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Titre : Femmes, féminismes et mouvements sociaux en Amérique latine - Séance 1 - Féminismes et mouvements de femmes en Amérique latine : des tensions fécondes?
Résumé : -

Auteure : Nora Nagels (UQAM)
1 - Relations de pouvoir entre différents acteurs sociaux féminins et féministes à l’heure de la dépatriarcalisation en Bolivie
L’accession au pouvoir en Bolivie d’Evo Morales transforme l’institutionnalisation du genre. La lutte contre les discriminations de genre, tout comme celles d’origine ethnique, ne se concentre désormais plus uniquement dans des entités institutionnelles spécifiques. En 2010, l’Unité de dépatriacalisation voit le jour au sein du vice-ministère de la décolonisation. Elle est portée par des acteurs auto-défini-e-s comme autochtones, promouvant la décolonisation de l’État et opposé, du moins en partie, au féminisme institutionnel. Cette communication, pose la question de l’évolution des rapports de pouvoir entre différents mouvements féminins et féministes ainsi que celle de la politisation ambivalente des rapports sociaux de sexe concomitants à ces changements institutionnels. L’association du concept de genre aux principes andins permet une politisation des rapports sociaux de sexe. Cependant, ce processus est affaibli par l’invisibilité du genre aux expériences autochtones et l’assimilation du patriarcat à la colonisation, qui tendent à une dépolitisation du genre.
Auteure : Anahi Morales Hudon (Université du Québec à Montréal)
2 - Dynamiques dans la construction de l’autonomie entre le mouvement des femmes autochtones et le mouvement féministe au Mexique
Depuis les années 1990 des alliances importantes sont établies entre les femmes depuis le mouvement autochtone et certaines femmes et organisations du mouvement féministe au Mexique. Les relations construites entre ces différentes actrices sociales sont traversées par des rapports sociaux et affectent la formation des identités collectives et la trajectoire organisationnelle des mouvements de femmes. Si ces alliances créent des opportunités de mobilisation et d’organisation, elles peuvent aussi avoir un effet négatif sur la construction d’une autonomie. Le cas étudié illustre l’importance d’analyser les effets des rapports structurels qui affectent le type de relations entre différentes actrices sociales et agissent à la fois comme des opportunités mais aussi des obstacles aux processus organisationnels des femmes. À travers l’analyse du mouvement des femmes autochtones à Oaxaca, j’illustre comment les dynamiques impliquées dans la construction d’alliances sont centrales pour comprendre la trajectoire organisationnelle du mouvement. Dans les dernières années, les femmes autochtones d’Oaxaca ont créé des espaces autonomes de coordination au niveau régional, comme l’Assemblée des Femmes Autochtones de Oaxaca (AMIO). Ce processus s’inscrit dans une volonté de se positionner comme actrices sociales à part entière face à la société et à l’État. Pour ce faire, les femmes autochtones ont entrepris la transformation des relations qu’elles entretenaient avec différents acteurs, dont le mouvement féministe. Ces alliances ont joué un rôle important dans la création d’opportunités mais, la forme que prennent celles-ci peut aussi limiter la création d’une autonomie organisationnelle.
Auteure : Christine Verschuur (IHEID)
3 - La construction des connaissances féministes, les tensions entre mouvements féministes et expert-es genre en Colombie
La présentation portera sur l'analyse des résistances, rencontres et tensions dans le processus de construction des connaissances féministes en Colombie. La discussion théorique sur la manière dont les connaissances féministes voyagent dans des espaces transnationaux s'appuiera sur une recherche en cours sur "gender experts and gender expertise". Les organisations féministes et de femmes ont contribué et participent de manière centrale à la construction de la pensée féministe, tant à partir de leurs actions concrètes et politiques que par leurs apports théoriques ancrées dans leurs pratiques. Des savoirs sont par ailleurs produits dans le champ transnational de la coopération internationale. Ces connaissances circulent entre ces différents espaces. Quels changements ces rencontres ont-elles produits dans la conceptualisation du genre et les connaissances féministes? Les analyses critiques de l'institutionnalisation du genre et l'ONGisation ont montré la dépolitisation et la perte de pouvoir transformateur liées à la professionnalisation de l'expertise genre, et les tensions avec les études féministes, en particulier avec les féminismes décoloniaux. Comment les savoirs provenant du champ transnational de la coopération ont-ils été réinterprétés, récupérés ou rejetés par des personnes des mouvements féministes? Comment les personnes qui sont considérées faisant partie d'une nouvelle catégorie d'"expert-es genre" ont-elles transformé, traduit le concept de genre dans leur expérience professionnelle, en interaction avec les mouvements féministes locaux, les politiques de genre et les réseaux globaux de genre. Pour terminer, nous nous demanderons quel pouvoir des connaissances ainsi construites confère-t-il.