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Animatrice :  ()
Titre : Table ronde : L’expérience des racisées en milieu universitaire : entre résistance, agency et lutte pour la légitimité - Séance 1- Parcours universitaires aux prismes des subjectivités et des réalités
Résumé : La table ronde se déroulera en deux temps. Cette séance sera consacré aux témoignages et aux parcours prosopographiques.

Auteure : Amandine GAY (Réalisatrice)
1 - Projection d'un documentaire sur "Les afro-descendantes noires françaises: la problématique de l'accès à l'Université"
Mon intervention portera sur mon film, Ouvrir La Voix, dans lequel des femmes noires issues de l'histoire coloniale d'Europe francophone en Afrique et aux Antilles prennent la parole. Je commencerai par un état des lieux de la présence des femmes noires dans le monde de la recherche en sciences sociales de leur pays et des raisons qui les poussent à quitter la France ou à se « reconvertir » dans le secteur privé. Cette brève introduction aura vocation à expliciter le choix de l'extrait du film qui concerne spécifiquement la question de la discrimination à l'orientation scolaire. Il s'agit d'illustrer pourquoi, avant même la question de la carrière universitaire, se pose pour les femmes noires françaises, la question de l'accès aux études supérieures. Je présenterai les diverses pratiques de discriminations institutionnelles qui touchent toutes les minorités. Et j'expliquerai pourquoi, selon moi, dans le cas des femmes noires, viennent s'ajouter : les préjugés issus du continuum colonial concernant l'infériorité intellectuelle des Noir.e.s en général ; les préjugés sur la prédisposition des femmes noires pour les activités relevant du « care » ; et enfin, les préjugés sur la situation économique de ces familles. Nous verrons donc comment, celles des participantes du film ayant accédé à l'université, ont contourné et combattu la réorientation scolaire. Nous verrons également, pourquoi, dans la plupart des cas, elles choisissent de ne pas poursuivre de carrière universitaire ou si elles le font, quelles sont les stratégies déployées.
Auteure : Samira Drissi ()
2 - J’imagine que pour vous ce sera du thé à la menthe ? » : un parcours de (des)intégration dans la recherche
J’ai préparé mon doctorat dans un environnement universitaire traversé par des rapports hiérarchiques très forts. Ces rapports étaient induits par la relation pédagogique asymétrique entre ma directrice de recherche et moi-même, rapports caractéristiques – on peut le penser – de toute relation entre un.e directeur/trice et son/sa doctorant.e. Ces rapports étaient également liés au lieu dans lequel j’ai préparé ma thèse : un laboratoire et un établissement – prestigieux – majoritairement blancs et de classe supérieure, qui comptaient parmi leurs membres des chercheur.e.s se disant spécialistes de « l’interculturel ». Dans cette table ronde, je décrirai les processus d’altérisation et d’éthnicisation vécus de manière constante durant la préparation de mon doctorat, à partir du moment où j’ai intégré – et ai été intégrée – dans mon laboratoire d’accueil, jusqu’au moment où j’ai été « désintégrée » de ce laboratoire. Au début de ma thèse, j’étais vue comme une paire. Ma vie d’apprentie-chercheure aurait pu être des plus banales s’il n’y avait eu ces moments où j’étais renvoyée à mon ethnicité ou cette injonction à être redevable de mon statut de doctorante ou des emplois que j’occupais au sein de l’institution. Et ce, d’autant que mon parcours universitaire était jugé « atypique ». Cette domination devenant de plus en plus oppressante, la « désintégration » a commencé à la fin de ma thèse, au moment où je commençais à verbaliser ce que je pensais subir.