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Titre : Matérialité(s) des corps - Séance 3
Résumé : -

Auteure : Valentine Gourinat (Université de Strasbourg)
1 - Le genre et la prothèse : comment l'appareillage des corps amputés donne à penser l’identité de genre
Cette intervention a pour objectif d'étudier les implications que peuvent entrainer l'identité de genre des patient(e)s amputé(e)s dans la façon dont leur prothèse est perçue et acceptée tant par eux.elles-mêmes que par leur entourage ou plus largement encore le grand public. Vit-on l'appareillage prothétique de la même façon selon qu'on est un homme ou une femme ? La situation corporelle d'un(e) amputé(e) appareillé(e) homme ou femme est-elle perçue et considérée de façon équivalente par autrui ? Pour répondre à ces questions, nous mettrons en place une analyse critique des représentations, discours et imaginaires collectifs que l'on peut observer autour des personnes porteuses de prothèses externes. Nous mettrons en perspective les problématiques et représentations individuelles des patient(e)s amputé(e)s, qu'ils soient hommes ou femmes (des observations de terrain et entretiens menés avec des patients d'un centre de réadaptation strasbourgeois serviront notamment de base de données à cette étude) avec le traitement médiatique qui est fait de ces mêmes corps appareillés. Nous analyserons ainsi quelques cas médiatiques représentatifs des stéréotypes genrés (tels que l'idée d'un homme fort et performant et d'une femme belle et séductrice, par exemple). Il s'agira ainsi de démontrer non seulement la manière dont les images collectives des corps appareillés contribuent à entretenir les stéréotypes de genre mais aussi, à la lumière de mon terrain, de questionner les conditions objectives de cette stéréotypie.
Auteure : Julie De Ganck (Université Libre de Bruxelles)
2 - Du sang et des lames. Pour une histoire socio-émotionnelle des usages du scalpel en médecine
Les lames ont joué un rôle non négligeable dans l’histoire de la médecine et de la différenciation de ces sous-ensembles disciplinaires. Au même titre que d’autres outils d’investigation et de travail, tels le microscope, le spéculum ou le stéthoscope, les divers couteaux utilisés dans le contexte de l’apprentissage et de la pratique de la médecine participent de la constitution des frontières professionnelles. Pour faire un usage légitime des scalpels dans la pratique des dissections, des autopsies et de la chirurgie, les utilisateurs doivent posséder aussi bien des connaissances techniques et théoriques que le tempérament psychophysique adéquat. Les lames ouvrent les corps morts et vivants pour en révéler les secrets : les corps sont démembrés, le sang coule. La possession d’une forte personnalité morale est donc jugée indispensable à toute personne pratiquant ces opérations. Les femmes furent considérées au 19e siècle comme ayant un tempérament incompatible avec ces pratiques. Rares étaient celles qui transgressaient cette frontière ‘psycho- professionnelle’ pour s’adonner à la chirurgie opératoire. Dans cette communication, je m’interrogerai notamment sur le faible taux de féminisation de la chirurgie contemporaine. S’explique-t-il par la permanence ou la reconfiguration des savoirs biologiques attribuant une plus grande ‘affectabilité’ aux femmes ? Est-ce que d’autres pratiques professionnelles qui nécessitent l’emploi de couteaux et où les femmes sont largement présentent peuvent nous aider à comprendre ce phénomène ?
Auteure : Vanessa Brandalesi (Université de Lausanne)
3 - Le corps maternel des non-mères
Le corps maternel, la grossesse ainsi que l'existence d'un instinct maternel propre aux femmes, le désir d'enfant ainsi que la sensibilité face à des enfants en bas âge, sont quelques-uns des stéréotypes qui entourent la transition à la maternité. Ces stéréotypes ont fortement été remis en cause par les féministes qui avancent l'explication d'une construction sociale due à la naturalisation du corps des femmes comme un corps reproducteur. A partir d'une recherche sur les femmes sans enfant dans le contexte helvétique, mon intervention se centrera sur la présentation de l'analyse de contenu des registres discursifs mobilisés par les femmes sans enfant pour se revendiquer de la catégorie « femme ». En effet, l'absence d'enfant chez les femmes questionne leur rôle et leur corps dans un régime de genre. Les premières analyses semblent montrer que l'ambiguïté qui persiste est le besoin de se positionner par rapport à la définition normative de l'identité de genre. L'étude du discours sur le corps non maternel semble démontrer que le corps des femmes reste maternel quoi qu'il en soit.