Détail ::::::
Animatrice : Sandrine Ricci (UQAM)
Titre : Actualité du matérialisme - Séance 2 - Travailler sur la matérialité de la domination
Résumé : -

Auteure : françoise de Barros (Université Paris 8)
Le-s co-auteure-s : Severine Sofio (CNRS)
1 - Des corps de papier : rapports sociaux de sexe et matérialité de la domination dans les archives
Cette communication souhaite revenir sur les usages du féminisme matérialiste dans la mise au jour des rapports sociaux de sexe et de leur évolution au cours d’une époque historique donnée. Le focus sur les pratiques, les comportements et les actions des individus est ici à opposer à une attention exclusive aux approches discursives du genre qui peuvent être fallacieuses lorsqu’on travaille sur des archives. L’objet de cette intervention sera double. Il s’agira de revenir, d’abord, sur les manières dont on peut éclairer les pratiques sociales passées et la réalité des dominations à partir d’archives administratives. On aborde en effet les archives en tant que traces résultant de pratiques sociales spécifiques auxquelles il est impossible aujourd’hui d’avoir accès autrement. Le recours aux archives ne permet donc pas uniquement d’analyser des pratiques mais de les dévoiler. La matérialité des archives attire également l’attention sur un acteur singulier de ces pratiques sociales : l’Etat, en tant qu’il suscite un certain type de comportements de la part des agents enquêté-e-s, mais aussi en tant qu’il filtre, via les pratiques archivistiques, notre rapport contemporain aux comportements passés. Nous montrerons, ensuite, comment l’attention au passé (et notamment sur la longue durée) est le meilleur moyen de mettre en évidence le caractère dynamique des rapports sociaux de sexe, en recourant à l’idée d’ « espace des possibles » en matière de comportement sexué. Cette communication s’appuiera sur deux recherches, l’une sur les peintres travaillant pour l’administration des beaux-arts dans les années 1820-1840 , l’autre sur les fonctionnaires de l’Algérie coloniale dans les années 1930-1960.
Auteure : ANGELIKI DRONGITI (CSU-CRESPPA)
2 - Une femme parmi les hommes ; une sociologue parmi les militaires
Je mène ma recherche doctorale sur le suicide des appelés de l’armée de terre grecque et plus précisément sur les facteurs liés au genre et aux classes sociales. A l’été 2014 j’ai réalisé mon enquête de terrain sous le statut de stagiaire dans un hôpital militaire psychiatrique en Grèce. Cette expérience à la fois pénible et riche en données constituera le cœur de cette communication. Son objectif est d’analyser le vécu de ce terrain particulier : d’une part être femme dans une « institution totalitaire » réservée aux hommes et qui prétend masculiniser les jeunes grecs et d’autre part être sociologue dans un établissement où le pouvoir est monopolisé par les militaires. Sous le prisme des rapports sociaux de sexe j’expliquerai les rôles que j’ai joué sur place – consciemment ou pas – et je mettrai en question les comportements des protagonistes du terrain envers moi. Une femme parmi les hommes. Dans un paysage mâle où les stéréotypes du rôle masculin les plus banals se manifestent en chair et en os et où la virilité accapare l’atmosphère, je ferai parler la « place de femmes » comme je l’ai goutée : la domination masculine absolue légitimée par l’Etat. Une sociologue parmi les militaires équivaut à une extraterrestre parmi les humains. Je montrerai, que lorsqu’on arrive dans un tel univers avec des bagages qui ne garantissent pas notre acceptation par le milieu, notre place de dominée est déjà réservée. C’est encore pire, quand la seule image de la sociologie y est celle des appelés sociologues employés pour faire des études au sein de l’armée.
Auteure : Chiara Quagliariello (Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris)
3 - Mise au jour du matérialisme dans l’expérience de maternité des femmes sénégalaises en exil
Le comportement reproductif des femmes étrangères, surtout lorsqu’il s’agit des femmes d’origine africaine, est souvent associé et/ou réduit à une question d’ordre culturel. Or, l’une des évidences qui a émergé durant mon enquête de terrain auprès des femmes sénégalaises qui habitent le territoire du Val d’Elsa (Italie), est l’exigence d’analyser leur expérience de maternité par le biais d’une prospective matérialiste. Cette exigence s’est imposée autour de trois éléments. Tout d’abord, la division sexuelle du travail au sein de la communauté où le domaine des femmes est la sphère reproductive. En deuxième lieu, les rapports de domination entre femmes au niveau transnational, soit les pressions exercées par les belles-mères et les coépouses qui habitent au Sénégal. Enfin, les modèles de naissance attendus et rencontrés dans le service de maternité où elles accouchent en Val d'Elsa. L’attente partagée est une expérience d’accouchement médicalisé à l’occidental, c’est-à-dire un modèle d'assistance réservé, au Sénégal, aux patientes des cliniques privées. Á l’inverse, la représentation des migrantes sénégalaises comme des femmes plus proches de la « nature » se traduit dans le choix des professionnels de leur proposer une assistance de-technicisée, soit le modèle d’accouchement dit naturel. La résistance et le conflit qu’en résultent constituent une preuve éclairante de l’actualité du matérialisme dans les études de genre. Les rapports sociaux de sexe, de classe et de race subit par les protagonistes de mon étude nous en offrent un témoignage éloquent.