Détail ::::::
Animatrice : Sylvie Morel (Université Laval)
Titre : Actualité du matérialisme - Séance 3 - L’économie des rapports sociaux de sexe
Résumé : -

Auteure : Aurélie Fillod-Chabaud (Université de Bourgogne)
Le-s co-auteure-s : Muriel Mille (Centre Maurice Halbwachs, CNRS); Julie MINOC (PRINTEMPS, UVSQ)
1 - Justice familiale et invisibilisation de la valeur du travail féminin
Se séparer n’implique pas forcément un passage devant la justice, mais de plus en plus de couples – mariés ou non – judiciarisent leur séparation pour entériner des accords, régler des conflits en lien avec la prise en charge des enfants et/ou les conséquences économiques et matérielles de leur rupture. Des couples de toutes les classes sociales sont donc susceptibles de passer devant un juge aux affaires familiales, dans des litiges opposant systématiquement un homme à une femme (jusqu’à l’ouverture du mariage et de l’adoption aux conjoints de même sexe en 2013). Une enquête collective conduite dans 4 tribunaux français a conduit à examiner comment la justice familiale traite alors des inégalités entre hommes et femmes. A travers la masse des dossiers et la routine des affaires, les juges aux affaires familiales sont en effet amenés à reconduire une division sexuée du travail domestique et parental. Loin d’aplanir les rapports de force ou de domination au sein des couples, la justice familiale méconnait la valeur du travail féminin, en particulier au moment de l’attribution – majoritaire – de la résidence des enfants chez les mères. Qu’il s’agisse de fixer une pension alimentaire, un droit de visite ou une prestation compensatoire, l’absence de discussion des inégalités de genre dans la répartition des tâches domestiques et parentales, au sein de l’institution judiciaire, contribue à maintenir l’invisibilité et la gratuité du travail domestique féminin au-delà des séparations conjugales.
Auteure : Isabel Boni (Centre Maurice Halbwachs)
2 - Pratiques capitalistes et régimes de genre. Une comparaison entre firmes dans le conseil en management
La communication s’appuie sur une recherche doctorale portant sur les régimes de genre dans un espace professionnel et marchand en expansion, le conseil en management. Nourrie par des recherches documentaires, la collecte et le traitement de données quantitatives, des observations ethnographiques et la conduite d’entretiens avec des dirigeant-e-s et des salarié-e-s, elle interroge la contribution concrète des pratiques capitalistes des firmes de conseil à la production du genre. La communication compare d’abord l’histoire actionnariale et les circuits de pouvoir et d’appropriation des profits en vigueur dans trois firmes de conseil, envisagées comme trois exemples idéal typiques en terme de pratiques économiques. Elle explore ensuite le potentiel d’exclusion plus ou moins sévère de ces configurations d’entreprise par rapport à l’entrée de femmes au capital et la façon dont ces mécanismes économiques produisent le genre de façon différenciée. Il s’agit en particulier de s’intéresser aux processus récurrents de renouvellement et d’ouverture du capital, en repérant différentes stratégies pour privatiser et protéger une rente économique et la dimension genrée de ces stratégies. La communication ouvre enfin en conclusion sur les pistes qu’une telle recherche invite à explorer dans le domaine des recherches féministes sur le capitalisme.
Auteure : Mona Zegai (CRESPPA-CSU)
3 - Luttes féministes « connectées » contre le marketing sexué du jouet
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Auteure : Karim Hammou (CNRS)
Le-s co-auteure-s : NAUDIER Delphine (ANEF)
4 - Division sexuelle du travail et intermédiaires des industries culturelles
Les industries culturelles, ici le monde de la musique et du cinéma, sont des lieux de production et de commercialisation des biens symboliques. Bien qu’elles obéissent en partie à des logiques économiques inversées, ce sont des organisations du travail où l’on observe la fracture habituelle au sein des sociétés capitalistes entre détenteurs du capital et pourvoyeuses et pourvoyeurs de force de travail. Cette fracture s’accompagne pourtant d’une profusion d’intermédiaires, assurant la rencontre entre capital et travail, élaborant l’image des travailleuses et travailleurs de la culture pour en permettre la marchandisation, intensifiant la valorisation des produits de ces industries créatives. Cette structure, décrite ici à grand trait, n’est pas neutre du point de vue des rapports sociaux de sexe. Dans les secteurs du cinéma et de la musique comme dans la plupart des industries culturelles existent une ségrégation horizontale (espaces et disciplines genrés) et une ségrégation verticale (plafond de verre, hiérarchie) de l’organisation du travail et de la production artistique. Les moyens de productions sont majoritairement aux mains d’hommes, tandis que les métiers artistiques connaissent des formes variées de ségrégation sexuelle. En prenant pour objet deux secteurs distincts, nous nous attacherons à mettre au jour la cartographie sexuée de ces secteurs en nous focalisant notamment sur les métiers de l’intermédiation artistique comme les agents artistiques et les managers. On s’intéressera aux rôles que jouent ces métiers et quelle mobilisation de compétences socialement définies comme masculines ou féminines ils supposent ? Comment contribuent-ils à l’allocation de la plus-value économique que visent ces industries ?