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Animatrice : Lori Saint-Martin (Université du Québec à Montréal)
Titre : Actualité du matérialisme - Séance 1 - Matérialisme, la nouvelle vague
Résumé : Précédé d'un mot d’accueil : par Anne-Marie Devreux, Directrice de recherche, Cresppa-CSU

Auteure : Anne-Marie Devreux (CNRS)
Le-s co-auteure-s : Michèle Ferrand (CNRS)
1 - Matériel et symbolique dans l’analyse des rapports sociaux de sexe
Roulées au creux des « vagues » du féminisme, les identités, subjectivités, sexualités, masculinités, hégémoniques ou pas, ont fini par déposer des sédiments épais de symbolique sur les fondements matériels de la domination des femmes par les hommes. Revenant sur ce que signifiait dans les années 70-80 et ce que signifie aujourd’hui une approche matérialiste et nous appuyant sur nos travaux personnels comme sur les apports des collectifs auxquels nous avons participé, nous rendrons compte de la robustesse toujours actuelle de l’analyse en termes de rapports sociaux de sexe, notamment dans leur aspect dynamique. S’inscrivant dans la continuité des premières analyses féministes matérialistes, le cadre d’analyse des rapports sociaux de sexe s’est constitué en prenant d’emblée et simultanément en compte les dimensions idéelles et matérielles de leur reproduction. Aujourd’hui comme hier, ces analyses concernent des terrains de recherche très diversifiés et plutôt que de parler d’une désaffection pour certains objets de recherche, comme le travail, il faut prendre acte de leur redéfinition, comme celle qu’introduit le care. D’autres objets, comme la sexualité, suscitent beaucoup d’intérêt, mais ne peuvent jamais révéler à eux seuls l’entièreté du fonctionnement des rapports sociaux. Quant au succès du thème des subjectivités et des constructions identitaires dans les analyses du genre, ne peut-on le lier à celui des théories de l’individu et du soi, corrélatif au déclin, dans les sciences sociales, des explications de la domination (de genre) en termes de classes (de sexe) ?
Auteure : Artemisa Flores Espinola (CNRS)
2 - Donna Haraway: un féminisme matérialiste et postmoderne est-il possible?
Donna Haraway est l'une des figures les plus emblématiques du féminisme postmoderne anglophone. Son influence dépasse nettement les milieux féministes pour s'exercer plus largement dans le champ des études des sciences. Dans ses premiers écrits, elle s'engage pour un féminisme socialiste et matérialiste tout en refusant les postures constructivistes radicales postmodernes. Dans cette perspective, la présente communication propose de réfléchir aux défis auxquels se heurtent les féministes matérialistes postmodernes. A cet effet, je proposerai une lecture critique des deux tournants qu'on peut relever au sein du féminisme de ces dernières décennies. D'une part, le « tournant postmoderne » et, d'autre part, le « tournant matérialiste » observé aujourd'hui dans les courants postmodernes et queer. Je soutiendrais l'idée que les féministes matérialistes n'ont pas attendu le développement de certains contextes historiques donnés à la fin des années 1980 et au début des années 1990 (comme par hasard aux États-Unis) pour analyser les mécanismes de la domination. La notion de consubstantiabilité des rapports sociaux a notamment permis de repenser la multiplicité des expériences des femmes et les questions de sexualité ont occupé une place importante chez les intellectuelles féministes dès les années 1970. Plus que jamais, le pouvoir explicatif du matérialisme, non seulement comme outil conceptuel de compréhension des rapports sociaux, mais également en tant qu'outil permettant la coalition des luttes, est un sujet d'actualité pour le féminisme.
Auteure : Gail Pheterson (CNRS-Université Paris 8)
3 - Les fractures dans la classe des femmes
L'histoire interne du féminisme pourrait s'écrire comme une lutte entre femmes. Tout comme d'autres mouvements de résistance, les stratégies féministes libératoires dépendent des revendications collectives pensées et mobilisées au-delà des frontières. Pour les féministes, la signification et le croisement de ces frontières sont devenus les axes centraux des réflexions académiques. Théoriquement, le sexisme s'analyse de moins en moins en tant que système cohérent de domination. Considérer les femmes comme une seule classe va à l'encontre des rapports de pouvoir historique et matériel entre elles. Ces rapports sociaux sont le fondement d'antagonismes profonds et de circonstances radicalement hiérarchisées ; ils coexistent, néanmoins, avec un arsenal de pratiques et d'idées spécifiques à l'appropriation des femmes par les hommes. Les différences entre personnes de sexe féminin ne découlent pas seulement de leurs multiples positions sociales, mais aussi des mécanismes insidieux qui les isolent et les rendent complices des hommes auxquels elles appartiennent. Déchiffrer et contester la fibre transversale de la subordination sexiste dépendent d'une alliance subversive entre femmes. La stérilisation forcée et la grossesse forcée (refus d'avortement) ne visent pas les mêmes femmes, mais le mécanisme de contrôle est identique. Cette présentation examinera la fonction et le fonctionnement politiques des fractures entre femmes dans des contextes précis et apportera un regard critique sur les tendances actuelles à écarter l'étude poussée des rapports sociaux de sexe.