement récente. Ce n’est en effet que depuis la seconde moitié du 20e siècle et plus précisément la période de la prétendue « Révolution sexuelle » qu’une littérature sur le thème envahit la sphère publique, grâce à l’assouplissement de la censure. Les deux décennies des années 1960 et 1970 semblent donc concorder avec un moment laxiste en Occident en ce qui a trait à la circulation des documents sexuellement explicites dans la sphère publique, lequel sera bientôt ralenti entre autres par le retour d’un climat politique conservateur et des Culture Wars aux États-Unis au cours des années 1980. Dans cette communication, nous souhaitons nous pencher sur la représentation des pratiques sexuelles telle que véhiculée par la littérature sur l’art érotique publiée en Occident au cours de cette période laxiste afin de mettre en lumière le discours retransmit par le dispositif qu’est la sexualité illustrée à l’aide de ses signes.
Auteure : Laurence Joselin (INS HEA)
2 - Images et rôles des personnages féminins en situation de handicap dans les albums de jeunesse
Partant de l’idée que la littérature de jeunesse contribue à forger les représentations sociales des enfants, cette communication interroge les images et les rôles des personnages féminins lorsque la situation de handicap bouscule les normes classiques de « féminité ». La communication s’appuie sur un corpus d’une trentaine d’albums et de courts romans illustrés francophones (et disponibles en France), pour les enfants de 2 à 10 ans, publiés de 1995 à nos jours, dans lesquels l’héroïne est porteuse d’un trouble moteur, auditif, visuel ou cognitif. A partir d’exemples, une première partie abordera la question de la visibilité/invisibilité du trouble à partir des images des albums, et s’attardera sur la spécificité de la fille porteuse de trisomie 21, qui apparaît avec des caractéristiques sexuées plus « ambigües » que les filles porteuses d’autres types de troubles. Une seconde partie abordera les rôles de ces personnages : la condition d’écolière pour certaines filles ; et pour les rares femmes en situation de handicap dans le corpus, une quasi absence de rôles de mère ou d’épouse, rôles traditionnellement dévolus aux femmes dans la littérature de jeunesse (Defrance, 2010), et une absence de rôle social ou professionnel. Ainsi, il est possible de s’interroger sur la situation liminale (Murphy, 1989) de ces femmes, ni dans la sphère privée, ni dans la sphère publique, « sur le seuil ». La discussion portera sur deux points principaux : Si l’on peut poser l’hypothèse que dans les livres diffusés en France depuis une vingtaine d’années, les représentations sociales du « handicap » se transforment, qu’en est-il d’une évolution des représentations des héroïnes dans ces mêmes livres ? Enfin, dans la continuité de Brugeilles et Cromer (2007) qui montrent l’influence du sexe de l’auteur.e dans les livres de jeunesse, la discussion interrogera le lien éventuel entre le sexe des auteur.e.s et la typologie des représentations sociales des filles et des femmes en situation de handicap.
Auteure : Nicole Pradalier (Laboratoire d'Etudes et de Recherches Appliquées aux Sciences Sociales)
3 - Comment peut-on être Toulousaine ?
La référence implicite aux Lettres Persanes de Montesquieu situe la réflexion sur le terrain des préjugés que confortent le discours de l’autorité et l’appareil formel des langues maîtresses. Une « toulousaine » est une maison typique de la ville de Toulouse, avec un patio à l’intérieur qui dessert plusieurs appartements. Une Toulousaine est une personne qui se dit « toulousaine », ou « toulousain » si c’est un homme. Nous venons de donner l’exemple d’un adjectif accordé avec un inanimé féminin sous-entendu (maison) et un animé féminin (personne). Les normes éducatives et journalistiques attribuant à l’accord masculin pluriel (et même selon l’académie, au masculin singulier) la « capacité d’inclure les deux genres », mais aussi les deux sexes, rend inaccessible tout un pan de l’information et rend confus ce qu’il en reste, autrement dit nous renvoie au silence de l’image et à sa violence. Nous avons les moyens de ne pas enfermer ni nous enfermer dans cette violence. Les « identités virtuelles normatives » sont pour nous les graphèmes (Nina Catach) suffixaux ou grammaticaux. Les « dispositifs » seront ici les logiciels de traitement de texte. En français le « genre commun » existe (ex : journaliste, architecte…), il reste à le mettre en valeur avec « l’accord commun » où coexistent les marques du masculin et du féminin. La création d’un logiciel qui l’intègre devient nécessaire, le « point d’altérité » comme marque de cet accord commun étant déjà présent dans les nouveaux téléphones.