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Titre : Les nouvelles techniques de reproduction dans la société globale : un nouveau défi pour les études de genre - Séance 1
Résumé : -

Auteure : Laurence Tain (Université Lyon 2, Centre Max Weber)
1 - Savoirs et expériences autour des nouvelles techniques de reproduction : enjeux féministes
Le corps reproducteur est un enjeu essentiel de la dynamique de genre comme l’ont montré les mobilisations féministes autour de revendications sur « notre corps, nous-mêmes ». Comment revisiter aujourd’hui ces problématiques d’un point de vue féministe avec le développement transnational des technologies ? Cette contribution s’appuie sur l’expérience française observée de différentes façons : analyse d’un millier de dossiers hospitaliers, d’une centaine entretiens, de 2 500 questionnaires. Ces recherches montrent que les reconfigurations du genre s’articulent avec d’autres processus sociaux : le pouvoir médical, la hiérarchie sociale, les rapports géopolitiques de la société globale. À côté des dominations héritées du passé, cette communication identifie l’émergence de nouvelles inégalités qui surgissent avec l’usage technologique transnational et simultanément l’élargissement du champ des possibles. Quel bilan féministe ressort de cette nouvelle donne ? Observe-t-on une permanence ou une transformation des rapports sociaux de sexe ? J’évoquerai de situations concrètes comme les conflits au sein du monde médical concernant les règles et/ou les pratiques relatives à l’âge, les usages différenciés des techniques selon l’appartenance sociale, l’expérience des circuits transfrontières liés aux dons de gamètes et aux configurations plurielles de fabrication d’enfant. Les études de cas amènent à nuancer le diagnostic : dans quelle mesure l’émancipation ou l’aggravation de la domination de genre dans le domaine de la reproduction humaine est-elle liée à la position sociale ? Dit autrement, les nouvelles techniques reproductives bénéficieraient-elles à certaines au détriment d’autres ?
Auteure : Enrica BRACCHI (Université de Nantes)
2 - La procréation en Italie entre tradition et modernité
Les (nouvelles) techniques de reproduction se situent entre tradition et innovation, entre public et privé. Et la procréation, qui est la condition préalable à la transmission de la tradition, est devenue un lieu d’innovation radicale (Gensabella Furnari, 2005) grâce aux avancées médicales. De plus, la possibilité d’utiliser des gamètes de donneurs (peut-on les appeler pères ?) et donneuses (peut-on les nommer mères ?), des embryons et des utérus de mères (« mères » dans quelle acception du terme ?) de substitution bouleversent les liens symboliques ― véhiculés par la tradition religieuse, sociale et familiale (Moneti Codignola, 2006) ― entre le(s) géniteur(s) et l’enfant généré et les frontières des identités de genre se redessinent (Lombardi, 2013). En Italie, ce n’est qu’en 2014, dix ans après l’entrée en vigueur de la très restrictive loi n. 40-2004, que la Cour constitutionnelle a déclaré l’illégitimité constitutionnelle de l’article 4 de cette même loi, autorisant désormais les couples atteints de pathologies causant une stérilité ou une infertilité absolues et irréversibles à avoir accès à une fécondation hétérologue. Plusieurs Régions ont recommencé ― avant l’entrée en vigueur de la loi n. 40-2004 la Péninsule avait été un pays d’accueil pour des futurs parents incapables de procréer sans l’aide de la science ― à pratiquer cette technique grâce à des « tiers ». En l’espace de quelques mois, l’Italie est passée de la tradition à la modernité en matière de procréation assistée : de quelle manière relèvera-t-elle les nouveaux défis (juridiques, sociaux, sociétaux, identitaires, linguistiques…) qui vont se dessiner ?
Auteure : Marie-Blanche Tahon (Université d'Ottawa)
3 - Procréation assistée, avortement et « médecine de famille » au Québec
Ma communication reposera sur l'adoption du projet de loi 20 ("Loi édictant la Loi favorisant l'accès aux services de médecine de famille et de médecine spécialisée et modifiant diverses dispositions législatives en matière de procréation assistée") qui devrait avoir lieu d'ici la fin du printemps à l'Assemblée nationale du Québec. Dans une 1e partie, je retracerai les hauts et les bas législatifs de la procréation assistée au Québec depuis 2002. Dans une 2e partie, je mettrai en évidence combien la gestion financière de la procréation assistée, bien qu'elle ne soit pas identifiée en tant que procréation médicalement assistée, tend à oblitérer les questions politico-anthropologiques qui l'entourent. En conclusion, en fonction des résultats de la session parlementaire, j'évoquerai le spectre de restreindre l'accès à l'avortement libre et gratuit qui plane sur l'accès aux services de médecine de famille.
Auteure : christèle Fraïssé (Université de Bretagne Occidentale)
4 - Hétéronormativité et ouverture de la PMA aux couples de femmes en France
En France, depuis mai 2013, le mariage est ouvert aux couples de même sexe mais la procréation médicalement assistée (PMA) demeure fermée aux couples de femmes les plaçant dans une situation d’inégalité avec les couples hétérosexuels. Cette situation laisse transparaître l’hétérosexisme défini comme un processus de promotion de l’hétérosexualité au détriment des autres formes de sexualité, et son corollaire l’hétéronormativité entendue comme une pression normative à l’hétérosexualité fondé sur une différence des sexes naturelle et complémentaire. La famille apparaît comme un des domaines provilégiés d’exercice de ces deux processus et en particulier de l’hétéronormativité ; la différenciation sexuée étant pensée comme l’élément fondateur de la famille. C’est pourquoi la famille homoparentale a du mal à être représentée comme une famille, en particulier avec la PMA car le couple homoconjugal peut être envisagé comme le couple géniteur de l’enfant, contrairement à l’adoption ou à la recomposition familiale où les deux peuvent être distingués. Dans le cadre homoparental, la PMA rendrait ainsi plus difficile la réintroduction de la différenciation sexuée. Afin d’examiner cette problématique, nous avons recueilli des commentaires d’internautes débattant sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes en France, publiés sur des sites de journaux nationaux. L’analyse de ces commentaires par le logiciel Alceste donne quatre classes. Parmi elles, deux révèlent, dans les argumentations des locuteurs défavorables ou favorables à l’ouverture de la PMA, l’importance de la différence biologique entre les sexes avec un usage spécifique de l’idée d’adoption, ainsi qu’un questionnement sur la fertilité/stérilité des couples et des individus.