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Titre : Matérialité(s) des corps - Séance 1
Résumé : -

Auteure : Meriem Alaoui Btarny (UNSA - LIRCES)
1 - Des corps Gnawa en danses et en transes
La musique et la danse constituent le noyau de la vie religieuse d’une communauté au statut particulier, par rapport aux autres confréries du soufisme marocain, il s’agit des adeptes Gnawa. Communauté populaire du Maroc, les Gnawa accompagnent ceux qui sont touchés par les djins lors de nuits rituelles appelées lila. Les sacrements administrés lors de ce culte de possession, se déroulent au rythme d’un répertoire chorégraphique et musical particulier. Chez les initié.e.s, la danse des « ravis » atteste de la transformation profonde qui s’opère dans leur corps. La lila étant une performance collective, le.la possédé.e doit faire en sorte que ses mouvements soient significatifs au regard du collectif. Or, depuis quelques années les activités rituelles Gnawa évoluent dans un espace bien différent, celui du monde du spectacle. Les rythmes et les danses se sont associés à de nouveaux espaces contribuant ainsi à la production de nouvelles pratiques corporelles. L’approche ethnographique du corps en situation permet de l’appréhender au travers des postures et des gestuelles codifiés qui le produisent. Ce qui conduit à concevoir le corps genré non pas en termes essentialistes, mais comme le support de rapports construits par les acteurs et susceptibles de changements et de reconfigurations permanentes. Comment alors aborder la diversité des usages sociaux et culturels de ces pratiques corporelles vécues ? Quelles sont les règles formelles, les rapports effectifs et symboliques qui construisent ces corps Gnawa de transes en danses ?
Auteure : Catherine Bourgeois (Université libre de Bruxelles + Université des Femmes, asbl)
2 - Pelo bueno/pelo malo. La chevelure au croisement des rapports sociaux de sexe, de classe et de race
En République dominicaine, comme dans d’autres sociétés post-esclavagistes (Labelle, 1987 ; Bonniol, 1990 ; Cunin, 2004), subsiste le préjugé de la couleur (hérité de l’époque coloniale) qui pousse les personnes à la peau foncée à recourir à des stratégies sociales pour paraître plus claires. Ce préjugé s’appuie sur un vocabulaire coloriste décrivant le continuum des phénotypes physiques, ainsi que sur des stéréotypes relatifs à l’identité sociale des individu.e.s et associés aux trois phénotypes principaux (blanc, mulâtre et noir). Le préjugé de la couleur s’étend à la chevelure qui, selon sa texture, est classée en deux catégories principales auxquelles sont associés des jugements de valeur : pelo malo (cheveux crépus/frisés) et pelo bueno (cheveux ondulés/lisses). La chevelure catégorisée comme « pelo malo » fait alors l’objet de commentaires extrêmement normatifs visant à l’adoption de coiffures considérées comme « socialement efficaces » (Goffman 1975). Plus encore, certaines coiffures sont fortement proscrites dans certains secteurs (écoles, administrations publiques, sur le lieu de travail, etc.). À partir de recherches ethnographiques menées dans des salons de coiffure en milieu populaire dominicain, cette communication s’intéressera aux discours sur la chevelure des femmes (plus particulièrement visées par ces discours et ces interdictions), aux normes esthétiques, « raciales » et de genre que ces discours dessinent, aux stratégies de « couverture » que les femmes adoptent pour diminuer certains stigmates (noirceur et pauvreté principalement) et aux effets de l’exposition des cheveux crépus dans l’espace public sur la vie de celles qui « transgressent » ces normes.
Auteure : Solène Froidevaux (Université de Lausanne)
3 - Cibler les corps : pratiques du tir à l’arc et du tir au pistolet en Suisse
Si l’étude des pratiques sportives dans une perspective de genre s’est développée dès la fin des années 1970 (Laberge, 2004), peu voire pas de travaux – à ma connaissance dans la recherche anglo-saxonne, francophone et allemande – qui adoptent cette approche ont traité de l’exercice du tir à l’arc et du tir sportif. Pourtant, je postule que ces deux activités, notamment de par les objets qu’elles nécessitent et par les croyances qui les entourent – comme celle d’ « activité virile » - peuvent être des terrains propices à aborder et à comprendre la production de corps genrés. Je tenterai donc dans cette communication et à partir de mes premières observations de terrain, de réfléchir à la faisabilité et à l’intérêt sociologique de mener une ethnographie du corps en action et en situation, tout en portant une attention à la matérialité des corps comme de l’environnement entourant l’exercice. J’aborderai notamment les rapports à l’objet (l’arc et l’arme) qu’entretiennent les pratiquant.e.s, la prégnance d’une culture matérielle propre à chaque activité, la monstration de certains corps et les représentations qui leur sont liés ainsi que les diverses performances (de genre, de classe, de race, etc.) qui peuvent être rendues visibles par la pratique. Je me pencherai également sur les spécificités du contexte suisse, dans lequel il existe une forte tradition du port et de l’usage de l’arme chez les hommes adultes dans le cadre du service militaire obligatoire. Quant au tir à l’arc, il est encore souvent rattaché à une figure mythique de nationalité suisse, Guillaume Tell mais plus encore à un lien entre l’humain et la nature.