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Titre : Les nouvelles techniques de reproduction dans la société globale : un nouveau défi pour les études de genre - Séance 2
Résumé : -

Auteure : Martine Gross (CNRS)
1 - Tiers de procréation et désignation des liens dans les familles homoparentales
Dans cette communication, nous explorons les représentations de la parenté à l’œuvre chez les hommes et les femmes qui fondent une famille homoparentale à l’aide d’un tiers de procréation. Nous nous pencherons sur deux questions. La première est celle des termes d’adresse et de désignation des liens. Dans la mesure où jusqu’en 2013, il n’était pas envisageable d’être deux parents de même sexe du point de vue du droit, comment se désigne-t-on et comment se fait-on appeler quand on n’est pas un parent statutaire ? La deuxième concerne les termes utilisés quand on parle des personnes, donneurs et donneuses de gamètes, gestatrice, ces tiers de procréation qui contribuent à donner la vie à un enfant sans en être un parent. Nous examinerons l’articulation entre les discours tenus à propos des tiers de procréation et les termes d’adresse ou de désignation du lien. Pour conclure, nous nous interrogerons sur les différences mises en évidence des hommes et des femmes dans la manière de désigner ou de considérer les tiers de procréation.
Auteure : Virginie Rozée Gomez (INED)
2 - La GPA en Inde : quand la performance du corps reproducteur devient un travail
Dans cette communication, nous aborderons la question de la Gestation pour autrui (GPA) sous l’angle du travail. Nous montrerons que la GPA, comme activité reproductive rémunérée via une optimisation de la performance du corps, cadre en théorie avec la définition, certes très ample, du travail. A partir d’une étude de terrain menée en Inde pendant deux ans, nous avons observé que la GPA était dans la pratique organisée comme un travail, à travers le « recrutement » des gestatrices, l’organisation et le déroulement de la grossesse, la rémunération, les règles, indemnités, primes, etc. Mais il n’en reste pas moins un travail socialement dévalorisé, tabou et dégradant pour les femmes. La GPA en Inde serait alors un « sale boulot » (« dirty work »), pourtant valorisé par les gestatrices elles-mêmes. L’intérêt de cette approche théorique de la GPA comme (sale) travail est de montrer que, au-delà d’une exploitation, souvent dénoncée, des femmes et de leurs corps, la GPA en Inde peut apparaît comme un travail exploité, décrit comme un choix par défaut à défaut d’autres choix, par les ouvrières de la reproduction. Cette approche permet également de s’interroger sur les raisons qui font que ce travail-là est beaucoup plus controversé que le sont d’autres activités engageant (menaçant ?) le corps d’hommes et de femmes.
Auteure : Delphine Lance (EHESS)
3 - La place de la femme et de son corps dans le processus de gestation pour autrui (Ukraine - USA)
La gestation pour autrui (GPA) est une technique de procréation médicalement assistée, qui permet à une femme – nommée communément mère/femme porteuse, ou surrogate – de porter un fœtus pour un couple ou une personne seule dans l'incapacité physique ou psychologique de mener à bien une grossesse. Cette pratique suscite de nombreuses controverses dans le champ des études féministe (Gena Corea 1985, Janice Raymont 1992, Helena Ragone 1994) Les discussions portent notamment sur la place occupée par la surrogate, sur une possible exploitation des femmes, et s'accompagnent d'une réflexion sur une utilisation acceptable du corps – son propre corps et celui d'autrui. A partir du discours de femmes porteuses nord-américaines et ukrainiennes, nous réfléchirons aux questions d'instrumentalisation du corps et d'exploitation tout en interrogeant la possibilité d'émancipation. Nous exposerons alors le profil sociologique et les conditions matérielles dans lesquelles se trouvent les femmes qui acceptent de porter un enfant pour autrui, et réfléchirons aux conditions acceptables. Nous interrogerons ensuite le rôle que ces femmes assignent à leur corps et la perception qu'elles en ont. Du corps nourricier au corps incubateur, nous verrons qu'il existe différentes façons d'appréhender son corps et ses éléments dans un processus de GPA. Tout au long de notre exposé, nous ferons dialoguer discours féministes – en faveur ou défaveur de la GPA – et discours de femmes porteuses. Cette mise en dialogue permettra de confronter le discours scientifique aux pratiques et d'interroger le rapport qui peut exister entre liberté, autonomie et gestation pour autrui.