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Titre : Manufactures familiales techniques, procréation, identification - Séance 2 - Technologies de la reproduction
Résumé : -

Auteure : Sarah Jacob-Wagner (Conseil du statut de la femme)
1 - État des connaissances sur la maternité pour autrui
La maternité pour autrui, ou ce qui est plus communément appelé le phénomène des mères porteuses, désigne la pratique selon laquelle une femme s’engage à remettre l’enfant ou les enfants qu’elle portera, après la naissance, à une ou deux personnes que l’on appelle les parents d’intention. Bien que les connaissances sur cette pratique soient limitées au Québec, quelques dizaines d’études empiriques ont été conduites sur le phénomène ailleurs en Occident depuis trente ans, principalement au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ces travaux ont surtout été menés dans les champs de la psychologie et du travail social, mais aussi de la sociologie et de l’anthropologie. La communication fera la synthèse des principaux résultats de ces recherches, en insistant sur trois aspects du phénomène : le profil des mères porteuses; les motivations qui amènent des femmes à porter un enfant pour autrui; les expériences des mères porteuses sur le plan psychologique pendant et après la grossesse. La portée et les limites de ces travaux seront discutées, de même que certaines questions importantes qu’ils soulèvent du point de vue de la recherche féministe.
Auteure : Kévin Lavoie (Université de Montréal)
2 - Quand les tiers de reproduction sont des femmes : approche relationnelle du don et enjeux féministes
L’institution de la maternité basée sur des prémisses telles « celle qui accouche est la mère » et « la mère est la femme qui accouche » est ébranlée par la procréation à l’aide de tiers reproducteurs, c’est-à-dire lorsqu’une femme (gestatrice) porte un fœtus créé à l’aide des gamètes d’une autre femme (donneuse d’ovules) et poursuit la grossesse jusqu’à la naissance de l’enfant avec l’intention de transférer ensuite ses droits et devoirs parentaux à la personne ou le couple ayant formulé le projet parental de départ (parents d’intention). Ainsi, la triade d’engendrement interroge la place des femmes qui participent au projet parental d’autrui et soulève divers enjeux mettant en débat les mouvances féministes. Dans le cadre de cette communication, je propose d’analyser les scénarios procréatifs au prisme d’une approche relationnelle du don, lequel s’inscrit dans un système de réseaux où s’entremêlent les éléments entourant la négociation de l’entente de procréation, le statut et le pouvoir des personnes impliquées, de même que les normes associées à la maternité et à la famille.
Auteure : Isabel Côté (Université du Québec en Outaouais)
3 - Les princes qui voulaient devenir une famille. Récits de la genèse familiale de pères gais ayant eu leurs enfants grâce à la gestation pour autrui.
La gestation pour autrui pose des enjeux éthiques importants, non seulement en regard des questions qu’elle soulève, mais également parce qu’elle contrevient de façon notoire aux représentations de l’« imago » maternelle. Lorsqu’en plus elle est faite pour le compte d’un couple gai, elle ne peut qu’être dévalorisée et sujette à caution. La réitération de la sacralisation de la place des femmes auprès des enfants, malgré des années de féminisme pour s’en défaire, revient au galop dans le discours entourant la question. Les arguments maintes fois utilisés pour dénoncer la pratique — l’instrumentalisation des femmes et la chosification des enfants — s’ils ne peuvent être évacués de la conversation sur le sujet, sont néanmoins particulièrement prégnants lorsque les parents d’intention sont un couple gai. La présente communication propose de faire état d’une recherche conduite en contexte québécois auprès de pères gais ayant eu leurs enfants à la suite d’une gestation pour autrui. Les résultats illustrent des histoires beaucoup plus nuancées alors que ces femmes, loin d’avoir été instrumentalisées par des couples en mal d’enfants, sont plutôt intégrées dans la genèse de l’histoire familiale. En outre, les liens unissant les couples et les femmes font état d’un projet collaboratif qui témoigne de la réelle préoccupation qu’ont ces adultes à l’égard des enfants ainsi nés.