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Titre : Actualité du matérialisme - Séance 4 - Corps de classe
Résumé : Animation: Marie-Pierre Boucher, UQAM Suivi d'un conclusion du colloque : par Anne-Marie Devreux et Diane Lamoureux, Professeure de science politique, Université Laval, Québec

Auteure : Amélie Beaumont (Université Paris 1)
1 - Confronté-e-s aux corps des classes supérieures au quotidien. Les employé-e-s du luxe et leurs client-e-s
À partir d’une étude du service de la loge d’un hôtel de luxe parisien, qui comprend concierges, voituriers, bagagistes, chasseurs et grooms, je cherche à comprendre comment les rapports sociaux de classe et de sexe s’incarnent dans leurs corps. En effet, du point de vue de la classe, les services de luxe mettent en présence des client-e-s dont le statut socio-économique est très nettement supérieur à celui des employé-e-s. Ces dernier-e-s sont donc doublement dominé-e-s, tant par leur classe sociale d’origine que par leur statut professionnel de subordination, en tant qu’ils sont au service de ces client-e-s fortuné-e-s. Du point de vue du genre, ce service est historiquement masculin : il n’y a que six ans que la première femme a été recrutée sur notre terrain d’enquête et la division sexuelle du travail au sein des grands hôtels est forte. Pour étudier l’articulation et les tensions générées par ces multiples dimensions, je vais m’appuyer sur des observations in situ des employé-e-s en différents contextes pour montrer comment leurs corps sont outils modelant et objets modelés par ces rapports sociaux : quels comportements, postures, voix ont-ils en tant qu’hommes au service de classes supérieures et en tant qu’hommes collègues d’hommes et de femmes ? Et dans des situations de (quasi) entre soi masculin et de mixité de sexe ? Ma position de collègue-femme en bas de la hiérarchie d’un service d’homme, qui m’a permis d’accéder à des espaces de reconstitution de l’entre soi sera également objectivée et mobilisée comme révélateur pour analyser ces logiques d’incarnation de sexe et de classe.
Auteure : Coline Cardi (Cresppa-CSU)
2 - Injonction à des expressions symboliques de la féminité différentes selon les classes
L’instauration d’un tribunal public de la parentalité populaire depuis les années 1990 a fait ressurgir en France un certain nombre de stéréotypes traditionnels autour des fonctions et figures parentales et des normes de genre. Les parents désignés comme « irresponsables » ou maltraitants, se voient en effet assigner des rôles fortement sexués et stéréotypés. D’un côté, on en appelle à des figures masculine viriles et paternelles pour rétablir l’ordre et l’autorité (le père, le juge, l’instituteur, le chef d’atelier, etc) et pour pallier le « maternalisme » croissant. De l’autre, on mise sur le pouvoir pacificateur et régulateur par nature, des femmes : les filles et les mères des classes populaires seraient la clef dans la lutte contre les violences et l’insécurité sociale. Mais, dans les faits, si l’on reproche aux pères d’être « absents », démissionnaires d’une autorité perdue, ce sont surtout les mères qui sont les premières visées, aussi bien dans les discours, que par les dispositifs en charge du « désordre des familles ». C’est en interrogeant ces discours et ces pratiques de prise en charge au travers différentes enquêtes (sur la justice des mineurs, sur les dispositifs sociaux qui visent la parentalité), qu’on montera comment les mères des classes populaires sont visées et au regard de quelles normes – les injonctions de genre participant, dans ces différents espaces, à fois au processus de différenciation entre le masculin et le féminin et au processus de distinction entre les classes sociales.
Auteure : Marie Mathieu (Université Paris 8 et UQAM)
3 - Serveuse, l’addition s’il vous plaît ! Les coûts différenciés des uniformes au sein d’une chaîne de restauration
Au sein de différentes entreprises, les employés sont enjoints de respecter des normes vestimentaires et corporelles. A partir d’une enquête réalisée au sein d’un restaurant d’une grande chaîne française, nous rendrons compte de ce façonnage des corps, travail ”gratuit” et invisibilisé. En nous appuyant sur des matériaux variés - examen des injonctions formelles (livret d’accueil, affichage et formation « look »), observation participante de l’application de ces codes, des discours et pratiques qui y sont liés, analyse d’un journal d’un corps -, nous montrerons la charge différenciée que constitue la mise en conformité des corps employés aux règles édictées par la société-employeur selon les groupes sociaux auxquels elles s’appliquent (coût économique, physique et charge mentale). Aussi, l’analyse des différentes prescriptions et proscriptions physiques au sein de cet établissement nous a permis de révéler des mécanismes ordinaires régulant les usages faits des corps par les différents groupes sociaux dans l’espace public, exacerbés ici du fait de la relation de service.