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Titre : Femmes, féminismes et mouvements sociaux en Amérique latine - Séance 3 - Femmes, violences et lutte contre l’impunité en Amérique latine
Résumé : -

Auteure : Leila Celis (UQAM)
1 - Le féminicide, un génocide à l’égard des femmes
L’utilisation du terme féminicide pour qualifier la violence meurtrière faite aux femmes suscite bien des débats. Ce terme fait référence à tous les meurtres dont sont victimes les femmes en raison de leur sexe (Diana Russell et Jane Caputi, 1992). Son utilisation a été déterminante en ce qu’il a contribué à politiser l’analyse en mettant en lumière le fait que le système de domination patriarcal est à l’origine de tous ces crimes et que ceux-ci participent à la reproduction du patriarcat. Les théoriciennes féministes ont aussi souligné le rôle de l’impunité, et donc de l’État, dans l’engrenage de la violence meurtrière contre les femmes. Aujourd’hui, une partie du débat sur le féminicide vise à catégoriser les meurtres de femmes par leurs caractéristiques particulières, que ce soit leur scénario, le lien de la victime avec l’auteur du crime, les causes structurantes (impunité, pauvreté et marginalité), etc. Il ne faudrait pas pour autant que le débat soit accaparé par les criminologues ou que les recherches soient principalement axées sur la formulation des politiques pénales. Le patriarcat n’est pas le seul système de domination qui cherche à se reproduire par le continuum de la violence faite aux femmes : l’esclavagisme, le colonialisme et la mondialisation capitaliste en font tout autant. C’est ce que nous analyserons dans cette communication.
Auteure : Ludivine Tomasso (UQAM)
2 - Mobilisation des femmes autour de la question de l’impunité à l’endroit des crimes commis pendant les dictatures : l’exemple du Pérou
Le Pérou a été le théâtre d’un conflit interne violent entre, d’une part des guérillas d’influence maoïste et les forces armées étatiques. Ces violences ont fait des milliers de victimes. Les femmes ont été des cibles privilégiées, à travers notamment les violences sexuelles et les politiques de stérilisations forcées. Au début des années 2000, une commission « vérité et réconciliation » a été mise sur pied pour documenter les violations des droits de l’homme et offrir des réparations aux victimes. Un effort a été fait pour y intégrer les expériences particulières des femmes. Pourtant, depuis quelques années, des groupes de femmes remettent en question le statu quo issu du rapport final et tentent de remettre en question leur invisibilité dans le processus mémoriel et judiciaire. Il s’agit donc d’examiner ici de quelle manière les groupes de femmes tentent de remettre en question la version « officielle » de la mémoire historique. Dans un premier temps, nous reviendrons sur la place des femmes dans les processus de transition au Pérou. Puis nous regarderons la manière dont les groupes de femmes tentent d’offrir de nouveaux espaces pour les voix des survivantes (notamment à travers l’élaboration de nouveaux rapports). Enfin, nous examinerons l’usage fait du tribunal de conscience organisé en 2013 et à la relance de processus judiciaires.
Auteure : Lucie Lamarche (UQAM)
3 - L'introduction en Amérique latine de mécanismes minimaux de protection sociale destinés aux femmes dispose-t-il de la question des violences genrées ?
L’ouvrage Women's Rights to Social Security and Social Protection a été publié chez Hart en septembre 2014. La coédition a été assurée par Lucie Lamarche (UQAM) et Beth Goldblatt (UTS, Sydney, Australie). La communication repose sur le thème de ce livre. Depuis plus ou moins deux décennies, se sont multipliés en Amérique latine les programmes dits de «cash transfer» ou de «conditional cash transfer» CT/CCT. Ces programmes sont d’abord destinés aux mères. L’évaluation de tels programmes démontre qu’ils accroissent utilement le revenu disponible des ménages pauvres dirigés par des femmes. Bien que s’inscrivant dans la droite ligne du droit des femmes à la protection sociale, de tels programmes emportent néanmoins une bonne dose de violence, de discrimination et d’aléatoire dont les femmes sont victimes. Ils reposent aussi sur des présupposés stéréotypés qui se déploient en marge de la participation de femmes à ces programmes. La communication entend explorer le thème des violences genrées et des mécanismes de protection en Amérique latine.