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Titre : Manufactures familiales techniques, procréation, identification - Séance 3 - La question des origines
Résumé : -

Auteure : Françoise-Romaine Ouellette (INRS)
1 - La question des origines des adoptés et son évolution récente
La question des origines a progressivement été reformulée au cours des années. Elle a initialement été posée par les adoptés à la recherche d’informations sur leur mère de naissance, qui ont contesté la confidentialité des dossiers d’adoption. Elle a aussi été soulevée sous l’angle des droits fondamentaux de l’enfant par les organisations internationales qui ont dénoncé le fait que de trop nombreux États n’assurent pas l’attribution d’une identité légale à tous les enfants et ne protègent pas adéquatement les enfants abandonnés contre les risques de trafics, d’abus ou d’adoptions illégales auxquels ils sont exposés. Elle traverse aujourd’hui les débats concernant l’anonymat des dons de gamètes et d’embryons et la maternité de substitution, qui interrogent la place du tiers donneur dans le projet parental et la filiation de l’enfant qui en est issu. Cette communication cernera comment les manières d’appréhender la question des origines se sont modifiées au Québec depuis le début des années 1990, compte tenu de l’évolution du contexte juridico-administratif de l’adoption et des trois enjeux suivants : a) la protection de l’enfant et de ses droits; b) la construction de son identité; c) la reconnaissance des situations de pluriparenté. Il sera fait référence à des recherches qualitatives auprès d’adoptants, d’adoptés et d’experts de l’adoption menées au cours de ces quelques vingt-cinq ans, ainsi qu’aux principales propositions législatives de réforme du régime québécois de l’adoption faites depuis 2007.
Auteure : Mélanie Gourarier (LEGS)
2 - Constituer le droit des pères autour du "droit de savoir"
Récemment apparus au cœur de l'actualité médiatique en France comme au Canada, des « pères en colères » s'organisent en lobbies associatifs pour la défense de leur prérogative. Destitués de leur rôle paternel en raison d'une justice qui serait favorable aux mères, ces hommes militent pour la reconnaissance juridique et sociale d'une paternité qu'ils pensent aujourd'hui dépréciée après des décennies de combats féministes. Dans cette lutte de reconnaissance, la libéralisation des usages des tests ADN de paternité constitue un enjeu central : en France, seuls les enfants ou les mères de ces derniers s'ils sont mineurs ont le droit de requérir à l'ordonnance de l'examen génétique dans le cadre d'une procédure en recherche de paternité. En permettant le recours à cette technique en dehors des décisions de justice, ces hommes entendent établir l'indéfectibilité des filiations par l'administration de la preuve du lien. À partir d'une enquête conduite en France au sein de la cellule parisienne de la Fédération des mouvements pour la condition paternelle (FMCP), cette communication examinera la manière dont la rupture dans l'incertitude des origines paternelles peut-être mobilisée par des hommes pour constituer un droit des pères capable de rivaliser avec celui des mères qu'ils imaginent tout puissant.
Auteure : Sébastien Roux (Cnrs)
3 - Le poids des valises Production de l’identité et récit des origines dans l’adoption internationale
Le discours sur les « origines » dans la filiation est devenu central depuis une vingtaine d’années. La prise en charge institutionnelle de l’adoption reflète cette évolution, et l’encourage, en défendant une définition de la « parentalité adoptive » spécifique. D’après les discours aujourd’hui dominants parmi les professionnelles de l’aide à l’enfance (assistantes sociales, psychologues, pédiatres, etc.), un enfant adopté aurait toujours « déjà été abandonné une fois » et l’aider à retracer « ses origines » permettrait d’atténuer son traumatisme initial en unifiant ses expériences. A partir d’une enquête ethnographique conduite en 2013 dans une unité française d’accompagnement à l’adoption, la communication s’intéressera aux techniques employées pour susciter ces discours (auto-)biographiques. Nous chercherons à penser comment se formule un « avant » qui fait constamment exister un passé au présent. Qui plus est, si ces initiatives peuvent panser et soulager, elles participent de l’établissement d’un lien naturalisé avec une « mère de naissance » d’où l’enfant serait supposé « venir » et son identité procéder. Dès lors, ces récits de soi soulèvent des enjeux politiques importants quant aux politiques de l’identité qui se déploient au nom des enfants et de leur intérêt, et interrogent sur la production genrée d’une filiation inaltérable.