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Titre : Les féminismes islamiques : décolonialité et solidarités transnationales - Séance 3 - Féminismes islamiques et démocratie : quels enjeux?
Résumé : -

Auteure : Sonia Dayan-Herzbrun (Université Paris Diderot-Paris 7)
1 - Féminismes islamiques et refondation du principe démocratique.
Il n’est plus possible aujourd’hui en Europe et en Amérique du Nord, de ne pas prendre en compte les changements théoriques introduits par ces sujets subalternes mais de plus en plus visibles que sont les féministes islamiques. Elles font apparaître des modes de subjectivation politique et de résistance qui obligent en particulier à se poser autrement la question démocratique. Avec la crise provoquée par l’émergence des féminismes islamiques et la violence des réactions qu’il provoque, le contrat social se révèle à la fois sexuel et sexiste (Carole Pateman), racial (Charles Mills) mais aussi colonial. L’exigence de « similarité » et d’unité formulée en France au nom de la République entre clairement en conflit avec l’idéal démocratique. En mettant en œuvre et en scène la pluralité et la « mésentente » (Rancière), en proposant une critique radicale des autoritarismes et des patriarcats, les féminismes islamiques s’inscrivent dans le droit fil de l’invention démocratique (Lefort). Mais en se situant dans une autre tradition, et en travaillant pour parvenir à un mode d’institution du social fondé sur l’égalité et la liberté, et qui repose sur un rapport assumé au sacré mais à un sacré d’une certaine manière réapproprié, ces féminismes subvertissent la conception dominante de la démocratie et des femmes musulmanes. Les féminismes islamiques et les femmes qui se situent à l’intérieur de ces mouvements rendent obsolètes les discours sur l’incompatibilité d’un « islam » essentialisé avec la démocratie, renvoyés à ce qu’ils sont : des expressions de la domination coloniale.
Auteure : Leïla Benhadjoudja (UQAM)
2 - Féminismes islamique et colonialisme : quels enjeux?
Kateb Yacine, écrivain algérien, disait que la langue française était notre « butin de guerre ». Cet héritage colonial devait donc servir à mieux dénoncer le colonialisme, même plus, « "J'ai écrit en français pour dire aux Français que je ne suis pas Français", disait-il. Cependant, s’il est vrai que de nombreux écrivains et intellectuels issus des postcolonies ont construit des discours décolonisés à travers la langue du colonialisme, on ne peut ignorer les limitations de certaines langues pour penser des cosmologies décoloniales. C’est de cette perspective que je suggère de questionner, le rapport, les limites et les possibilités des féminismes islamiques et musulmans de langue française. Cette décolonialité se traduit également par la circulation de discours au-delà des frontières spatiales, symboliques et normatives. Cependant, dans quelle mesure cette circulation est-elle possible en langue française? Je suggère ici une réflexion critique sur les rapports entre colonialisme, langue et épistémologie décoloniale. Je voudrais mettre en évidence de quelle façon les féminismes islamiques et musulmans rappellent l’urgence de repenser les épistémologies féministes au-delà des limitations conceptuelles des langues coloniales.
Auteure : Fatima Khemilat (Sciences po Aix en Provence)
3 - Les féministes islamiques en contexte séculier: des racisées comme les autres?
La notion de « féminisme islamique » a fait couler beaucoup d’encre tant dans les milieux universitaires et académiques que dans le paysage religieux. Bien que souvent décrié, ce mouvement de pensées, de réflexions et d’actions commence à s’imposer comme un des nouveaux visages de la mobilisation féministe. C’est justement à ce nouveau visage que nous souhaitons nous intéresser et plus précisément aux caractéristiques culturelles (au sens de capital), « ethno-raciales » et prosopographique de ces dernières. Diplômées, généralement du 3ème cycle, voilées pour certaines et surtout racisées pour l’écrasante majorité. Ces caractéristiques ne sont pas sans effet sur les positions qu’elles occupent dans l’espace social. S’imposer au sein du champ académique, lieu de production du savoir mais aussi lieu de reproduction des schèmes de domination, lorsque l’on incarne l’intersectionnalité n’est pas chose aisée. Néanmoins, à côté de leur domination relative au sein des institutions universitaires, -car potentiellement soupçonnées de partialité-, elles occupent une position privilégiée vis-à-vis des autres racisés du fait de leur niveau d’études. De sorte que, leur multi-positionnalité permette la conciliation d’univers de sens et l’interpénétration de registres normatifs pensés comme antagonistes. Ces processus ne peuvent avoir lieu que par le biais de conversions récurrentes des différents capitaux dont elles disposent et de développement de stratégies de présentation de soi. Penser la racialisation des féministes islamiques en contexte séculier met ainsi en exergue les difficultés à saisir les mécanismes de domination, perpétuellement renégociés.